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CHAPITRE IV

Les plaines et les gorges qui séparent de la mer le large plateau d'Asie Mineure furent partout occupées par des populations helléniques. Beaucoup de cités furent riches et florissantes. Elles furent ménagées par tous les conquérants et conservèrent presque toujours une indépendance au moins nominale. L'hospitalité publique s'y développa vite. On peut observer une frappante analogie, pour l'organisation de la proxénie, entre les Eoliens d'Asie et les Eoliens de la Grèce centrale, entre les Toniens et les populations des Cyclades, entre les Doriens d'Asie et ceux de Crète ou du Péloponnèse (1). Il est donc probable que l'institution fut apportée par les premiers colons. On ne possède pas de cette région des monuments très anciens ; mais dès le septième et le huitième siècle, la proxénie existait sûrement en d'autres contrées, par exemple en Messénie, en Arcadie, en Elide et dans la Grande- Grèce.

| 1. — Etais eoliens d'Asie Mineure.

Les cités éoliennes étaient groupées anciennement en une confédération qui se reforma à diverses époques. Ainsi, au temps d'Alexandre et au premier siècle, Novum Ilium était à la tète d'une ligue qui comprenait tout le territoire entre la Propontide et le golfe d'Adramytte. Toutes les villes de cette région célébraient en commun un sacrifice, des jeux et une panégyrie (2).

(1) Eoliens, Doriens et Ioniens (Livre I, chap. vin, g 1).

(2) Schliemann, Troja, 1884, p. 254 : « 'D.ieïç xaï ai itâXeiç al xotvwvovcrai tyj; 6uTia; xai toû àyàivoi; xai tïj; TravvpjpEGùç. » — Strabon, XIII, 593; Schliemann, Bios, p. 706-707.

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Les villes où l'on a trouvé des documents de proxénie sont . Myrina, Grynéion, Mytilène de Lesbos, Ténédos, Novum Ilium et Alexandria Troas (1). L'institution présente les mômes vies dans toutes ces villes sœurs. En général, les décrets sont courts, les considérants supprimés, les privilèges très nombreux. Les hôtes obtiennent la proédrie, le droit d'entrer dans le port et d'en sortir, d'importer et d'exporter des marchandises, la prodiquic dans les tribunaux ; ils pouvaient posséder des biens meubles et immeubles, avaient toute sécurité en paix et en guerre pour eux et leurs liions ; ils étaient d'ailleurs exemptés de tous les impôts que ne payaient pas les citoyens. Ils étaient invités au Prytanée à la table commune. Comme chez les populations éoliennes de l'Hellade, les hôtes ont des privilèges religieux importants ; ainsi, quand Mytilène célébrait des sacrifices publics, on réservait une pari des victimes au Macédonien Thersippos, et, après sa mort, à l'aîné de ses héritiers naturels (2). Enfin, au titre de proxène on joignait presque toujours le droit de cité. Un décrel de Ftyme décide que le nouvel élu sera immédiatement ïm|*oç, c'est-à-dire aura de suite la plénitude des droits civils, religieux et politiques (3).

In décrel que Schliemann vient de découvrira Ilion contient de précieuses indications sur la situation privilégiée des proxènes qui taisaient du commerce. Voici cet important document :

« A Tisaudros, à /Eschines, à Charoppès, à Nicasidique, en- » fants d'Aristoxénos, Ténédiens, proxènes et bienfaiteurs, à eux » et à leurs descendants, les [liens ont donne l'atélie générale. » Tout ce qu'on leur achètera et tout ce qu'on leur vendra sera » exempt de tout droit. Si quelqu'un exige d'eux l'impôt, il en » remboursera dix fois la valeur aux proxènes. Ils seront aussi à »■ l'abri des saisie- en guerre et en paix. Ils pourront posséder b des terres et des maisons, et tout ce qu'ils voudront; tout cela » sans payer d'impôt. Ils seront Iliens et inscrits dans la tribu » qu'ils voudront. Si quelque étranger leur fait tort, ils auront

(1) Kymc {C. I. G., 35=23, Waddington, /. (fAs. Min., 1522 {bis). Reinach, Insc. inédite). Myrina (Mou a etov -%; eôoy- <rxoX., 1875, p. 124). Grynéion (Mou- Tcïov, !875, p. 91). Mytilène {Sitzungb. Ak. Wien, 1872, p. 335). Ténédos (Ac. de Bavière, 1866, p. 248}. Novum Ilium (C. /. G., 3596, Arch. Zeitung, 1871, p. 170, Insc. gr. du Louvre, p. 200, Schliemann , Troj. Alterthûmer, p. 12, Troja (1884),

. Alexandria Troas {Mitlh. des deutsch. lnstit., 1884, p. 73 .

(2) Cauer, DelecVis (1883), n° 429 : « -/.al 6ta v.t à noXiç Ipouôr^ai, (tépiç 8i8oo6u 8ep<7MtTtio y. al twv ixyôvwv fit tû YspaixàTto'.. »

(3) C. I. G. , 3523 : « IvTitunç eùOewç. »

» le droit de saisie en territoire iliaque, et la communauté des » lliens leur prêtera main-forte. Aux Panathénées, ils auront » droit à la préséance ; on les invitera en les appelant par leur » nom et par le nom du père, eux et leurs descendants. Ils pren- » dront leurs repas au Prytanée. Et si quelqu'un viole une de » ces clauses, malédiction sur lui (1) ! »

Ainsi, non seulement ces marchands ténédiens ont le droit de posséder et de commercer sans aucun, frais, non seulement ils sont protégés par la loi contre toute poursuite, mais encore ils ont droit de saisie à Ilion et dans les villes voisines. Les lourdes charges qu'imposait la proxénie étaient bien compensées par tous ces avantages commerciaux et judiciaires. On s'explique que le titre d'hôte public ait été si recherché par ces rares de marchands et de banquiers. Les cités grecques pouvaient compter sur le dévouement absolu de leurs représentants ; elles les tenaient par un lien dont ne se dégage pas la grande majorité des hommes : par l'intérêt.

Il y avait, eu effet, sur la côte d'Eolide, plusieurs places commerciales assez importantes. C'était d'abord la petite île de Ténédos. Le port fait face au continent ; les paquebots de Smyrne à Constantinople y touchent encore ; mais la position , à l'entrée de l'Hellespont, sur la route d'Athènes à Byzance, était d'une bien autre importance dans l'antiquité. On connaît d'assez nombreux agents de cités étrangères cà Ténédos : d'abord ceux d'Ilion (2), puis ceux de Kyme (3). Démocrates, citoyen de l'île, était proxène religieux du temple de Zeus , à Olympie ( 4). Au milieu du quatrième siècle, la confédération béotienne était représentée dans l'île par Athanodoros, qui se chargea de recueillir une souscription pour aider Thèbes à continuer la guerre sacrée (5). On connaît, d'autre part, des hôtes de Ténédos à Erythrée d'Ionie (6).

Mytilène, dans l'île de Lesbos, fut longtemps le principal entrepôt des produits de Phrygie et de Mysie. Elle avait des agents à Erythrée et en Macédoine (7). Au cinquième siècle, Athènes avait pour hôte, à Mytilène, Doxandros, partisan dévoué qui organisa

(1) Schliemann, Troja (1884), p. 252-253.

(2) Id„ ibid., p. 252.

(4) Arch. Zeitung, 1876, p. 183.

(5) 'A6>ïvaiov, III, p. 479.

(6) Académie de Bavière, 1806, p. 21-.

(7) Sitzungb. Ak. Wien, 1872, p. 375. Caucr, Delectvx (1883), n° 429.

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un complot et livra la ville à l'amiral athénien (1). Au premier Biècle, Mytilène entra dans la clientèle de Pompée, qu'elle appela son bienfaiteur, son sauveur, son fondateur. Elle honora aussi >phane, ami et historiographe de Pompée, et plus tard, Potamon, fils de Lesbonax (2).

Sur le continent, aucune des villes éoliennes ne se développa avant l'époque d'Alexandre. A la fin du quatrième siècle et au troisième grandisse I trois cités qui éclipsent et absorbent peu à peu Kyme et les anciennes liourgades. Ces trois villes sont la Nouvelle Ilion . Alexandria Troas et Pergame. On peut suivre la proxénie dans ces trois cités.

