‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 55 sur 83 · M£S RÉVÉRENDS PÈRES · texte numérisé non relu

M£S RÉVÉRENDS PÈRES

Voici la suite de vos calomnies, oii je répondrai d'abord à celles qui restent de vos Avertissements. Mais

comtoe tous vos autres livres en sont également remplis , ils me fourniront assez de matière pour vous entretenir sur ce sujet autant que je le jugerai nécessaire. Je vous dirai donc en un mot, sur cette fable que vous avez semée dans tous vos écrits contre M. dTpres , que vous abusez malicieusement de quelques paroles ambiguës d'une de ses lettres , qui , étant capables d'un bon sens, doivent être prises en bonne part , selon Tesprit de TÉglise , et ne peuvent être prises autrement que selon l'esprit de votre société. Car pourquoi voulez-vous qu'en disant à son ami : c Ne vous c mettez pas tant en peine de votre neveu ; je lui fourf nirai ce qui est nécessaire de l'argent qui est entre c mes mains > , il ait voulu dire par là qu'il prenait cet argent pour ne le point rendre, et non pas qu'il l'avançait seulement pour le remplacer? Mais ne fautil pas que vous soyez bien imprudents d'avoir fourni vous-mêmes la conviction de votre mensonge par les autres lettres de M. d'Ypres que vous avez imprimées, qui marquent visiblement que ce n'était en effet que des avances qu'il devait remplacer I C'est ce qui paraît dans celle que vous rapportez , du 30 juillet 4 619, en ces termes qui vous confondent : c Ne vous souciez « pas DES avances; il ne lui manquera rien tant qu'il c .sera ici. » Et par celle du 6 janvier 4 620 , où il dit : € Vous avez trop de hâte; et quand il serait question € de rendre compte , le peu de crédit que j'ai ici me f ferait trouver de Targent au besoin. »

Vous êtes donc des imposteurs , mes pères , aussi bien sur ce sujet que sur votre conte ridicule du tronc de Saint-Merri. Car quel avantage pouvez-vous tirer de l'accusation qu'un de vos bons amis suscita à cet

ecclésiastique cfue vous voulez déchirer? Doit-on conclure qu'un homme est coupable parce qu'il est accusé? Non , mes pères : des gens de piété comme lui pourront toujours être accusés tant qu'il y aura au monde des calomniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par Taccusation , mais par l'arrêt , qu'il en faut juger. Or l'arrêt qui en fut rendu , le 23 février 4656, le ju&tifie pleinement; outre que celui qui s'était engagé témérairement dans cette injuste procédure fut désavoué par ses collègues, et forcé lui-même à la rétracter. Et quant à ce que vous dites au même lieu de ce c fameux directeur qui se fit riche en un moment € de neuf cent mille livres » , il suffit de vous renvoyer à MM. les curés de Saint-Roch et de Saint-Paul, qui rendront témoignage à tout Paris de son parfait désintéressement dans cette affaire, et de votre malice inexcusable dans cette imposture.

En voilk assez pour des faussetés si vaines. Ce ne sont Ik que les coups d'essai de vos novices, et non pas les coups d'importance de vos grands profès. J'y viens donc, mes pères; je viens à cette calomnie, l'une des plus noires qui soient sorties de votre esprit. Je parle de cette audace insupportable avec laquelle vous avez osé imputer et de saintes religieuses et à leurs directeurs c de ne pas croire le mystère de^ c la transsubstantiation , ni la présence réelle de € Jésus-Christ dans l'eucharistie. » Voilà, mes pères, une imposture digne de vous; voilà un crime que Dieu seul est capable de punir, comme vous seuls êtes capables de le commettre. Il faut être aussi humble que ces humbles* calomniées , pour le souffrir avec patience ; et il faut être aussi méchants que de si mé-

chants calomniateurs pour le croire. Je n'entreprends donc pas de les en justifier; elles n'eu sont point suspectes. Si elles avaient besoin de défenseurs, elles en auraient de meilleurs que moi. Ce que j'en dirai ici ne sera pas pour montrer leur innocence, mais pour montrer votre malice. Je veux seulement vous ea faire horreur à vous-mêmes , et faire entendre k tout le monde qu'après cela il n'y a rien dont vous ne soyez capables.

. Vous ne manquerez pas néanmoins de dire que le suis de Port-Royal ; car c'est la première chose que vous dites à quiconque combat vos excès : comme si on ne trouvait qu'à Port-Royal des gens qui eussent assez de zèle pour défendre contre vous la pureté de la morale chrétienne. Je sais , mes pères , le mérite de ces pieux solitaires qui s'y étaient retirés., et combien l'Église est redevable à leurs ouvrages si édifiants et si solides. Je sais combien ils ont de piété et de lumières ; car encore que je n'aie jamais eu d'établissement avec eux , comme vous le voulez faire croire sans que vous sachiez qui je suis , je ne laisse pas d'en connaître quelques-uns, et d'honorer la vertu de tous. Mais Dieu n'a pas renfermé dans (îe nombre seul tous ceux qu'il veut opposer à vos désordres. J'espère avec son secours , mes pères , de vous le faire sentir ; et , 15'il me fait la grâce de me soutenir dans le dessein qu'il me donne d'employer pour lui tout ce que j'ai reçu de lui , je vous parlerai de telle sorte que je vous ferai peut-être regretter de n'avoir pas affaire k un homme de Port-Royal. Et pour vous le témoigner, mes pères, c^st qu'au lieu que ceux que vous outragez par celte insigne calomnie se contentent d'offrir k Dieu leursgé-

raissemenls pour vous en obtenir pardon , je me sens obligé, moi, qui n'ai point de part à cette injure, de vous en faire rougir k laface de toute l'Église, pour vous procurer cette confusion salutaire dont parle l'Écriture, qui est presque Tunique remède d'un endurcissement tel que le vôtre : Impie faciès eorum ignominia , et quœrent nomen tuum , Domine,

