‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 45 sur 83 · SE RAILLER DES ERREURS · texte numérisé non relu

SE RAILLER DES ERREURS

rend vénérables ; et qu'il y a aussi deux choses dans les erreurs : l'impiélé qui les rend horribles, et l'impertinence qui les rend ridicules. C'est pourquoi, comme les saints ont toujours pour la vérité ces deux sentiments d'amour et de crainte, et que leur sagesse est toute comprise entre la crainte qui en est le principe, et l'amour qui en est la fin , les saints ont aussi pour Terreur ces deux sentiments de haine et de mépris, et leur zèle s'emploie également k repousser avec force la malice des impies , et k confondre avec risée leur égarement et leur folie.

Ne prétendez donc pas , mes pères , de faire accroire au monde que ce soit une chose indigne d'un chrétien de traiter les erreurs avec moquerie , puisqu'il est aisé de faire connaître h ceux qui ne le sauraient pas que cette pratique est juste , qu'elle est commune aux Pères de l'Église , et qu'elle est autorisée par l'Écriture , par l'exemple des plus grands saints , et par celui de Dieu même.

Car ne voyons-nous pas que Dieu hait et méprise les pécheurs tout ensemble, jusque-là même qu'à l'heure de leur mort , qui est le temps où leur état est le plus déplorable et le plus triste , la sagesse divine joindra la moquerie et la risée à la vengeance et à la fureur qui les condamnera à des supplices éternels? In interitu vestro ridebo et subsannabo. Et les saints, agissant par le même esprit , en useront de même , puisque , selon David , quand ils verront la punition des méchants , c ils en trembleront et en riront € en même temps : Videbuntjusti ettimebunt, et supe7^ a eum ridebunt. » Et Job en parle de même : /nnocens subsannabit eoa.

Mais c'est une chose bien remarquable sur ce sujet , que , dans les premières paroles que Dieu a dites à l'homme depuis sa chute , on trouve un discours de moquerie, et une ironie piqtmntey selon les Pères. Car, après qu'Adam eut désobéi , dans Tespérance que le démon lui avait donnée d'être fait semblable à Dieu, il parait par l'Écriture que Dieu , en punition, le rendit sujet à La mort ; et qu'après l'avoir réduit à cette misérable condition qui était due à son- péché, il se moqua de lui en cet état par ces paroles de risée : c Yoil^ l'homme qui est devenu comme l'un de nous : Ecce Adam quasi unus ex nobis ; » ce qui est une ironie sanglante et sensible dont Dieu le piquait vivement ^ selon saint Chrysostôme et les interprètes, c Adam, dit Rupert, méritait d'être raillé par cette c ironie, et on lui faisait sentir sa folie bien plus vi- « vement par cette expression ironique que par une f expression sérieuse. » Et Hugues de Saint-Victor, ayant dit la même chose , ajoute que a cette ironie « était due à sa sotte crédulité ; » et que c cette esc pèce de raillerie est une action de justice , lorsque f celui envers qui on en use l'a méritée. »

Vous voyez donc , mes pères , que la moquerie est quelquefois plus propre k faire revenir les hommes de leurs égarements, et qu'elle est alors une action de justice; parce que, comme dit Jérémie, c les acc tiens de ceux qui errent sont dignes de risée à cause € de leur vanité : vana sunt, et risu digna. » Et c'est si peu une impiété de s'en rire , que c'est l'effet d'une sagesse divine, selon cette parole de saint Augustin : c Les sages rient des insensés , parce qu'ils sont sa- < ges, non pas de leur propre sagesse, mais de cette

€ sagesse divine qui rira de la mort des méchants. » Aussi les prophètes remplis de Tesprit de Dieu ont usé de ces moqueries, comme nous voyons par les exemples de Daniel et d'Élie. Enfin il s*en trouve des exemples dans les discours de Jésus-Christ même ; et saint Augustin remarque que, quand il voulut humilier Nicodème, qui se croyait habile dans l'inlelligence de la loi , t comme il le voyait enflé d'orgueil f par sa qualité de docteur des Juifs, il exerce et t étonne sa présomption par la hauteur de ses deman- € des ; et , 1 ayant réduit à l'impuissance de réponf dre : Quoi ! lui dit-il , vous êtes maître en Israël , € et vous ignorez ces choses? Ce *qui est le même que f s'il eût dit : Prince superbe , reconnaissez que vous € ne savez rien. » Et saint Chrysostùme et saint Cyrille disent sur cela qu'il méritait d'être joué de cette sorte.