Parmi les hôtes de Xovum Ilium, citons un habitant de Temnos à la frontière de Lydie (3), les quatre Ténédiens (4), le médecin odore d'Amphipolis, qui avait guéri Antiochos Soter d'une blessure au cou, et avait été recommandé aux suffrages des Iliens par un général d'Antiochos et par le roi lui-même (5). Un marbre du Louvre, :ollection Choiseul, nomme proxènes et bienfai-

teurs d'Ilium des juges délégués par les Rhodiens, les Ioniens, les Dclicii- el les Pariens (6). Au quatrième siècle, Ilion était -culée à Athènes par un singulier personnage, un aventurier •lu nom de Mené! lil un Thrace de la famille royale delà

tribu des Lyncestes. Il avait été hipparque dans l'armée de Timothée, en II !, puis en 351. Il rendit A<'< services au général et reçut des Athéniens le titre d'i sur la recommandation de

Timothée. Il obtint ensuite le droit de cité comme tant d'autres chefs de mercenaires. Il accompagna sans doute l'expédition que conduisit Phocion au secours d'Oronfès, un satrape révolté contre le grand roi. C'est alors qu'il délivra Ilion et fut, en récompense, nommé proxène et bienfaiteur de la ville (7).

Alexandrie de Troade, bâtie sur la côte presque en face de Ténédos . fut aussi une place de commerce assez active et eut des

(1) Aristote, Politiq., V11I. ni.

(•2) Greek inscr. British Mus., II, n°* 210-212. Voyez les portraits de Théophanc et de Lesbonax sur des monnaies de Mytilène (Imhoof-Blûmer, i'ortràtkôpfe auf anîiken Mûnzen, 1885, p. 69, planche VIII, 33).

(3) Arch. Zeitung, 1871, p. 170.

(4) Scbliemann, Troja, p. 252.

(6) Frohner, Inscr. grecques du Louvre, p. 200.

(7) Scbliemann, Trojanische Alterthô.nier, p. 12, tab. XXIX. (Hissarlik). Sur Menelaos, voir C. I. A., II, 55 ; Démosihène, XXIII. 151 , 1S5 , 188; Aristote, Métoriq., Il, 23.

proxèncs (1). Des Etats étrangers se firent aussi représenter dans la jeune cité, par exemple Delphes et Orchomène de Béotie (2). Un des principaux citoyens d'Alexandria Troas est un certain Cassandre qui, vers la fin du troisième siècle, fut fêté dans tout le monde hellénique. Ce vaniteux personnage fit graver sur une stèle ornée de couronnes et de rosaces tous ses titres et tous ses honneurs. Il était, dans sa patrie, proxène des Achéens et de la confédération Cretoise, hôte religieux du temple de Delphes, du temple de Némée et du temple d'Hêra en Argolide (3).

A deux journées de la côte, sur un des affluents du Gaïcos, se développa, au troisième siècle, la grande cité de Pergame, la seule de la région qui ait eu l'apparence d'une capitale. Ce fut quelque temps un des foyers de la civilisation hellénique. On vit s'y réunir les savants et les gens de lettres. Il s'y forma une école de sculpture originale qu'on peut étudier aujourd'hui dans les musées d'Europe (4). Les rois de Pergame ne négligèrent rien pour faire admettre leur ville dans le concert des grandes capitales. On connaît leurs coquetteries pour Athènes, qui est encore pleine des monuments élevés à leurs frais. Ils envoyaient des ambassadeurs à toutes les grandes fêtes helléniques. Eux-mêmes fondèrent des jeux. On possède un intéressant décret de la confédération étolienne rendu à ce sujet (5). Vers 179-172, le roi Eumène venait d'instituer à Pergame les Nikêphoria ; il envoya trois théores en Etoile pour solliciter la reconnaissance officielle de ces jeux. Les Etoliens promettent de s'y faire représenter, acceptent le droit d'asile demandé pour le Nikêphorion, décident que les ambassadeurs sacrés de Pergame seront traités, dans toutes les villes d'Etolie, chez des hôtes désignés à cet effet par les magistrats. Dès lors il fut de bon ton d'avoir des hôtes publics dans la capitale des rois de Pergame. Parmi les Etats qui y étaient représentés mentionnons Athènes, l'Acarnanie, Aptera dans l'île de Crète, Rhodes et les deux temples de Delphes et de Samothrace (6). Les rois eux-mêmes se chargeaient volontiers de ces

(1) Mitth. desdeutsch. lnstit., 1884, p. 73.

(2) Delphes (Liste chronologique des proxènes , 1. 45). Orchomène (C. /. G. , 1564. Le Bas, II, G30).

(3) Waddington, /. d'As. Min., 1730'.

(4) Cf. Conze, lluman, Bohn, etc., Die Ergebnisse der Ausgrabungen zu Pergamon, Berlin, 1880. -- 2e partie (1882).

(5) Bull, de corr. hellén. , V, 372.

(6) Athènes (C. 1. A., II, 438). Acarnanie {Bullettino di corr. arch., 1860, p. 141). Aptera (Bull, de corr. hellén., III, 426). Rhodes (Tite-Live , XXXVII, 54). Del-

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fonctions : Eumène était hôte public de Rhodes , et Attale d'Aptera (1).

§ 2. — lonie.

Au cinquième siècle, Cimon vantait au Pnyx la générosité des Ioniens pour leurs représentants (2). Les hôtes de Chio étaient encore richement dotés au temps de Démosthène (3), et la ville d'Erythrée combla d'honneurs le célèbre Gonon, son proxène (4).

On ne sait si la confédération des cités ioniennes, qui se reconstitua en divers temps, nomma jamais des agents. En fait, ces grandes villes rivales ne paraissent avoir été unies que par un lien très lâche. Les députés s'assemblaient d'ordinaire pour célébrer des sacrifices, très rarement pour discuter en commun des intérêts. On possède seulement un décret rendu par treize villes en l'honneur d'un compatriote, Hippodromios de Milet, ami du roi Lysimaque et gouverneur des cités ioniennes. Hippodromios est dispensé de tout impôt dans les villes confédérées ; on lui élève une statue dans le Panionion. Pour que toute la région le sache, chacun des députés doit porter dans sa patrie une copie de la décision prise en commun (5).

Les cités d'Ionie où l'on constate l'existence de la proxénic sont Milet, Erythrée, Ephèse, Téos, Lébédos, Ghios, Samos, Magnésie du Méandre et Tralles (6).

Entre les'documents ioniens et ceux d'Athènes la ressemblance est des plus frappantes et s'explique par deux causes : 1° l'analogie primitive de l'institution chez des peuples de même race ; 2° les emprunts directs à Athènes, qui étendit son empire sur la

phes (Bull, de corr. hellén. ,V, 388). Samothrace (Conze, Samolhrake Neue Vntenuch., 1880, p. 97, n° 13).

(1) Tite-Live, XXXVII, 54, Bull, de corr. hellén., III, 426.

(2) « à7to),OYOÛ(ievo; ôè 7tpè: xoù; ôizaTià; oùx 'Iwvwv £yrt Trpoijeveïv oùoè Qznaa.- ),wv, nXouaiwv ôvtuv, t'oT-îp IrÉpou;, ïva 6£pa~£Ûumai xoù ),a[x6âva)(Tiv. » (Plutarque, Cimon, 14.)

(3) Eschine, 59, Couronne.

(4) Waddington, /. d'As. Mm. , 39.

(5) Bullelino di corr. arch., 1872, p. 248.

(6) Milet (Bull, de corr. hellén. , VI, 580 et suiv.). Erythrée (Waddington, I. d'As. Mu»., 39-40. Le Bas, II, 850-851). Ephèse (Wood , Ephesus, inscr. fr. the temple of Diana, n° 17). Téos et Lébédos (Waddington, /. d'As. Min., 86). Chios (Eschine, 59, Couronne). Samos (C. Curtius, Inschriften von Samos, p. 29 et suiv.). Magnésie du Méandre (Bull, de corr. hellén., VI, 580 et suiv.). Tralles (C. I. G. , 2919").

côte d'Asie et fut toujours la vraie capitale des Ioniens. A Samos, en particulier, l'organisation de la proxénie a été évidemment calquée sur celle d'Athènes.

Titres des candidats , formules , honneurs , tout dans ces décrets d'Ionie fait songer à l'Attique. Mais les Athéniens étaient avares des avantages onéreux pour l'Etat et s'assuraient le dévouement de leurs agents en accordant les privilèges l'un après l'autre. Au contraire , les cités d'Ionie donnent du premier coup la plus grande somme d'honneurs, sans aucune arrière-pensée politique.

La proxénie ionienne différait de la proxénie athénienne sur un point important. Le droit de cité n'était pas la récompense réservée aux agents dévoués : il était joint à la proxénie, et , dans certaines villes, à Ephèse par exemple (l) , il était inhérent aux titres d'hôte public et de bienfaiteur. Nulle part les deux noms de proxène et de citoyen n'ont été unis aussi intimement qu'en Ionie. En conséquence, les agents des villes ioniennes étaient des personnages plus privilégiés encore que la plupart de leurs confrères.

