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CHAPITRE III

Macédoine, Thrare, Hellespont et Propontide, Pont-Evxin. — Sur toute la côte d'Europe , depuis la frontière de Thessalie jusqu'au pied du Caucase, la race hellénique s'est implantée, a jeté de nombreux colons et fondé d'importants comptoirs. Dans toute cette région , les Grecs ont été en contact, et souvent en lutte avec les barbares ; ces rivages, dont la moitié est aujourd'hui déserte, ont vécu autrefois d'une vie intense ; sur plus d'un point, la civilisation hellénique avait poussé de vigoureux rejetons. C'est souvent dans l'Hellespont et dans l'Euxin que s'est nouée et dénouée l'histoire politique et commerciale des peuples grecs.

Histoire de la proxénie sur ces cotes. — Il nous a paru intéressant de suivre la proxénie jusque dans ces régions lointaines. Les côtes de Macédoine , de Thrace et de Scythie n'ont pas été explorées systématiquement comme la Grèce ou l'Asie Mineure. Les documents y sont moins nombreux. On en possède assez, cependant, pour démêler les caractères généraux de l'institution dans ces contrées. On peut d'ailleurs éclairer cette question par une méthode indirecte , qui est même sans doute la plus sûre pour l'historien : c'est d'étudier dans ces régions le rôle et la rivalité des grands Etats de la Grèce, et l'usage qu'ils ont fait de l'hospitalité pour y établir solidement leur domination ou leur prépondérance commerciale.

En effet, beaucoup de ces colonies grecques du Nord n'ont pas eu de vie"propre. Elles subissaient le contre-coup des révolutions politiques sans jouer elles-mêmes un rôle actif. Elles passaient des Ioniens aux Perses, aux Athéniens, aux Lacédémoniens, aux Macédoniens , aux Romains. C'étaient avant tout des places

de commerce. Nous connaissons vingt fois plus d'agents étrangers dans ces villes que de représentants de ces villes à l'étrai Ce n'est peut-être pas un hasard, car les riverains de l'Hellespont et de l'Euxin attendaient volontiers chez eux les marchands d'Athènes. On peut d'ailleurs démontrer par une preuve indirecte que les villes de cette contrée nommaient peu d'agents. En effet, les documents de proxénie se rencontrent aussi bien dans la patrie du proxène que dans les ruines de la cité représentée par lui. Or, les innombrables stèles de Grèce et d'Asie mentionnent beaucoup d'hôtes publics des villes grecques et asiatiques en Thrace ou en Scythie , mais très peu d'hôtes publics de Thrace ou de Scythie en Grèce et en Asie. Ces contrées du Nord avaient dans le commerce un rôle passif. On se rendra bien compte de ce fait par une comparaison : de nos jours , les puissances européennes ont beaucoup plus d'agents politiques ou commerciaux dans le Levant et en Extrême-Orient que les Orientaux n'en ont en Europe.

On ne connaît aucun hôte public des villes qui ont été presque constamment soumises à la domination étrangère. C'est le cas, par exemple, pour les pays où Athènes établit ses clérouques : les îles d'Imbros, de Lemnos et de Scyros, sur le continent Eion , Potidéè, Torone, Skione, la Ghersonèse de Thrace. Si dans ces régions la proxénie a existé par intervalles, elle a été vite étouffée. On voit l'institution se développer seulement dans les Etats qui jouissent d'une indépendance effective ou nominale (1). Par exemple, on ne cite aucun proxène des villes de Ghalcidique, qui ont appartenu presque constamment aux Athéniens, aux Spartiates ou aux Macédoniens; on trouve au contraire dos hôtes publics dans les îles voisines de Thasos (2) et de Samothrace (3), qui ont été moins constamment sujettes. On ne connaît pas de représentants des villes de la côte de Thrace; on en connaît, au contraire, des villes du Pont-Euxin, qui ont presque toujours échappé aux conquérants, comme Byzance, Mésambria, Olbia, Odessos (4). L'institution existait en germe dans tontes ces colonies grecques ; elle se développait quand les circonstances politiques le permet-

(1) Cf. Les proxènes et le droit public des Etats grecs (livre I, chap. v).

(2) C. I. G., 2161; Miller, Mélanges , p. 114.

(3) Sur les proxènes du peuple et. des Cabires de Samothrace , cf. livre IV , chap. vin.

(4) Byzance(C. I. G., 2060; Xcnophon, Hell, I, 2; II, 1), Mésambria (C. /. G., 2053», 2053e), Olbia (C. /. G., 2060e, Mélanges gréco-rom. de l'kcad. de Pétersbourg , I. p. 210-211). Odessos (C. 1. G., 2056).

taient. C'est ainsi que Lampsaque, Zéléa et Héraclée du Pont ont parfois élu des représentants (1).