Vous voyez donc, mes pères , que , sll arrivait aujourd'hui que des personnes qui feraient les maîtres envers les chrétiens , comme Nicodème et les pharisiens envers les Juifs, ignorassent les principes de la religion, et soutinssent, par exemple, qu'on peut être € sauvé sans avoir jamais aimé Dieu en toute sa f vie , » on suivrait en cela l'exemple de Jésus-Christ, en se jouant de leur vanité et de leur ignorance.

Je m'assure, mes pères, que ces exemples sacrés suffisent pour vous faire entendre que ce n'est pas une conduite contraire à celle des saints , de rire des erreurs et des égarements des hommes : autrement il faudrait blâmer celle des plus grands docteurs de l'Église qui l'ont pratiquée, comme saint Jérôme dans ses lettres et dans ses écrits contre Jovinien , Vigi-

lance y et les pélagiens; Tertullien, dans sou Apologétique contre les folies des idolâtres; saint Augustin, contre les religieux d'Afrique , qu'il appelle les chevelus; saint Irénée, contre les guostiques; saint Bernard et les autres Pères de l'Église , qui , ayant été les imitateurs des apôtres , doivent être imités par les iidèles dans toute la suite des temps, puisqu'ils sont proposés, quoi qu'on en dise, comme le véritable modèle des chrétiens , même d'aujourd'hui.

Je n'ai donc pas cru faillir en les suivant. Et, comme, je pense Tavoir assez montré, je ne dirai plus sur ce sujet que ces excellentes paroles de Tertullien , qui rendent raison de tout mon procédé : c Ce que j'ai f fait n'est qu'un jeu avant un véritable combat. J'ai f plutôt montré les blessures qu'on vous peut faire a que je ne vous en ai fait. Que s'il se trouve des cnc droits où l'on soit excité à rire, c'est parce que les a sujets mêmes y portaient. Il y a beaucoup de choses a qui méritent d'être moquées et jouées de la sorte , « de peur de leur donner du poids en les combattant a sérieusement. Rien n'est plus dû à la vanité que la « risée; et c'est proprement à la vérité qu'il appar- « tient de rire, parce qu'elle est gaie, et de se jouer a de ses ennemis , parce qu'elle est assurée de la vie- « toire. Il est vrai qu'il faut prendre garde que les a railleries ne soient pas basses et indignes de la vé- « rite. Mais, à cela près , quand on pourra s'en ser- « vir avec adresse , c'est un devoir que d'en user. » Ne trouvez-vous pas , mes pères , que ce passage est bien juste k notre sujet? « Les lettres que j'ai faites « jusqu'ici ne sont qu'un jeu avant un véritable com- « bat. » Je n'ai fait encore que me jouer, « et vous

€ montrer plutôt les blessures qu'on vous peut faire que « je ne vous en ai fait, n J*ai exposé simplement vos passages sans y faire presque de réflexion, c Que si € on y a été excité k rire, c'est parce que les sujets y € portaient d'eux-mêmes. » Car qu'y a-t-il de plus propre à exciter à rire , que de voir une chose aussi grave que la morale chrétienne remplie d'imaginations aussi grotesques que les vôtres ? On conçoit une si haute attente de ces maximes, c qu'on dit que Jec sus-Christ a lui-même révélées à des pères de la c société , 1 que quand on y trouve « qu'un prêtre f qui a reçu de l'argent pour dire une messe peut, c outre cela, en prendre d'autres personnes , eu leur t cédant toute la part qu'il a au sacrifice; qu'un reli- € gieux n'est pas excommunié pour quitter son habit c lorsque c'est pour danser, pour filouter, ou pour alc 1er incognito en des lieux de débauche; et qu'on sac tisfail au précepte d'ouïr la messe en entendant qua- € tre quarts de messe à la fois de différents prêtres ; » lors , dis-je , qu'on entend ces décisions et autres semblables , il est impossible que cette surprise ne fasse rire , parce que rien u y porte davantage qu'une disproportion surprenante entre ce qu'on attend et ce qu'on voit. Et comment aurait-on pu traiter autrement la plupart de ces matières , puisque ce serait € les autoriser que de les traiter sérieusement, » selon Tertullien?

