‹ Les proxénies grecquesChapitre 16 sur 72 · LA PROXÉNIK LITURGIQUE A ATHÈNES · texte numérisé non relu

LA PROXÉNIK LITURGIQUE A ATHÈNES

proxène volontaire (lôsXoTrpdijevoç), non point désigné par sa patrie (irpoçevoç xeXeuo'fxevo?) . La proxénie liturgique aurait donc existé aussi à Corcyre : Thucydide et son scoliaste en parlent comme d'une institution familière à des lecteurs athéniens (1).

Le scoliaste de Démosthène, commentant un passage de la Midienne, écrit : « On appelait proxènes les citoyens nommés par » l'Etat pour recevoir les ambassadeurs des autres villes (2). » Il s'agit bien là, ce semble, d'un orateur athénien , d'une institution athénienne. Platon , dans les Lois (3) , demande que l'hospitalité au nom de l'Etat soit toujours donnée par des citoyens officiellement désignés à cet effet; il veut généraliser une institution qui, de son temps, était exceptionnelle; car, au cinquième et au quatrième siècle , les ambassadeurs des villes étrangères étaient reçus d'ordinaire soit par le représentant de leur patrie soit par un simple particulier qui voulait obtenir d'une ville étrangère un contrat de proxénie. C'était la cause de bien des abus et de bien des trahisons; Eschine et Démosthène y font allusion dans leurs grands plaidoyers, quand ils se reprochent mutuellement d'avoir reçu chez eux. le premier les ambassadeurs de Clitarque et de Philistide, le second ceux de Philippe : « Koà o-ù Ttpoljeveïç aù-rwv; » s'écrie Démosthène (4).

Nous croyons donc qu'il faut admettre, cà Athènes comme à Sparte, comme à Delphes el en Etolie, l'existence de la proxénie liturgique. Des citoyens riches, s'acquittaient au nom de l'Etat des devoirs d'hospitalité à l'égard des envoyés des autres villes. Le plus souvent ils acceptaient volontiers cette charge, la recherchaient même, parce qu'elle leur créait des titres à la reconnaissance et aux bienfaits des villes étrangères. Mais l'Etat avait le droit de l'imposer , comme les liturgies. Les citoyens qui recevaient ainsi au nom de tous s'appelaient les Trpdljevot xeÀeuoijievoi ; nous voyons, par un texte de Xénophon (5), que les étrangers reçus s'appelaient de même. Gomme le mot ijévoç , comme notre mot français « hôte, » 7rpdijevo; désignait à la fois ceux qui donnaient et ceux qui recevaient l'hospitalité, mais l'hospitalité au nom de l'Etat.

(i) Ad Thuc, III, 70 : « oî yàp 7rpô!!evoi xe).îuô[A£v&i ex tïj; éauxwv ttôXeo); iyiyvovto. »

(2) Ad Demosthenis Mid., 200 : « 7rp6?£vot ôè l/ca).o\3vTo o\ y£ipoTovou(ievoi vnà xfjç tc6),£w; iizl Ttô Ta; 7rp£<7[~i£UO'J<7a; ttôàîi; VTZoèéyicboii. »

(3) Platon, Leg., XII, p. 353.

(4) Démosthène, Ambassade, 82. Eschine, Couronne, 7G.

(5) Banquet, VIII : « irpô^evoi ôè /.al xaTotY<mai àîi -apâ «toi oî /paT'.TXO'. ocùtcôv. »

On n'avait recours à la proxénie liturgique qu'à défaut de la proxénie ordinaire. Aussi la proxénie liturgique n'a jamais dû avoir une sérieuse importance à Athènes. Toutes les grandes cités, la plupart même des petites, eurent en Attique des hôtes publics nommés par elles , qui accueillaient non seulement leurs ambassades officielles mais encore tous leurs citoyens. L'hospitalité au nom de l'Etat était accordée seulement aux envoyés des villes qui n'avaient pas à Athènes de proxènes spéciaux ou aux ambassadeurs des cités amies qu'on voulait honorer solennellement. Ce fut donc toujours une mesure d'exception ; on devait y recourir encore moins souvent dans une capitale comme Athènes que dans les petites cités.

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