PROXÈNES GRECS ET PATRONS ROMAINS
tron (1) ; celui-ci lui serait utile dans le sénat romain , l'autre pour les affaires commerciales à Rome et dans les provinces. Dans l'acte de nomination d'un proxène , Agrigente s'intitule elle-même « municipe (2). » Cette anomalie cessa vers le temps d'Auguste ; les villes de la Grande-Grèce ne nommèrent plus dès lors que des patrons dans le sénat de Rome.
La même confusion se produisit d'abord dans la Grèce propre et dans l'Asie grecque , dès que les Romains y eurent mis le pied. Au temps de la conquête , les Etats eurent à la fois des patrons et des hôtes. Beaucoup de Romains reçurent alors le titre de proxènes (3). En même temps, les villes entraient dans la clientèle des familles romaines. Rhodes , qui était à la fois une des grandes cités commerciales et la fidèle alliée de Rome , nomma , dans cette ville, à la fois des patrons et des hôtes (4). Delphes choisit Flamininus comme proxène (5) , Glaudius Marcellus comme patron (6). La ville de Téos fait agir à Rome ses patrons en faveur de la ville d'Abdère , dont elle était métropole (7). La ville de Gythion donne la proxénie à de riches banquiers romains qui la couvrent de leur protection (8).
Ces proxènes, que nomment encore quelques Etats grecs au temps de Sylla ou de César , étaient en réalité de véritables patrons. La transformation était accomplie dans les faits avant de l'être entièrement dans la langue. Enfin, vers le temps de César, la forme romaine et le nom romain de l'hospitalité publique furent adoptés dans tous les pays grecs. On connaît un seul décret de proxénie rendu au temps des empereurs ; mais c'est un acte de Byzance , qui conserva longtemps une véritable autonomie. Le proxène élu est un habitant d'Olbia. Byzance était restée sans doute fidèle aux vieilles formes pour ses rapports avec les villes éloignées des bords de l'Euxin (9).
Depuis le temps de César , le patronat est la seule forme de
(1) Cicéron, Verrines, IV, 65.
(3) Liv. III , chap. v, g 2.
(4) Tite-Live, XLII, 14.
(5) Liste chronologique des proxènes de Delphes , ligne 113.
(6) Bull, de corr. hellén., VI, 449.
(7) Bull, de corr. hellén., IV, 47 et suiv. Décret des Abdéritains trouvé à Téos, 1. 22 : « xxia<7r/)Tà|Acvoi Se toù; 7raTpwva; trj; rcarptôo; ei; ti^v vrcèp xoO rifieTepou S^jxou (ïorjÔEiàv te xai TtpovooujAsvou? toO àvTiôixou ^jj.àiv xoù TtpoaraToùvTa; ^nexépov upayiAocxcov 7tapa8É<7ei, etc., etc. »
(8) Le Bas-Fouc, Még. et Pél., 242».
l'hospitalité publique que conservèrent les Grecs. Lucien, qui parle de la proxénie dans un de ses traités , méconnaît le caractère de cette antique institution (1). Le patronat est adopté par les mœurs et par la langue. Les cités helléniques ont à Rome des représentants analogues à ceux des cités italiennes. César est patron de Ghios (2); Pompée, de Mitylène (3); Agrippa, de Corcyre (4) ; les Claudii , de Sparte (5); les Pisons, des Achéens (6) ; un Lentulus , de Cyrène (7). Sur les marbres apparaissent sans cesse les mots nouveaux , un peu barbares , de xa-pcov , toctgo)vsuwv (8) , même Trocxpamcffa. Les Ephésiens élèvent une statue à leur « dame patronesse (9). »
Les progrès de l'administration romaine, la sécurité de plus en plus grande dont jouit tout l'empire, la création d'innombrables auberges amenèrent peu à peu la disparition de la proxénie ; le patronat subsista seul. Ce sont les deux formes diverses que prit alternativement l'hospitalité publique, suivant l'état politique du monde italo-grec. A Athènes, puis dans les cours d'Orient, s'était dessinée une première esquisse du patronat. La proxénie était une institution d'Etat< libres et autonomes. A mesure que les armées romaines envahissent les pays grecs , la proxénie cède peu à peu la place au patronat.
(1) Le Scythe ou le proxène , opuscule inséré dans les œuvres de Lucien.
(3) Greek inscr. in the Brit. Mus., II, n° 210-211.
(5) Suétone, Tibère, 6.
(6) Cicero, in Cœcil., 20.
(7) Smith and Porcher. Discoveries at Cyrene, n° 1.
(8) A Delphes. C. I. G., 1695 : « xai Tioii xàv TtoXtv aÙTwv itaxpwveûwv. »
(9) Wood, Inscr. from the city and suburbs, n° 5 (Discoveries at Ephesus). — Voyez (Le Bas-I'ouc, Uég. et Bel., 339a) une liste, aujourd'hui bien incomplète, des patrons de villes grecques à Rome.
FIM.
APPENDICE