Quoi ! faut-il employer la force de l'Écriture et de la tradition , pour montrer que c'est tuer son ennemi en trahison, que de lui donner des coups d'épée par derrière, et dans une embûche; et que c'est acheter un bénéûce lue de donner de l'argent comme un

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motif pour se le faire résigner? Il y a donc des matières qu'il faut mépriser, et c qui méritent d'être jouées f et moquées. » Enfin, ce que dit cet ancien auteur, que « rien n'est plus dû à la vanité que la risée , » et le reste de ces paroles s'applique ici avec tant de justesse et avec une force si convaincante, qu'on ne saurait plus douter qu'on peut bien rire des erreurs «"ans blesser la biebséance.

Et je vous dirai aussi , mes pères , qu'on en peut rire sans blesser la charité, quoique ce soit une des choses que vous me reprochez encore dans vos écrits. Car € la charité oblige quelquefois à rire des erreurs a des hommes, pour les porter eux-mêmes à en rire et € à les fuir, selon cette parole de saint Augustin : € Hœc tu misericorditer irride, ut eis ridenda ac c fugienda commendes, » Et la même charité oblige aussi quelquefois à les repousser avec colère , selon cette autre parole de saint Grégoire de Nazianze : « L'es- « prit de charité et de douceur a ses émotions et ses a colères. » En effet, comme dit saint Augustin , c qui c oserait dire que la vérité doit demeurer désarmée c contre le nîensonge , et qu'il sera permis aux enne- € mis de la foi d'effrayer les fidèles par des paroles t fortes, et de les réjouir par des rencontres d'espril c agréables; mais que les catholiques ne doivent écrire € qu'avec une froideur de style qui endorme les lect teurs?»

Ne voit-on pas que , selon celte conduite , on laisserait introduire dans l'Église les erreurs les plus extravagantes et les plus pernicieuses , sans qu'il Pàt permis de s'en moquer avec mépris , de peur d'être accusé de .blesser la bienséance, ni de les confondre avec véhé-

ERREURS DES CAS. DIGNES D*ÉTRE JOUËES. s^

mence , de penr d'être accusé de manquer de charité?

Quoi I mes pères , il vous sera permis de dire qu'où f peut € tuer pour éviter un soufflet et une injure , » et j il ne sera pas permis de réfuter publiquement une er- | réur publique d'une telle conséquence? Vous aurez la* ; liberté de dire qu'un juge t peut en conscience retenir € ce qu'il a reçu pour faire une injustice , » sans qu'on ait la liberté de vous contredire? Vous imprimerez, avec privilège et approbation de vos docteurs, qu'on peut être c sauvé sans avoir jamais aimé Dieu, » et vous fermerez la bouche k ceux qui défendront la vérité de la foi , en leur disant qu ils blesseraient la charité de frères en vous attaquant , et la modestie de chrétiens en riant de vos maximes? Je doute , mes pères, qu'il y ait des personnes k qui vous ayez pu le faire accroire ; mais néanmoins , s'il s'en trouvait qui en fussent persuadés, et qui crussent que j'aurais blessé la charité que je vous dois en décriant votre morale , je voudrais bien qu'ils examinassent avec attention d'où natt en eux ce sentiment. Car, encore qu'ils s'imaginassent qu il part de leur zèle , qui n'a pu souffrir sans scandale de voir accuser leur prochain , je les prierais de considérer qu'il n'est pas impossible qu'il vienne d'ailleurs ; et qu'il est même assez vraisemblable qu'il vient du déplaisir secret , et souvent caché à nous-mêmes , que le malheureux fonds qui est en nous ne manque jamais d'exciter contre ceux qui s'opposent au relâchement des mœurs. Et, pour leur donner une règle qui leur en fasse reconnaître le véritableprincipe, je leur demanderai si , en même temps qu'ils se plaignent de ce qu'on a traité de la sorte des religieux , ils se plaignent encore davantage de ce que

des religieux ont traité la vérité de la sorte. Que s'ils sont irrités non-seulement contre les Lettres , mais encore plus contre les maximes qui y sont rapportées, j'avouerai qu'il se peut faire que leur ressentin>ent parte de quelque zèle, mais peu éclairé; et alors les passages qui sont ici suffiront pour les éclaircir. Mais s'ils s'emportent seulement contre les répréhensions , et non pas contre les choses qu'on a reprises , en vérité , mes pères , je ne m'empêcherai jamais de leur dire qu'ils sont grossièrement abusés, et que leur zèle est bien aveugle.

