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CHAPITRE IV

PROXÈNES DES AMPHICTYONS.

L'amphictyonie des Thermopyles et de Delphes était anciennement une confédération des peuples qui étaient ou se croyaient originaires de la Thessalic. Le caractère politique de la ligue s'effaça de bonne heure. Mais pendant des siècles l'assemblée amphictyonique conserva pour le droit religieux une sérieuse autorité. Un arrêt des amphictyons amena, au quatrième siècle, la guerre sacrée et l'intervention des Macédoniens en Grèce. A la fin du siècle suivant , les amphictyons osent encore infliger une forte amende à la ville éloignée d'Erythrée en Ionie ; cette cité dut envoyer des ambassades en Grèce et ne se tira d'affaire que grâce à l'intervention de ses proxènes et de la confédération étolienne, alors toute puissante (1). Les amphictyons confèrent des privilèges aux artistes dionysiaques d'Athènes. Les villes reconnaissaient donc en matière religieuse l'autorité du conseil. Il avait aussi sur Delphes un droit de surveillance. Par exemple, il décide que les Delphiens donneront à Eudoxos d'Argos un trésor où il puisse déposer les armes offertes à Apollon (2).

Les proxènes des amphictyons appartiennent à deux époques : 1° au temps de l'indépendance du temple de Delphes et de l'amphictyonie (sixième, cinquième et quatrième siècles); 2<> au temps de la domination des Etoliens qui réglaient en maîtres les affaires de Delphes, et remplissaient presque à eux seuls le conseil amphictyonique (fin du troisième , commencement du deuxième siècle).

A l'origine, la proxénie des amphictyons dut être constituée comme dans les autres ligues. Les hôtes du conseil fédéral de-

(1) E. Curtius, Anecdota Delphica, 68-69.

(2) Le Bas , II, 833.

vaient être, par le fait même, hôtes des cités fédérées. Mais dès la fin du dixième siècle, les amphictyons n'ayant plus d'autorité qu'en matière religieuse, les proxènes des amphictyons ne furent plus que les représentants religieux du conseil. Pindare était proxène des amphictyons (1). Or, il fallut un décret spécial des Athéniens pour qu'il devînt hôte public d'Athènes (2). On doit en conclure, qu'à cette époque le titre de proxène des amphictyons ne donnait aucun droit dans les cités de l'amphictyonie. En effet, les honneurs et privilèges mentionnés par les décrets du conseil ne se rapportent qu'aux cérémonies et aux tribunaux religieux des amphictyons à Delphes et aux Thermopyles.

On obtenait la proxénie amphictyonique , soit pour des victoires remportées dans les jeux , comme l'un des héros de Pindare , le Thébain Melissos (3); soit, comme Pindare lai-même, pour des chants composés à l'occasion des fêtes et des jeux d'Apollon Pythien ; soit pour des œuvres d'art exécutées à Delphes , comme le peintre athénien Polygnote , qui avait représenté, sur les murs du portique des Pèlerins , des scènes infernales (4). Au troisième siècle, on voit encore les amphictyons honorer Athanion de Delphes, une sorte d'entrepreneur d'oeuvres d'art; il avait exécuté « la panoplie que les amphictyons consacrent au dieu , le gym- » nase , le grand portique , les ateliers ; il avait réparé le temple. » Il aura aussi l'asphalie, comme les députés et l'architecte en » étaient convenus avec lui (5). »

Tout service important rendu au conseil ou au temple de Delphes était un titre sérieux à la reconnaissance des amphictyons. En voici quelques exemples du temps de la domination étolienne. Des voleurs avaient dévalisé le trésor des Phocidiens à Delphes. L'argent fut retrouvé et rendu au dieu grâce à l'Acarnanien Satyros , à l'Etolien Tisandros , au Mégarien Phénion : le dieu ne fut pas ingrat (6). Vers l'année 229, Eudoxos d'Argos vint annoncer aux hiéromnémons qu'il offrait au dieu, pour les combats gymniques des jeux Pythiens , dix boucliers. Le conseil le combla d'honneurs et décida qu'Eudoxos et ses descendants seraient

(1) Cf. Foucart, Mémoire sur les ruines et l'histoire de Delphes, p. 71.

(2) Isocrate, Antidosis, 166.

(3) Isthmiques, III, 26 : « toi fièv wv ©rjêaion TiiAàevTeç àp^àôev XéyovTou — 7tp6i;evoî T'à|içixTi6vwv. »

(4) Pline, 5. N., XXXV, 9, 35.

