VASQUEZ TOUCHANT L'AUMONE. S
faire entendre que Vasquez ne parle, en l'endroit que j'ai cité , que selon le sens de Cajetan , et non pas selon le sien propre. Mais comme il n'y a rien de plus faux , et que vous ne l'avez pas dit nettement, je veux croire pour votre honneur que vous ne l'avez pas voulu dire.
Vous vous plaignez ensuite hautement de ce qu'a^ près avoir rapporté cette maxime de Vasquez : c A € peine se trouvera-t-il que les gens du monde , et € même les rois, aient jamais de superflu, j'en ai c conclu que les riches sont donc à peine obligés de € donner Taumône de leur superflu. » Mais que voulez-vous dire, mes pères? S'il est vrai que les riches n'ont presque jamais de superflu , n'est-il pas certain qu'ils ne .seront presque jamais obligés de donner l'aumône de leur superflu? Je vous en ferais un argument en forme, si Diana, qui estime tant Vasquez, qu'il l'appelle le phénix des esprits , n'avait tiré la même conséquence du même principe; car, après avoir rapporté cette maxime de Vasquez, il en conclut que c dans la question , savoir si les riches sont t obligés de donner l'aumône de leur superflu, quoi- € que l'opinion qui les y oblige fût véritable , il n'arf riverait jamais, ou presque jamais , qu'elle obligeât € dans la pratique. > Je n'ai fait que suivre mot à mot tout ce discours. Que veut donc dire ceci, mes pères? Quand Diana rapporte avec éloge les sentiments de Vasquez , quand il les trouve probables , et très-commodes pour les riches , comme il le dit au même lieu , il n'est ni calomniateur , ni faussaire , et vous ne vous plaignez point qu'il lui impose : au lieu que , quand je représente ces mêTY>es sentiments de
Vasquez, niais sans le traiter de phémx, je suis un imposteur , un faussaire , et un corrupteur de ses maximes. Certainement, mes pères, vous aXez sujet de craindre que la différence de vos traitements envers ceux qui ne diffèrent pas dans le rapport , mais seulement dans Testime qulls font de votre doctrine , ne découvre le fond de votre cœur , et ne fasse juger que vous avez pour principal objet de maintenir le crédit et la gloire de votre compagnie; puisque , tandis que votre théologie accommodante passe pour une sage condescendance , vous ne désavouez point ceux qui la publient , et au contraire vous les louez comme contribuant à votre dessein. Mais quand on la fait passer pour un relâchement pernicieux, alors le même intérêt de votre société vous engage à désavouer des maximes qui vous font tort dans le monde ; et ainsi vous les reconnaissez ou les renoncez , non pas selon la vérité qui ne change jamais ; mais selon les divers changements des temps, suivant cette parole d'un ancien ; Omnia pro temporCj nihil pro veritate. Prenez-y garde, mes pères; et, afin que vous ne puissiez plus m'accuser d'avoir tiré du principe de Vasquez une conséquence qu'il eût désavouée, sachez qu'il Ta tirée lui-même, c. 1 , n. 27. c A peine est-on r obligé de donner l'aumône, quand on n'est obligé à c la donner que de son superflu, selon l'opinion de € Cajetan et selon là mienne, etsecundum nostram. > Confessez donc, mes pères, par le propre témoignage de Vasquez, que j'ai suivi exactement sa pensée; et considérez avec quelle conscience vous avez osé dire que , c si l'on allait à la source , on verrait avec étonc nement qu'il y enseigne tout le contraire. »
Enfin, VOUS faites valoir, par-dessus tout ce que vous dites , que si Yasquez n'oblige pas les riches de donner Taumône de leur superflu, il les oblige en récompense de la donner de leur nécessaire. Mais vous avez oublié de marquer l'assemblage des conditions qu'il déclare êtra nécessaires pour former cette obligation, lesquelles j'ai rapportées, et qui la restreignent si fort , qu'elles l'anéantissent presque entièrement : et , au lieu d'expliquer ainsi sincèrement sa doctrine , vous dites généralement qu il oblige les riches à donner même ce qui est nécessaire à leur condition. C'est en dire trop , mes pères : la règle de l'Ëvangile ne va pas si avant : ce serait une autre erreur , dont Yasquez est bien éloigné. Pour couvrir son relâchement, vous lui attribuez un excès de sévérité qui le rendrait répréhensible , et par là vous vous ôtez la créance de l'avoir rapporté fidèlement. Mais il n'est pas digne de ce reproche, après avoir établi , comme je l'ai fait voir , que les riches ne sont pas obligés , ni par justice ni par charité, de donner de leur superflu, et encore moins du nécessaire , dans tous les besoins ordinaires des pauvres ; et qu'ils ne sont obligés de donner du nécessaire qu'en des rencontra si rares , qu'elles n'arrivent presque jamais.
