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CHAPITRE V

§ 1. — Formes diverses de L'hospitalité publique à Delphes.

C'est à Delphes que l'hospitalité publique s'est développée dans le plus vaste cadre et avec les formes les plus variées. Ou sait comment, durant la période de formation du peuple grec, l'oracle d'Apollon Pythien fut le facteur prépondérant. A la fin du sixième siècle , les prêtres de Delphes perdirent en partie leur haute autorité politique sur tout le monde des Hellènes. Mais le sanctuaire national n'en fut pas moins vénéré de tous, et l'enceinte sacrée d'Apollon Pythien resta toujours la capitale religieuse ou, comme on disait, le « foyer commun » de la Grèce.

Le temple d'Apollon était à la fois un des sanctuaires les plus célèbres, une banque considérable, la métropole religieuse de la plupart des colonies helléniques , enfin le chef-lieu de la plus grande amphictyonie. Les intérêts les plus divers y attiraient une foule considérable, surtout à l'approche des jeux. De grandes foires s'établissaient autour du sanctuaire. Pour faciliter l'accès des pèlerins et des marchands au milieu de ces rochers et de ces gorges sauvages, on avait taillé des voies sacrées et construit des ponts aux frais de chaque Etat amphictyonique et sous la surveillance du délégué de chaque région à l'amphictyonie (1). A Delphes même, ou prenait des mesures pour la réception des étrangers (2). Les magistrats assignaient à chacun sa place , remplissaient les fonctions d'hôtes publics à l'égard des envoyés des cités qu'unissait à Delphes un traité de proxénie. Le portique des

(2) Elien, V. H., IV, 9. Schol. ad Pindare, Olympiques, XI, 51, 55. Platon, Lois XII, p. 952. Lucien, Amours, 12 Thucydide, III, 68.

Pèlerins, décoré de peintures par Polygnote, servait de lieu de réunion aux étrangers. On y voyait des scènes de l'enfer : sur un des panneaux de la Leschê était représenté le Troyen Anténor qui, suivant la légende, était le plus ancien proxène. C'était comme le symbole de l'hospitalité accordée par Apollon Pythien à ses dévots. Dans la grande fête célébrée chaque neuvième année à la fin de la période sainte, on distribuait de la farine et des légumes à tous ceux qui se présentaient, citoyens ou étrangers (1). En fait, les sentiments hospitaliers du dieu n'étaient pas tout à fait désintéressés. Apollon vivait grassement ; la chair des victimes fumait sans cesse ; les offrandes , les ex-voto , les lingots , l'or et l'argent monnayés, les œuvres d'art s'entassaient dans le temple ou les trésors particuliers des villes. Les pauvres palikares de la Grèce centrale conservent encore aujourd'hui un vague souvenir de ces temps heureux. Les vieux de la région m'ont reproché de descendre de ces Gaulois ou Galates qui pillèrent Delphes il y a plus de deux mille ans. C'était le bon temps ; habitants et magistrats accueillaient, fêtaient ces étrangers dont la piété naïve ou intéressée apportait à Apollon un tribut sans cesse renouvelé de prières, de vœux et de cadeaux. Les poètes comiques représentaient les Delphiens couronne en tête, couteau en main, vivant des victimes dont le dieu avait respiré la fumée (2). De fait, un décret nous montre des ambassadeurs venus de Chersonésos, du fond du Pont-Euxin, pour distribuer aux habitants de Delphes des côtes de bœuf (3).

On trouve à Delphes presque toutes les formes connues de l'hospitalité publique :

lo Des mesures générales d'hospitalité sont prises par les magistrats et les prêtres pour recevoir les étrangers ; 3 2» L'hospitalité officielle est donnée aux envoyés des villes qui, comme Sardes ou Cyphœra (4), avaient conclu avec Delphes un traité de proxénie ;

30 Des citoyens de Delphes sont proxènes de villes étrangères , de Corcyre (5), de Calymnos (6), de Chorsiœ (7), de bien d'autres ; ils accueillent les délégués de ces Etats , les présentent au

(1) Plutarque, Qusest. Grmcse , 12.

(2) Athénée, IV, 74.

(3) Bull. corr. hell, VI, 215.

(4) Bull. corr. hell., V, 400. Liste géographique des proxènes de Delphes, ligne 41.

(6) Greek. inscr. brit. Mus., II, '2iô.

(7) Bull. corr. hell., VIII, 408.

dieu, accomplissent les sacrifices préliminaires, servent, d'intermédiaires avec la banque d'Apollon ;

4° Delphes nomme, dans les principales cités du monde grec , sur 1rs côtes du Pont-Euxin comme en Italie, à Cypre comme en Syrie ou à Alexandrie, des théorodoques ou hôtes religieux qui reçoivent et protègent ses théores (I) ;

5° Enfin Delphes a, dans presque toutes les villes grecques, des proxènes proprement dits qui ont le titre de « proxènes du temple et du peuple de Delphes. » Ce sont des agents financiers et commerciaux en môme temps que des correspondants et des patrons d'Apollon Pythien.

§ 2. — Les Représentants du lemple et de la communauté de Delphes dans tout le monde hellénique.