Ces avantages étaient formellement garantis aux hôtes par la constitution. Les décrets d'Ephèse renferment des allusions à ces lois (2), dont on peut d'ailleurs se faire une idée assez nette d'après un document de la fin du quatrième siècle (3). A ce moment , il fut question de fondre en un seul Etat les deux villes voisines de Téos et de Lébédos. Le projet semble n'avoir pas été "mis à exécution à cause de la guerre, mais on connaît d'autres exemples de ces fusions de villes ; et l'on possède, ce qui est l'essentiel, le projet élaboré clans la chancellerie du roi Antigone. Voici le passage relatif aux hôtes publics : « Tous ceux qui sont inscrits » comme proxènes de la ville des Lébédiens ou comme bienfai- » leurs, ou qui ont reçu quelque autre don ou honneur des Lébr-- » diens, auront la même chose chez vous (c'est une lettre au peuple » de Téos). On les inscrira là où sont inscrits vos proxènes et » bienfaiteurs, dans le délai d'une année. »

Cette habitude de dresser le catalogue officiel des représentants de la cité a dû être générale en Ionie. Les décrets de Samos , d'Erythrée, d'Ephèse, renvoient souvent à des listes sembla-

(I) « ôoùvai 6È aùxw xaï 7to).i-£Îav xaOàTrep xat toï; à),).oi; cùôpys-a'.;. » (Wood , Inscr. fr. the temple of Diana, n° 8.) (*2) Wood, Inscr. fr. the temple of Diana, n° 17, etc. (3) Waddington, l.d'As. Min., 86.

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blés (1). C'était une précaution fort utile pour empêcher les fraudes ; car la loi garantissait de nombreux avantages h tous les hôtes et bienfaiteurs. Afficher la liste exacte des privilégiés était le seul moyen de rendre efficace le contrôle des magistrats.

Chçz les Ioniens, qui de bonne heure ont renoncé à toute politique active, la proxénie a toujours été une institution purement commerciale. Samos eut des agents à Ephèse, en Lycie, en Macédoine, en Sicile, en Phénicie (2); son représentant à Sidon est loué pour les services rendus « à ceux des Samiens qui s'établis- » sent à Sidon, d'après la loi, pour le commerce. »

Il serait intéressant d'étudier avec quelque détail la proxénie milésienne , à cause du rôle commercial de Milet et de ses colonies de la mer Noire. Malheureusement les documents y sont peu nombreux. On connaît un proxène de Milet dans la petite ville de Narthakion en Phthiotide (3). De vieilles légendes , le souvenir d'une commune origine et des rapports de commerce unissaient à la Thcssalie méridionale les cités ioniennes, surtout Magnésie du Méandre qui était aussi représentée à Narthakion (4). Milet avait été quelque temps la reine du Pont-Euxin dont elle avait peuplé les côtes. Plus tard elle tourna toujours les yeux vers ces régions du Nord où elle avait possédé un empire colonial. A une époque voisine de notre ère, toutes les nié- dos côtes du Pont- Euxin ouvrirent une souscription générale pour honorer un grand personnage. Seule des villes étrangères au Pont-Euxin , Milet pa/a sa quote-part (5) : c'est là un l'ait significatif. Dans les cités delà mer Noire, quand l'organisation de l'hospitalité publique diffère un peu du modèle athénien , c'est pour emprunter un détail aux constitutions ioniennes.

Parmi les Etats qui étaient représentés à Milet , citons Tanagre , Carystos d'Eubée et Délos (6). Outre les transactions commerciales , le célèbre sanctuaire d'Apollon Didyméen attirait

(1) Samos (C. Curtius, Inschriften von Samos, p. 31, Mitth. des deutch. Instit., 1884, p. 194-196). Erythrée iWaddington , I. d'As. Min., 39). Ephèse (Wood , lnscr. fr. the temple of Diana, n°! 1,7).

(2; C. Curtius, Samos (p. 32, 29-31). Mitth. des deutsch. Instit., 1884, p. 194-196). « totç TrapeuiÔYiiAOÛdiv £a(ii<ov sx. toù vôjxou èv StSûvi xat' è[i.uopîav. » (C. 1. G., 2256.)

(3) Bull, de con. hellén., VI, 580 et suiv.

(4) Cf. Métropoles et colonies (livre I, chap. vin, § 2).

(6) Tanagre {Bull, de corr. hellén., III, 384). Carystos (Rhein. Mus., 1866, p. 528 et suiv., n° 386). Délos (Homolle, Bull, de corr. hellén., VI, 164).

beaucoup d'étrangers. On y célébrait de grands jeux , auxquels les principales villes assistaient par l'intermédiaire de leurs ambassadeurs sacrés. Quand Olympie nomma son hôte Damocratès de Ténédos , le décret lui fut porté par les théores qu'on envoyait à Milet « pour le sacrifice et le concours des jeux Didyméens (1). » D'après le droit religieux, à Milet comme à Delphes , les étrangers ne pouvaient sacrifier aux dieux de l'Etat que sous le patronage d'un citoyen : « Si un étranger offre un sacrifice à Apollon, » lit-on dans le règlement du temple de Didyme, « les cérémo- » nies préliminaires devront être faites par un citoyen, celui que » voudra l'étranger (2). » Les envoyés officiels des villes étaient présentés au dieu par leur hôte public.

Dans les cités ioniennes, les documents de proxénie, décrets et catalogues , se lisaient sur les murs des temples les plus fameux, le sanctuaire d'Hêra à Samos , d'Athêna à Erythrée , d'Artémis àEphèse, le Panionion pour les actes de la confédération (3). Dans le temple de Dionysos à Téos , qui était la capitale d'une des plus célèbres corporations d'acteurs , on lisait une curieuse série de documents de proxénie (4). La ville de Téos , voulant faire reconnaître à son temple principal le droit d'asile , avait chargé d'une mission circulaire dans le monde hellénique deux citoyens , Apollodotos etColotas, et, quelques années plus tard, Hérodotos et Ménéclès. Ces ambassadeurs se firent bien venir partout , flattant les vanités locales, composant des recueils de morceaux choisis , donnant des conférences et des concerts. Ils réussirent pleinement dans leur mission. Le droit d'asile fut reconnu par un grand nombre de cités, môme par Rome. Les envoyés de Téos devinrent surtout populaires en Crète; plusieurs villes, Gnosse, Aptera, Biennos, Arcade, les choisirent pour proxènes. On forma dans le temple de Dionysos à Téos une collection de tous les documents.

On obtenait souvent la proxénie quand on avait été choisi comme arbitre entre deux cités étrangères ou deux partis ennemis. Cette institution des arbitres internationaux s'est développée surtout en Ionie,d'où elle passa aux régions voisines, par exemple

(1) « îTOtt t«v Ôuffîav xal tôv àywva tùv Aiôvjxdwv. » (Arch. Zeiîuny , 1876, p. 183etsuiv.).

(2) « fjv ?évo? ;ep07toi^i twi 'A7rô).).wvt, ^pots^àcôat twv àiTwv ôv àvOéXvit 6 |évoç. » (Rev. archéolog.. 1874, t. 28, p. 106.)

(3) G. Curtius, Samos, p. 31 ; "Waddington , /. d'As. Min., 40; Wood, Inscr., fr. the temple of Diana, n» 1. Bullettino di corr. arch., 1872, p. 248.

(4) Waddington , /. d'As. Min. , Téos.

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en Eolide et dans les Cyclades. Un de ces arbitres , Tyron de Téos , avait été désigné par sa patrie, à la demande du roi Antiochos Soter , pour trancher les différends des habitants de Bargylia en Carie (1). C'est un parent, sans doute le père, d'un certain Polythroos , qui fit une donation à sa ville natale vers la fin du troisième siècle , pour l'instruction des enfants (2). Tyron fut nommé hôte public.

Dans les cités ioniennes, qui furent presque constamment soumises à un protectorat étranger , la proxénie prit de bonne heure la forme du patronat. Voici des exemples caractéristiques, empruntés à Erythrée. Dans les premières années du quatrième siècle, l'Athénien Conon, devenu amiral de la flotte perse, délogea les Lacédémoniens de toutes les positions qu'ils avaient occupées en Asie. Il fut accueilli par les cités ioniennes en libérateur. Erythrée le nomma hôte public, bienfaiteur, citoyen; on lui prodigua tous les honneurs, préséance dans les jeux, exemption de tous droits sur les marchandises qu'il voudrait importer ou exporter en paix ou en guerre , statue de bronze doré , dressée là où il plairait à Conon (3). Ce proxcne, qui était à la fois chef de la république athénienne et ministre de la guerre en Perse, fait figure de patron et de protecteur, bien plutôt que de simple représentant.