Étrange zèle qui s'irrite contre ceux qui accusent des fautes publiques , et non pas contre ceux qui les commettent I Quelle nouvelle charité qui s'offense de voir confondre des erreurs manifestes , et qui ne s'offense point de voir renverser la morale par ces erreurs ! Si ces personnes étaient en danger d'être assassinées, s'offenseraient-elles de ce qu'on les avertirait de l'embûche qu'on leur dresse ; et , au lieu de se détourner de leur chemin pour l'éviter, s'amuseraienl-elles à se plaindre du peu de charité qu'on aurait eu de découvrir le dessein criminel de ces assassins? S'irritentils lorsqu'on leur dit de ne manger pas d'une viande , parce qu'elle est empoisonnée; ou de n'aller pas dans une ville , parce qu'il y a de la peste?

D'où vient donc qu ils trouvent qu'on manque de charité quand on découvre des maximes nuisibles à la religion, et qu'ils croient au contraire qu'on manquerait de charité si on ne leur découvrait pas les choses nuisibles à leur santé et à leur vie , sinon parce que l'amour qu'ils ont pour la vie leur fait recevoir favorablement tout ce qui contribue à la conserver, et que

ERREURS DES CAS. DIGNES D'ÊTRE JOUÉES. 211 l'indifférence qu'ils ont pour la vérité fait que nonseulement ils ne prennent aucune part à sa défense , mais qu'ils voient même avec peine qu'on s'efforce de détruire le mensonge?

Qu'ils considèrent donc devant Dieu combien la morale que vos casuistes répandent de toutes parts est honteuse, et pernicieuse à l'Église; combien la licence qu'ils introduisent dans les mœurs est scandaleuse et démesurée; combien la hardiesse avec laquelle vous les soutenez est opiniâtre et violente. Et s'ils ne jugent qu'il est temps de s'élever contre de tels désordres , leur aveuglement sera aussi à plaindre que le vôtre, mes pères , puisque et' vous et eux avez un pareil sujet de craindre cette parole de saint Augustin sur celle de Jésus-Christ dans l'Évangile : c Malheur aux aveugles qui conduisent! malheur aux c aveugles qui sont conduits ! Vœ cœcis ducentibus I c vœ cœcis sequentibus ! »

Mais , afin que vous n'ayez plus lieu de donner ces impressions aux autres, ni de les prendre vous-mêmes , je vous dirai , mes pères ( et je suis honteux de ce que vous m'engagez à vous dire ce que je devrais apprendre de vous) , je vous dirai donc quelles marques les Pères de l'Église nous ont données pour juger si les répréhensions partent d'un esprit de piété et de charité, ou d'un esprit d'impiété et de haine.

La première de ces règles est que l'esprit de piété porte toujours à parler avec vérité et sincérité , au lieu que l'envie et la haine emploient le mensonge et la calomnie : Splendentia et vehementia ^ sed rébus ve-* ris, dit saint Augustin. Quiconque se sert du mensonge agit par l'esprit du diable. Il n'y a point de di-

rection d'inlenlion qui puisse rectifier la calomnie ; et quand il s'agirait de convertir toute la terre , il ne serait pas permis de noircir des personnes innocentes ; parce qu'on ne doit pas faire le moindre mal pour faire réussir le plus grand bien , et que t la vérité de Dieu € n a pas besoin de notre mensonge » , selon l'Écriture. € Il est du devoir des défenseurs de la vérité , f dit saint Hilaire, de n*avancerquedeschoses vraies. » Aussi , mes pères , je puis dire devant Dieu qu'il n'y a rien que je déteste davantage que de blesser tant soit peu la vérité ; et que j'ai toujours pris un soin trèsparticulier non-seulement de ne pas falsifier , ce qui serait horrible , mais de ne pas altérer ou détourner le moins du monde le sens d'un passage. De sorte que si j'osais me servir, en cette rencontre, des paroles du même saint Hilaire , je pourrais bien vous dire avec lui : € Si nous disons des choses fausses , que nos c discours soient tenus pour infâmes : mais si nous f montrons que celles que nous produisons sont publi- € ques et manifestes , ce n'est point sortir de la mo- € destie et de la liberté apostolique de les reprocher.» Mais ce n'est pas assez , mes pères , de ne dire que des choses vraies , il faut encore ne pas dire toutes celles qui sont vraies; parce qu'on ne doit rapporter que les choses qu'il est utile de découvrir , et non pas celles qui ne pourraient que blesser , sans apporter aucun fruit. Et ainsi, comme la première règle est de parler avec vérité, la seconde est de parler avec discrétion, c Les méchants , dit saint Augustin, persécu- € tent les bons en suivant l'aveuglement de la passion € qui les anime , au lieu que les bons persécutent c les méchants avec une sage discrétion : de même