Yous ne m'objectez rien davantage ; de sorte qu'il ne me reste qu'à faire voir combien est faux ce que vous prétendez , que Yasquez est plus sévère que Cajetan. Et cela sera bien facile, puisque ce cardinal enseigne qu'on est c obligé par justice de donner l'aumône de c son superflu , même dans les communes nécessités € des pauvres : parce que , selon les saints Pères, les t riches sont seulement dispensateurs de leur super-
• flu , pour le donner a qui ils veulent d'entre ceux c qui en ont besoin. > Et ainsi , au lieu que Diana dit des maximes de Vasquez qu'elles seront c bien comc modes et bien agréables aux riches et à leurs confest seurs > , ce cardinal , qui n*a pas une pareille consolation à leur donner, déclare, De eleem., c. 6, qu'il n'a • rien à dire aux riches que ces paroles de Jésusc Christ : Qu'il est plus facile qu'un chameau passe c par le trou d'une aiguille, que non pas quun riche € entre dans le ciel > ; et à leurs confesseurs : c Si un f aveugle en conduit un autre, ils tomberont tousdeux c dans le précipice >; tant il a trouvé cette obligation indispensable I Aussi c'est ce que les Pères et tous les saints ont établi comme une vérité constante, c II y a c deux cas, dit saint Thomas, 2, â, q. 148, art. 4, € ad. 2 , où Ton est obligé de donner l'aumône par un t devoir de justice, ex débita legali : Fun, quand les c pauvres sont en danger; Tautre, quand nous posc sédons des biens superflus. » Etq. 87, a. 1, ad. 4 : c Les troisièmes décimes que les Juifs devaient manc ger avec les pauvres ont été augmentées dans la loi t nouvelle , parce que Jésus-Christ veut que nous c donnions aux pauvres , non-seulement la dixième f partie , mais tout notre superflu. » Et cependant il ne plaît pas à Vasquez qu'on soit obligé d'en donner une partie seulement , tant il a de complaisance pour les riches , de dureté pour les pauvres , d'opposition à ces sentiments de charité qui font trouver douce la vérité de ces paroles de saint Grégoire , laquelle paraît si rude aux riches du monde : c Quand nous donnons € aux pauvres ce qui leur est nécessaire, nous ne leur c donnons pas tant ce qui est à nous que nous leur
€ rendons ce qui est à eux ; et c'est un devoir de jus- € tice plutôt qu'une œuvre de miséricorde. >
C'est de cette sorte que les saints recommandent aux riches de partager avec les pauvres les biens de la terre , s'ils veulent posséder avec eux les biens du ciel. Et au lieu que vous travaillez à entretenir dans les hommes l'ambition , qui fait qu on n a jamais de superflu, et l'avarice, qui refuse d'en donner quand on en aurait; les saints ont travaillé au contraire à porter les hommes à donner leur superflu , et à leur faire connaître qu'ils en auront beaucoup, s'ils le mesurent, non par la cupidité, qui ne souffre point de bornes , mais par la piété , qui est ingénieuse à se retrancher, pour avoir de quoi se répandre dans l'exercice de la charité, t Nous aurons beaucoup de superc flu , dit saint Augustin , si nous ne gardons que le € nécessaire; mais si nous recherchons les choses € vaines , rien ne nous suffira. Recherchez , mes frè- € res , ce qui suffit à l'ouvrage de Dieu > , c'est-à-dire à la nature; t et non pas ce qui suffit à votre cupit dite » y qui est l'ouvrage du démon : c et souvenezc vous que le superflu des riches est le nécessaire des € pauvres. >
Je voudrais bien, mes pères, que ce que je vous dis servît non-seulement à me justifier, ce serait peu, mais encore à vous faire sentir et abhorrer ce qu'il y a de corrompu dans les maximes de vos casuistes, afin . de nous unir sincèrement dans les saintes règles de l'Évangile , selon lesquelles nous devons tous être jugés.