Quelques années plus tard , la même ville d'Erythrée nomma hôte public, bienfaiteur et citoyen le fameux Mausole de Mylasa, qui venait de se tailler en Asie Mineure, aux dépens du roi de Perse et des cités helléniques , une sorte de royaume presque indépendant. Les villes ioniennes étaient, de fait, ses vassales. Erythrée vota à ce proxène dangereux tous les avantages qu'elle put imaginer. On éleva à Mausole une statue de bronze sur l'Agora , à sa femme Artémise une statue de marbre dans le temple d'Athêna. Tous deux eurent une couronne d'or , mais le roi de cinquante dariques, la reine seulement de trente dariques (4).

Au siècle suivant, Erythrée fut condamnée à une amende par les Amphictyons de Delphes. Elle avait, en Etolie et à Erythrée des Thermopyles, de puissants protecteurs, ses proxènes. L'un d'eux, Néoptolème d'Etolie, seconda les ambassadeurs ioniens, leur conseilla d'en appeler à l'assemblée fédérale des Etoliens ,

(1) Waddington, /- d'As. Min., 87.

(2) Bull, de corr. hellén., IV, p. .110. Hermès, IX, p. 501.

(3) Waddington, /. d'As. Min., 39.

(4) Id., ibid., 40.

parla lui-même en leur faveur le jour de la discussion; et, comme il était de plus hiéromnémon, l'affaire s'arrangea aisément. Le proxène d'Erythrée d'Ionie à Erythrée des Thermopyles s'était fait nommer lui-même ambassadeur par sa ville natale et avait dirigé les Ioniens dans leurs démarches. A ces deux fidèles et puissants représentants on vota une couronne d'or; et on éleva, pour consacrer ces services, des stèles ornées d'inscriptions pompeuses, dans le temple de Delphes (1).

Samos . comme Erythrée, trouva dans ses proxènes d'utiles protecteurs, comme l'atteste une intéressante série de documents du quatrième siècle. En 866 et 352, les Samiens avaient été expulsés de leur île par les Athéniens. Alexandre promit de leur rendre leur patrie. Pendant son expédition d'Asie, un ami dévoué de Samos, Gorgos d'Iasos, était écuyer du roi. Quand, à Ecbatane, en 324, on célébra les Dionysia , Gorgos se fit remarquer par ses flatteries ingénieuses ; on obtint d'Alexandre une déclaration en faveur des exilés ; aussitôt Gorgos envoya un courrier aux magistrats d'Iasos , les engageant à faire reconduire aux frais de la ville les Samiens réfugiés ; en même temps , Nicanor déclarait, aux jeux Olympiques, au nom du roi, que les exilés recouvreraient leur patrie. Cette promesse solennelle fut remplie par Perdiccas, en 322 (2). Les Samiens, comme autrefois les Eginètes, avaient donc erré de ville en ville ou vécu à l'étranger pendant toute une génération. On leur avait fait bon accueil, par sympathie pour leur malheur, sans doute aussi par haine des Athéniens. Les Samiens, rentrés dans leur île, comblèrent d'honneurs leurs principaux protecteurs. Parmi ces puissants proxènes de Samos, citons le Macédonien Dionysios, deux Ephésiens, le Sicilien Dioclès de Gela et le Lycien Démarque, officier macédonien, qui vécut à la cour de la reine Phila, femme de Demetrios Poliorcète (3).

Beaucoup de ces proxènes des villes ioniennes étaient donc plutôt des protecteurs et des patrons que de véritables représentants. C'était une nécessité historique. Elle explique peut-être pourquoi les Ioniens étaient si généreux et accordaient du premier coup tant de privilèges commerciaux recherchés. Ils don-

(t) E. Curtius, Anecdota Belphica , 68-69.

(2) Sur ces événements, voyez Diodore , XVIII, 8, 18 ; Ephippos, ap. Athenxum, XII, 538b. C. Curtius, Insckriften und Studien zur Geschichte von Samos (Lubeck, 1877, p. 22 etsuiv.).

(3) Mitth. des deutsch. Instit., 1884, p. 194-196; C. Curtius, Samos, p. 32, 31, 29.

l'asie grecque et l'afrique. 223

naient de bonne grâce ce qu'ils ne pouvaient guère refuser. Un petit détail fait bien comprendre la condition de ces villes d'Ionie, condition intermédiaire entre l'autonomie et la sujétion. Dans beaucoup d'Etats grecs , un des privilèges des hôtes publics était d'exposer leur requête dans l'assemblée du peuple, immédiatement après les sacrifices. En lonie, les proxènesne pouvaient prendre la parole qu'après les sacrifices et les messages des rois (1). La proxénie ionienne n'était donc souvent, dès le quatrième siècle, qu'une forme du patronat. Aussi les Ioniens furent-ils prompts à adopter l'institution romaine. Beaucoup d'inscriptions d'Asie mentionnent des patrons des cités. Gbio était dans la clientèle de César (2), comme Mytilène dans celle de Pompée. Le temple d'Artémis,à Ephèse, renfermait môme une statue élevée par la ville à une patronne (3).

§ 3. — Etals doriens de Carie, Rhodes et Sporades.

Dans les villes doriennes de la côte de Carie et dans les îles voisines, l'organisation de la proxénie dut être modifiée de bonne heure par le voisinage des Ioniens et le développement du commerce. Halicarnasse devint une ville à moitié ionienne; dans les actes publics on se servait souvent du dialecte ionien, comme l'a fait Hérodote dans ses histoires. Peu h peu s'élargit en Carie le cadre un peu étroit de la proxénie dorienne. Elle perdit en partie son aspect religieux pour répondre aux exigences du commerce. La domination d'Athènes contribua à la transformation. Les documents de proxénie d'Iasos , d'Halicarnasse, de Bargylia , de Rhodes, surtout de Cos et de Calymnos (4), sont souvent imités "ux d'Athènes. Les Doriens de la côte ont d'ailleurs été soumis aux mêmes vicissitudes politiques que les Ioniens leurs voisins. Comme à Ephèse ou à Samos, lesproxènes ne pouvaient prendre la parole qu'après la lecture des messages royaux (5). Un hôte public de Bargylia est couronné au concours gymnique célébré par le peuple en l'honneur d'Antiochos Soter; on envoie au roi un exemplaire du décret, et l'on fait connaître la décision au gouverneur (6).

(1) « irpwTw (j.£xà ta iepà xai xà (ïa<yi).ixà. » à Samos, etc.

(3) Wood, Inscr. from the city and suburbs, n° 5.

(4) Cf. Influence d'Athènes sur le développement des proxénies grecques (livre III , chap. i).

(5) Waddington, /. d'As. Min., 87.

Les six principales cités doriques d'Asie Mineure formèrent longtemps une confédération qui avait pour centre le Triopion , temple voisin de Guide, où se célébraient des jeux en l'honneur d'Apollon. Peu de temps avant les guerres médiques , Halicarnasse fut exclue de la ligue, qui devint la Pentapole (1). Cette association paraît avoir été exclusivement religieuse.

Les cités dont nous connaissons des agents sont , sur le continent, Iasos, Myndos, Bargylia et Halicarnasse (2) ; dans les îles, Calymnos, Télos, Cos et Rhodes (3).

Ces Etats, surtout les îles, concédaient à leurs hôtes d'importants privilèges commerciaux : à Iasos, « l'exemption de tous les » impôts que prélève la ville (4); » à Calymnos, le droit de propriété, la franchise pour toutes les marchandises importées ou exportées en paix et en guerre. Au titre de proxène était joint souvent le droit de cité. Ces privilèges étaient consacrés par des catalogues et des stèles. A Bargylia, le trésorier du mois est chargé de faire inscrire le nouvel élu, « avec le nom du père , sur » la stèle où sont inscrits les autres étrangers faits proxènes » et bienfaiteurs et citoyens (5). » Un monument de Mylasa porte l'indication des divers titres et des diverses faveurs donnés à un certain Sibilos par des cités doriennes ; de l'une d'elles , Myndos, il avait reçu d'abord une couronne d'or, plus tard la proxénie et le droit de posséder (6) .

La petite île de Calymnos, qui a d'assez bons ports, était, dans l'antiquité comme aujourd'hui, un centre commercial. Dans les ruines de son temple d'Apollon , on trouve d'assez nombreux documents de proxénie (7). Elle avait des représentants à Iasos, à Myndos, à Bargylia, à Proconuesos, à Sicyone , à Delphes. Télos nommait des agents sur la côte de Syrie à Pto-

(1) Hérodote, I, 144.

(2) Iasos (C. 1. G., 2673, 2675, 2676. 2678). Myndos {Bull, de corr. hellén., V , p. 96-97). Bargylia (Waddington, I. d'As. Min. , 87, Rev. archéolog., 1883, t. II, p. 124). Halicarnasse (Bull, de corr. hellén., IV, 395).

