H0XÈNES GRECS ET PATRONS ROMAINS
remplissaient à Rome les fonctions de patron ; il fait bien plutôt figure d'hôte public au sens grec du mot , c'est-à-dire de proxène (1). D'ailleurs les anciens passaient facilement d'un nom à l'autre. Les auteurs latins traduisent par fiospitium publicum le mot grec upoçevt'a (2) ; de même , Pline , dans ses lettres , identifie VhospiUum publicum et le paironalus (3), ce que confirment les tables de bronze appelées en Italie « labulœ palrocinales (4). » Ilpdijevoç avait parfois en Grèce un sens très voisin de celui de pa~ tronus. Le proxène des marchands athéniens établis à Délos (5) ressemblait fort au patron des marchands romains fixés à Mitylène (6). On obtenait le patronat par les mêmes moyens que la proxénie; c'était le prix dont les municipes elles petites villes alliées payaient les services rendus, les longs dévouements, les dons en argent (7).
L'hospitalité publique fut donc constituée de même à l'origine chez les Italiotes et chez les Hellènes , et la forme extérieure changea peu ; mais la proxénie hellénique put se développer librement pendant plusieurs siècles, taudis que les progrès de la conquête romaine altérèrent vite le caractère et le sens de la proxénie italienne (8). Les municipes et les villes alliées n'eurent plus d'intérêts sérieux que dans la capitale. Des décisions du sénat dépendait leur sort. Aussi ces villes choisissaient-elles pour hôte public , à Rome , un sénateur puissant qui put les protéger. D'ordinaire, elles nommaient celui-là même qui les avait soumises. Leur hôte public était le chef d'une gens, un patronus ; c'est le nom qu'elles lui donnèrent dès lors (9). Le mot patronus, comme le terme grec izçoowitw (10), désigne, en général, le citoyen qui sert d'intermédiaire entre l'Etat et les non-citoyens; de là les différents sens particuliers (protecteur des clients, avocat , repré-
(1) Cf. notre mémoire , Grecs et Maures , d'après les monnaies grecques du musée d'Alger, p. 14.
(2) Tite-Live, XXXVII, 54. Cornélius Nepos , Cimon , 2.
(3) Pline le Jeune, Lèpres, III, 4. Cf. Cicéron , Catilina, IV, 2 : « clientelse hospitiaque provincialia. »
(i) Cf. ces tables dans Wihnanns, 2047 et suiv. , et 2850 et suiv. Voyez (Hermès, V, p. 371) les tabulx hospitales d'Espagne; cf. C. I. L , II, 3(395; Cicero, pro lialbo , 18; Lex colonise Genetivz , CXXXI, etc.
(6) Wilmanns, 1104».
(7) Ibid., 2099.
(8) Liv. III , chap. v, g 2.
(9) Cicéron, De o/Jîc, I, 2.
(10) Liv. I, chap. I et III.
sentant d'une ville étrangère). Fabricius était l'hôte public des Samnites : c'est pour cela qu'ils vinrent un jour lui offrir de riches présents (1). C'est à leur patron que les Allobroges dénoncent les complices de Catilina (2). Les gens de Bologne suivirent le parti d'Antoine parce qu'il était leur patron (3). Les villes choisissaient d'ailleurs pour leurs hôtes qui elles voulaient (4). Les villes de l'Italie centrale n'ayant plus entre elles et avec Rome que des rapports de sujets à sujets et de sujets à maître , paraissent avoir renoncé de bonne heure à nommer des hôtes publics au sens hellénique. Elles n'eurent plus que des patrons à Rome. Ces personnages s'acquittaient des mêmes fonctions essentielles que les proxènes grecs ; mais ils protégeaient les cités au lieu de dépendre d'elles , comme les représentants des Etats helléniques dans les cours d'Orient (5) , ou comme les hôtes publics des alliés à Athènes au temps de l'empire athénien (6). ■
A mesure que s'avance la conquête romaine , les pays grecs offrent l'un après l'autre le curieux spectacle d'une lutte entre la proxénie et le patronat. Après cette période de transition, pendant laquelle se confondent les institutions et même les mots , on s'aperçoit que tout a disparu de la proxénie, même le nom, et le patronat règne sans partage.
Bien plus longtemps que l'Italie centrale, la Grande-Grèce resta fidèle à la forme hellénique de l'hospitalité. Aux sixième et cinquième siècles avant notre ère , la proxénie avait pris un grand développement dans l'Italie méridionale et la Sicile, et l'on y a trouvé un assez grand nombre de documents (7). Les cités grecques de cette région faisaient un commerce actif avec tous les ports de la Méditerranée ; d'autre part , pour la vie politique , elles dépendaient plus ou moins directement de Rome. Elles imaginèrent de nommer à la fois des proxènes et des patrons, les uns chargés des intérêts commerciaux, les autres des intérêts politiques (8). A Rome , elles avaient parfois une double représentation : Syracuse nomma Q. Gicero proxène et M. Cicero pa-
(t) Valère-Maxime , IV, 3, 5.
(2) Salluste, Catilina, 41.
(3) Suétone, Octave, 17.
(4) Tite-Live , XLIII , 2.
(5) Liv. V, chap. v.
(6) Liv. II, sect. m, chap. m.
(7) Liv. III, chap. v, g 1.
(8) Cicéron , Philippiques , II , 4.