L'Apollon des Hellènes, comme le Melkarth des Phéniciens, avait été le patron des colonies. Du temple des Branchides, près de Milet, de Glaros près de Golophon, de l'Artémision d'Ephèse , était souvent parti le signal des grandes émigrations. Mais, comme initiateur des entreprises coloniales, l'Apollon de Delphes l'emporta sur tous ses confrères et homonymes. Il fut surtout le patron des colonies de Ghalcis dans la Grande-Grèce et en Macédoine; on voit encore, sur les monnaies des villes de la Chalcidique, la lyre d'Apollon. Les colons restaient sujets du dieu et continuaient à envoyer la dîme ou des lingots. Par là, Delphes fut, dès l'origine, en relations suivies avec les diverses parties du monde hellénique. La politique constante des prêtres d'Apollon fut de maintenir, d'étendre même en de nouvelles régions, cette suzeraineté religieuse et financière du dieu Pythien. Les innombrables documents de proxénie qu'on a trouvés dans les ruines au pied du Parnasse permettent de saisir sur le vif les moyens et les résultats de cette politique (2).

(1) Cf. La proxénie religieuse ou théorodoquie , liv. IV, chap. ni.

(2) Voici l'indication sommaire de tous ces documents de proxénie :

1° Liste chronologique des proxènes de Delphes ( Wescher-Foucart , Inscr. rec. à Delphes , n° 18) ;

2" Liste géographique des proxènes de Delphes (Haussoullier , Bull. corr. hell., VII , 189 et suiv.) ; — Mitth. des deutsch. Instit. in Athen, 1885, p. 101-103 1.

3° Divers décrets (Ross, Inscr. gr. inédit. : E. Curtius, Anecdota Delphica; Le Bas, II, 850-880; Wescher-Foucart, Inscr. rec. à Delphes; Liaussoullior , Inscriptions de Delphes (Bull. corr. hell., tomes V, VII); Wescher, Inscr. bilingue de Delphes

Comme il était naturel, le temple de Delphes avait conservé les rapports les plus intimes avec les populations de la Grèce centrale , qui étaient comme le noyau de l'amphictyonie. Il avait conclu des traités avec les Etats voisins, la Béotie, l'Achaïo, la Locride, Amphissa, l'Etolie, la Doride, la Phocide, la Thessalie. On sait, par un texte de Plutarque, qu'Apollon avait toujours en. une influence particulière sur les migrations des^Enianes, une tribu remuante du haut Sperchios (1). Il avait des représentants non seulement dans les villes importantes, mais dans les moindres bourgades , souvent dans des localités dont le nom n'est mentionné par aucun auteur. On pourrait citer plus de cent proxènes delphiens dans toute cette région montagneuse. Pour ne parler que des pays thessaliens, le temjjle avait des correspondants à Hypata, à Sperchise, Apéta, Echinéos, Argéthia des Athamanes , Elatéa près Gyrton , Mylœ, Lamia, Cyphœra, Héraclée des Maliens, Xynise, Gyrton, Métropolis des Histiœotes, Orthê des Perrhèbes, Narthakion , Crannon, Scotussa , Atrax , Larissa, Phalanna, et dans plusieurs localités encore inconnues. Les proxènes delphiens n'étaient pas moins nombreux en Phocide, dans les Locrides, en Etolie, en Acarnanie. Le temple semble avoir nommé des représentants dans toutes les bourgades de l'Hellade. C'était le centre de l'amphictyonie. Le développement de la proxénie delphique en ces régions est comme symbolisé par des décrets qui confèrent collectivement le titre et les droits d'hôte public à des hiéromnémons phocidiens, maliens, doriens, senianes, locriens épicnémidiens (2).

A la suite des Doriens, Apollon était descendu des rochers de la Grèce centrale, avait traversé le golfe de Corinthe, avait conquis le Péloponnèse et les îles. Sans être aussi nombreux qu'aux environs de Delphes, les représentants du temple dans les différents Etats de la Grèce propre suffisaient à maintenir partout l'autorité d'Apollon. Delphes avait des hôtes à Corinthe, à Sicyone, à OEgium, à Patras, à Cléones, à Argos, à Egine, à Hermione, à Mégalopolis, à Thelphoussa d'Arcadie, à Las de Laconie. Apollon fut en relations suivies avec la Messénie, sans doute par l'intermédiaire du grand port de Naupacte ; il avait des proxènes h Thuria , à Ithome, plus tard à Messène. On voit, au

[Uém. présentés à l'Ac. des inscriptions). C. 1. G. (Delphes). C. I. A., II, 550. Stamatiadis, I api axa, n° 24. Annali di corr. arch-, 1861, p. 71-73. etc.. etc.).

(1) Plutarque, Quxst. Gr., 13-26.

(2) Haussoullier, Inscr. de Delphes, 71.

pied de la terrasse d'Apollon, les débris d'un monument consacré par les Messéniens, sur lequel on gravait les décrets rendus en leur honneur (1). Les îles ioniennes recherchaient tout spécialement l'amitié du dieu, qui avait des correspondants à Corcyre, à Leucade, à Zante, à [thaque , et dans chacune des quatre villes de Céphallénie.