Pour le second point, qui regarde la simonie, avant que de répondre aux reproches que vous me faites, je commencerai par l'éclaircissement de votre doctrine
so
sur ce sujet. Comme vous vous êtes trouvés embarrassés entre les canons de l'Église, qui imposent d'horribles peines aux simoniaques, et Favarice de tant de personnes qui recherchent cet infâme trafic, vous avez suivi votre méthode ordinaire, qui est d*accorder aux hommes ce qu'ils désirent , et de donner à Dieu des paroles et des apparences. Car qu'est-ce que demandent les simoniaques , sinon d'avoir de l'argent en donnant leurs bénéfices? Et c'est cela que vous avez exempté de simonie I Mais parce qu'il faut que le nom de simonie demeure , et qu'il y ait un sujet où il soit attaché, vous avez choisi pour cela une idée imaginaire , qui ne vient jamais dans l'esprit des simoniaques , et qui leur serait inutile , qui est d'estimer l'argent considéré en lui-même, autant que le bien spirituel considéré en lui-même. Car qui s'aviserait de comparer des choses si disproportionnées et d'un genre sidifl^érent? Et cependant, pourvu qu'on ne fasse pas cette comparaison métaphysique , on peut donner son bénéfice à un autre, et en recevoir de Kargent sans simonie selon vos auteurs.
C'est ainsi que vous vous jouez de la religion pour suivre la passion des hommes ; et voyez néanmoins avec quelle gravité votre père Valentia débite ses songes à l'endroit cité dans mes lettres , t. 3 , disp. 6, q. 16 , part. 3, p. 2044 : c On peut, dit-il, donner t un bien temporel pour un spirituel en deux manie* t res : l'une en prisant davantage le temporel que le c spirituel , et ce serait simonie ; l'autre en prenant
• le temporel comme le motif et la fin qui porte à t donner le spirituel , sans que néanmoins on prise le
* temporel plus que le spirituel, et alors ce n'est point
c simonie. Et la raisoû en est , que la sitnonie con- € siste à recevoir un temporel comme le juste prix t d*un spirituel. Donc, si on demande le temporel, f sipetatur temporale, non pas comme le prix , mais t comme le motif qui détermine à le conférer, ce n'est f point du tout simonie , encore qu*on ait pour fin et c attente principale la possession du temporel : mif nime erit simonia , etiamsi temporale principaliter t intendatur et expectetur, > Et votre grand Sanchez n*a-t-il pas eu une pareille révélation, au rapport d'Escobar , tr. 6, ex. 2, n. 40 ? Voici ses mots : c Si c on donne un bien temporel pour un bien spirituel , c non pas comme prix, mais comme un motif qui t porte le collateur à le donner, ou comme une rec connaissance, si on Ta déjà reçu, çst-ce simonie? t Sanchez assure que non. » Vos thèses de Caén , de 1644 : c C'est une opinioa probable , enseignée par c plusieurs catholiques , que ce n'est pas simonie de c donner un bien temporel pour un spirituel , quand € on ne le donne pas comme prix. » Et quant à Tannerus , voici sa doctrine , pareille à celle de Valenlia, qui fera voir combien vous avez tort de vous plaindre de ce que j'ai dit qu'elle n*est pas conforme à celle de saint Thomas , puisque lui-même Tavoue au lieu cité dans da lettre, t. S, disp. 5, p. 4519 : c II n'y a € point, dit-il, proprement et véritablement de simoc nie , sinon à prendre un bien temporel comme le c prix d'un spirituel : mais quand on le prend comme t un motif qui porte à donner le spirituel , ou comme c en reconnaissance de ce qu'on l'a donné , ce n'est c point simonie , au moins en conscience. » Et un peu après : c II faut dire la même chose , encore qu'on re-
f garde le temporel comme sa fin principale, et qu'on € le préfère même au spirituel ; quoique saint Thomas € et d'autres semblent dire le contraire, en ce qu'Us c assurent que c'est absolument simonie de donner un c bien spirituel pour un temporel, lorsque le temporel c en est la fin. »
