‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 44 sur 83 · ÉCRITE AUX RÉVÉRENDS PÈRES JÉSUITES · texte numérisé non relu

ÉCRITE AUX RÉVÉRENDS PÈRES JÉSUITES

Qu*on peut réfuter par des railleries les erreurs ridicules. — Précautions avec lesquelles on le doit faire ; qu*elles ont été observées par Montalte , et qu'elles ne Tout point été par les Jésuites. — Bouffonneries impies du père le Moine et du père Garasse.

Du 48 août i6S6.

Mes révérends pères,

J*ai vu les lettres que vous débitez contre celles que j'ai écrites à un de mes amis sur le sujet de votre morale, où l'un des principaux points de votre défense est que je n'ai point parlé assez sérieusement de vos maximes : c'est ce que vous répétez dans tous vos écrits, et que vous poussez jusqu'à dire que c j'ai tourné les f choses saintes en raillerie. »

Ce reproche , mes pères , est bien surprenant et bien injuste; car en quel lieu trouvez-vous que je tourne les choses saintes en raillerie? Vous marquez en particulier le contrat Mohatra et l'histoire de Jean d'Alba. Mais est-ce cela que vous appelez des choses saintes? Vous semble-t-il que le Mohatra soit une chose si vénérable , que ce soit un blasphème de n'en pas parler avec respect ? Et les leçons du père Bauny pour le lar-

(1) Celte onzième Lettre a pour objet de justifier la raillerie en matière sérieuse. Cest « le même sujet qu'AmauId a traité dans sa Réponse à la Lettre d'une personne de condition , dans laquelle il défendait les enluminures ; c'est le même mot de Tertulien commenté : Rien n*est plus dû à la vanité que la risée; ce sont les mêmes matériaux qu'ArnauId aura fournis h Pascal. Mais quelle mise en œuvre incomparable ! quelle raison supérieure que celle qui maintient et démontre Tenjouement sans Técraser, et le pousse encore au môme moment et le fait jouer devant elle 1 On peut mesurer an juste , en lisant la lettre d*Amauld et celle de Pascal , en quel sens il est vrai que le grand docteur a contribué et aidé aux Provinciales. Celte onzième Lettre pourrait servir de préface justificative au Tartufe. • Sainte-Beuve, Port-Roy al, V. UI, pag. 78.

cm , qui portèrent Jean d'Alba à le pratiquer contrevous-mêmes, sont-elles si sacrées que vous ayez droit de traiter d'impies ceux qui s'en moquent?

Quoil mes pères, les imaginations de vos auteurs passeront pour les vérités de la foi , et on ne pourra se moquer des passages d'Escobar et des décisions si fantasques et si peu chrétiennes de vos autres auteurs, sans qu'on soit accusé de rire de la religion? Est-il possible que vous ayez osé redire si souvent une chose si peu raisonnable? et ne craignez-vous point , en me blâmant de m'être moqué de vos égarements , de me donner un nouveau sujet de me moquer dé ce reproche , et de le faire retomber sur vous-mêmes , en montrant que je n ai pris sujet de rire que de ce qu'il y a de ridicule dans vos livres ; et qu'ainsi , en me moquant de votre morale, j'ai été aussi éloigné de me moquer des choses saintes , que la doctrine de vos casuistes est éloignée de la doctrine sainte de l'Évangile?

En vérité, mes pères, il y a bien de la différence entre rire de la religion , et rire de ceux qui la profanent par leurs opinions extravagantes. Ce serait une impiété de manquer de respect pour les vérités que l'esprit de Dieu a révélées ; mais ce serait une autre impiété de manquer de mépris pour les faussetés que l*esprit de l'homme leur oppose.

Car, mes pères , puisque vous m'obligez d'entrer en ce discours, je vous prie de considérer que, comme Jes vérités chrétiennes sont dignes d'amour et de respect, les erreurs qui leur sont contraires sont dignes de mépris et de haine ; parce qu'il y a deux choses dans les vérités de notre religion : une beauté divine qui les rend aimables, et une sainte majesté qui les

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