Il était de bonne politique pour Apollon d'honorer particulièrement les grands Etats qui s'étaient fait une place à part au milieu des peuplades helléniques. Les Pythiens à Sparte, les exégètes nommés par la Pythie à Athènes, les collèges de théores à Egine et à Mantinée, peuvent être considérés comme des délégués permanents de l'oracle. Les prêtres d'Apollon avaient, de plus, de véritables agent- dans les grandes villes. On connaît cinq proxènes de Delphes en Attique (2), et les envoyés officiels d'Athènes eurent longtemps la TipojxavTeîa à Delphes (3). Il y avait des hôtes du temple dans presque toutes les villes béotiennes : à Orchomène, Coronée, Thèbes, Orope, Lébadée, Thisbé, Tanagre. Enfin, subsista presque toujours une alliance officielle ou officieuse entre le dieu dorien et la capitale des Doriens, entre Delphes et Sparte.

Apollon était pourtant trop habile pour s'inféodera une seule des races grecques. 11 se faisait représenter chez les Ioniens d'Eubée, à Ghalcis. 11 s était embarqué là sur les vaisseaux des Chalcidiens, les avait guidés sur les côtes de Macédoine et de Thrace, où il resta toujours populaire. Il eut des proxènes à Pella, OEsyme, Néapolis, Olyca, Acanthos et Assera de Chalcidique, Maronée, Amphipolis. Il remonta jusqu'au Bosphore et à la mer Noire, eut des hôtes à Byzance, à Ghalcédoine, à Ghersonésos, à Panticapée, à Sinope. Sur la côte d'Asie , il fit concurrence à ses homonymes l'Apollon de Glaros et celui de Milet, nomma des correspondants à-Ephèse, à Gnide, à Chios, Samos, Calymnos, Cos, Alabanda, Rhodes, Sardes, Tlos, Halicarnasse. Quoique sa popularité eût surtout pour fondement la fidélité des Hellènes aux traditions du passé, il ne dédaigna pas les cités nouvelles, qui héritaient de la richesse de leurs aînées. A peine fondées, il eut beaucoup d'hôtes à Ilion, à Alexandrie de Troade, à Pergame. Il suivit les marchands grecs dans la Méditerranée orientale, y eut comme eux des correspondants, en Gilicie, à Amathonte et à Pa-

(1) Bull. corr. hell., VI, 219.

(2) Voyez notre liste chronologique des représentants de villes étrangères à Athènes (Appendice).

(3) Uémosthène, p. 44G, Ambassade.

phos dans l'île de Cypre, à Laodicée et Antioche de Syrie, en Phénicie, surtout en Egypte. On ne connaît pas moins de quinze proxènes delphiens à Alexandrie.

Apollon Pythien favorisait anciennement Corinthe, qui lui avait fourni des artistes pour bâtir son temple. A Corinthe, il s'était embarqué pour l'Occident, avait séjourné dans les îles ioniennes, puis débarqué en Italie. Il eut des proxènes à Brindes, à Tarente, Elée, Héraclée, Locres, Pétilia, Rhégium, Messine, Tauromenion, Agrigente, Syracuse et Malte. Il dépassa même la Grande-Grèce, et se fit représenter à Ancône , à Ganusium et à Rome, même à Marseille et en Afrique.

Apollon n'était pas un étranger dans l'Italie centrale. Dès longtemps, la ville d'Agylla en Tyrrhénie avait son trésor particulier à Delphes. Les Tarquins, puis les magistrats républicains de Rome, avaient envoyé des offrandes. Rome avait été présentée au dieu par les Marseillais, et déposait ses ex-voto dans leur trésor particulier, à Delphes (1). Quand Apollon vit Rome grandir, il lui fit obstinément la cour, comme autrefois à Grésus, plus récemment aux rois de Macédoine, de Pergame et d'Egypte. Il nomme, dans la capitale de l'Italie, des proxènes de plus en plus nombreux : l'un d'eux est Flamininus.

Les représentants d'Apollon Pythien, qui se comptent par centaines, appartenaient donc aux régions les plus diverses du monde hellénique. On observe qu'ils étaient plus nombreux :

1° Dans la Grèce centrale, qui était le centre de l'amphict voirie ;

2<> Dans les Etats doriens , qui furent toujours mieux vus et plus favorisés à Delphes ;

3° Dans les colonies qui avaient été fondées sur les conseils et sous la direction d'Apollon Pythien, surtout les colonies de Ghalcis et de Corinthe en Macédoine et en Italie ;

4° Dans les grandes cités commerciales et dans les ports principaux , à Athènes , à Corinthe , à Naupacte , à Patras , à Rhodes , à Gos, à Pergame, à Alexandrie, à Rome;

5o Enfin, dans les villes qui possédaient des sanctuaires célèbres, comme Cypre, surtout des sanctuaires où régnaient d'autres Apollons, comme Délos ou Colophon.

§ 3. — Proxénie à des artistes, à des gens de lettres, à des hommes

d'Etat.