(3) Calymnos (C. /. G., 2671, Greek inscr. British Mus., II, n08 245-246, 249, 250). Télos (Transactions of the royal Society of literature, 1874, p. 120). Cos (Bull, de corr. hellén., p. 207, 208. Greek inscr. British Mus., II , n° 247). Rhodes (C. 1. G., 2526. Foucart, Rhodes, p. 40. Gr. inscr. Brit. Mus., II, n° 343. Esehine, 59, Couronne. Tite-Live, XXXVII, 54).

(4) « àTÉXeiav Tiàvxwv c&v ^ uôXi? xupia ë<rrtv. » (C. I. G., 2673, etc.).

(5) Waddington, /. d'As. Min., 87.

(6) Bull, de corr. hellén. , V, 96 et suiv.

(7) La plupart sont au British Muséum, et viennent d'être publiés (Greek inscr. Brit. Mus., II, n°» 245-250).

l'asie grecque et l'afrique. 225

lemaïs (I), comme Samos à Sidon. Gos fat quelque temps un des principaux marchés de l'Orient. Un de ses proxènes fut Théron de Tyr (2). Un autre, Theucratès de Calymnos, avança de l'argent au peuple dans un moment de crise; il aida à payer la solde des mercenaires et fournit l'argent nécessaire pour consacrer une couronne votée au roi Antigone(3). los, Délos, Delphes, Samothrace avaient des hôtes dans cette île (4).

Le plus considérable de tous ces Etats , celui où l'hospitalité publique se développa surtout, c'est l'île de Rhodes. Les trois cités de l'île, qui avaient fait partie de la Pentapole dorique, s'unirent en un seul Etat à la fin du cinquième siècle , quand s'écroula l'empire athénien (5). Le nouvel Etat grandit vite , conquit une partie de la côte de Carie, se mit plus tard à la tète d'une confédération qui comprenait presque toutes les îles de l'Archipel (G); Rhodes était une des premières puissances helléniques quand arrivèrent les Romains; elle resta, pendant des siècles, une des grandes cités commerciales.

On sait, par un passage de l'orateur Eschine, que Rhodes traitait généreusement ses hôtes publics (7). Aussi pouvait-elle compter sur leur dévouement. On a trouvé, à Rhodes même, des ex-voto consacrés à Zeus Soter et à Apollon Pythien par deux proxènes de la cité , un Athénien et un Phénicien (8). A la fin du troisième siècle ou au commencement du second, un grand désastre venait de frapper Rhodes. On fit appel à la générosité des citoyens et des étrangers pour reconstituer une flotte. Nous avons la liste des souscripteurs. Un proxène, nommé Platon fils d'Antipater, contribua pour trois cents drachmes (9).

Les documents, assez nombreux, font connaître des hôtes publics de Rhodes dans les Etats étrangers et des Etats étrangers à Rhodes. L'île est en relation avec les marchés de la Méditer-

(1) Greek inscr. Brit. mus., II, 342.

(2) Bull, de corr. hellén. , V, 207.

(3) Gr. inscr. British Mus., II, 247.

(4) los (Ross., Inscr. gr. inéd., n° 94). Délos (Homolle, Bull, de corr. hellén., VI, 64). Delphes (Liste chronologique des proxènes : Wescher-Fouc. , Inscr. de Delphes. n° 18). Samothrace (Conze, Thrakische Insein, p. 67. New Untersuch. (18«0), p. 97, n° 13).

(5) Strabon, p. 654. DioJore, XIII, 75.

(6) Tite-Live, XXXI, 15.

(7) Eschine , Couronne , 59.

(8) Foucart, Rhodes, p. 40. C. I.Q., 2526.

(9) Greek inscr. Brit. Mus., II, n° 343, col. 2, ligne 69.

ranée orientale, Athènes, Délos, Delphes, la Crète, la côte d'Asie Mineure et la Phénicie.

Au commencement du quatrième siècle, Athènes nomma un représentant dans l'île de Rhodes, récemment constituée en un Etat unique (1). Au temps de Démosthène et d'Eschine , Rhodes avait de nombreux agents en Attique (2). L'un d'eux est Glaucon d Athènes , célèbre par sa victoire aux courses de chars à Olympie(3). Son frère, l'orateur Ghrémonidès, a donné son nom à une guerre étrange dont le sens excite encore la curiosité des critiques. Après la prise d'Athènes par Antigone en 263 , les deux frères se retirèrent près de Ptolémée d'Egypte , qui les accueillit fort bien. Ghrémonidès, devenu amiral d'Egypte, livra une bataille navale aux Rhodiens. Glaucon , hôte public de l'île , se tint certainement à l'écart. A une époque indéterminée, il fit un voyage à Rhodes et y consacra une offrande à Apollon , dont on a retrouvé la dédicace. Les rapports entre Rhodes et Athènes devinrent de plus en plus actifs au troisième siècle. Les Rhodiens avaient accordé le droit de cité à tous les Athéniens. Un jour, pendant une guerre navale, ils reprirent et renvoyèrent au Pirée quatre vaisseaux que les Macédoniens avaient enlevés à la flotte athénienne. En récompense, les Rhodiens obtinrent à leur tour droit de cité en Attique (4).

On connaît plusieurs représentants que Délos eut à Rhodes pendant le troisième siècle (5). Les relations entre les deux îles furent longtemps très intimes. Les inventaires du temple d'Apollon à Délos mentionnent d'innombrables offrandes consacrées par l'archithéore et les théores que Rhodes envoyait régulièrement aux fêtes.

Les Rhodiens , en habiles commerçants, honorèrent avec une infatigable piété lApollon de Delphes. La grande liste des proxènes ne nomme pas moins de neuf Rhodiens , tous du commencement du deuxième siècle. Et ce n'est pas là un hasard ; on a trouvé d'autres documents isolés qui concernent des Rhodiens (6).

(1) C. /. A.. II, 9 (année 394-393).

(2) Eschine, Couronne , 59.

(3) Foucart; Modes, p. 40 Sur Glaucon et Chrémonidès, cf. Pausanias, VI. 16, 9; Hegesander, ap. Athenœum, VI. p. 256' ; C. 1. A., II, 332; Teles , apud Stob. Flor., 4U, 8; Polyoen., V, 13.

(4) Tite-Live, XXXI, 15.

(5) Bull, de corr. heUén., I, 282; II, 330, 331.

(6) Lifte chronologique des proxènes Wescb.-Foùc, inscr. de Delphes, 18). Le Bas, II. 8V2. Wesche faj . bUingnu de Delphes, p. 137, Bull, de corr. hellén., V, 403.

L'île eut souvent à combattre pour conserver sa suprématie commerciale; elle combattait avec des armées de mercenaires. Aussi voit-on les Rhodiens courtiser les maîtres du plus grand marché cà soldats. Voici par exemple une clause d'un traité conclu avec Hiérapytna de Crète : « Si les Rhodiens ont besoin de » lever des mercenaires en Crète, les Hiérapytniotes leur fourni- » ront toute sécurité pour l'enrôlement dans la ville et dans les » campagnes et dans les îles qui dépendent d'eux; ils feront leur » possible pour faciliter aux Rhodiens le recrutement; ils n'ac- » corderont à personne en aucune manière le droit de lever des » mercenaires contre les Rhodiens ; et aucun des Hiérapytniotes » ne fera en aucune façon campagne contre les Rhodiens (1). »

Rhodes était naturellement en rapports suivis avec les îles voisines et la côte d'Asie Mineure. Il y avait des agents d'Amorgos, d'Halicarnasse à Rhodes, et des agents rhodiens dans les villes d'Asie (2). Le plus célèbre de ces proxènes est le roi de Pergame, Eumène (.'>). La rivalité politique et commerciale amena des conflits entre l'île et son hôte public. Les envoyés de Rhodes s'en excusent dans le sénat romain : « Ce qui rend, dans tout ce pro- » ces , Pries conscrits , notre situation difficile et fâcheuse , c'est » que nous avons maille cà partir avec Eumène. Or c'est celui de » tous les rois qui a parmi nos citoyens le plus d'hôtes privés. Et, » ce qui nous touche davantage, notre ville a conclu avec lui un » traité d'hospitalité publique. » Rhodes était représentée en Phénicie par Zenon, fils de Nahum , qui habitait Arados. Il vint un jour à Rhodes et y consacra une offrande à Zeus Soter , dont nous possédons la dédicace (4). Ces faits montrent l'étendue des relations de Rhodes. Ici , comme partout , le développement de la proxénie est parallèle au développement de l'activité commerciale. L'orateur Lycurgue n'exagérait guère, quand il disait : « Les » Rhodiens trafiquent dans le monde*entier (5). »

(t) Naber, Mnêmos. , I (1852), p. 79 et suiv. , ligne 40 : « ei 8é xa ?evo),oyîou Xpsiav é^icv-ri 'PoStoi, èx KpvJTa; Trape^ôvrcov 'lepairuxvioi àcrçâXeiav tù cjevoXoYÎto èv rqt 7t6),ei, uapexôvxwv 8è xai Èv là /wpat xai èv touç vàaoïç toûç 7tap' aù-rwv xaxà tô Suvoctôv, xal Ttâvra auvôpyoyvTtov eîç to a-yvTEXsTÔrjjj.ev 'Poôîoïc tô Çevo)ôyiov ' âXX<j> ôè xaxà 'PoôÉiov ÇevoXôyiov [at)6evî ôiôôvxiov Trapeupéaei [iriÔepot , (17)ÔÈ aTpaTeuËaôw 'IeponruivÉïov (JLr)6ei; xoaà 'Poôiwv 7tap£upÉa£i [AY)ÔE[iia. »

(2) Annali dicorr. arch., 1842, p. 158, Bull, de corr. hellén.. IV, 395.

