‹ Les Prussiens en FranceChapitre 27 sur 91 · LE MINISTRE ET L'EMPEHRUA · texte numérisé non relu

LE MINISTRE ET L'EMPEHRUA

autour de lui. Je n'étais pas bonapartiste, mais je suis un de ceux qui ont mené TEmpire oii il est. L*empereur m*a si bien traité que je crois lui devoir tout mon dévouement. Aussi, viens-je me mettre à sa disposition. Je serai épée ou cuirasse, à son choix.

Je ne sais si le lecteur pensera comme moi, mais ce langage m'a vivement ému. ^

Conduit par M. Maurice Richard, j'entre dang la matinée chez Tempereur.

Pour me servir d'une expression énergique, mais absolument juste, je dirai que jamais homme ne m'a paru plus vidé, que Napoléon III.

Les mauvaises nouvelles l'ont atterré. Ce n'est plus le brillant général que Vùn acclamait il y a huit jours à Sarrebruck. C'est un vieillard à l'œil terne, au front dévasté, au teint plombé. Il est plutôt épais que gros et maixhe lourdement. Il semble que l'embarras de sa situation exerce sur sa façon de parler une désastreuse influence. Son accent quasi tudesque augmente avec le mécontentement et le chagi'in.

A 9 heures, Metz ignore encore la vérité. Les rues sont toujours pavoisées, et une foule immense se porte sur le chemin qui conduit de l'hôtel de la préfecture à la cathédrale.

Je revois l'empereur, se rendant à l'église. prodige!... Il est redevenu brillant et superbe. Pourtant je sais bien que les mauvaises nouvelles sont vraies. Pouah ! cet homme se maquille comme une vieille courtisane.

A midi, tout Metz connaît le désastre de Forbach, et ceux de Wissembourg et de Reischoffen. On sait aussi que les Pmssiens sont entrés en France, sans résistance,à Sarreguemines. Quelques habitants décrochent silencieusement leurs drapeaux. Les petits commerçants messins ne veulent plus accepter en payement les billets de banque.

Le marchand de chevaux qui m'avait vendu mon attelage m*en vend un autre à moitié prix, comptant. Le chemin de fer est encombré, à ce point que les émigrants prennent la route de Verdun et louent des pataches pour s'éloigner plus vite.

— Etes-vous bien sûr que les Prussiens ne seront pas ici ce soir ? me dit un homme très-sérieux.

— Tout n'est pas perdu, dit un autre : Trochu arrive.

— Et n'avons-nous pas Bazaine ? Moi j'ai bon espoir, dit un troisième.

En attendant on s'occupe très-sérieusement, aujourd^Jiuiy de préparer la défense de la ville.

Page 1