DIVERS ASPECTS DE LA PROXÉNIE
Quoiqu'’elle repose partout sur les mêmes principes, la proxénie a pris'les formes les plus diverses suivant les pays, les temps et les races. C’est une institution très complexe et très variée, dont il n’est guère possible de donner une définition abstraite. Elle existait déjà quand les sociétés helléniques commencèrent à s'organiser. Selon les circonstances, tel ou tel caractère se développa au détriment des autres.
Tantôt les proxènes apparaissent comme de simples hôtes pu-
blics, chargés de rendre aux envoyés officiels d'un Etat tous les services que, d’après l'usage, les hôtes privés se rendaient entre eux.
Tantôt ce sont véritablement des agents internationaux. Ils accueillent et protègent les citoyens d’un Etat étranger, parlent pour eux devant les tribunaux et les autorités locales, se chargent de leurs affaires. En l'absence d’ambassades régulières et permanentes, ils traitent toutes ces petites questions, tous ces démêlés de détail dont se compose, en temps ordinaire, la vie internationale.
Très souvent ils remplissent les fonctions de diplomates, pour lesquelles ils étaient tout désignés. Ils appartiennent, pour ainsi dire, à deux Etats, semblent en dehors du cadre un peu étroit de
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la cité antique ; ils négocient les traités d'alliance ou de paix, dominent les partis ou les villes rivales qui les choisissent comme arbitres.
Quand ils représentent une grande cité commerciale, ils font
presque figure de consuls ou d’agents consulaires. Ils protègent :
les marchands de la cité dont ils sont les hôtes. Ils veillent sur l’approvisionnement de ses marchés et contribuent, par tous les moyens, au développement de son négoce. Ce sont si bien des agents ou correspondants de commerce, qu’à l’imitation des Etats on voit de grandes associations de marchands nommer des proxènes.
Dans les grandes cités ambitieuses comme Athènes et Sparte, entre les mains d'hommes d'Etat habiles, la proxénie devient un puissant instrument de propagande politique.
La proxénie, qui est une institution d'Etats libres, se transforme parfois cependant en une sorte do patronat. Les associations, les temples, les cités choisissent à la fois des agents qui font leurs affaires, et des protecteurs ; les uns et les autres portent le même titre : ce sont des proxènes. Dès que les circonstances s'y prêtent, l’agent devient le protecteur, le nom ne change pas.
Ailleurs, dans les temples, dans diverses cités doriennes, la proxénie est une institution presque exclusivement religieuse.
Dans beaucoup de documents, les proxènes semblent être considérés uniquement comme une classe d'étrangers privilégiés dans l'Etat.
Souvent même, la proxénie apparaît comme une institution purement honorifique. C’est une décoration à laquelle sont attachés certains privilèges.
Tels sont les multiples aspects de la proxénie. Pour bien comprendre ces singulières variations, il est nécessaire de se transporter par la penséc au huitième et au septième siècle avant notre ère, au moment où des cités distinctes commencèrent à se dessiner‘ dans le chaos du monde hellénique. La proxénie, qui est, à l’origine, une simple extension du principe d’hospitalité, unit d'une façon indirecte les cités que séparait l’une de l’autre un exclusivisme jaloux. La famille et la cité antiques étaient fortement constituées, mais, par cela même, un peu trop fermées ; la double institution de l'hospitalité privée et de l'hospitalité publique entr'ouvrit l’une et l’autre. La cité communiqua avec les cités voisines par l'intermédiaire d’un individu, dont elle s'assura le dévouement par divers privilèges. Intérêts religieux, commerciaux, financiers et politiques, protection réciproque, tout était