‹ Les proxénies grecquesChapitre 20 sur 72 · H., II · texte numérisé non relu

H., II

(3) Id., II, '29.

(4) 'Aôrjvouov, VI, p. 136: « ô-rav è^xei 6 en. to-j vojiou xpôvo;. » P. 135 : « ôtav è^ifjxwiTtv aï èx xoO v6[iou Jj(iipat. »

(6) ld., II, 47, 87, etc.

(7J Id., 11,41.

(8) ld., II, 38.

(9)Id., II, 119.

(10) Bull, de corr. hell.. I, 303.

(11) C. ï. A., I, supplément 61 *.

Le décret lui-même réglait tous les détails de l'exécution. Quand la proxénie avait été l'objet d'un acte spécial, le peuple ordonnait simplement de graver le décret (1). Quand elle avait été conférée par un amendement (2) ou un acte complexe (3), on commandait en outre une stèle spéciale de proxénie ou bien l'on faisait ajouter un extrait du décret sur une stèle honorifique déjà existante (4). Quand on voulait honorer particulièrement un personnage , on plaçait en divers lieux des copies. En 369, un Délien obtint la proxénie; le décret fut déposé à l'Acropole, mais on chargea le secrétaire des amphictyons de Délos d'en faire graver une copie et de la conserver dans le temple d'Apollon ; les Amphictyons fournirent l'argent sur les fonds provenant des amendes. C'est cette copie que nous possédons (5). De même on fit trois copies de la stèle honorifique de Leucon ; l'une fut érigée au Bosphore Cimmérien, la seconde au Pirée, la troisième à l'Hiéron (6). Au proxène lui-même on remettait un exemplaire, marqué du sceau de la ville (7), probablement sur papier ou sur bois, parfois peutêtre sur bronze, comme en Sicile et dans d'autres régions de la Grèce (8).

Très souvent le proxène faisait graver le décret à ses frais, dans sa ville natale ; c'est ainsi qu'on a trouvé en Attique un décret d'une ville Cretoise transcrit par un ouvrier athénien (9). Les proxènes durent aussi élever et consacrer à leurs frais, sur l'acropole d'Athènes, ces belles stèles ornées de sculptures dont on a retrouvé des fragments (10). Ce ne sont pas les vingt ou trente drachmes votées par le peuple qui pouvaient couvrir la dépense.

(1) C. 1. A., II, 40 : « àvatypàJ/ai ôè -6Se t6 <lrfiz>i<j\i.<x. »

(2) Id,, II, 38 : « àvaypâ'^ai ôè 4>avôxpiTov tov Ilapiavàv Ttpôijevov xai sùepYÉ-

TYJV... »

(3) Id., II, 89 : « àvaypâ'liat oè xat t^v TtpoÇevtav... »

(4) Bull, de corr. Ml., III, 474.

(5) Ibid.

(6) Démosthène, contre Leptine, 38.

(7) Antig. Caryst. , Hist. memor., XV : « lui toôv Trpoïeviwv twv àvaypaçoixÉvwv tô wxçlâ>jrl[i.o'/ Tyj; uoXewç, xotÔàrcÉp êa-riv eôtjxov 7ïà«7t TtapaTiOévai. »

(8) Cicéron. Yerrines, IV, 65 : « Decernuat statim , primùm ut cum Q. fratre hospitium publiée fieret... Id non modo tùm scripserunt verum etiam sere incisum nobis tradiderunt. » Les musées possèdent un assez grand nombre de ces disques de bronze où était gravée la proxénie.

(10) Exemple, C. 1. A., II. TU : « -e/.£<7'.v -oï; Aayjxpou. » Lacharès St bien les choses. Sa su'-h», ornre d'un bas-relief, est une des plus belles que nous ayons.