Parmi les proxènes de Delphes, un assez grand nombre étaient (I) Diodore, XIV, 93. Cf. Schwcgler, H. fi.. III. 220.

des personnages considérables en leur temps, souvent mentionnés par les historiens. C'étaient ou des artistes, ou des gens de lettres, ou des hommes d'Etat.

En 191-190, fut nommé hôte public de Delphes l'Athénien Eubulide, fils d'Eucheir (1). Vers le même temps, un Eucheir, fils d'Eubulicle, hiéromnémon d'Athènes, reçut le môme titre (2). Ces deux personnages étaient des artistes, d'une famille célèbre souvent mentionnée sur les marbres et les monuments figurés, et où alternaient les noms d'Eucheir et d'Eubulide.

Beaucoup d'hommes de lettres eurent le titre d'hôte public du temple et de la communauté de Delphes, comme Pindare était proxène des amphictyons. Parmi eux, citons le périégète Polémon d'Ilion, qui avait écrit un ouvrage « sur les trésors à Delphes (3) ; » le géogi.iphe Scymnos de Chio (4); le poète grammairien Hégésianax d Alexandrie de Troade(5); Nicandre de Colophon, grammairien, médecin et poète, contemporain d'Attale III, auquel il adressa des vers. Nicandre était né à Claros, près du sanctuaire d'Apollon , qui dépendait de Colophon. Il hérita de la prêtrise d'Apollon Clarieu , et composa trois livres sur les oracles (6). A tous ces titres, il était désigné aux suffrages d'Apollon Pythien. Tous ces personnages appartiennent à la fin du troisième siècle ou au commencement du second.

Souvent des hommes politiques furent choisis comme hôtes publics d'Apollon. C'était comme une tradition de conférer la proxénie au stratège annuel de la confédération thessalienne ; Thrasylochos d'Atrax (7) et Pravilos de Scotoussa (8) furent nommés l'année même de leur charge ; les intérêts considérables que le temple et la banque d'Apollon avaient en Thessalie, peutêtre aussi le souvenir persistant de l'origine thessalienne des peuples amphictyoniques, expliquent cette attention pour le premier magistrat du pays. Dans beaucoup de cités, le proxène de Delphes était chef de l'un des partis, et comme Apollon savait

(1) Liste chronologique, ligne 71.

(2) Haussoullier, Inscr. de Delphes, 71-72.

(3) liste chronologique , ligne 260. Cf. Rev. de philologie, 1878. p. 215. Plutarque, Quxst. conv., V, 2, p. 67ôb.

(4) liste chronologique, ligne 194. Cf. Rhein. Mus., XXXIV, p. 153.

(5) liste chronologique , ligne 44. Cf. Rev. de philologie, 1878, p. 216.

(6) Haussoullier, Inscr. de Delphes, 50. Cf. Schol. in Nicandrum. Didot, p. 173.

(7) Liste chronologique , ligne 161. Cf. Eusèbe, I, p. 246.

(8) Liste chronologique, ligne 109. Cf. Eusèbe, I, p. 243 {édit. Schône) , et Zeitschrift fur Numismatik, I, p. 182.

prévoir l'avenir, il préférait le parti romain. Ainsi furent élus, en 179 , Micythion de Ghalcis qui, en 192, avait essayé en vain d'empêcher ses concitoyens de se joindre aux Etoliens et à Antiochos, et qui plus tard, en 170, vieux et goutteux, fut encore envoyé par sa ville natale porter plainte au sénat contre l'avidité des magistrats romains (1); en 182 et 178, Olympichos de Coronée, partisan de Rome, qui conduisit deux fois la théorie à Delphes (2); Lycos de Tarente , ambassadeur à Rome (3); Philophron de Rhodes , un des députés envoyés aux commissaires romains après la défaite d'Antiochos, puis au temps de Persée (4); M. Valerius Muttines , un Africain de Bizerte, qui, au temps de la guerre d'Hannibal, avait livré Agrigente aux Romains et qui commanda plus tard le contingent numide en Orient, dans l'armée de L. Scipio (5).

Quand les Ptolémées furent maîtres dans les Gyclades , au troisième siècle, et eurent en Grèce une politique active, Delphes élut pour représentants à Alexandrie des personnages influents. C'étaient Aristonicos, eunuque, chef des mercenaires (6) ; Ptolémée, petit-fils de Chrysermos, Glaucon son frère et Galestès son fils, d'une famille qui fut constamment en relations avec les cités de la Grèce (7).

Enfin, quand Rome fut la puissance prépondérante en Orient, Apollon y eut pour proxènes des personnages comme M. JEmiliusLepidus et T. Quinctius Flainininus, consuls en 197 et 198 (8).

§ 4. — Organisation de la proxênie à Delphes.

La plupart des documents de proxênie trouvés à Delphes sont de la dernière moitié du troisième siècle ou de la première moitié du deuxième. On peut étudier avec assez de précision l'organisation de la proxênie d'Apollon à cette époque.

(1) Liste chronologique , ligne 230. Tite-Live, XXXV, 38, l ; 46, 9 ; 50, 10; 51, 6. XLI1I, 7, 5.

