CHAPITRE VIII
PROXÈNES DE SAMOTHRACE.
Les explorations nombreuses dont l’île de Samothrace a été l’objet depuis vingt ans permettent de suivre la proxénie dans le mystérieux temple des Cabires.
Les ‘documents de proxénie trouvés dans les ruines du sanctuaire sont de deux sortes. Ce sont :
1° Des décrets honorifiques rendus par le sénat de Samothrace, sur la proposition du magistrat principal qui portait le nom de roi, en faveur de Daméas de Chalcédoine (1) et de Ptolémée, fils d'Aminias , de Gortyne (2), tous deux proxènes de la ville. Ces actes sont rédigés à la facon des Athéniens qui avaient dominé quelque temps dans l'île.
20 De grandes stèles, jusqu'ici au nombre de neuf, larges en moyenne de 1",20, hautes de 0,35. Elles sont datées d’après le nom du roi, qui était l'éponyme de Samothrace. Elles ont pour titre cette formule : « Voici les personnages qui ont été nommés » proxènes de la ville, étant venus ici comme théores. » Suivent les noms des hôtes , précédés de l’ethnique au génitif pluriel (3).
A Delphes, à Délos, à Olympie, on choisissait parfois, comme représentants du temple, les personnages qui avaient été envoyés aux fêtes, comme théores, par leur patrie (4). A Samothrace, ce dut être une tradition constante. Les théores délégués aux mystères des Cabires paraissent avoir été élus proxènes, non pas pour des services personnels, mais en vertu de leur titre même de
(1) Conze, Samothrake, 1875 (tome I, p. 41, n° 7.
(2) Conze, Trak. Inseln, p. 66 : « ëxe:8 Trokepatos ’Aueviou T'oprüvios mpôËevos Ov TAc TOO. D
(3) Conze, Samothrake, Neue Untersuchungen (1880), p. 97-98 : « où d npô£evor éyévovro thç nédewc, Oewpol rapayevéuevor. »
(4) Cf. Les Proxénes et le droit religieux (liv. I, ch. vu).
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théores. On nommait collectivement tous les théores de la même cité, qui étaient toujours au nombre de deux ou de trois. L'étude de ces grandes stèles de Samothrace éclaire d’une vive lumière le développement de l'hospitalité publique autour du principal sanctuaire des Cabires et les relations de l’île sainte des mers de Thrace. L'île voisine de Thasos; en Chalcidique, la petite ville de Sane ; en Thrace, Maronée et Abdère ; dans l'Hellespont, Dardanos et Lampsaque ; dans la Propontide, Cyzique et Chalcédoine ; en Eolide, Kyme, Myrina, Erésos de Lesbos, plus tard le roi Attale de Pergame; en [onie, Priène, Ephèse , Colophon, Téos , Clazomène et Samos ; les cités doriennes de Cos et d’Astypalia, d'Halicarnasse, de Gortyne en Crète; en Carie, Caunos, Alabanda et Stratonicée , — envoient des théores aux mystères des Cabires, et, à son tour, le temple nomme des représentants dans ces cités (1). Comme Délos pour les habitants des Cyclades, ou Dodone pour les montagnards de l'Epire et du Pinde, Samothrace fut une capitale religieuse pour tout un groupe de populations, pour les habitants des côtes de Thrace et d’Asie Mineure. La grande corporation des artistes dionysiaques de l’Ionie et de l’Hellespont envoyait aussi aux fêtes des Cabires ses théores, auxquels on donnait, comme aux autres , la proxénie (2). Quand les progrès de la domination romaine eurent fait disparaître peu à peu l'institution des proxénies, on voit encore des théores venir de cités lointaines, de Rhodes, d’Antioche , d’Arsinoé ; mais ils ne recoivent plus que le titre de « mystes pieux (3). » Depuis que la paix romaine régnait autour de la Méditerranée, les grands temples, bien déchus d’ailleurs, pouvaient se passer de correspondants et de protecteurs. |
(1) Conze, Reisen auf Trak. Inseln, p. 65-70. Samothrake (1875), t, I, p. 41. Simothrake, Neue Untersuch. (1880), IT, p. 96-98.
(2) Conze, Samothrake Neue Untersuch., IT, p. 97-98.
(3) « pÜotou ebaéBers » (Conze, Samothrake, II, p. 98-99).