Les copies des décrets (1) et la plupart des stèles de proxénie (2) paraissent avoir été à la charge des candidats ou de leur ville natale (3). Il en était de même quand les proxènes , pour une raison quelconque , demandaient un nouveau marbre. Mais le peuple prenait, en général, à son compte la gravure du décret lui-même. Au cinquième et au quatrième siècle , l'exécution en est surveillée toujours par le secrétaire du sénat (4), appelé souvent aussi le secrétaire de la prytanie (5) ou simplement le secrétaire (6) ; plus tard , on chargea aussi de ce soin un magistrat nouveau, le secrétaire du peuple (7). Au cinquième siècle, on n'avait pas encore de tarif pour la gravure des décrets de proxénie. Divers systèmes étaient en présence. Tantôt on chargeait simplement les colacrètes de fournir la somme nécessaire (8). Tantôt les polètes faisaient une véritable adjudication, et les colacrètes payaient (9). Au commencement du quatrième siècle, une loi (10) fixa le prix de la gravure à 20 (11) et 30 (12) drachmes. Cet argent était remis au secrétaire soit par les trésoriers d'Athêna (13), soit par le trésorier du peuple (14), et prélevé soit sur une réserve spéciale de dix talents (15) , soit sur les fonds des décrets du peuple (16). Enfin, au troisième siècle, les Athéniens étant devenus plus bavards, les décrets plus longs et les frais plus grands , il n'existait plus de tarif. Le peuple ordonnait simplement de rembourser au secrétaire le montant de la dépense (17),

(1) c. I. A., II, 3, etc.

(2) Id., II, 45, 70, etc.

(3) Id., I, supplément, 61*.

(4) Id., I, 45; II, t, etc.

(5) Id., II, 119 : « tôv yç>a\LU.OLxéa. tôv xaxà 7tpuTaveîav. »

(6) Id., II, 39.

(7) Id., II, 282, 286.

(8) Id., 1 , 45.

(9) Bull, de corr. hellén. , I, 303. — C. I. A., II, 1. — Caillemer (Dictionnaire des antiquités, article à7roôéxTou), définit encore les apodectes a magistrats athéniens institués par Clisthène pour remplacer les colacrètes. » Or , on trouve les colacrètes dans plusieurs décrets du cinquième siècle. Cette erreur, assez répandue, provient d'un texte d'Harpokration.

(10) C. I. A., II, 124 : i Tpiàxovxa Spa^à; xatà tôv vojxov. »

(11) Id., II, 37, 47, etc.

(12) Id., II, 208, 210. 286, etc.

(13) Id., II, 37, 44.

(14) Id., II, 42, 47.

(15) Id., II, 44. 86.

(16) Id., II, 47, 50, 183.

(17) « tô yevojievov àvâXwpia » (C. I. A., Il, 327, 380, 414).

et en chargeait le trésorier des fonds militaires et ses subordonnés (1).

Le marbre devait être gravé et dressé au bout de dix jours (2). Il semble bien que l'original du décret était toujours placé sur l'Acropole, sol consacré, où la place ne manquait pas (3). La plupart des inscriptions de proxénie portent l'indication : « lv àxpoTto'Xet (4) — Iv izokti (5). » Beaucoup ont été trouvées dans les ruines même de l'Acropole , un assez grand nombre sur la pente méridionale , dans les fouilles du théâtre de Dionysos et de l' Asclépieion ; cinq autres près de la vieille cathédrale , au Théseion , sur les bords de l'Ilissos, au monument de Lysicrate et au monument d'Andronicos. Les inscriptions de l'Asclépieion ont dû être encastrées dans les murs modernes de l'Acropole , d'où elles sont tombées. Le décret des bords de l'Ilissos (6) a été autrefois sur l'Acropole. Celui de la vieille cathédrale a, dans notre siècle, été transporté au monument d'Andronicos (7). Celui du monument de Lysicrate avait été vu autrefois par Pococke près du Parthénon (8). En somme , il est très probable que tous les marbres de proxénie sans exception étaient dressés sur l'Acropole. C'est bien là , sous la protection d'Athêna , qu'il convenait de placer les décrets nommant les hôtes publics de l'Etat.

Charles Tissot (9) s'est demandé s'il n'existait pas à Athènes un 7tpoi|Éviov, une maison des hôtes publics , où l'on aurait exposé une partie des décrets. Cette hypothèse n'est pas invraisemblable, car il y avait certainement à Delphes un monument de ce nom (10). Mais jusqu'ici rien ne démontre l'existence d'un irpoijsviov à Athènes. Le texte épigraphique qu'alléguait Tissot avait été fort mal publié (11). Le mot -npoi-éviov n'est point sur le marbre ; le décret n'apprend rien de nouveau.