Si, selon toute vraisemblance, les cités grecques de Macédoine, de Thrace et de Scythie ont rarement nommé des proxènes , et même en tout ras en nommaient fort peu, en revanche, de nombreux citoyens de ces villes remplissaient dans leur patrie les fonctions d'hôtes publics des principaux Etats grecs. C'est par eux que ces colonies lointaines étaient constamment en rapport avec la métropole.

Les relations étaient de deux sortes : 1° religieuses; 2° commerciales ou politiques.

1° Trois grands sanctuaires grecs avaient d'assez nombreux hôtes en ces régions : Samothrace, Délos et Delphes.

Samothrace était , pour les habitants du nord de la mer Egée , un centre religieux. Il y était d'usage de conférer la proxénieaux théores ou ambassadeurs sacrés des villes. Samothrace avait des is à Sané en Chalcidique ; dans l'île de Thasos; à Maronée et Abdère, en Thrace; à Dardanos , Lampsaque et Cyzique, sur l'Hellespont et la Propontide (2).

Délos, rendez-vous de dévots et de marchands, avait nommé des correspondants a OEnos , à CEg», en Thrace; à Lampsaque, sur riiellespont ; à Byzance et à Chalcédoine, sur le Bosphore; même dans la Chersonèse Taurique, à Panticapée (3).

Delphes surtout, qui se croyait le centre du monde et qui l'était certainement du inonde hellénique, était en relations suivies avec tous ces Grecs perdus dans les brumes du Nord. On vient de découvrir des décrets rendus pour honorer des ambassadeurs arrivés du fond de l'Euxin. Longue serait la liste des hôtes que le temple de Delphes avait dans ces pays. Citons en Macédoine Onasimos de Pclla, Damophanès d'Olyca, Alexandre d'Acanthos, trois habitants d'Assera en Chalcidique (4). En Thrace, Delphes est représentée à Amphipolis, àOEsyme, à Néapolis, à Maronée (5);

(1) Lampsaque {Mitth. deutsch. lus Ut., 1881, p. 103). Zéléa (Ibii., 1884, p. 58-59). Héraeloe du Pont (Apollodore, contre Callippe).

(2) Conze, Thrakische Insein., p. 67, 71 , 64, 65, 69, 70 ; - Id. , JVeue Untersuch. zu SamotJirake (1880), p. 97, n° 13.

(3) Homolle, Bull, de corr. hellén., VI, 164; pour Chalcédoine, le fait est attesté par une inscription inédite que nous a communiquée S. Reinach.

(4) Wescher-Fouc, Inscr. de Delphes (Liste chronologique des proxènes), Haussoullier, Insc. de Delphes (Liste géographique des proxènes).

(5) Le Bas, II, 868, 858. — Liste chronologique et Liste géographique.

sur les deux rives du Bosphore, à Byzance et à Ghalcédoine (1); sur les rivages du Pont-Euxin, à Sinope, à Ghersonèsos et à Panticapée (2). C'est par cette habile politique que les administrateurs du temple de Delphes assurèrent pendant des siècles la popularité de leur sanctuaire.

2° Un assez grand nombre de villes grecques avaient , dans les colonies du Nord, des hôtes publics, chargés de protéger leurs marchands. On connaît en Macédoine des proxènes de Tanagre, de Céos, de Samos, d'Iasos (3) ; en Thrace, des proxènes de Tanagre à Néapolis (4), d'Erétrie à Abdère (5), d'Aptera à Apollonie (6), d'Alexandria Troas à Amphipolis (7) ; d'Aptera à Lampsaque et à Héraclée du Pont (8), de Mégare à Périnthe(9); même de Garystos d'Enbée a Odessos (10), de Klitor d'Arcadie à Sinope (11). De même, les cités de la mer Noire nommaient des agents, Byzance à 01bia(12), Olbia à Mésambria (13), Mésambria à Asta (14), les rois du Bosphore à Amisos (15).

Mais une cité éloignée faisait sur ces côtes un commerce plus actif que tous les autres Etats réunis. C'est Athènes , que l'on voit partout présente dans les colonies de la Ghalcidique, de la Thrace et de la mer Noire. Les hommes d'Etat athéniens du cinquième et du quatrième siècle considéraient la proxénie comme le plus puissant instrument de propagande. Les Athéniens établirent à deux reprises leur domination en Thrace et sur le Pont-Euxin par l'usage intelligent et une savante hiérarchie des honneurs pnblics. Ce système politique , qui est nettement expliqué par les contemporains , surtout par Démosthène ,

(1) Le Bas, II, 867. — Liste chronologique.