(2) Liste chronologique, lignes 204 et 246. Polybe, XXVII, l, 9. Cf. Philologus, XXIV, p. 3.

(3) Liste chronologique, ligne 122. Tite-Live, XXV, 7, 11-14.

(4) Haussoullier, Inscr. de Delphes, 11. Polybe, XXIII, 3; XXX, 4.

(5) Liste chronologique , ligne 88. Voyez, sur cet Africain, notre mémoire intitulé : Grecs et Maures, p. II.

(6) Liste chronologique, ligne 137. Polybe, XXII, 7, G; 22, 1.

(7) Liste chronologique, lignes 133-134. Voyez, sur cette famille, La proxênie en Egypte livre III, chap. iv, § 6).

(8) Liste chronologique, lignes 119 et 113. Cf. Philologus, XXIV, p. 32-34.

Les candidats à lu proxénie. — Pour obtenir la proxénie à Delphes , il fallait avoir rendu quelque service important « et au » temple et à la ville des Delphiens (1), » s'être signalé par sa piété envers le dieu (2), c'est-à-dire sa générosité , « parler et » agir en toute occasion dans l'intérêt du temple et de la ville » des Delphiens (3). »

Apollon choisissait pour ses hôtes le pèlerin généreux, le dévot qui vantait sa puissance et accueillait ses envoyés dans les pays lointains , le médecin qui soignait ses compatriotes, le poète qui avait composé des vers on son honneur, le grammairien qui avait remis à la mode ses vieilles légendes, le magistrat d'une ville étrangère qui avait pris en main ses intérêts, le juge qui avait réconcilié les partis ou les cités. L'existence de l'Etat delphien était si bien liée à la prospérité du temple qu'on ne distinguait pas les intérêts de l'un ou de l'autre : les citoyens de Delphes étaient les sacristains d'Apollon.

Tantôt le dieu avait été lui-même témoin des services rendus ; par exemple, les Messéniens Mnasagoras et Damocratès avaient, à la tête d'un corps de troupes, protégé la ville et le temple, et su maintenir la discipline (4). Tantôt le candidat était recommandé par les ambassadeurs sacrés. Les théores envoyés pour assister aux jeux Daphnaea annoncèrent à leur retour que Dicéarque, fils de Philonidas , de Laodicée , accueillait fort bien les messagers du dieu, qu'il ne négligeait aucune occasion de parler auprès du roi Antiochos Epiphane en faveur du temple de Delphes. Apollon encouragea l'avocat en lui donnant les droits de proxène (5).

On nommait volontiers les hiéromnémons, soit collectivement comme les délégués des peuples de l'Hellade au conseil amphictyonique (6) ; soit individuellement, comme Evios de Tanagre (7). Il était essentiel pour les Delphiens d'avoir des partisans dévoués dans le conseil amphictyonique, qui conserva toujours une sorte de suzeraineté sur les administrateurs du temple.

Souvent des théores de villes étrangères, envoyés pour assister

(1) « tcotC Te xo îepèv xaî xàv ttoXiv xwv AeXçwv » (Ross, lnscr. gr. inêd., 67).

(2) « ôiaxeXeï xà xe îtoxî xàv 6eàv xai xà îepèv eOffeëéwv » (Wesch.-Fouc, lnscr. de Delphes, 14).

(4) Haussoullier , lnscr. de Delphes, 55 : c< xo xe îepèv ôieçOXailav xaî xàv ttoXiv xaXwç xaî àcçaXà); xaî xoù; axpaxiwxaç eùxàxxou; 7rapeaxeijaaav xaî àveYxXrjxouç. »

(5) Le Bas, II, 880. Cf. Haussoullier, 49.

(6) Haussoullier, 71.

(7) E. Curtius, Delphica, 46.

aux jeux Pythiens, reçurent la proxénie, comme c'était la tradition d'autres sanctuaires, par exemple à Samothrace. Dans l'un des catalogues de proxènes, à la date de 192-191 , on lit les noms de Phormion et Héraclide, citoyens de Ghersonésos dans le Pont. Or , d'après le décret de nomination qu'on vient de retrouver, on voit qu'ils avaient été élus à titre de théores (1). De même, Olympichos de Goronée est inscrit deux fois dans la môme liste , en 182 et en 178; c'est qu'il avait dirigé deux fois de suite, à quatre ans d'intervalle , la députation sacrée de sa patrie à Delphes ; à chaque fois , il fut nommé proxène avec les théores qu'il conduisait (2). Le même titre fut donné aux ambassadeurs d'un roi de Pergame (3).

Mais le moyen le plus sur d'obtenir les droits de proxène à Delphes, c'était d'offrir bonne chère aux Delphiens; une ville de la Crimée actuelle avait bien accueilli et défrayé de tout les théores d'Apollon qui annonçaient les jeux Pythiens. Elle avait envoyé en morne temps à Delphes deux de ses citoyens chargés d'offrir à Apollon un bœuf et cent têtes de petit bétail, à Athêna Pronœa qui gardait l'entrée du sanctuaire . un bœuf et douze moutons ou chèvres. Les ambassadeurs partagèrent entre les citoyens de Delphes la chair des bœufs , « se conduisirent pendant » leur séjour d'une manière digne d'eux , digne du peuple qui y> les avait envoyés. » On les nomma hôtes d'Apollon à Chersonésos (4).