Il faut arrêter celte insolence , qui n'épargne point les lieux les plus saints. Car qui pourra être en sûreté après une calomnie de cette nature? Quoi I mes pères, afficher vous-mêmes dans Paris un livre si scandaleux, avec le nom de votre père Meynier à la tête, et éous cet infâme titre : « Le Port -Royal et Genève « d'intelligence contre le très-saint sacrement de Taua tel , » où vous accusez de cette apostasie non-seulement M. Tabbé de Saint-Cyran et M. Ârnauld , mais aussi la mère Agnès sa sœur, et toutes les religieuses de ce monastère , dont vous dites , p. 96 , « que leur « foi est aussi suspecte touchant l'eucharistie, que « celle de M. Arnauld, » lequel vous soutenez, p. 4, être c effectivement calviniste I » Je demande là-dessus k tout le monde s'il y a dans l'Église des personnes sur qui vous puissiez faire tomber un si abominable reproche avec moins de vraisemblance. Car, ditesmoi , mes pères , si ces religieuses et leurs directeurs étaient c d'intelligence avec Genève contre le trèst saint sacrement de l'autel » ( ce qui est horrible à penser), pourquoi auraient-elles pris pour le principal objet de leur piété ce sacrement qu'elles auraient en abomination? Pourquoi auraient-elles joint k leur règle l'institution du Saint-Sacrement? Pourq^toi auraient-<îlles pris l'habit du Saint-Sacrement, pris 1

nom de tilles du Saint-Sacrement, appelé leur église l'Église du Saint-Sacrement? Pourquoi auraient-elles demandé et obtenu de Rome la confirmation de cet(,e institution, et le pouvoir de dire tous les jeudis Toffice du saint sacrement, où la foi de l'Église est si parfaitement exprimée, si elles avaient conjuré avec Genève d'abolir cette foi de l'Église? Pourquoi se seraient-elles obligées , par une dévotion particulière , approuvée aussi par le pape , d'avoir sans c^sse, nuit et jour, des religieuses en présence de cette sainte hostie, pour réparer, par leurs adorations perpétuelles envers ce sacrifice perpétuel , l'impiété de l'hérésie qui l'a voulu anéantir? Dites-moi donc, mes pères, si vous le pouvez, pourquoi de tous les mystères de notre religion elles auraient laissé ceux qu'elles croient, pour choisir celui qu'elles ne croient pas ; et pourquoi elles se seraient dévouées d'une manière si pleine et si entière à ce mystère de notre foi , si elles le prenaient, comme les hérétiques, pour le mystère d'iniquité? Que répondrez-vous , mes pères , à des témoignages si évidents, non pas seulement de paroles, mais d'actions ; et non pas de quelques actions particulières, mais de toute la suite d'une vie entièrement consacrée à l'adoration de Jésus-Christ résidant sur nos autels? Que répondrez-vous de même aux livres que vous appelez de Port-Royal, qui sont tous remplis des termes les plus précis dont les Pères et les conciles se soient servis pour marquer l'essence de ce mystère? C'est une chose ridicule , mais horrible, de vous y voir répondre dans tout votre libelle en cette sorte ; M. Arnauld , dites-vous , parle bien de trans^ substantiation, mais il entend peut-^tre une transsub^

stantiation significative. Il témoigne bien croire laprésence réelle; mais qui nous a dit qu'il ne Tentend pas d'une figure vraie et réelle? Oh en sommes-nous, mes pères? et qui ne ferez-vous point passer pour calviniste quand il vous plaira, si on vous laisse la licence de corrompre les expressions les plus canoniques et les plus saintes par les malicieuses subtilités de vos nouvelles équivoques? Car qui s'est jamais servi d'autres termes que de ceux-là, et surtout dans de simples discours de piété, où il ne s'agit point de controverses? Et cependant l'amour et le respect qu'ils ont pour ce saint mystère leur en a tellement fait remplir tous leurs écrits, que je vous défie , mes pères , (pielque artificieux que vous soyez , d'y trouver ni la moindre apparence d'ambiguïté , ni la moindre convenance avec les sentiments de Genève. Tout le monde sait, mes pères, que l'hérésie de Genève consiste essentiellement, comme vous le rapportez vous-mêmes , k croire que Jésus-Christ n'est point enfermé dans ce sacrement ; qu'il est impossible qu'il soit en plusieurs lieux ; qu'il tfest vraiment que dans le ciel, et que ce n'est que là où on le doit adorer, et non pas sur l'autel ; que la substance du pain demeure ; que le corps de Jésus-Christ n'entre point dans la bouche ni dans la poitrine ; qu'il n'est mangé que par la foi, et qu'ainsi les méchants ne le mangent point; et que la messe n'est point un sacrifice, mais une abomination. Écoulez donc, mes pères, de quelle manière c Port-Royal est d'intelligence avec Genève € dans leurs livres. » On y lit, à votre confusion, que c la chair et le sang de Jésus-Christ sont contet nus sous les espèces du pain et du vin, * 2® Lettre de M. Ârnauld , p. 259 ; que c le saint des saints est

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