Voilà, mes pères , votre doctrine de la simonie enseignée par vos meilleurs auteurs, qui se suivent en cela bien exactement. II ne me reste donc qu'à répondre à vos impostures. Vous n'avez rien dit sur l'opinion de Valentia, et ainsi sa doctrine subsiste après votre réponse. Mais vous vous arrêtez sur celle de Tannerus , et vous dites qu'il a seulement décidé que ce n'était pas une simonie de droit divin ; et vous voulez faire croire que j'ai supprimé de ce passage ces paroles, de droit divin, sur quoi vous n'êtes pas raisonnables , mes pères : car ces termes , de droit divin , ne furent jamais dans ce passage. Vous ajoutez ensuite que Tannerus déclare que c'est une simonie de droit positif. Vous vous trompez , mes pères : il n'a pas dit cela généralement, mais sur des cas particuliers , in casibus a jure expressis , comme il le dit en cet endroit. En quoi il fait une exception de ce qu'il avait établi en général dans ce passage, que « ce c n'est pas simonie en conscience ; » ce qui eilferme que ce n'en est pas aussi une de droit positif, si vous ne voulez faire Tannerus assez impie pour soutenir qu'une simonie de droit positif n'est pas simonie en conscience. Mais vous recherchez à dessein ces mots de « droit divin , droit positif, droit naturel , « tribunal intérieur et extérieur, cas exprimés dans le « droit , présomption externe , » et les autres qui sont
pea connus, afin d'échapper sous cette obscurité, et de faire perdre la vue de vos égarements. Vous n'échapperez pas néanmoins , mes pères , par ces vaines subtilités : car je vous ferai des questions si simples , qu'elles ne seront point sujettes au Distinguo.
Je vous demande donc, sans parler de droit positif y ni de présomption externe, ni de tribunal extérieur, si un bénéficier sera simoniaque, selon vos auteurs , en donnant un bénéfice de quatre mille livres de rente , et recevant dix mille francs argent comptant , non pas comme prix du bénéfice , mais comme un motif qui le porte à le donner. Répondezmoi nettement , mes pères : que faut-il conclure sur ce cas, selon vos auteurs? Tannerus ne dira-t-il pas formellement que « ce n*est point simonie en « conscience , puisque le temporel n'est pas le prix du a bénéfice , mais seulement le motif qui le fait don- « ner? » Valentia, vos thèses de Caen, Sanchez et Escobar, ne décideront-ils pas de même c que ce n'est f pas simonie, » par la même raison? En faut-il davantage pour excuser ce bénéficier de simonie? et oseriez-vous le traiter de simoniaque dans vos confessionnaux, quelque sentiment que vous en ayez par vous-mêmes , puisqu'il aurait droit de vous fermer la bouche, ayant agi selon l'avis de tant de docteurs graves? Confessez donc qu'un tel bénéficier est excusé de simonie , selon vous ; et défendez maintenant cette doctrine, si vous le pouvez.
Voilà, mes pères , comment il faut traiter les questions pour les démêler, au lieu de les embrouiller, ou par des termes d'école , ou en changeant l'état de la question , comme vous faites dans votre dernier repro-
che en cette sorte. Tanneras, dites-vous, déclare au moins qu'un tel échange est un grand péché ; et vous me reprochez d'avoir supprimé malicieusement cette circonstance qui le justifie entièrement , à ce que vous prétendez. Mais vous avez tort , et en plusieurs manières. Car, quand ce que vous dites serait vrai , il ne s'agissait pas , au lieu où j*en parlais, de savoir s'il y avait en cela du péché , mais seulement s4I y avait de la simonie. Or ce sont deux questions fort séparées ; les péchés n'obligent qu'à se confesser, selon vos maximes ; la simonie oblige à restituer : et il y a des personnes à qui cela paraîtrait assez différent. Car vous avez bien trouvé des expédients pour rendre la confession douce, mais vous n'en avez point trouvé pour rendre la restitution agréable. J*ai à vous dire de plus que le cas que Tannerus accuse de péché n'est pas simplement celui où Ton donne un bien spirituel pour un temporel, qui en est le motif même principal ; mais il ajoute : « encore que l'on prise le temporel c plus que le spirituel , > ce qui est ce cas imaginaire dont nous avons parlé. Et il ne fait pas de mal de charger celui-là de péché, puisqu'il faudrait être bien méchant, ou bien stupide, pour ne vouloir pas éviter un péché par un moyen aussi facile qu'est celui de s'abstenir de comparer les prix de ces deux choses , lorsqu'il est permis de donner l'une pour l'autre. Outre que Valentia , examinant , au lieu déjà cité , s'il y a du péché à donner un bien spirituel pour un temporel , qui en est le motif principal , rapporte les raisons de ceux qui disent que oui, en ajoutant : Sed hoc non videtur mihi satis certum : cela ne me parait pas assez certain.
