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MÉPRIS DES SAINTS PÈRES

ainsi, quand quelque auteur que cesoiten a avancé une, nous avons droit de la prendre , si nous le voulons , par la doctrine des opinions probables ; et nous n'en sommes pas les garants , quand l'auteur n'est pas de notre corps. J'entends tout cela, lui dis-je. Je vois bien par là que tout est bien venu chez vous , hormis les anciens Pères , et que vous êtes les maîtres de la campagne. Vous n'avez plus qu'à courir.

Mais je prévois trois ou quatre grands inconvénients , et de puissantes barrières qui s'opposeront à votre course. Et quoi? me dit le père tout étonné, C'est, lui répondis-je, TÉcriture sainte, les papes et les conciles , que vous ne pouvez démentir, et qui sont tous dans la voie unique de l'Évangile. Est-ce là tout? me dit-il. Vous m'avez fait peur. Croyez-vous qu'une chose si visible n'ait pas été prévue , et que nous n'y ayons pas pourvu? Vraiment je vous admire, de penser que nous soyons opposés à l'Écriture , aux papes ou aux conciles ! Il faut que je vous éclaircisse du contraire. Je serais bien marri que vous crussiez que nous manquons à ce que nous leur devons. Vous avez sans doute pris cette pensée de quelques opinions de nos pères qui paraissent choquer leurs décisions , quoique cela ne soit pas. Mais , pour en entendre Taccord , il faudrait avoir plus de loisir. Je souhaite que vous ne demeuriez pas mal édifié de nous. Si vous voulez que nous nous revoyions demain, je vous en donnerai l'éclaircissement.

Voilà la fin de cette conférence , qui sera celle de cet entretien ; aussi en voilà bien assez pour une lettre. Je m'assure que vous en serez satisfait en attendant la suite. Je suis, etc.

404 SIXIÈME LErrRE.

Différents artifices des jésuites pour éluder rautorité de TÉvangile , des conciles et des papes. — Quelques conséquences qui suivent de leur doctrine sur la probabilité. —Leurs relâchements en faveur des bénéficiers, des prêtres, des religieux et des domestiques. — Histoire de Jean d'Alba.

De Paris, ce 10 avril 16S0.

Monsieur,

Je vous ai dit , à la fin de ma dernière lettre*, que ce bon père jésuite m*avait promis de m'apprendre de quelle sorte les casuistes accordent les contrariétés qui se rencontrent entre leurs opinions et les décisions des papes, des conciles et de TÉcriture. Il m'en a instruit, en effet, dans ma seconde visite, dont voici le récit (2).

Ce bon père me parla de cette sorte : Une des manières dont nous accordons ces contradictions apparentes, est par Tinterprétation de quelque terme. Par exemple , le pape Grégoire XIV a déclaré que les assassins sont indignes de jouir de Fasile des églises , et

(1) Cette lettre a été revue par M. Nicole.

(2) c Le père Daniel ( VP Entretien), fait remarquer qa*au commencement de la sixième Lettre, Pascal dit, en parlant du récit de sa seconde visite : < Je le ferai f«e récit) plus exactement que l'autre, car j'y portai des tablettes pour marquer les citations des passages, et je fus bien fàcbé de n'en avoir point apporté dès la première fois. Néanmoins, si vous êtes en peine de quelqu'un de ceux que je vous ai cités dans Tautre Lettre, faites-le-moi savoir; je vous satisferai facilement. > Cette pbrase, qui se trouve dans les premières éditions , a été supprimée depuis ; elle indique, en effet, l'invraisemblance plutôt qu'elle ne la corrige. D'ailleurs, dans la Lettre précédente, où // n'avait pas de tablettes, Pascal ne cite pas moins textuellement les passages. Seulement, soit qu'on lui eût fait l'objection dans l'intervalle de la cinquième à la sixième Lettre, soit qu'il sentit le besoin d'une précaution pour 'arriver k l'indication détaillée des chapitre, page, paragraphe, etc., il glisse cette phrase s\ui fUI depuis jugée inutUe ». Sainte-Deuve , Port'Royal, tom. III, pag. 30-Sl.

