‹ Les Prussiens en FranceChapitre 17 sur 91 · DE SAINT-AVOLD A FOBBAGH 4T · texte numérisé non relu

DE SAINT-AVOLD A FOBBAGH 4T

n m*ept — naturellement t- impossible xla rendra OQnupte 4'un entretien auquel je n'ai pas assisté, Ja orola pourtant que le général n'a pu faire autrewant que de parler au aouverain de VaiUtude du 8' aarpa. I^prgqua la guerre a é^é décidée, sinon déalarée, fimitr Avqld a été la véritable point menaoé, C'était la paute de France pour les garnisons prusaiennea de Barre*

louia ©t SarrebriicH, Prompt cQpime la foudre, la général Frossard, venant du pamp de Ci^âlonei, ^'y pat porté avpc,,, un bataillon, le 3* cbasaoura, On s'§8t Jeté sur une (ermo, a» travers do la v^Hée.

Qn §'y est inataiié, non pour ^'y défendre, niais pour y mourir ! Papa lea murs on a percé dos meurtrières et des créneaux, l^a France pouvait être violée à S^lnt-

Avold I wm il eut fallu passer sur ^pn porps sanglant ! m •

Laisse2ç-moi descendre de ces hauteurs pour vous raconter notre voyage de Saint-i\vold à Forbacl^.

Larouto est certainement la plus jolie de France. Là Compagnie des chemins de fer de TEst, cjui p' attaché pas ses chiens avec des saucisses, s*est fait pn point d'honneur de contribuer à Tagrément du paysage^ eh faisant de sa station de JIombQurg un délicieux chalet^ à mi-côte du chemin entre Hombourg-Bas et Hombourg- Haut. On dirait que la route a été taillée à coups de sabre, dans les roches rouges, par un géant. C^est à la fois terrible et charmant, car au bas de ces gigantesques fêlures de la nature se trouvent des prairies du vert }e plus tendret

Cea prairies conduisent à Merjel)ach et à Be^inp? <^Ù

les deux frontières sont si voisines que Ton ne sait pas toujours au juste si on est en Prusse ou en France, et cela d'autant mieux que nos soldats ont renversé les bornes qui, de cent mètres en cent mètres, indiquent la séparation. Ces bornes qui, nous Tespérons, ne seront jamais relevées, servent à présent de tables pour hacher la viande...

Comme une petite rigole indique tout du long la limite précise, nos soldats font leur feu dans cette rigole, en appuyant leur broche improvisée, d'un côté sur la France, de l'autre sur la Prusse. C'est réellement très-réjouissant à voir. Si quelques reconnaissances, quelques promenades aventureuses de jeunes officiers ont violé notre sol, en revanche les camps français se sont installés carrément sur le sol prussien.

A Rosbruck, notre situation est plus drôle encore. Le village est français, mais la frontière est si proche, que des auberges qui ont leurs salles en France, ont leurs cuisines en Prusse. Aussi, jadis, quand le garde champêtre voulait faire évacuer la salle pleine de consommateurs à rheure réglementaire, les contrevenants passaient dans la cuisine, où le brave garde venait prendre un verre de bière avec eux.

Forbach est une jolie ville où nous nous installerons demain. De la plate-forme de l'église, on voit la Prusse, à dix lieues d'horizon.

Ce qui piouve du reste que la localité est bien française, c'est que les ensc^ignes y sont en allemand.

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tandis qu'à Emersweiler, sur le sol prussien, elles sont dans le meilleur français du monde.

Nous descendons à Emersweiler pour prendre un verre de bière et des cigares.

L'aubergiste qui nous reçoit est si étonné de la facilité avec laquelle nous payons notre consommation, qu'il s'élance vers le fond de sa boutique et se met à jouer de l'orgue... Cette manière d'exprimer une joie folle est si populaire en Prusse que je me propose de noter les airs. Sachez donc qu'Hervé et Offenbach sont les grands maîtres du cylindre. II paraît que les soldats prussiens n'ont pas habitué les Rhénans à de pareilles joies.

