‹ Les proxénies grecquesChapitre 28 sur 72 · M., II · texte numérisé non relu

M., II

(3) Xénophon, Hellén., I, 1, 35.

(4) Contre Leptine, 60.

nous avons des fragments du décret qui récompensa les Thasiens (1). Athènes renoua ses anciennes relations avec les petits princes de l'intérieur. Le roi Gotys reçut le droit de cité et des couronnes d'or (2) ; puis il se tourna contre Athènes , vainquit malgré elle son compétiteur Miltokythe et conquit la Chersonèse (3). Ses deux meurtriers, Python et Héraclide d'QEnos, furent nommés citoyens d'Athènes (4), et la Chersonèse occupée de nouveau. Le royaume de Gotys avait été partagé entre trois souverains : Bérisade, Amadocos et Kersoblepte (5). Au premier, Démosthène fit accorder une statue de bronze (6). Le second fut aussi ami d'Athènes (7); il combattit le troisième prince, Kersoblepte, un des adversaires décidés de la politique athénienne (8). Tous ces rois avaient à leur service des chefs de mercenaires dont quelques-uns passaient pour des hommes de guerre distingués. C'était une sorte de tradition de la politique athénienne, au quatrième siècle , d'accorder à ces chefs le droit de cité ou la proxénie. Athénodore, beau-frère de Bérisade, était né en Attique (9); Simon et Bianor, beaux-frères d'Amadocos (10), Charidème (11), qui était au service de Kersoblepte, furent nommés citoyens. Lycidas eut la proxénie (12). Cette activité diplomatique des Athéniens ne se ralentit pas jusqu'au temps de Chéronée. C'est par un usage intelligent de la proxénie et des honneurs publics qu'Athènes , malgré sa mollesse , et sur les conseils de Démosthène , put conserver longtemps son prestige dans ces régions.

L'Hellespont commandait la route du Bosphore-Cimmérien d'où venaient presque tous les blés. Les Athéniens craignirent toujours de mourir de faim; un coup d'oeil jeté sur la plaine d'Athènes suffit à les excuser. Il y avait de terribles lois alimentaires : tout citoyen qui transportait du blé pour le vendre ailleurs était

(2) Contre Aristocrate, 118.

(3) Ibid., 104, 115, 149.

(i)Ibid., 119, 162.

(5) Ibid., 8.

(6) Dinarque, contre Démosthène, 43.

(7) Isocrate, Philippe, 83.

(8) Eschine, Ambassade, 81 et scol.

(9) Contre Aristocrate, 10-11.

(10) Ibid.

(11) Contre Aristocrate, 23.

(12) Contre Leptine, 132. Sur la politique des Athéniens en Thrace et l'usage qu'ils ont fait des honneurs publics pour s'y créer des partisans , on a trouvé, ces dernières années, une foule de documents. Cf., par exemple, le traité d'alliance avec Ketriporis de Thrace, le Péonien Lyppios et l'Illyrien Grabos, en

menacé du dernier supplice (1). Les proxènes athéniens de Tyr, de Sidon, veillaient bien sur l'approvisionnement du marché. Mais, au témoignage de Démosthène, le Pont exportait à Athènes plus de blé que tous les autres pays réunis (2). Il était donc nécessaire de s'y établir solidement. On ne pouvait songer à conquérir une côte aussi éloignée , habitée par des populations compactes et demi barbares. Ne pouvant occuper la région, les Athéniens firent la cour aux petits souverains du pays et résolurent de conserver à tout prix leur amitié. Les relations d'Athènes avec le Bosphore datent au moins du cinquième siècle; car, après ^Bgos-Potamos, beaucoup d'Athéniens s'y réfugièrent (3). De nombreux décrets honorifiques furent rédigés en l'honneur des princes du Bosphore ; on a retrouvé récemment l'un d'eux , qui est fort long (4). Les Athéniens y accordent à Spartacos, Perisades et Apollonios une foule d'honneurs et en promettent de plus grands encore. Les privilèges donnés à leur père Leucon et à leur grand-père Satyros y sont confirmés. Tous ces princes avaient l'atélie athénienne, comme ils exemptaient eux-mêmes tous les Athéniens des droits sur l'exportation des blés. Ils prêtaient même de l'argent à l'Etat. Athènes reconnut ce service par une faveur des plus appréciées : elle leur envoya des rameurs. Démosthène avait aussi contribué aux honneurs de la famille en demandant pour Satyros une statue de bronze, qu'on érigea sur l'Agora. A ces princes, on ne refusait rien , ni louanges, ni honneurs, ni privilèges. Pendant plus d'un siècle dura cet échange de bons offices et de coquetteries ; ces rapports réguliers avec la plus brillante ville de Grèce flattaient sans doute l'orgueil de princes à demi barbares. Mais Athènes gagnait plus encore à ces relations : elle dominait sur le Pont- Euxin et commandait les routes commerciales qui remontaient jusqu'au bord de la Baltique (5).

356 ('AOrjvaiov, V, p. 172); la lettre de Rhéboulas, fils de Seuthès et frère de Cotys, vers 331 (ibitl., V, p. 102); le traité conclu vers 368 avec le père et le frère de Philippe (ibid., 171). Cf. ibid., p. 332, etc. — On vient encore de découvrir {Mitth. des deutsch. Instit. in Athen, 1885, p. 58) un décret de proxénie rendu par le peuple d'Athènes, vers 346-345, en faveur de Cléomis, fils d'Apollodoros, un tyran de Méthymna dont parle Isocrate (Epist. ad Timoth., 8). — L'inscription atteste que Cléomis avait délivré des Athéniens enlevés par les pirates.

(1) Lycurgue, contre Léocrate, 27.

(2) Contre Leptine, 31.

(3) Lysias, pour Mantithéos, 4.

(4) 'AeVjvouov, VI, 153.

(5) Cf. Perrot, Le Commerce des céréales en Attique, au quatrième siècle avant notre ère.

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