Procédure et formules. — Décrets, stèles, monuments, catalogues de proxènes. — On était élu proxène de Delphes, soit sur la proposition des magistrats, soit sur le rapport des théores. d'Apollon (5), soit sur la recommandation d'un citoyen (6). Parfois le titre d'hôte public était conféré collectivement à des ambassadeurs. à des hiéromnémons, aux membres d'une même famille, à des citoyens d'un même Etat. Il semble avoir élé toujours héréditaire. Mais quelquefois un particulier ou une ville avait laissé

(1) Liste chronologique , lignes 51-60. Décret dans Haussoullier, 49.

(2) Liste chronologique , lignes 204 et 246.

(3) Haussoullier, 6.

(4) Haussoullier, 49. — Un décret de proxénie des Delphiens récemment publié contient des clauses intéressante?. Il est rendu en faveur d'Arislarchos de Cyptaœra , gouverneur du temple et de la ville au nom des Etoliens : « aïoeOci: Û7tô xrôv Al-rcoXûv i~vj.i/r-y.: -o\> te Upoù xai Ta: k6Xioç..., etc. » ('E?. àoy.. 1883, p. 161

(5) C. I. G. 1693. Le Bas. II, 880.

(6) Ross, Inscr. gr. ined., 67. Haussoullier, 61.

son titre et ses droits tomber en désuétude ; il fallait alors en obtenir le renouvellement par un décret (1).

La proxénie ne pouvait être accordée que dans une assemblée régulière du peuple, par un nombre légal de suffrages (2).

La plupart des documents débutent par des formules brèves : a Les Delphiens ont donné..., » ou « Il a paru bon à la ville des » Delphiens (3)... » Puis , sont simplement énumérés les titres et privilèges. L'acte est daté d'après le nom de l'archonte, assisté de trois sénateurs. On inscrit au-dessus le nom du stratège étolien au temps de la suprématie étolienne. Cette brièveté, cette sécheresse des documents de proxénie n'est pas particulière à Delphes; on observe les mêmes formes dans presque toute la Grèce centrale et dans la plupart des cités doriennes. Ce sont plutôt des résumés de décrets que les décrets eux-mêmes. On possède cependant de Delphes quelques actes de proxénie complets , développés à la mode ionienne ; parfois se fait sentir l'influence athénienne (4).

La plupart des décrets de proxénie sont gravés sur le vieux mur pélasgique qui soutient au sud la terrasse du temple d'Apollon. L'appareil polygonal repose sur des blocs non taillés et est couronné lui-même par des assises helléniques. C'est là que se lit encore l'histoire de la proxénie d'Apollon Pythien.

Pourtant un certain nombre d'actes sont inscrits sur des plaques isolées, des stèles et des bases de statues qu'on dressait aux alentours du sanctuaire. Les décrets de nomination du poète Nicandre de Colophon et de Bacchios d'Ilion se lisent sur les deux petits côtés d'un banc, le long de la voie sacrée, devant le portique des Athéniens (5j. Les magistrats et les prêtres choisissaient d'ordinaire la {tiare . pourvu que ce fût dans un endroit apparent et près du temple (6). On groupait souvent sur un même bloc ou sur des blocs voisins les décrets relatifs à une même famille , à une même époque, à une même ville. Telle est, par exemple , la série

(1) « AsXço'. àvEvswiavro xàv 7taxpîav irpo|svtav xai OeapoSovuav Te).STÎai » (Curtius, Belphica, 64).

(2) « èv èvvôfiwi èxxXyiTÎai gùv •liyoïz xaïç èvvôfAOn; » (Wescher-Fouc, Inscr. de Delphes, 12). « èv àyopài- xe).£tat aùv ^àçoiç xaï; èw6|AOt; » (Ibid., 14; Haussoullier, 6, etc.).

(3) « Azlyol ISwxav » (Curtins, 60; Haussoullier, 50-54, etc.). « eèoije xôu tc6).si xwv Ae),?wv » (Curtius, 46; Wescher-Fouc, 11, 12, 14, etc.).

(4) C. I. G., 1693. Le Bas, II, 880.

(5) Haussoullier, 50-51.

(6) « àvaypà^ai 6è xo ù^in^a. xoùç âpyovxotî xoùç èvàpyouç èv xwi îepwi xov 'Air6).).wvo; » (Haussoullier, 49). « £Tri[Aé).Eiav Se 7roieï<70at xoù? âpyovxa: Ô7cwç àva- Ypà'^T) xô 4'«r'i'7|j.a èv tôt èTt'.^aveTxâxaH xÔ7itoi xoù îspoO « (id.., 73).

282 LES PROXÉNIES (ÎRECQLES.

des actes en faveur des citoyens de Thelphoussa d'Arcadie (1). Douze décrets en l'honneur de Messéniens sont gravés sur des blocs de marbre triangulaires qui ont fait partie d'un même monument. C'était sans doute une base à trois faces qui supportait un ex-voto des Messéniens, consacré, comme la colonne des Naxiens, en avant du mur pclasgique (2).

