‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 9 sur 83 · MÉPRIS DES SAINTS PÈRES · texte numérisé non relu

MÉPRIS DES SAINTS PÈRES

glise sont contraires au sentiment de quelqu*un de vos casuistes.

Vous Tentendez bien peu, me dit -il. Les Pères étaient bons pour la morale de leur temps ; mais ils sont trop éloignés pour celle du nôtre. Ce ne soiit plus eux qui la règlent , ce sont les nouveaux casuistes. Écoutez notre père Cellot, de Hier. , 1. 8 , cap. 16 , p. 7U , qui suit en cela notre fameux père Reginaldus { a Dans les questions de morale, les nouveaux ca- « suistes sont préférables aux anciens Pères^^uoiqu'il^ a fussent plus proches des apôtres. » Et c'est en suivaut cette maxime que Diana parle de cette sorte, p. 5, Ir. 8, reg. 31 : <r Les bénéficiers sont-ils obligés de res- « tituer leur revenu dont ils disposent mal? Les an- « ciens disaient que oui, mais les nouveaux disent que « non : ne quittons donc pas cette opinion, qui déa charge de l'obligation de restituer. » Voilà de belles paroles, lui dis-je, et pleines de consolation pour bien du monde. Nous laissons les Pères , me dit-il , à ceux qui traitent la positive ; mais pour nous , qui gouvernons les consciences, nous les lisons peu, et ne citons dans nos écrits que les nouveaux casuistes. Voyez Diana , qui a tant écrit ; il a mis à l'entrée de ses livres la liste des auteurs qu'il rapporte. Il y en a deux cent quatre-vingt-seize , dont le plus ancien est depuis quatre-vingts ans. Cela est donc venu au mond . depuis votre société? lui dis-je. Environ, me répondit-il. C'est-à-dire, mon père, qu'à votre arrivée on a vu disparaître saint Augustin , saint Chrysostôme , saint Ambroise , saint Jérôme , et les autres, pour ce qui est de la morale. Mais au moins que je sache les noms de ceux qui leur ont succédé : qui sont-ils y ces

i(tt CINQUIÈltfE LETTRE.

nouveaux auteurs ? Ce sont des gens bien habiles et bien célèbres, me dit-il. C'est Villalobos, Conink, Llaraas, Achokier, Dealkozer, Dellacruz, Veracruz, Ugolin, Tambourin, Fernandez, Martinez, Suarez, Henriquez, Vasquez, Lopez, Gomez, Sanchez, de Vechis, de Grassis, deGrassalis, dePitigianis, deGraphaeis, Squilanti, Bizozerî, Barcola, de Bobadilla, Simancha, Ferez d% Lara , Aldretta , Lorca , de Scarcia , Quaranta , Scophra, Pedrezza, Cabrezza, Bisbe, Dias, deClavasio , Vitlagut , Adam à Manden , Iribarne , Binsfeld, Volfangi èi Vorberg, Vosthery , Strevesdorf. 0 mon père I lui dis-je tout effrayé , tous ces gens-là. étaientils chrétiens? Comment, chrétiens! me répondit-il. Ne vous disais-je pas que ce sont les seuls par lesquels nous gouvernons aujourd'hui la chrétienté? Cela me fit pitié ; mais je ne lui en témoignai rien , et lui dekmandai seulement si tous ces auteurs-là étaient jésuites. Non, me dit-il, mais il n'importe; ils nont pas laissé de dire de bonnes choses. Ce n'est pas que la plupart ne les ait prises ou imitées des nôtres ; mais nous ne nous piquons pas d'honneur, outre qu'ils citent nos pères à toute heure et avec éloge. Voyez Diana, qui n'est pas de notre société; quand il parle de Vasquez, il l'appelle le phénix des esprits. Et quelquefois il dit « que Vasquez seul lui est autant que € tout le reste des hommes ensemble, instar omnium. » Aussi tous nos pères se servent fort souvent de ce bon Diana ; car si vous entendez bien notre doctrine de la probabilité, vous verrez que cela n'y fait rien. Au contraire , nous avons bien voulu que d'autres que les jésuites puissent rendre leurs opinions probables , afin qu'on ne puisse pas nous les imputer toutes. Et

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