(2) Bull, de corr. hellén., VI, 215. Haussoullier, Insc. de Delphes, n° 58. — Liste chronologique.

(3) De Tanagre (Hermès, 1876, p. 97 et suiv.); Céos ('Eç. àpx-, 2« série, 304) ; Sainos {Mitth. deutsch. Instit., 1884, p. 194-195) ; Iasos (C. I. Ç., 2675).

(4) 'Aôrjvaiov, IV, p. 293.

(5) Bull, de corr. hellén., II, 277.

(6) Ibid., III, 433.

(7) Cl. G., 3596.

(8) Bull, de corr. hellén., III, 424, C. I. G., 2559.

(9) Le Bas-Fouc, Még. et Pél., 30".

(10) Rhein. mus., 1866, p. 528, n° 387.

(11) Mitth. des deutsch. Instit., 1881, p. 303 et suiv.

(13) Mélanges gréco-rom. de l'Ac. de Pétersbourg, 1, p. 210-211.

(14) CI. G., 2053b.

(15) C. R. de la mission archéol. de Pétersbourg, 1865, p. 207.

est celui que le sénat romain adopta plus tard ; mais Rome l'appliqua avec plus de rigueur, et par suite obtint des résultats moins éphémères (1).

L'étude de la proxénie et des institutions honorifiques qui la complètent éclaire sur bien des points l'histoire diplomatique du temps. Au cinquième siècle, la politique des Athéniens est une politique d'action ; c'est pour étendre son influence et ouvrir des débouchés à ses marchands qu'Athènes nomme, dans ces pays lointains, des proxènes et des citoyens. Les Bottiéens, établis dans le delta des fleuves macédoniens, se rappelaient être venus de Crète et conservaient, comme les Cretois, le souvenir d'anciennes relations avec l'Attique (2). Athènes fit revivre habilement cette vieille parenté et entra par là en rapports avec les rois de Macédoine. Amyntas était l'ami des Pisistratides ; quand Hippias fut chassé, le roi lui offrit le territoire d'Anthemos sur le golfe Thermaïque, précisément dans le pays des Bottiéens. Le roi Alexandre était proxène d'Athènes au temps des guerres médiques (3). C'est pour cela que Mardonios le chargea de porter à Athènes les propositions de paix. On sait comment Alexandre s'acquitta encore de ses devoirs de proxène en avertissant les Athéniens avant la bataille. Son successeur, Perdiccas , fit partie de la confédération athénienne et paya tribut (4). A cette époque, Sitalcès s'était taillé en Thrace un grand royaume qui s'étendait jusqu'au Danube et à la mer Noire. Il professait une véritable haine pour Athènes, qui lui fermait l'accès de la mer Egée. Périclès gagna le roi de Thrace en faisant nommer proxène le beau-frère de Sitalcès, Nymphodore d'Abdère (5). L'alliance conclue avec la Thrace fut alors très populaire à Athènes. Dans les Acharniens d'Aristophane (6), un ambassadeur arrive de la cour de Sitalcès : « Je » tenais tête à Sitalcès, » raconte-t-il , « la coupe en main; et » vraiment il vous adorait au point d'écrire sur les murs : Que » les Athéniens sont mignons! Son fils, à qui nous avons » accordé le droit de cité, brûlait de venir manger ici des andouil- » les à la fête des Apaturies ; il suppliait son père de secourir sa

(1) Ct.Vsage politique que les Athéniens ont fait de la proxénie (livre II, section n, chap. vi).

(2) Aristote , République des Bottiéens (cité par Plutarque, Thésée, 14). Cf. Strabon, p. 329.

(3) Hérodote, VIII, 143.

(4) De Halonneso. 12. Olynth., III, 24.

(5) Thucydide, II, 29.

(6) Acharniens, vers 141 et suiv.

» nouvelle patrie, et Sitalcès jura sur sa coupe qu'il viendrait à y> notre aide avec une si nombreuse armée que les Athéniens » s'écrieraient : Quelle nuée de sauterelles! » A la mort de Sitalcès, le nouveau roi Seuthès se déclara contre Athènes (1); celle-ci se ménagea du moins des intelligences dans les villes grecques de la côte; elle y nomma des proxènes, par exemple à Thasos et à Sélymbrie (2). C'est aussi dans la seconde moitié du cinquième siècle qu'Athènes conclut les premiers traités d'amitié et d'hospitalité avec les rois du Bosphore Gimmérien (3). Elle avait en même temps des représentants dans diverses places de la Propontide et du Pont-Euxin, par exemple Parium et Héraclée (4).