(5) Wescher- Foucart, lnscr. de Delphes, n° l.

(6) Mém. présentés à l'Ac. des incr., série I, t. VIII. C. Wescher : Sur le monument bilingue de Delphes, p. 139.

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chargés à perpétuité de veiller sur ces boucliers, qui devaient être toujours brillants pour le combat; on déposa ces armes dans -un trésor que durent fournir les autorités de Delphes (1).

Les fonctionnaires au service du conseil n'étaient naturellement pas oubliés. L'un d'eux, appelé « le serviteur des hiéromné- » mons aux Thermopyles et à Delphes (2), » était un habitant d'Héraclée , ville voisine des Thermopyles. Le plus connu de ces employés est Galliclès , Athénien demeurant en Etolie , héraut sacré du conseil commun des amphictyons. Ce Galliclès était proxène de Delphes (3). Outre le document delphien, on ne possède pas moins de cinq décrets amphictyoniques en son honneur (4). Ces décrets ont été rendus sous la domination étolienne, entre les années 228 et 216. La procédure est toujours la même : les hiéromnémons, qui formaient une sorte de commission, élaboraient un probouleuma , soumis ensuite à l'approbation de l'assemblée générale des amphictyons formée des hiéromnémons et des agoratres (appelés en d'autres temps pylagores). Quand le probouleuma avait reçu l'approbation de l'assemblée, on lui donnait force de loi, en inscrivant, au-dessus, la date, les noms des hiéromnémons et la mention : eooSje to"?; izpou.vriij.OGi xal tchç àyopocTpo't;. C'est ainsi que Galliclès obtint la proxénie amphictyonique. On y joignit l'éloge « pour les services rendus aux hiéromnémons, aux » amphictyons et à tous les autres Grecs, » une couronne de laurier et divers honneurs qui lui furent confirmés à diverses reprises par les nouveaux députés.

Tous les avantages accordés par les amphictyons sont relatifs au culte, aux jeux ou aux tribunaux qui dépendaient du conseil. On louait publiquement le proxène, on le couronnait du laurier sacré cueilli sur l'arbre d'Apollon (5). On lui garantissait toute sécurité pour lui et ses descendants, pour ses biens; il était placé sous la protection des assemblées successives; cette garantie était recherchée; l'entrepreneur qui répara le temple, au troisième siècle, avait imposé comme condition aux synèdres et à l'architecte qu'on lui donnerait l'asphalie (6). Les hôtes des amphictyons étaient à l'abri des saisies, avaient la préséance dans les jeux que

(l) Le Bas, II, 833.

(?) « ûroipexâiv xoï; iEf/0[ivr)[A0'7i èv EtuXaiç xal èv AeXyOÏç » (C. I. G., 1689b).

(3) Curtius, An. Delphica, 60.

(4) Le Bas, II, 834, 835, 837, 838, 839.

(5) « <7Teyavw<7a'. ôdbvri; «jTscpàvw 7tapà xoù ôsoù. »

(6) Wescher-Foucart. Inscr. de Delphes, n° 1.

célébrait le conseil (1), l'atélie générale c'est-à-dire l'exemption de tous frais de sacrifice , enfin un privilège fort estimé des Grecs , la prodiquie ou le droit de faire inscrire son affaire avant toutes les autres sur les rôles du tribunal amphictyonique. Les décrets du conseil insistent d'une façon toute spéciale sur la prodiquie (2). Les personnages privilégiés recevaient un caducée . qui portait une inscription et le sceau des amphictyons. C'est ce qu'on appelait le caducée sacré d'Apollon Pythien (3).

(1) « irpoe&ptav è(x uàcri toïç àyûçiv ot; Ti9éa<7iv oï 'A[içixtuov£ç » (Le Bas, II, 834, etc.).

(2) « 7tpooixîav xal àç-.pà).£tav /ai ÈTUTijAav , xa9à xaî toï: iXXoiç al npoôixiai Svxi » (C. Wescher, Sur le monument bilingue de Delphes, p. 139). Cf. Le Bas, II, 833 : a xa9à xal toïc <x/).oic ôiSovrai al 7tpo5txfat. »

(3) Le Bas, II, 833 : « £7ti7?paYia'a79ai 3'avTwi xaî xripuxeïov èmytypcL\L\Lévov lepov toù 'Atc6).).wvo; toù ïlvôiou. »

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