NANCY
9 août.
Ici, rien d'important à signaler. La capitale de la Lorraine tient à rester le chef-lieu du département de la Meurthe, et chaque dépêche, collée sur les murs de rhôtel de ville et de la préfecture, cause une vive émotion. On a crié: Vive Tempereur !... à l'annonce de l'appel des gardes mobiles de 18 à 30 ans et de la garde nationale sédentaire de 30 à 40.
Toutefois, un sujet assez grave divise les habitants. Dans le cas oii, par suite de mouvements militaires, on laisserait aux Prussiens le passage de Nancy, la ville devrait-elle tenter de s'opposer à l'invasion? t Ville ouverte j elle ne pourrait tenir, dit le maire, et sa résistance inutile exposerait les habitants à de terribles représailles. Soyons patriotes, donnons notre argent, faisonsnous soldats, mais ne commettons pas d'imprudences inutiles. » La population qui, hier, déchirait les affiches
du maire, paraît s'être aujourd'hui à peu près ralliée à cet avis.
10 août.
Disette de nouvelles. Les propos les plus extravagants circulent ici comme à Paris.
La gendarmerie de Château-Salins est arrivée à Nancy ce matin, opérant sa retraite par cette raison que les Prussiens occupent la vallée de la Seille, entre cette ville et Dieuze.
Dans cette vallée se trouve une petite place forte, Marsal, qui n'est en état de défense que lorsque ses fossés sont inondés. Or, l'eau manque.
Je vais à Pont-à-Mousson, de façon à me trouver à proximité de Metz et de Nancy, et à pouvoir me porter sur l'un ou l'autre point s'il y a bataille.
Si, au contraire, l'armée prussienne marche sans coup férir jusqu'à Châlons, je me trouverai ainsi sur son passage.
Je fais la route avec le bataillon saoré de la société intornationale de secours aux blessés militaires , trente-six jeunes gens sohdes , courageux , intelligents, dévoués, qui ont quitté Paris, leurs familles, leurs plaisirs ou leurs affaires, pour venir servir comme infirmiers.
C'est très-beau, n'est-ce pas, ce dévouement ! Eh