LES CORPORATIONS DE MARCHANDS ET D'ARTISTES
Dans le monde hellénique, les corporations de marchands ou d'artistes étaient constituées sur le modèle des Etats. On connaît des agents de plusieurs d'entre elles. Les faits sont jusqu'ici peu nombreux ; mais ils suffisent à démontrer que l'institution de la proxénie avait été adoptée par les associations particulières, aussi bien en Asie Mineure et en Egypte que dans la Grèce propre et dans l'Italie méridionale.
Les marchands grecs , comme plus tard les Italiens , s'établissaient en grand nombre dans les principales villes de commerce. La loi locale les traitait d'ordinaire assez mal ; aussi eurent-ils partout une tendance à s'unir pour protéger plus efficacement leurs intérêts communs. Une société se formait sous le patronage d'un dieu. Elle se recrutait surtout , parfois exclusivement, parmi les hommes originaires d'une même cité. Elle devenait souvent puissante, et l'on voit plusieurs fois la recommandation d'une corporation éloignée peser sur les décisions de l'assemblée athénienne. A ce titre, les corporations ont joué un rôle, même dans l'histoire de la proxénie des cités. Les associations de marchands et d'armateurs étaient nombreuses à Tyr, à Sidon, dans les grandes villes de la côte de Syrie. Par leurs pétitions et leurs recommandations, elles font nommer des Phéniciens proxènes de Samos ou d'Athènes. C'est à la suite d'une double démarche collective de la société des marchands et de celle des armateurs , qu'au milieu du quatrième siècle Apollonidès de Sidon fut élu proxène athénien (1). Le même fait se produisit sans doute à Byzance, quand on nomma hôte public Orontas d'Olbia (2).
(1) C I. A., Il, 171.
(2) C. /. G., 2060. Dethier-Mordtmann, Ep. von Byzant., p. 63.
Ces corporations étaient surtout importantes dans les grandes cités commerciales. Il y en avait beaucoup à Rhodes et à Délos ; chaque peuple, chaque corps de métier y formait souvent une communauté distincte, comme aujourd'hui nos concitoyens dans les capitales ou les ports étrangers. Mais l'association avait une bien autre importance dans l'antiquité , à cause de la dureté des lois pour les non-citoyens.
La confrérie (auvoooç) des marchands et des armateurs de Délos, dont le patron était Zeus hospitalier, avait pour proxène Diodore d'Athènes, qui commandait le port du Pirée(l). Dans ce poste important , Diodore Rivait pu rendre à la société bien des services. Les confrères de Délos , reconnaissants , résolurent de lui offrir son portrait. Mais on voulait le placer dans les bureaux de l'administration du port, et faire proclamer officiellement les honneurs rendus à Diodore. Or , d'après un règlement qui nous est expliqué par l'orateur Eschine (2), les cités ou sociétés étrangères devaient , pour que ces proclamations fussent légales , demander l'autorisation du peuple athénien. C'est cette autorisation, sous forme de décret, que l'on possède.
On peut citer de nombreux bienfaiteurs des confréries de marchands. Diodore est le seul proxène dont fassent mention les marbres. Il est pourtant probable que l'institution était assez répandue. Au temps des Romains, les confréries nommaient des patrons. A Ephèse , les carde urs de laine élevèrent une statue à P. Vedius Antoninus (3) ; sous l'Empire , les patrons des confréries se comptent par centaines. Les corporations helléniques , comme toutes les communautés politiques ou religieuses, ont dû élire des proxènes avant d'avoir des patrons.
Les compagnies d'acteurs qui parcouraient les diverses régions helléniques pour y donner des représentations, avaient aussi dans les villes de leurs circonscriptions , des agents ou représentants nommés proxènes. Ces hôtes accueillaient les troupes d'artistes dionysiaques , les mettaient en relations avec les autorités locales et, sans doute aussi, se portaient garants de l'exécution des traités conclus. Le développement de la proxériie dans les compagnies d'acteurs était une des conséquences de leur vie nomade et de leurs rapports multiples avec diverses communautés.
Les artistes dionysiaques étaient groupés en plusieurs grandes
(1) « <7uvo8o; toû Aiôç toù ijeviou » (C- /. G., 124).
(2) Eschine, Couronne, 42 et suiv.
(3) « y| ouvepYourfa twv Xavapfwv » (Wood, Inscr. from the cityand mburbs., n° 4).