(3) Tite-Live, XXXVII, 54.

(5) Lycurgue, contre Léocrate, 14, 15.

§ 4. — Intérieur de l'Asie Mineure.

Le principe sur lequel reposait à l'origine la proxénie était la simple hospitalité, principe banal, sans doute commun à toutes les races humaines. Mais les Hellènes ont tiré de cette idée de merveilleuses conséquences pour suppléer à la faiblesse de leur droit international. C'est dans le développement religieux , commercial et politique du principe d'hospitalité qu'est l'originalité de la proxénie. C'est en ce sens qu'elle a été une institution purement hellénique. Elle ne pouvait exister que dans un pays où vivaient côte à côte des cités autonomes , où la vie publique et le commerce s'étaient largement développés avec une entière indépendance. L'histoire de la proxénie est intimement liée à celle de la liberté et du commerce des Hellènes. L'institution a sur divers points dépassé les limites du monde grec. Mais on ne peut signaler qu'un petit nombre de faits isolés; l'imitation est restée partout stérile , parce que les conditions de la vie publique étaient différentes. Les Phéniciens avaient dû imaginer quelque moyen de protéger leurs comptoirs ; on a affirmé à la légère qu'ils avaient eu des agents analogues aux proxènes grecs; mais la preuve en est encore à donner (1). Les autres nations en étaient restées à l'organisation patriarcale en tribus ou en grandes monarchies ; la proxénie , institution de cités libres et autonomes , n'a pu s'y acclimater. Les rois y suppléaient, en partie, par l'hospitalité privée (2). Mais l'histoire delà proxénie n'en offre pas moins ce curieux phénomène historique; les cités grecques avaient des représentants dans la plupart des villes maritimes non helléniques , tandis que les populations barbares n'avaient pas d'agents en Grèce. Cette anomalie s'explique d'ailleurs ; les non Hellènes avaient beaucoup moins d'intérêts et voyageaient beaucoup moins en pays hellénique que les marchands grecs dans les pays barbares.

Les cités grecques d'Asie Mineure décidèrent pourtant quelques peuplades de l'intérieur à nommer des agents en pays grec , comme les Européens modernes ont amené la plupart des peuples orientaux à se faire représenter dans nos capitales. Dans leur retraite sur le Pont-Euxin , les Dix-Mille arrivèrent aux frontières des Mossynèques, peuplade indépendante qui vivait dans des gor-

(1) Movers, Die Phœnizier, III, 123.

(î) Suivant Hérodote (VIII, 120), Xerxès aurait conclu un traité d'hospitalité avec la ville d'Abdère.

l'asie grecque et l'afrique. "229

ges sauvages entre la mer et le plateau de la petite Arménie. Gomme leur nom l'indique, ils habitaient des tours de bois. Au témoignage de Xénophon , les Grecs n'avaient pas rencontré dans leur expédition de peuples plus barbares et dont les mœurs fussent plus éloignées de celles des Grecs : « Ils font en public ce que » partout ailleurs on fait à l'écart et qu'on n'oserait pas faire si y> l'on était vu; puis, quand ils sont seuls, ils font ce que nous » 'faisons devant d'autres personnes. » Cette tribu barbare n'en avait pas moins un hôte public dans la ville voisine de Trébizonde. C'est ce proxène, Timasithée de Trébizonde, que les Grecs envoient négocier avec les Mossynèques et qui sert d'interprète à Xénophon (1).

Quelques jours plus tard , les Grecs menacent la petite ville de Cotyora , r olonie de Sinope. Sinope , effrayée , leur envoie des députés et , à leur tête, Hécatonyme, proxène de Corylas à Sinope (2). Corylas était le satrape de Paphlagonie; comme la plupart des gouverneurs perses , c'était un vice-roi presque indépendant; il avait nommé des agents dans les villes grecques de la côte, comme il l'avait vu faire sans doute aux tribus voisines. Hécatonyme menace d'abord les Grecs de les repousser de concert avec le satrape. Puis il change d'attitude, et le lendemain il décide les Grecs à prendre la route de mer; on le soupçonna d'avoir donné ce conseil par amitié pour Corylas, « car il était » son proxène à Sinope. »

La tribu des Pelténiens de Phrygie paraît avoir aussi nommé des hôtes (3). Les villes à demi helléniques de l'intérieur n'avaient pas dû négliger ce moyen de développer leur commerce. On ne peut cependant rien affirmer sur ce point ; car elles ont été presque toujours sujettes et n'ont guère grandi avant l'époque de la domination romaine.

Deux documents de Tralles permettent de supposer que l'institution a existé dans cette ville (4). L'un est un décret qui nomme bienfaiteur un certain Alexandre; on lui donne de plus les honneurs isolympiens, la préséance dans les jeux, le privilège de dîner au Prytanée , le droit de parler au peuple et au sénat; « il » recevra aussi des trésoriers les dons fixés par la loi , comme les

(i) Xénophon, knabase, V, 4, 2.

(2) Ibid., V, 5, 7; 6, 11.

(4) C. 1. G., 2919b. Waddington, /. d'As. Min., 599. Bull, de corr. hellén., III , p. 467.

y> autres bienfaiteur?. » Le titre de proxène n'est pas mentionné dans le décret, maison voit que l'évergésie était constituée comme dans les villes grecques de la côte. L'autre document est une grande liste de noms propres suivis d'un ethnique. On y a vu une liste d'hôtes publics ; c'est possible , mais rien ne le prouve ; ce pourrait être aussi un catalogue de bienfaiteurs ou de citoyens. Le monument n'en est pas moins intéressant; on y voit l'étendue des relations d'une ville d'Asie Mineure à demi hellénique, déjà éloignée de la côte. Les personnages qui y sont mentionnés appartiennent soit à l'Asie (Mylasa , Antioche, Aspendos , Lysimachie , Pîtanâ , Colophon , Calymnos , Gos , Pisidie , Milet) . soit à la Grèce propre (Chalcis, Thessalie , Etolie, Théra , Magnésie thessalienne, Corinthe), soit aux régions du nord (Macédoine, Périnthe, Héraclée, Parium). Il est certain que Tralles était entrée alors dans le mouvement de la civilisation hellénique.

Beaucoup plus important était le rôle actif des cités grecques en Asie. Au commencement du quatrième siècle, Athènes avait pour proxène un Mède (1). Au quatrième et au troisième siècle, Tanagre nomme des agents en Pisidie (2) , à Aspendos de Pamphylie (3) ; les Locriens Opontiens à Tralles (4) , Samos en Lycie (5) , Iasos à Caunos en Carie (6). Erythrée dTonie a pour proxène le roi Mausole (7). La Crète surtout , qui fut à certains égards l'avant-garde de l'Asie , eut d'intimes relations avec l'intérieur du pays. Aptéra était représentée à Pruse, à Nicomédie, à Magnésie, à Aspendos de Pamphylie (8) ; Gnosse à Tarse de Cilicie (9). Prusias, roi de Bithynie, était proxène d'Aptéra (10); le roi Eumène, de Rhodes (11). Les grands sanctuaires grecs n'avaient pas non plus négligé d'étendre leur influence de ce côté; on connaît des hôtes du temple de Samothrace à Caunos et Alabanda (12): de Délos à Aspendos (13); de Delphes à Sardes en

(I) Foucart. Mil. d'ép. gr., p. 49.

(?) Htrmes, 1876, p. 97 et suiv.

(3) Bull, de corr. hellén. , III, p. 383.

(4) 'AOrjvaiov, I, p. 484.

(5) C. Curtius, Samos, p. .19.

(7) Waddington, /. d'As. Min., 40.

(8) Bull, de corr. hellén., III, 423, 424, 425, 435.

(9) ibid., IV, 354.

(10, Ibid., III, 423.

(II) Tite-Live, XXXVII, 54.

(12) Conze, Thrak. Insein, p. 69-70. Neue l'ntersuch. (1880), p. 97, u° 13.