€ que les chirurgiens considèrent ce qu'ils coupent, c au lieu que les meurtriers ne regardent point où ils € frappent. » Vous savez bien, mes pères» que je n'ai pas rapporté des maximes de vos auteurs celles qui vous auraient été les plus sensibles , quoique j'eusse pu le faire , et même sans pécher contre la discrétion, non plus que de savants hommes et très-catholiques , mes pères , qui Font fait autrefois. Et tous ceux qui ont lu vos auteurs savent aussi bien que vous combien en cela je vous ai épargnés : outre que je n'ai parlé en aucune sorte contre ce qui vous regarde chacun en particulier; et je serais fâché d'avoir rien dit des fautes secrètes et personnelles , quelque preuve que j'en eusse. Car je sais que c'est le propre de la haine et de l'animosité , et qu'on ne doit jamais le faire , à moins qu'il n'y en ait une nécessité bien pressante pour le bien de l'Église. Il est donc visible que je n'ai manqué en aucune sorte à la discrétion dans ce que j'ai été obligé de dire touchant les maximes de votre morale , et que vous avez plus de sujet de vous louer de ma retenue que de vous plaindre de mon indiscrétion.

La troisième règle , mes pères, est que , quand on est obligé d'user de quelques railleries , l'esprit de piété porte à ne les employer que contre les erreurs , et non pas contre les choses saintes ; au lieu que l'esprit de bouffonnerie, d'impiété et d'hérésie , se rit de ce qu'il y a de plus sacré. Je me suis déjà justifié sur ce point ; et on est bien éloigné d'être exposé à ce vice , quand on n'a qu'à parler des opinions que j'ai rapportées de vos auteurs.

Enfin , mes pères , pour abréger ces règles , je ne vous dirai plus que celle-ci , qui est le principe et la

(in de toutes les autres : c'est que l'esprit de chanté porte k avoir dans le cœur le désir du salut de ceux contre qui on parle , et à adresser ses prières à Dieu en même temps qu'on adresse ses reproches aux hommes. € On doit toujours, dit saint Augustin, conserver f la charité dans le cœur, lors même qu'on est obligé € de faire au dehors des choses qui paraissent rudes t aux hommes , et de les frapper avec une âpreté € dure, mais bienfaisante; leur utilité devant être € préférée à leur satisfaction. » Je crois , mes pères, qu'il n'y a rien dans mes lettres qui témoigne que je n'aie pas eu ce désir pour vous ; et ainsi la charité vous oblige à croire que je Tai eu en effet , lorsque vous n'y voyez rien de contraire. Il paraît donc par là que vous ne pouvez montrer que j'aie péché contre cette règle, ni contre aucune de celles que la charité oblige de suivre; et c'est pourquoi vous n'avez aucun droit de dire que je l'aie blessée en ce que j'ai fait.

Mais si vous voulez , mes pères , avoir maintenant le plaisir de voir en peu de mots une conduite qui pèche contre chacune de ces règles , et qui porte véritablement le caractère de l'esprit de bouffonnerie, d'envie et de haine, je vous en donnerai des exemples ; et , afin qu'ils vous soient plus connus et plus familiers, je les prendrai de vos écrits mêmes.

Car, pour commencer par la manière indigne dont vos auteurs parlent des choses saintes , soit dans leurs railleries , soit dans leurs galanteries , soit dans leurs discours sérieux, trouvez-vous que tant de contes ridicules de votre père Binet, dans sa Consolation des maladeSy soient fort propres au dessein qu'il avait pris de consoler chrétiennement ceux que Dieu afflige?

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