SBNT. DES JÉS. SUR LES BANQUEROUTIERS. SS
argent et sans simonie. Mais je n'ai pas le loisir d'en dire davantage ; car il faut que je pense à me défendre contre votre troisième calomnie sur le sujet des banqueroutiers.
Pour celle-ci, mes pères, il n'y a rien de plus grossier. Vous me traitez d'imposteur sur le sujet d'un sentiment de Lessius que je n'ai poiut cité de moi-même, mais qui se trouve allégué par Escobar, dans un passage que j'en rapporte : et ainsi , quand il serait vrai que Lessius ne serait pas de l'avis qu'Escobar lui attribue , qu'y a-t-il de plus injuste que de s'en prendre à moi? Quand je cite Lessius et vos autres auteurs de moi-même , je consens d'en répondre : mais comme Escobar a ramassé les opinions de vingt -quatre de vos pères , je vous demande si je dois être garant d'autre chose que de ce que je cite de lui ; et s'il faut , outre ftela, que je réponde des citations qu'il fait luimême dans les passages que j'en ai pris? Cela ne serait pas raisonnable. Or c'est de quoi il s'agit en cet endroit. J'ai rapporté dans ma lettre ce passage d'Escobar traduit fort fidèlement , et sur lequel aussi vous ne dites rien : a Celui qui feiit banqueroute peut- € il en sûreté de conscience retenir de ses biens auc tant qu'il est nécessaire pour vivre avec honneur, € ne indecore vivat? Je réponds que oui avec Lessius, f cum Lessio assero possCf etc. » Sur cela vous me dites que Lessius n'est pas de ce sentiment. Mais pensez un peu où vous vous engagez. Car s'il est vrai qu'il en est , on vous appellera imposteurs , d'avoir assuré le contraire ; et s'il n'en est pas , Escobar sera l'imposteur : de sorte qu'il faut maintenant, par nécessité, que quelqu'un de la société soit convaincu d'impos-
tnre. Voyez an peu quel scandale! Aussf» vous ne savez prévoir la suite des choses. Il vous semble qu'il n'y a qu'à dire des injures aux personnes, sans penser sur qui elles retombent. Que ne faisiez -vous savoir votre difficulté à Escobar (1) , avant de la publier? il vous eût satisfaits. Il n'est pas si malaisé d'avoir des nouvelles de Valladolid , où il est en parfaite santé , et où il achève sa grande Théologie morale en six volumes, sur les premiers desquels je vous pourrai dire un jour quelque chose. On lui a envoyé les dix premières Lettres ; vous pouviez aussi lui envoyer votre objection, et je m'assure qu'il eût bien répondu:: car il a vu sans doute dans Lessius ce passage, d'où il a pris le ne indecore vivat. Lisez-le bien, mes pères, et vous l'y trouverez comme moi , lib. 2 , c. 1 6 , n. 45 : Idem colligitur aperte exjuribus citatis, maxime quoad ea bona qua post cessionem acquirit , de quibus is qui débiter est etiam ex delicto , potest retinere quantum necessarium est, ut pro sua conditione non indecoRBr VIVAT. Petcs an leges idpermiitant de bonis quœ tempore instantis cessionis kabebat ? Ita videtur col-' ligi ex DD.
Je ne m'arrêterai pas à vous montrer que Lessius, pour autoriser cette maxime, abuse de la loi, qui n'accorde que le simple vivre aux banqueroutiers , et non pas de quoi subsister avec honneur. Il suffît d'avoir justifié Escobar contre une telle accusation , c'est
(1) Par tout ce qu'Alegambe rapporte du père Antoine Escobar, il parait que c'était un bon homme , laborieux , et dévot à sa façon. On assure que quand 11 apprit combien il était cité dans les Lettres Provinciales , il en conçut une Joie extrême; il 8*en estimait beaucoup plus , et croyait valoir plus qu'auparavant. Nous avons son portrait, qui est singulier, et qui le représente co nme un bomme qui ne doutait de rien , tant il avait l'air résolu et décisif- Il i lourut U Yalla« doilfl en Espagne, le 4 julUet le'iO, ftgé de quatre-vingt-un au;;.