(13) Homolle, Bull, de corr. hellén. , VI, 164.

L'ASIE GRECQUE ET L'AFRIQUE. 23t

Lydie, à Tlos en Lycie, à Alabanda en Carie, à Zéphyrion en Cilicie(i).

§ 5. — Cypre, Syrie et Phénicie.

L'île de Cypre, qui tient une si grande place dans l'histoire des origines de l'art grec et où, depuis ces temps reculés, se sont rencontrés bien des fois l'Orient et l'Occident, fut toujours fréquentée par les marchands grecs. A la fin du cinquième siècle , Athènes y avait pour proxène le roi Evagoras, révolté contre les Perses (2); an quatrième siècle , un Cypriote de Salamis , du nom d'Héraclide (3). Pnytagoras, roi de Salamis , était vers le même temps hôte public de Délos (4). Enfin le temple de Delphes avait des représenta; Ls dans plusieurs cités de l'île, à Amathonte, à Paphos (5); l'un d'eux, Antagoras, était chargé de recevoir les théores que Delphes envoyait dans l'île faire les invitations pour les grands jeux.

A Cypre, les institutions d'Orient et d'Occident se mêlaient comme les arts, les langues et les alphabets. Deux précieux documents prouvent qu'il a dû exister en Cypre quelque institution analogue à la proxénie. L'un est un décret du roi Stasicypros et de la cité d'Idalion, accordant divers honneurs au médecin Onasilos, pour services rendus pendant que les Mèdes et les habitants de Citium assiégeaient Idalion (avant 385) (6). L'autre est une décision du grand prêtre et des prêtres de Poséidon à Larnaka de Lapethos, conférant l'exemption des frais de sacrifice à un étranger bienfaiteur de la ville : « Puisque Nouménios, fils de Nouménios..., » bienfaiteur de la cité , a constamment prouvé son dévouement » au grand prêtre et aux prêtres par ses paroles et par ses actes , » le grand prêtre Praxidèmos et les prêtres de Poséidon Larna- » kien ont décidé de donner à Nouménios et à ses descendants , » l'exemption de tous frais pour les victimes qu'ils pourront sacri-

(1) Bull, de corr. hellên., V, 400, 402, 384,373. Liste chronologique (Wesch.-Fouc, Iriser, de Delphes, n° 18).

(3) Mitth. des deutsch. Instit., 1883. p. 211 et suiv.

(4) Sur ce personnage, voyez Le Bas-Foucart, Pélop., 122; Monuments grecs. 1878, p. 51; et les inventaires du/Temple de Délos [Invent, de Démarés , 1. 13, i'Hypsoclés, 1. 88).

(5) Bull corr. hell., V, 402. — Liste chronologique. — Wesch.-Fouc, Inscr. de Delphes, n°* 14, 15.

(6) Schmidt, Samnl. Kypr. Inschriften. tab. 1.

» fier, à perpétuité (1). » Ce sont des privilèges qui , en Grèce, étaient joints souvent à la proxénie.

Les Hellènes avaient peu à peu chassé les Phéniciens de l'Archipel et des côtes d'Asie Mineure. Au temps des guerres médiques, les relations commerciales devinrent actives entre les deux races. C'est à cette époque, selon toute vraisemblance, que les Phéniciens adoptèrent l'usage de la monnaie, inventée par les Hellènes (2). On ne sait comment les Phéniciens ont pu se passer, pour leur immense commerce, de représentants réguliers ; mais jusqu'à présent rien n'autorise à croire que Tyr et Sidon aient nommé des hôtes publics. On connaît, au contraire, un assez grand nombre d'agents des principales cités grecques dans les ports phéniciens. Des clauses très significatives dans les décrets d'Athènes et de Samos ne permettent pas de douter que ces proxènes aient été de véritables agents commerciaux en Phénicie. Au quatrième siècle, deux Tyriens n'obtinrent à Athènes la proxénie qu'en raison d'une promesse formelle de veiller constamment sur l'approvisionnement en blé du marché de l'Attique (3). A la même époque, Apollonidès de Sidon fut nommé hôte public d'Athènes , après une pétition faite par la corporation des marchands et des armateurs (4). Dans un décret de Samos, Métrodore de Sidon, proxène de la ville, est remercié des services rendus à a ceux des » Samiens qui résident à Sidon, d'après la loi, pour le com- » merce (5). »

Tous les Etats grecs dont nous connaissons des représentants en Phénicie sont précisément les grandes places commerciales de l'Orient. Athènes a ses agents à Tyr et à Sidon. Cos à Tyr . Samos à Sidon, Rhodes à Arados (Zenon , fils de Nahum), Délos à Tyr, à Arados, à Sidon (le roi Philoclès) (6). Le temple de Delphes a là des correspondants comme presque partout (7). La plupart de ces personnages sont antérieurs à la fin du quatrième siècle; la destruction de Tyr changea la direction du courant commercial.

(1) Cesnola, Inscr. grecq. de Cypre, n° 16.

(2) F. Lenormant, Monnaies et médailles, p. 23-24.

(4) Ibid.. II, 171.

(5) C. Curtius, Samos, p. 33.

(6) Athènes (C. I. A., II , 86, 170, 171). Cos (Bull. corr. hell. , V, 207). Samos (C. Curtius, Samos, p. 33). Rhodes (C. 7. G., 2b26). Délos (Bull. corr. hell, IV, 328; VI, 164).

(7) Le Bas, II, 869.

l'asie grecque et l'afrique. 233

Après les conquêtes d'Alexandre, la vie se déplace peu à peu. Les villes nouvellement fondées en Syrie détrônent les antiques cités de Phénicie. Les Etats grecs entrent en relations avec ce pays récemment ouvert au commerce. Tanagre nomme des proxènes à Antioche, Télos à Ptolémaïs, Myrina à Séleucie, Aptéra à Hiérapolis, Délos à Stratonicée et à Antioche, Delphes à Laodicée et à Antioche (1); il y avait en Syrie comme à Gypre des hôtes pour les théores de Delphes (2).

§ 6. — Egypte.

Les fouilles de ces dernières années ont éclairé d'une vive lumière le commerce des cités grecques avec l'Egypte. Les monuments égyptiens et les légendes helléniques prouvent que très anciennement les Ioniens d'Asie Mineure fréquentaient le Delta. Mais c'est seulement sous le règne d'Amasis que les Hellènes purent s'établir en Egypte. On leur assigna pour résidence la ville de Naucratis. Les Ioniens de Chios, de Téos, de Phocée et de Glazomène, les Doriens de Rhodes, de Gnide, d'Halicarnasse et de Phaselis. les Eoliens de Mytilène y bâtirent en commun un temple, et nommèrent dans la ville des agents commerciaux qu'Hérodote appelle les « prostates du marché. » Les Samiens, les Eginètes et les Milésiens avaient des sanctuaires spéciaux, consacrés respectivement à Hera, à Zeus et à Apollon (3). Après la conquête de l'Egypte par Alexandre, Naucratis cessa d'être une ville privilégiée, une sorte de ville franche. C'est alors sans doute que les TrpoaTarai toïï Ifjnropi'ou furent remplacés par des proxènes désignés par chaque cité suivant les habitudes communes à tous les Grecs. On connaît deux de ces proxènes grecs à Naucratis : l'un représentait Délos, l'autre l'île d'Ios (4).

(t) Tanagre ('Aô^vatov, IV, p. 211). Télos {Greek inscr. Brit. mus., II, 342). Myrina (Mouireïov t^ç eùay. (tx°^- èv 2|Jiùpvi(i , 1875, p. 124). Aptéra (C. I. G., 2558. Bull. corr. hellén., III, 431). Délos [Bull. corr. hellén., VI, 164). Delphes (Le Bas, II, 880. Liste chronologique des proxènes de Delphes dans Wescher- Foucart) .

(3) Hérodote, II, 178. F. Lenormant , Monn. et mêd., p. 24 : « En Egypte, le premier qui battit monnaie, et cela pour l'usage des commerçants grecs et phéniciens de Memphis et de Naucratis, non pour celui des indigènes, fut le satrape Aryandès , que Dareios punit de mort dans des circonstances encore assez obscures , mais ayant trait à son monnayage. »

(4) Délos (Bull. corr. hell, (Homolle), VI, 164). Ios {Rhein. Mus., 1867, p. 294 et suiv., n° 295).

Mais la nouvelle cité du Delta , Alexandrie , se substitua peu à peu à toutes les autres cités égyptiennes pour le commerce international. On connaît environ trente agents de cités grecques à Alexandrie. Ainsi Tanagre (1), Orchomène (2), Carthœa (3), les Nêsiotes (4), les sanctuaires de Delphes (5) et de Délos (6) avaient des correspondants commerciaux ou religieux dans la capitale des Ptolémécs. On pourrait citer jusqu'à quinze hôtes de Delphes à Alexandrie.