Pendant la période suivante, l'histoire de la proxénie, dans les régions du Nord, présente trois faits intéressants :

1° Sparte s'efforce de substituer sa domination à celle d'Athènes sur toutes les côtes. Elle adopte les mêmes moyens. On se rappelle , par exemple , l'appui prêté à Brasidas par les hôtes publics (5), et le rôle de Clearchos, proxène de Byzance à Lacédémone et harmoste lacédémonien à Byzance (6).

2° Athènes cherche à rétablir son empire perdu. Elle nomme de nombreux hôtes publics. On connaît, parmi eux, Euthycrate d'Olynthe, deux Macédoniens Alcimachos et Antipater, un officier de Philippe, Pythagoras de Sélymbrie , plusieurs Thasiens, un citoyen d'QEnos vers 355 , Lacharès d'Apollonie en 355 , le chef de mercenaires Lycidas vers 350 , un Pélagon de la tribu des Péoniens , Arcbébios et Héraclide de Byzance en 390 , Apelles de Byzance en 339, Phanocritos de Parium en 387, Philiscos de Sestos en 355, plus tard encore un amiral de Byzance, un habitant d'Héraclée du Pont (7). Enfin, la grande stèle de Leucon prouve l'intimité des relations des contemporains de Démosthène avec les rois du Bosphore (8). Mais le hasard ou le caprice semble avoir présidé souvent à la nomination de ces agents. Presque

(1) Thucydide, IV, 101.

(2) C. LA., II, 3, et I, 61a, suppl. Koumanoudis, 'Attix/jç iiziyp. È7:itÛ(j.piot, n° 15.

(3) Lysias, Pro Mantitheo, 4.

(5) Thucydide, IV, 78.

(6) Xénophon, Hellén., I, 1, 35.

(7) Voyez, pour tous ces personnages, notre liste chronologique des proxènes athéniens {Appendice).

(8) 'AÔ^vaiov, VI, 153.

rien ne rappelle au quatrième siècle la politique suivie et méthodique du temps de Périclès. Ces tentatives isolées, ces efforts intermittents, que Démosthène reproche si souvent à ses concitoyens, n'aboutirent qu'à des résultats éphémères et le plus souvent à des échecs.

3° Au contraire, s'éveille pendant la première partie du quatrième siècle l'ambition méthodique des princes du Nord. Ils inaugurent une politique active, et cherchent à retourner contre Athènes ses propres armes. Ils suppléent à laproxénie, institution républicaine, par l'hospitalité personnelle. Or il est clair que les hôtes d'un roi absolu étaient réellement des proxènes. Le titre différait plus que les fonctions. 11 est curieux de voir avec quelle habileté les princes du Nord se ménagent de tous côtés des partisans, et le plus souvent gagnent les généraux athéniens qu'on envoie contre eux. Perdiccas de Macédoine, après sa rupture avec Athènes, attire à lui par l'influence de ses hôtes plusieurs villes de la Ghalcidique ; déjà il noue des relations en Thessalie, conclut des traités d'hospitalité réciproque avec les familles nobles et dirigeantes du pays (1). L'Athénien Timothée est dévoué à Amyntas de Macédoine, à Alcétas, roi des Molosses, à Jason de Phères, qui est lui-même proxène de Sparte. Iphicrate est gendre du roi Thrace Cotys, Charidème du roi Kersoblepte. Le roi Seuthès offre sa fille à Xénophon. Ghabrias est ami du roi d'Egypte, et Charès du satrape Artabaze. Il n'y avait peut-être pas un ennemi d'Athènes qui ne pût compter sur le dévouement de quelque général athénien. Plusieurs de ces personnages recevaient des rois leurs amis quelque principauté , et n'en restaient pas moins à la tête des armées de la république. Philippe de Macédoine avait pour hôtes et représentants officieux dans les principales cités grecques, surtout à Athènes, des orateurs influents, souvent des magistrats. C'était une politique raisonnée. A peine établis par Philippe , on voit les tyrans des villes eubéennes imiter le maître et nommer à Athènes des agents qui portent cette fois le titre de proxène. Athènes fut vaincue par l'application habile, et dirigée contre elle-même, du système politique qui lui avait permis de fonder au cinquième siècle son empire maritime, mais que depuis elle avait abandonné ou exécutait mollement, sans esprit de suite.

A partir d'Alexandre, la Grèce abattue est devenue, dans l'empire macédonien, une quantité négligeable. On ne trouve plus

(1) Thucydide, IV, 78.

guère d'hôtes des rois dans les villes grecques. Les cités qui conservent leur indépendance nominale choisissent, sous le nom de proxènes, de véritables patrons parmi les officiers ou les courtisans des souverains (1).