Au retour, une particularité nous frappe trop pour que je ne la signale pas. Bien qu'en tenue de campagne, nos soldats ont astiqué leur fourniment et brossé leurs capotes. — Pourquoi ce luxe? demandai-je à ces braves gens :

— Faut être propres devant l'ennemi ! me répondirent-ils.

l.E$ CAMPS

forbaeb, Itr août I8T0.

Le général Frossard occupe Forbach avec l^ 2™* corps. Des j-roupes sQ^t campées (J^nsi les plaines qui entourent la ville et g*éteR(lent de Me^lebacU â gtyriqg, extrêmes limite^ (Je Ja presqu'île que foxm en Prusse le dépapteiiieut de la Moselle.

Du sein de ces plaines s'élancent troj^ mPHtegn^P singulières^ ayant l^ fprn^e et 1§§ dimensions fl^s pyramides d'Egypte.

La plus haute est désignée sous le nom de Schloss- Berr, c'est-à-dire la montagne du château, ainsi nommée de ce que, avant 1815, il y avait là un édifice que Ton appelait le château de la Montagne.

Arrivé au faîte de ce pain de sucre, on jouit d'une vue fort belle en tout temps, et, en ce moment-ci, d'un intérêt tout particulier. On y aperçoit distinctement la place entourée d'arbres où la garnison prussienne de Sarrebriiok fait ses exercices. On y voit aussi les usines

LES CAMPS 5t

4e Styring, qui marquent la fronlière française de ce côté. Puis, à travers les bois, on voit fller une ligne nombre, correspondant à la vallée de la Rosselle, petit ^u^nt de la Sarre, qni sépare les deux pays, jusqu'au village d'Emersweiler, où la ligne n'est plus figurée que par des bornes espacées de oent mètres. C'est de là aussi qu'on voit bien oe moulin français dont la roue tourne en Prusse.

Mais ce qu'on voit de plus intéressant du haut du Schlopser^Berr, o'est le camp du deuxième corps de l'arnxée française, deuxième ooi^ps qui est sûr d'ôtpe, le premier devant, rennemi,., premier en date, bien entendu, car tgute Tarmée est animée du môme esp-

prit.

De môme qu'on voit la campagne divisée ea carrés, ^n rpctangles, en losanges de couleurs variées selon la nature des végétaux qu'on y cultive, l'immense plaine de Forbach-Styring-Merlebach est absolument couverte de camps, différents d'aspect et de couleur.

De tous ces camps partent des bruits confus de cris, de chants, de manœuvres. Dans tous se déploie une prodigieuse activité. La plupart de ces soldats, arrivés ce matin, et qui ont essuyé trois jours d'orage et deux nuits pendant lesquelles ils ont été obligés de se tenir debout dans l'eau vaseuse, soutenant leurs tentes sur leurs têtes comme d'immenses parapluies, sont déjà aussi propres que si tous leurs effets sortaient du magasin.

La vue seule de la borne indiquant la frontière a

produit cet effet mngique. Le soldat sait qu'au premier appel du clairon il va marcher sur l'ennemi... Quelques-uns se disent même que leur heure dernière sonnera presque en même temps que cet appel... et ils s'apprêtent pour la suprême revue.

J'ai déjà fait cette remarque à Merlebach. Mais là, il n'y avait que quelques hommes, un régiment au plus. Ici, c'est l'armée française.

Ce beau spectacle ne paraît toucher que fort médiocrement beaucoup des habitants de Forbach, qui ne voient dans tous ces événements que des prétextes à bénéfices aussi exagérés que scandaleux. Le maire, qui a offert au général Frossard et à son état-major une hospitalité splendide, aurait voulu que la ville fût plus patriote. Aussi, furieux de sa froideur, il s'est emparé de deux maisons, y a mis les ouvriers, et les a transformées, de sa propre autorité, en ambulances. On réglera plus tard.

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