Il y avait à Athènes une liste des bienfaiteurs publics : y dressait-on aussi des catalogues de proxènes ? C'est fort probable. Cet

(1) « tov Tajxiav twv orpaTitoTtxûv xai xoùç èn\ Tfl Sioixrçaei » (C. I. A., II, 327, 380, 423).

(3) Démosthène, Ambassade, 272. — Hypéride, contre Démade (Blass., fr. 82)

(5) Id., I, 45.

(6) Id., II, 70 (aujourd'hui au musée de Palerme).

(7) Id., II, 21.

(8) Id., II, 69.

(9) Page 54.

(10) Euripide, Ion., 1039 : « Su jxèv vùv e'iTto 7rpo$Évwv (jiOeç ^oSa. •

(11) « 'EçrJiAepi; àp/. , » n° 1043.

usage était fort répandu dans les villes grecques (1); on s'étonnerait à bon droit qu'Athènes eût négligé ce moyen commode de publicité ; les listes de proxènes étaient d'une utilité inappréciable pour les marchands et tous les citoyens qui partaient en voyage. Quelques formules peuvent faire supposer qu'on rédigeait à Athènes des documents de ce genre ; mais aucun texte n'autorise à l'affirmer positivement (2).

§ 2. — Les stèles de proxénie.

Les décrets de proxénie conférant des honneurs et des privilèges durables , il importait que tout le monde en conservât le souvenir (3). La publicité ordinaire, c'est-à-dire la simple transcription du procès-verbal sur le marbre , ne suffisait pas. Aussi commandait-on une stèle de proxénie. Souvent on se contentait d'y graver le décret. Mais souvent aussi le titre d'hôte public avait été accordé par un amendement (4) ou un passage d'un acte qui réglait des choses très différentes (5) ; en ce cas, il était utile de bien dégager cette clause importante , et l'on gravait sur une stèle spéciale la partie du décret relative à la proxénie. Quelques exemples éclaireront ce fait.

Des envoyés d'Athènes viennent de rendre compte de leur mission dans le conseil ; ils ont parlé en faveur de deux étrangers. Le sénat , dans son probouleuma , déclare qu'il est d'avis « de les nommer proxènes et bienfaiteurs du peuple athénien. » Puis suivent des clauses tout à fait différentes : l'éloge accordé aux ambassadeurs, l'indemnité de route que leur paiera le trésorier. Enfin le conseil ajoute : « On gravera aussi la proxénie , si tel >» est l'avis du peuple (6). » Outre le procès-verbal de la séance , qui nous a été conservé , on exécuta donc une stèle spéciale, sur laquelle il n'était question ni de l'éloge ni de l'indemnité des

(1) Cf. livre I, chapitre vin, g 3.

(2) On avait voulu voir des fragments de listes de proxènes dans des catalogues athéniens de noms propres , surtout dans celui qu'avait publié Rangabé (Antiquités helléniques, n° 1298). — Nous avions rejeté cette attribution dans notre mémoire Sur les proxènes athéniens , composé en 1882. — Kohler, qui vient d'insérer cette inscription dans le Corpus, y reconnaît de même un catalogue de soldats mercenaires de la fin du quatrième siècle (C. I. A., II, 2e partie, n° 963). Cf. une liste semblable Bull, de corr. hellén., III, p. 73-74.

(3) C I. A.. II, 438 : « ïva o? xal 'J7rô(j.v^[j.a ÙTrâoy/) tûm È^Y^tTiJ.ivwv. »

(4) Id. , I. supplém., 61", etc.

(5) ld., II. «9.