La plupart de ces personnages appartiennent à quelques familles puissantes qui avaient la faveur des rois Egyptiens. L'une des plus considérables est celle où alternaient les noms de Sosibios et de Dioscoride. Le premier , Sosibios , fut ministre de Ptolémée Philopator et contribua à la mort du roi de Sparte Cléomène (7). Il affirma son autorité jusque sur les monnaies; la plupart des pièces d'argent et de bronze de Philopator portent au revers un n et un 2; ce sont les initiales du ministre (8). Sosibios et ses descendants furent honorés par diverses villes grecques; on lui éleva une statue à Gnide (9) ; il fut hôte public de Tanagre et d'Orchomène (10).

Ghrysermos est l'ancêtre d'une autre grande famille qui représentait à Alexandrie plusieurs Etats grecs. Dès le milieu du troisième siècle, Délos élève une statue à Chrysermos, « parent du » roi Ptolémée, exégète, chef de l'assistance médicale, conserva- » teurdu musée (11). » Ptolémée, fils de Ghrysermos, est appelé sur les marbres « ami du roi , » et fut mêlé aux événements qui amenèrent la mort de Cléomène (12). Le fils de ce Ptolémée, c'està-dire le petit-fils de Chrysermos , fut nommé prêtre d'Alexandre et des Ptolémées en 185 (13) et proxène de Delphes en 188 (14).

(1) Hermès, 1876, p. 97 et suiv. Bull. corr. hell, III, 384.

(2) Le Bas, 1^ 631. Bull. corr. hell., IV, p. 97. Keil, Syllog. inscr. Bœotic, p. 21.

(4) Bull. corr. hell, IV, 322.

(5) Bull. corr. hell. , V, 403. Liste chronologique des proxènes de Delphes (dans Wescher-Fouc).

(6) C. I. G., 2267. Bull. corr. hell., II, 329.

(7) Polybe, V, 33 et suiv., Plutarque, Cléomène, ;i3.

(8) Stuart Poole, Numismalic Chronicle, 1864, p. 70; 1866, p. 5.

(9) Newton, Cnid. and Halicarn., pi. 15.

(10) Tanagre (Hermès, 1876, p. 97 et suiv.). Orchomène (Le Bas, II, 631).

(11) Bull. corr. hell, III, 470.

(12) Plutarque, Cléomène, 36.

(13) Rev. archéol, I8G6, t. XIV, p. 156. (IV; Wesch.-Fouc, Inscr. de Delphes, p. 24.

l'asie grecque et l'afrique. 235

Un autre petit-fils de Chrysermos , nommé Glaucon , et son neveu Galestès, remplirent les fonctions d'hôtes publics du même sanctuaire (1).

Plusieurs représentants des cités grecques en Egypte étaient des officiers des Ptolémées, comme Philothéros d'Halies et Dicœos, hôtes de Carthsea et de Délos (2) , comme Théon , gouverneur d'Alexandrie et proxène de la confédération des îles (3). Les rois d'Egypte essayèrent à diverses reprises d'établir leur domination dans la mer Egée. Tantôt les Gyclades furent nominalement incorporées au royaume égyptien, tantôt elles s'unirent en confédération sous la suzeraineté des Ptolémées. Les décrets honorifiques de Délos conservent le souvenir de cette intervention des rois égyptiens dans les affaires de la mer Egée.

§ 7. — Cyrénaïque.

Bâtie à l'extrémité de l'aride plateau de la Libye , en face de la Crète, entre l'Egypte et Carthage, Cyrène, qui tient une grande place dans l'histoire de l'art et des lettres, a été un des entrepôts importants du commerce antique. Au milieu du quatrième siècle, Athènes y avait un représentant dévoué, Epikerdès, dont parle Démosthène et dont on a retrouvé la stèle'(4). Bien d'autres Etats, Gortyne de Crète, Kyme d'Eolide, l'île d'Ios, Délos, avaient des représentants dans cette métropole de l'Afrique grecque (5). C'est par l'intermédiaire de Cyrène que Delphes noua des relations avec le fameux temple de Zeus Hammon , reconnu plus tard comme dieu olympique.

On ne sait si la ville de Cyrène nomma elle-même des proxènes. On possède seulement un singulier bas-relief, une sorte de métope, consacrée à Cyrène par un Libyen, nommé Carpos,en témoignage de la généreuse hospitalité qu'il y avait reçue. Sous un dais de feuillage formé de vignes grimpantes, on voit à droite la Libye personnifiée; elle couronne la nymphe Cyrène, qui de ses bras enlacés étouffe un lion. Deux distiques expliquent cette sculpture

(1) Wesch.-Fouc, Inscr. de Delphes, p. 26.

(3) Bull. cou. hell., IV, 322.

(4) Démosthène, contre Leptine, 42. C. I. A.. Il, 85. 'A6v)vaiov, VI, p. 480.

(5) Gortyne (C. I. G., 2560). Kyme (inscription inédite, que nous a communiquée notre ami Salomon Reinach). Ios iRhein. Mus. , 1867, p. 294 et suiv., n° 293). Délos (C. I. G., 2267).

symbolique, qui provient des ruines du temple d'Aphrodite. Cyrène y est appelée la triple gloire des continents :

fJ7ret'p(ov Aiêuy) Tpcucrov eyouaa. xXÉoç,

sans doute à cause de sa triple population d'Africains, d'Européens et d'Asiatiques (1). Qu'elle ait eu ou non des proxènes antérieurement, Cyrène nomma plus tard un patron, Gn. Cornélius Lentulus, à qui elle éleva une statue (2).

§ 8. — Carthage.

Garthage et la région de l'Atlas sont les seuls pays riverains de la Méditerranée où n'aient pu s'établir des colons grecs. Quelques tentatives furent faites très anciennement dans le golfe des Syrtes et sur la côte de Maurétanie ; mais la race grecque ne put s'y affermir ou du moins fut absorbée par les races indigènes. Cependant un commerce assez actif s'établit entre les Grecs de Sicile et d'Orient d'une part, les Libyens et les Phéniciens d'Afrique de l'autre. On trouve au pied de l'Atlas d'assez nombreuses monnaies grecques (3). On possède un ex-voto consacré à Garthage par un marchand de Cos (4). Enfin l'on connaît un proxène d'un Etat grec à Carthage : c'est Noba, fils d'Axioub. Il dirigeait l'ambassade envoyée au roi Persée, en 174. Il séjourna en Béotie, y fut bien accueilli, et reçut le titre d'hôte public de la confédération béotienne, avec le droit de propriété, l'atélie et l'asylie (5). On ne sait si Carthage avait elle-même des représentants dans les cités étrangères. Il est possible qu'elle suppléât à la proxénie par l'hospitalité privée constatée sur des tablettes. On possède, en ce genre, plusieurs traités d'hospitalité, entre autres celui qui fut conclu entre le Carthaginois Hinibal , fils d'Himilcon, et un Sicilien (6).

Depuis la fin du quatrième siècle, les marchands grecs font un commerce assez actif sur les côtes de Numidie et de Maurétanie ; on a découvert à Délos deux statues élevées à Masinissa par le

(1) Smith and Porcher : Discoveries at Cyrene (London, 1864). Inscript. n° 19, pi. 76.

(î)Ibid., n° 1.

(3) Pour les relations, commerciales ou autres, des pays grecs avec îa région de l'Atlas, voyez notre mémoire : Grecs et Maures, d'après Us monnaies grecques du musée d'Alger {Bull, de corr. africaine, 1884).

(5) C. /. G., 1565. Polybe, XXII, 4, 12. Tite-Live, XLI, 22.

Rhodien Gharmylos et par un certain Hermon, ami du roi (1). Plus tard, l'épigraphie et la numismatique grecques montrent la dernière dynastie africaine en rapports suivis avec Athènes, la Lycie. la Syrie, l'Egypte et Cyrène (2). On connaît un seal proxène grec en ces régions. C'est un Liby-Phénicien de Bizerte , appelé par les Romains M. Valôrius Muttines, par les Grecs '0|/.ottovy)ç. Pendant la seconde guerre punique, il livra Agrigente aux Romains, reçut la civitas, commanda la cavalerie numide dans l'armée de L. Scipio , et rendit alors quelques services au sanctuaire de Delphes, qui le nomma proxène (3).

(1) Bull. corr. hell., II, 400; III, 469, n° 1.

(2) Grecs et Maures, p. 7-12.

(3) Liste chronologique des proxénes de Delphes, lignes 88 et suiv. Sur ce personnage, voyez Tite-Live, XXVI, 40, 3: XXVII, 5-7; XXXVIII, 41, 12 et suiv. — Grecs et Maures, p. 11.

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