Ces monuments affirmaient, aux yeux de tous, les titres et privilèges des hôtes publics. Pour faciliter le contrôle des magistrats, on prit l'habitude à Delphes , comme dans beaucoup de cités grecques, de dresser le catalogue des proxènes. On a découvert près du temple d'Apollon des fragments considérables de deux listes :

La première est une liste chronologique (3). Elle a pour titre : « Tot'Se AsXcpwv 7rpo£svoi. » Cette indication est répétée plusieurs fois dans le document , qui a été gravé par morceaux. Chaque proxène est désigné par son nom, le nom de son père et de sa patrie ; toujours sont mentionnés l'archonte et les trois sénateurs qui l'assistaient; c'est ainsi qu'on datait les actes publics à Delphes. Les archontes sont d'ordinaire cités dans l'ordre chronologique ; parfois cependant les graveurs ont interverti l'ordre ; c'est la marque d'oublis et d'omissions réparés. Quand un personnage avait reçu un privilège spécial , le fait est quelquefois mentionné dans la liste. Ce catalogue contient le nom des proxènes élus par Delphes, entre les années 197 et 172, dans toutes les parties du monde grec.

L'autre liste est du même temps, mais disposée dans un ordre géographique (4). Elle est partagée entre plusieurs colonnes; elle mentionne seulement le nom de la ville, du proxène et souvent de son père, comme dans ces lignes :

« A Cléones , Mentor, fils d'Archippos.

» A Echinéos , Philinos, fils de Menecratès. »

Considérés dans l'ensemble , les noms sont groupés par régions : îles ioniennes, Grèce centrale (Thessalie, Locrides, Acarnanie, Etolie), Macédoine, Thrace, Grande-Grèce. Mais cet ordre

(1) Wescher-Fouc, 464-4C5. Haussoullier, 62.

(2) Bull. corr. hell., VI, 219.

(3) Wescher-Fouc, Inscr. rec. à Delphes, n° 18.

(4) Haussoullier, Bull. corr. hell., VII, 189 et suiv. — On vient de déchiffrer, à Delphes, de nouveaux fragments de cette liste. On y lit les noms des proxènes d'Apollon à Kyme, Erythrées, Clazomène, Myrina, Elea, Pergame, Pitana, Atarnes, Assos , Adramytte , Antandros, Gargaros, Amaxitos, Larisa, villes d'Asie Mineure. (Mitth. des deutsch. Instit. in Athen, 1885, p. 101-103.)

général est souvent interverti, sans cloute par suite d'erreurs et d'omissions. Dans l'étude des documents anciens, il faut toujours songer à la maladresse et à la sottise du graveur.

Plusieurs personnages , comme les proxènes de Delphes à Marseille et à Elée , sont nommés à la fois dans la table chronologique et dans la table géographique (1). L'inscription sur les catalogues ne dispensait pas d'ailleurs de graver le décret. On possède les actes de nomination de personnages inscrits dans les tables. Les découvertes épigraphiques confirment de plus en pins l'exactitude de ces listes. Ainsi dans le catalogue des citoyens qui remplissaient à Narthakion de Phthiotide les fonctions d'hôtes des villes étrangères , est nommé, comme hôte de Delphes, un personnage qui figure en effet dans une des tables delphiques (2).

Honneurs et privilèges des proxènes cV Apollon. — Les hôtes d'Apollon avaient des droits nettement déterminés par un chapitre de loi. On lit quelquefois dans les décrets : « Il aura la proxénie dans » les mêmes conditions que les autres proxènes. — La proxénie » lui a été donnée selon la loi (3). »

Les hôtes de Delphes représentaient à la fois la communauté et le temple. Aussi étaient-ils doublement honorés et par la ville et par Apollon.

Outre quelques avantages secondaires désignés dans les documents par des formules générales , tous les proxènes obtenaient plusieurs privilèges qui sont toujours énumérés dans le même ordre. C'étaient : le droit aux présents d'hospitalité dont le maximum était fixé par la loi ; la garantie contre les saisies; l'assimilation complète aux citoyens de Delphes devant l'impôt (4). On accordait encore parfois des exemptions spéciales , par exemple la dispense des frais de liturgie, et la dispense de la contribution commune pour le paiement des médecins publics (5). Les étrangers cherchaient à se soustraire à toutes ces charges. Un décret rendu sous la domination étolienne ordonne que tous les étrangers établis à Delphes seront soumis aux taxes , à moins qu'un

(1) Liste chronologique, lignes 8-11, 221-225. Liste géographique, fr. B, colonne III, lignes 21-25.

(2) Liste géographique, fr. C, ligne 10. Bull. ton. hell., VI, 582 {Liste des proxènes à Narthakion , ligne 6).

(3) « 7tpo?£v£av xaôàîTsp toTç âXXoiç rcpol-évoi: » (Haussoullier, 67). « upolevia èSô&ïi Ttapà xàç 7t6)io; xaxà tov vojaov >« (Wescher-Fouc, Inscr. de Delphes, n° 18, ligne 278).