AUTORITÉS ÉLUDÏlES. «05

qu'on îes en doit arracher. Cependant nos vingt-quatre vieillards disent, tr. 6, ex. 4, n. 27, qu^ € tous « ceux qui tuent en trahison ne doivent pas encourir « la peine de celte bulle. » Cela vous paraît être contraire ; mais on l'accorde , en interprétant le mot d'assassin , comme ils font par ces paroles : « Les assas- « sins ne sont-ils pas indignes de jouir du privilège « des églises? Oui, par la bulle de Grégoire XIV. j. « Mais nous entendons par le mot d'assassins ceux « qui ont reçu de Targent pour tuer quelqu'un en tract hison. D'où il arrive que ceux qui tuent sans en re- « cevoir aucun prix, mais seulement pour obliger leurs « amis , ne sont pas appelés assassins. » De même il est dit dans l'Évangile : « Donnez l'aumône de votre « superflu. > Cependant plusieurs casuistes ont trouvé moyen de décharger les personnes les plus riches de l'obligation de donner l*aumône. Cela vous parait encore contraire ; mais on' en fait voir facilement l'accord, en interprétant le mot de superflu; en sorte qu'il n'arrive presque jamais que personne en ait. Et c'est ce qu'a fait le docte Vasquez en cette sorte , dans son Traité de Vaumône , c. 4, n. 14 : « Ce que « les personnes du monde gardent pour relever leur € condition et celle de leurs parents n'est pas appelé a superflu. Et c'est pourquoi à peine trouvera-t-on « qu'il y ait jamais de superflu chez les gens du monde, a et non pas même chez les rois. > .

Aussi Diana ayant rapporté ces mêmes paroles de Vasquez , car il se fonde ordinairement sur nos pères, il en conclut fort bien que , c dans la question , si les a riches sont obligés de donner l'aumône de leur sucperflu, encore que Tafflrmative fût véritable, il

« n'arrivera jamais , ou presque jamais , qu'elle oblige « dans la pratique. i>

Je vois bien , mon père , que cela suit oe la doctrine de Vasquez. Mais que répondrait-on, si l'on objectait qu'afin de faire son salut, il serait donc aussi sûr, selon Vasquez , de ne point donner l'aumône , pourvu qu*on ait assez d'amlîition pour n'avoir point de superflu , qu'il est sûr, selon l'Évangile , de n'avoir point d'ambition, afin d'avoir du superflu pour en pouvoir donner l'aumône? Il faudrait répondre, me ditil , que toutes ces deux voies sont sûres selon lemême Évangile : Tune , selon l'Évangile dans le sens le plus littéral et le plus facile à trouver; l'autre, selon le même Évangile, interprété par Vasquez. Vous voyez par là l'utilité des interprétations.

Mais quand les termes sont si clairs qu'ils n'en souffrent aucune , alors nous nous servons de la remarque des circonstances favorables, comme vous verrez par cet exemple. Les papes ont excommunié les religieux qui quittent leur habit; et nos vingt-quatre vieillards ne laissent pas de parler en cette sorte, tr. 6, ex. 7, n. 103 : a En quelles occasions un religieux « peut-il quitter son habit sans encourir l'excommuni- « cation? » Il en rapporte plusieurs, et entre autres celle-ci : « S'il le quitte pour une cause honteuse , « comme pour aller filouter, ou pour aller incognito « en des lieux de débauche , le devant bientôt repren- « dre. » Aussi il est visible que les bulles ne parlent point de ces cas-lk.

J'avais peine à croire cela , et je priai le père de me le montrer dans l'original ; je vis que le chapitre où sont ces paroles est intitulé : t Pratique selon l'école

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