ORIGINE ET DUREE DE LA PROXENIE ATHENIENNE
A Athènes , la proxénie ordinaire apparaît toute constituée et déjà ancienne au commencement du cinquième siècle. Alexandre de Macédoine était proxène et bienfaiteur d'Athènes ; c'est en cette qualité que Mardonios le chargea d'une mission en Attique (I). Le premier des proxènes athéniens que nous connaissions apparaît avec ce caractère de conciliateur entre les Etats que ces personnages conservèrent pendant les deux siècles suivants. Un autre proxène athénien du même temps , Arthmios de Zelia , poussa trop loin l'amour de la conciliation : il se laissa acheter par le grand roi et prêcha la paix aux Athéniens ; on le chassa , on faillit le tuer (2). Parmi ces premiers proxènes athéniens, on ne saurait oublier Pindare (3). Dans une ode , il avait appelé Athènes « le rempart de la Grèce. » Les Thébains , qui avaient marché avec les Perses, virent dans cet éloge un reproche indirect de leur conduite et condamnèrent le poète à une amende. Les Athéniens reconnaissants le nommèrent leur hôte public, payèrent l'amende et lui firent un cadeau de mille drachmes.
Le premier document athénien de proxénie qui subsiste encore
(1) Hérodote, VIII, 136 : « m>66fi£vo; ôtt 7rp6?£t-/6; te eît] y.ai z\>epyÉTt)ç 6 'AXéfav- 6po;. "
(2) Eschine, Couronne, 25S. Dinarque, contre Philoclès, 21.
3) Isocrate, Antiiosis, 16b : « ùiate xaî npoÇevov nonjaeurtai. »
est du milieu du cinquième siècle (1). L'institution dura pendant quatre siècles, aussi longtemps que l'indépendance réelle ou nominale de la Grèce. Elle fut. entre les mains des Athéniens, un admirable instrument de propagande politique et commerciale , dont leurs hommes d'Etat se servirent en pleine connaissance de cause. L'abus ne vint qu'après l'usage. Les Athéniens eurent des proxènes sur tous les points du monde grec, dans toutes les villes où abordaient les marchands. Le dernier hôte public d'Athènes que nous connaissions, ou l'un des derniers, est un Romain du second siècle avant notre ère, L. Hortensius (2).
Il est beaucoup de ces proxènes dont on sait le nom . la patrie, l'époque, souvent la biographie. Une trentaine appartiennent au cinquième siècle , une cinquantaine au quatrième. Combien s'est-il perdu de ces documents, précieux pour l'histoire du commerce et de la diplomatie athénienne? Ainsi, l'on avait accordé des privilèges et sans doute la proxénie à plusieurs étrangers qui avaient contribué à renverser l'aristocratie des Quatre-Cents et accueilli plus tard les Athéniens émigrés pendant la tyrannie des Trente (3). Des stèles où étaient gravé ces titres, on n'a rien trouvé.
Un fait cependant est certain. C'est que les destinées de la proxénie athénienne ont été liées à celles du commerce et de la puissance athénienne. Les actes conservés sont infiniment moins nombreux depuis la fin du quatrième siècle. Ce fait mérite d'être signalé ; car, dans les autres séries épigraphiqnes , les documents postérieurs à Alexandre l'emportent de beaucoup par le nombre. La suprématie maritime appartient dès lors à Rhodes , à Délos, à tous, sauf à Athènes; ce sont aussi ces villes rivales qui sont, depuis le troisième siècle, le plus de proxènes.
(1) Bull, it corr. MU*.. I, 303.
(3) Démosthène, contre \a\ :