(4) « à-é).eiav Trâvxwv wç xat tou <£X).oi; tcoX*t<uc » (Wescher-Fouc, 7, 8).

(5) Ibid., 16.

acte spécial de l'autorité publique ne leur ait accordé expressément l'atélie (1). Aussi l'àréXeia est-elle mentionnée formellement dans tous les documents de proxénie.

Un privilège d'une importance capitale était la «poSixia, le droit d'inscrire son procès d'office sur les rôles des tribunaux. Delphes avait des intérêts dans tout le monde hellénique; à ses tribunaux étaient soumis, en grand nombre, les procès les plus variés, relatifs soit au droit religieux soit à des contestations financières. La prodiquie était un avantage des plus précieux et des plus recherchés , à en juger d'après certaines formules singulières des décrets (2).

Telle était la condition privilégiée des proxènes dans leurs rapports avec les Delphiens. Apollon n'était pas moins généreux. L'hôte est solennellement couronné « de feuilles de laurier cueil- » lies sur l'arbre du dieu, comme c'est la coutume traditionnelle » des Delphiens (3). » Il avait droit à une place d'honneur dans les jeux (4). Il consultait l'oracle avant les autres fidèles; c'était un privilège fort apprécié ; les envoyés officiels d'Athènes l'avaient eu de temps immémorial ; une des premières mesures de Philippe II après sa victoire fut d'enlever aux ambassadeurs athéniens la 7rpo(xavTeta à Delphes. Dans la hiérarchie sacrée, les proxènes sont à deux reprises, à Olympie et à Delphes, dans un vers d'Euripide et dans une inscription , associés aux devins (5). Le proxène s'asseyait à la table commune (6), pouvait « entrer dans » le Prytanée pour le sacrifice des Romains et tous les autres sa- » orifices que célèbre en commun la ville (7) ; » ce sacrifice des Romains perpétuait sans doute lesouvenirdu triomphe des armes romaines et de la restauration de la religion grecque. Enfin les hôtes étaient reçus à Delphes dans un édifice spécial, dont parle Euripide (8), et qu'on appelait le 7rpoi-eviov.

Tels sont les avantages essentiels qu'obtenaient tous les représentants du temple et de la communauté de Delphes. L'organisa-

(1) Haussoullier, 14.

(2) Le Bas, II. 833 et suiv.

(3) Haussoullier, 73.

(4) « irpoEÔpîav È(x Ttàai Toi; àywvoiç oîç à rcoXiç TiG^xt » (C. I. A., 550\ etc.

(5) Euripide, Andromaque, 1105. Archœol. Zeilung, 1180, p. 118.

(6) Haussoullier, 73.

(7) « ■KoçitvztjQa.i èv tô 7tpUTavEÏov èv xàv Ouaîav imv 'PwjAOUcov xal èv xàç lomàç 6vTtaç èv ctç à 7x6).iç, auvxeXeï niaoLc, » (Annali di corr. arch., 1861. p. 73; Wescher- Fouc. 472; Wescher, Inscr. bilingue de Delphes, p. 109).

(8) Euripide, Ion. , 1039.

tion de la proxénie ne semble pas y avoir été modifiée , comme elle l'a été dans beaucoup d'autres régions helléniques. Ce fait s'explique sans doute par le caractère conservateur d'une ville sacerdotale, surtout en pays dorien.

Quelques proxènes recevaient en outre, pour des services particuliers, des avantages spéciaux. C'était surtout le droit de posséder une terre et des maisons. Ce privilège n'est mentionné que dans quelques décrets, et par exception. Il est certain que la plupart des hôtes ne l'avaient pas , comme le démontre un passage de la grande liste chronologique des proxènes (1).

Parfois aussi , des hôtes recevaient l'isopolitie à Delphes, c'està-dire l'égalité avec les citoyens moins les droits politiques (2) ; très rarement ils sont complètement assimilés aux Delphiens (3).

Quelques décrets laissent supposer que les proxènes avaient la même condition légale que les bienfaiteurs et les théorodoques. Mais il est probable qu'il s'agit là des avantages tout à fait secondaires, communs à tous les étrangers que voulait honorer l'Etat. Il est à remarquer qu'à Delphes le titre de bienfaiteur n'est presque jamais joint à celui de proxène.

Les représentants de la communauté et du temple d'Apollon Pythien avaient, en somme, dans la cité et dans le sanctuaire, de très importants privilèges honorifiques, judiciaires, financiers et religieux, qui leur assuraient une situation tout à fait exceptionnelle.

(1) Lignes 274-275. — De même, nous voyons le droit de pâturage conféré à un proxène du temple par un amendement ('Eç . àpy . , 1883, p. 166).

(2) Haussoullier , 61 : au lieu de vTvàpyetv 5è a[ÙToï; 7ro]),ecT£tav (qui serait un exemple unique dans les documents delphiens de proxénie), nous proposons de restituer, comme chez les Doriens du Péloponnèse, l<70ïro]).siTôtav.

(3) « £7ctTi|iàv xaOàTîep Ac/.?oT; » (C. I. G., 1692 ; Haussoullier, 71).

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