Organisation. — Dans l'histoire de la proxénie en Macédoine, en Thrace et sur les côtes de l'Euxin , le fait dominant est le rôle d'Athènes, c'est le développement, puis l'affaissement de sa politique et de son commerce. De môme, les documents trouvés dans les ruines des cités de la côte portent la marque de l'influence athénienne. Là où la proxénie existait, l'organisation en était calquée sur celle d'Athènes. A Thasos comme à Byzance, à Odessos comme à Mésambria et à Olbia (2), les décrets de proxénie reproduisent les mêmes formules et les mêmes considérants, confèrent les mêmes honneurs et privilèges qu'en Attique. Seulement le droit de cité est joint d'ordinaire au titre de proxène, comme en Ionie et dans les Gyclades. Milet avait fondé la plupart des comptoirs de l'Euxin, et avait longtemps dominé sur ces côtes. L'institution a pu exister dès le temps de la domination ionienne et être ensuite un peu modifiée sous l'influence d'Athènes.

On ne connaît pas de décrets do proxénie de la côte de Macédoine. On a trouvé à Thasos un ex-voto consacré par un proxène de l'île (3) ; un décret qui accorde le droit de cité comme récompense à un hôte public, interdit, sous peine d'amende, de proposer ou dire rien de contraire aux clauses énoncées (4). A Samothrace, la proxénie était une institution exclusivement religieuse (5). A Zéléa, petite ville de Mysie, on vient de découvrir un monument analogue à l'un des plus célèbres de Corcyre : c'est une liste de donations à des proxènes ou à des bienfaiteurs ; Démophane d'Ephèse, hôte public, reçoit le droit de cité, l'atélieet laproédrie pour lui et ses descendants (6). Lampsaque, au troisième siècle, eut des représentants; l'un d'eux obtient, entre autres, divers privilèges pour la fête annuelle en l'honneur de Thémistocle (7). Héraclée du Pont était représentée, au quatrième siècle, à Athènes par Callippe, à Argos par Stamménos (8). Le discours contre

(1) Cf. livre V, chap. v, La proxénie dans les cours d'Orient.

(3) Miller, Mélanges , p. 114.

(5) Livre IV, chap. VIII.

(6) Mitth. des deutsch. Instit., 1884, p. 58-59.

(7) Ibid., 1881, p. 103.

(8) Plaidoyer contre Callippe.

Gallippe nous montre ce personnage intervenant à Athènes dans toutes les affaires des Héracléotes, surtout dans les questions de banque et de succession. Byzance, au temps de l'empire, avait encore un proxène à Olbia ; on le remercie d'avoir été le TrpoffxaTTjç de ceux qui naviguaient pour le commerce (1). Odessos choisit pour hôte public et citoyen Hermeias d'Antioche qui, après une vie d'aventures, était devenu officier du roi des Scythes ; parmi les privilèges qu'il obtient, il faut remarquer l'exemption des frais de douane pour son usage personnel (2). Mésambria a pour correspondant, dans l'intérieur des terres, Démontes d'Asta (3) ; Mésambria, comme Odessos, grave ses décrets honorifiques sur des télamons. Olbia était représentée à Mésambria par Ghœregénès, qui avait l'atélie des objets importés ou exportés par lui, ses enfants, ses frères consanguins ou un serviteur (4). Enfin les rois du Bosphore, Périsade et ses enfants, confèrent laproxénie à Botrys d'Amisos , en Asie Mineure (5). Cette nomination d'hôtes publics par un roi ou tyran est une infraction à la règle commune, mais on en a d'autres exemples en Eubée et en Asie.

(1) « 7tpoiTT<XTY); xwv et; xô âvrcôpiov 7t),e6vxwv. » (C. /. G. , 2060.)

(2) « àxéXsiav xp^âxtov 7ràvxwv 3v àv etTâycoai xai èi-âytûfft êisl xxVjaEt. » (C l. G. , 2056.)

(3) C. /. G., 2063". Le Bas, II, 1558.

(4) « àxÉXciav uâvxwv xpY)|U(Tfa>v Sv àv aùxô; v.nijr^ ■}, è^ày-fl , y\ iraiSe; ^ àôeX^ot oï; xoivà xà Traxpwa, rj fkpdbrwv. » [Mél. yréco-rom. de Pétersbourg) , I, p. 210-211.)

C. Rendus de la commission areh. de Pèlersbourg, 1865, p. 207 (trouve au mont Mithridate , à Kertsch).

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