Mais, tlepuis, votre père Érade Bille, professeur des cas de conscience à Caen, a décidé qu'il n'y a en cela aucun péché ; car les opinions probables vont toujours en mûrissant. Cest ce qu'il déclare dans ses écrits de 4644, contre lesquels M. Dupré, docteur et professeur à Caen, fit cette belle harangue imprimée, qui est assez connue. Car, quoique ce père Ërade Bille reconnaisse que la doctrine de Valentia , suivie par le père Milhard , et condamnée en Sorboune, soit € contraire au sentiment commun, suspecte de simoc nie en plusieurs choses, et punie en justice, quand c la pratique en est découverte , » il ne laisse pas de dire que c'est une opinion probable , et par conséquent sûre en conscience , et qu'il n*y a eu cela ni simonie, ni péché, c C'est, dit-il, une opinion proc bable et enseignée par beaucoup de docteurs cathof liques , qu il n'y a aucune simonie ni aucun péché f à donner de l'argent , ou une autre chose tempo- € relie, pour un bénéfice, soit par forme de reconc naissance , soit comme un motif sans lequel on c ne le donnerait pas , pourvu qu'on ne le donne pas c comme un prix égal au bénéfice. > C'est là tout ce qu'on peut désirer. Et , selon toutes ces maximes , vous voyez , mes pères , que la simonie sera si rare , qu'on en aurait exempté Simon même le magicien , qui voulait acheter le Saint-Esprit , en quoi il est l'image des simoniaques qui achètent; et Giezi, qui reçut de l'aident pour un miracle , en quoi il est la figure des simoniaques qui vendent. Car il est sans doute que quand Simon , dans les Actes , offrit de V argent aux apôtres pour avoir leur puissance, il ne se servit ni» des termes d'acheter, ni de vendre ,
ni de prix , et qu'il ne fit autre chose que d'offrir de l'argent, comme un motif pour se faire donner ce bien spirituel. Ce qui étant exempt de simonie, selon vos auteurs , il se fût bien garanti de Tanathème de saint Pierre , s'il eût été instruit de vos maximes. Et cette ignorance fit aussi grand tort à Giezi , quand il fut frappé de la lèpre par Elisée; car, n'ayant reçu l'argent de ce prince guéri miraculeusement que comme une reconnaissance , et non pas comme un prix éga) à la vertu divine qui avait opéré ce miracle, il eût obligé Elisée à le guérir, sur peine de péché mortel , puisqu'il aurait agi selon tant de docteurs graves , et qu'en pareils cas vos confesseurs sont obligés d'absoudre leurs pénitents, et de les laver de la lèpre spirituelle, dont la corporelle n'est que la figure.
Tout de bon, mes pères, il serait aisé de vous tourner là-dessus en ridicule ; je ne sais pourquoi vous vous y exposez. Car je n'aurais qu'à rapporter vos autres maximes, comme celle-ci d'Escobar dans la Pra» tique de la simonie selon la société de Jésus , tr. 6 , ex. 2, n. 44 : € Est-ce simonie, lorsque deux reli- « gieux s'engagent l'un à l'autre en cette sorte : Donce nez-moi votre voix pour me faire élire provincial , et a je vous donnerai la mienne pour vous faire prieur? « Nullement. » Et cette autre, tr. 6, n. 14 : c Ce 9 n'est pas simonie de se faire donner un bénéfice < en promettant de l'argent, quand on n'a pas dessein « de payer en effet; parce que ce n'est qu'une simoc nie feinte, qui n'est non plus vraie que du faux or « n'est pas du vrai or. » C'est par cette subtilité de conscience qu'il a trouvé le moyen , en ajoutant la fourbe à la simonie, de faire avoir des bénéfices sans