. (6) Id.

ambassadeurs. Quand il s'agit du procès-verbal , on emploie la formule ordinaire : « le secrétaire fera graver le présent décret (1). » Quand il s'agit d'une stèle , on emploie des formules particulières à cette classe d'inscriptions : « on gravera qu'il est proxène et bienfaiteur (2) ; on inscrira sa proxénie, etc. (3). »

Voici encore un décret de 323, en l'honneur de Lapyris de Cléones, proxène athénien (4). Sur le rapport de l'archithéore envoyé aux jeux Néméens, on lui accorde certaines distinctions. L'acte est fort long ; on y règle plusieurs questions ; on décide qu'on gravera le décret sur la stèle de l'Acropole où est inscrite déjà la proxénie d'Echembrotos , un personnage de la même famille. Or, la stèle d'Echembrotos, stèle de proxénie avec en-tête, nous a été conservée (5) ; la partie inférieure en est brisée. On en conclut naturellement que nos deux inscriptions étaient sur le même marbre. Or. il n'en est rien ; il ne peut y avoir aucun doute. Les deux pierres n'ont pas les mêmes dimensions; l'une est un marbre du Pentélique, l'autre un marbre de l'Hymette. La seconde est d'ailleurs intacte dans sa partie supérieure; il n'y a jamais rien eu au-dessus. Pourtant l'injonction du peuple était formelle. A cette anomalie nous ne voyons qu'une explication. L'inscription relative à Lapyris et aux jeux Néméens est un simple procès-verbal. On grava de plus , au bas de la stèle d'Echembrotos, non pas tout le décret, mais la partie relative aux honneurs et privilèges du proxène.

Nous avons d'ailleurs un exemple frappant de ces extraits de décrets honorifiques qu'on ajoutait sur des stèles de proxénie (6). En 369, les Athéniens avaient nommé hôte public un certain Pythodoros de Délos , et ordonné de transcrire le décret sur deux stèles, placées l'une à l'Acropole d'Athènes, l'autre dans le temple d'Apollon à Délos. Six ans plus tard, en 363, les Athéniens accordèrent quelques privilèges à la sœur et au neveu de Pythodoros : le secrétaire du conseil à Athènes , le secrétaire des Amphictyons à Délos furent chargés d'inscrire le décret sur la stèle de Pythodoros. Or, l'on ne grava pas le procès-verbal entier. En tête, on lit les noms de l'archonte, de la prytanie, de l'épistate, du secrétaire, de l'orateur qui fit la proposition : toutes ces indica-

(I) C. /. A., Il, 40, etc.

{î)Id., II, I, etc.

(3) Id,. II, 89, etc.

(4) Id., II, 181.

(5) Id., II, ?9.

(GJ Bull, de corr. hellén., III, 474.

dons ont simplement pour objet de dater l'acte. Immédiatement après la date, on lit : « irepl Se tyjç àoeX<p?i; . . . » Jamais décret n'a pu commencer ainsi. Nous avons là, non point la transcription du procès-verbal, mais un extrait.

Tous les marbres athéniens relatifs à des proxènes ne portent donc pas des « décrets de proxénie. » Un grand nombre sont des plaques honorifiques, des stèles spéciales de proxénie. Le peuple n'en accordait pas toujours. Il est probable qu'en ce cas le nouveau proxène en faisait exécuter une à ses frais et la plaçait sur l'Acropole. A la munificence de ces riches étrangers nous devons les belles stèles de proxénie qui ornent aujourd'hui les musées.

Les stèles de proxénie avaient toujours une sorte de titre, gravé en gros caractères, au-dessous d'un fronton ou d'un bas-relief. La disposition diffère un peu d'une stèle à l'autre. Mais ces titres avaient pour objet commun d'attirer le regard ; on ne variait que sur les moyens (1). On sculptait souvent une ou plusieurs couronnes au-dessus ou au-dessous de l'inscription ; et l'on gravait dans le champ de la couronne ces mots : « CH BouXr, 'O Arjtxoç. »

Les stèles de proxénie athéniennes sont en général de beaux marbres, bien gravés, fort élégants. Nous en possédons une vingtaine (2). Sept sont ornées de bas-reliefs, précieux pour l'étude de la sculpture attique aux cinquième et quatrième siècles. En voici l'indication sommaire :

1» Stèle de Sotimos d'Héraclée (3). Fin du cinquième siècle. A gauche, Athêna assise, drapée, tournée vers la droite ; derrière elle, son bouclier. Au milieu de la stèle, jambes et tunique d'un personnage plus petit. A droite, jambes d'nn personnage de grande taille qui paraît s'appuyer sur une massue.

(1) Voici quelques exemples :

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