‹ Les Prussiens en FranceChapitre 34 sur 91 · LE GÉNÉRAL GHAN6ARN1ER · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL GHAN6ARN1ER

à rapproche de^ Prussiens. Ils ont apporté leurs effets et quelques provisions — le peu qui leur reste —-'qu'ils n*ont pu vendre à Tarmée française lors de son mouvement en avant.

Tous ces gens piaillent, pleurent, crient — en allemand, bien entendu — à faire prendre le mors aux dents aux chevaux du pays^ si les pauvres bêtes, sevrées d'avoine depuis six mois, avaient encore le souffle.

Il y a aussi les convoyeurs congédiés, qui font plus de bruit que tous les autres, car le métier leur allait, et aucun n'ose rejoindre son village.

Ceux qui se trouvent plus heureux, ce sont les convoyeurs de Forbach, au nombre de quatre-vingt-dix environ, dont les chevaux et les voitures ont été pris par l'ennemi. On leur paye leurs équipages à caisse ouverte et c'est à qui exagérera les mérites de son attelage rustique.

Je suis allé aux avant-postes. Malgré lô temps, l'armée a encore de l'entrain. Les soldats expliquent à leur façon leur mouvement en arrière.

— Nous les avons attirés jusqu'ici, disent-ils, afin d'avoir pour nous l'avantage de la position. Mais ils auront leur frottée avant huit jours !

Espérons-le.

Les Prussiens sont à cinq ou six lieues de Metz, formant, autant que je puis m'en rendre compte, un quart de cercle passant par Vigy, Ogy, Pange et Verny. On a du moins rencontré leurs reconnaissances sur

ces points. Mais des paysans qui arrivent par la porte de France (route de Nancy) nous disent que, ce matin même, un peloton de cent cinquante uhlans est entré à Pont-à-Mousson, c'est-à-dire à mi-route de Metz à Nancy. Cela indiquerait que Tennemi, voulant éviter la bataille devant Metz, suivrait les lignes de hauteurs souvent boisées qui dominent des deux côtés la Seille et se dirigent sur la Champagne. Si cette supposition est fondée, ce que vous saurez à Paris avant moi, nous n'aurions pas de bataille avant Châlons, à moins que cette nuit, par un brusque mouvement que rien ne nous permet de croire probable, l'armée de Metz ne coupe la route aux Prussiens en se portant sur Frouard.

Ma conviction est que les Prussiens n'avanceront plus avec autant d'audace dès qu'ils ne seront plus dans les bois, qu'ils paraissent avoir tout particulièrement en affection et qu'ils connaissent à merveille.

En tout cas, le mouvement de concentration de nos troupes s'est opéré avec énormément de rapidité et de précision. Les quelques jours d'hésitation et de stupeur sont passés, et l'armée a repris sa physionomie des anciens temps.

On parle un peu moins de la route de Berlin, on chante moins la Marseillaisey mais le soldat astique son flingot avec un soin extrême, pour être prêt à s'en servir au premier moment.

J'ai vu ce matin le général Changarnier. Son visage doux et fin était rayonnant. Les officiers et même les

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généraux le saluent avec une sympathique vénération.

L^illustre général travaille beaucoup en ce moment. Il a retrouvé son activité passée, et son concours promet d*être efficace. En tout cas, sa conduite lui mérite le respect et Tadmiration de tous.

J'ai retrouvé à Metz le bataillon sacré des volontaires de l'association internationale de secours aux blessés. Ces braves jeunes gens n'ont pas l'air content de leur sort. Ils sont conduits par un ancien officier d'administration qui a les moustaches bien longues pour son pacifique emploi, et qui leur fait faire des manœuvres et des carrousels, comme à des soldats. Ne vaudrait-il pas mieux leur apprendre ce qu'ils auront à faire sur le champ de bataille?...

Je viens de voir trois uhlans, qui ont été pris dans une reconnaissance à Courcelles-Chaussy, sur la route de Saint-Avold. Ce sont de beaux hommes, 'qui marchent crânement. La foule les a bien accueillis.

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