‹ Les Prussiens en FranceChapitre 44 sur 91 · L'EMPEREUR À VERDUN · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR À VERDUN

Pendant cette glorieuse affaire qu'il ignorait encorei l'empereur recevait le maire et le sous-préfet de Ver- ' dun, leur donnait quelques encouragements et partait pour la gare, avec le prince impérial, presque sans escorte.

Là il demanda qu'on lui formât un train.

— Sire, dit le chef de gai'e, je n'ai ici qu'un vsragon de troisième classe.

— Je m'en contenterai, répondit l'empereur.

Il refusa même qu'on mît sur les planches nues du wagon un des coussins de sa voiture, mais il demanda un verre de vin.

Le chef de gare lava celui dont il venait de se servir pour son déjeuner, et Toffrit. Le prince impérial, trèsfatigué, demanda à se laver le visage et les mains. Le chef de gare ne put que lui donner le même ven*e avec de l'eau et un mouchoir.

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L'empereur et le prince ne parurent même pas émus de cette simplicité excessive. On envoya une machine en avant pour assurer la marche du train jusqu'à Mourmelon

L'empereur pai*ti, arrive à la gare de Verdun un des ofticiers de sa maison.

— Il me faut, commanda-t-il, deux trains pour mes voitures et mes chevaux. Vous ajouterez un wagon de première pour moi.

— Monsieur, dit le chef de gare, l'empereur s'est trouvé satisfait d'un wagon de troisième classe. Vous comprenez que je ne puis rien vous offrir de mieux qu'un fourgon à bagages.

Et c'est ainsi que ce matin, 17 août, avant le jour, l'empereur et sa suite arrivèrent au camp de Châlons.

Là la concentration des troupes s'opère sur une grande échelle. Là, la France s'apprête à jouer une suprême partie.

18 août 1870

Verdun, 19 aoât 1870 (1).

Encore un combat de géants, combat acharné, meurtrier, horrible boucherie de neuf heures et demie!

On sait que le combat du 16 avait eu pour conséquence d'empêcher la jonction du corps de l'archiduc Frédéric-Charles avec celui du maréchal Steinmetz. L'avant-garde du maréchal avait été repoussée de Doncourt, tandis que Tarmée entière du prince avait été délogée de Gravelotte, Vionville et Mars-la-Tour.

Mais, dans cette affaire, le corps du prince avait éprouvé des pertes considérables. Celui de Steinmetz n'avait presque pas été engagé.

(1) La bataille de Saint-P rivât est celle que les Prussiens appellent ainsi. C'est la seconde affaire de Gravelotte.

Dans mon récit il manque un détail : l'incident des carrières de Jaumont. Gela prouve que je n'étais pas dans les confidences de l'austère Palikao.

Aussi le maréchal Bazaine avait-il pris les mesurôâ les plus sages pour observer les lûoindres mouvements de son dangereux ennemi.

Sans abandonner' le vaste plateâU Illustré par sa victoire du 16, il fit avancer Vôré le nord, du côté de Briey, une partie de (Son armée*

Alors noâ soldats puï^nt jôuir de od fipeotacli^ étrange que j*ai vu une fois déjà à Forbaoh^.*

Tandis qu'ils occupaient, Tàrme au pied, les hauteurs de Saint-Privatet de Sainte-Marie-aux-Chênes, ne Voyant rien devant eux qu'une sorte de vallon dont le versant qui leur faisait face est couronné d'arbres touffus sur une longueur de plus d'une lieue, — nos soldats aperçurent tout à coup une sorte de grouillement sous les taillis. La base des arbres devint plus noire, puis des milliers de points brillants apparurent...»»

C'était l'ennemi qui avait passé deux jours et deux nuits dans la forêt de Moyeuvreâ, et qui tout à coup en sortait.

Mais le maréchal Bazaine, qui paraît oonnaître ces ruses de guerre aussi bien que les Prussiens euxmêmes, s'était mis en position juste à temps.

A onze heures précises, des deux côtés, les lignes se couvraient de feu. Canons, mitrailleuses, fusils, tout donnait. Les obus prussiens pleuvaient chez nous, faisant d'affreux ravages. Nos mitrailleuses couchaient les soldats ennemis par rangs, comme à Borny.

Les vivants prenaient la place des morts. Plus d'un régiment a brûlé toutes ses cartouches, plus d'une

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batterie a épuisé toutes ses munitions. Jamais on ne s'est tué avec cette rage. La nuit seule, la nuit noire a interrompu la fusillade et la canonnade.

Mais nous n'avions pas perdu un pouce de terrain dans cette bataille à distance, tandis que, dès 7 heures, l'ennemi ne se devinait plus qu'au jugé. Il s'était replié, toujours silencieux et sombre, dans ]a forêt de Moy ouvres.

C'est encore une victoire, mais les pertes sont considérables des deux côtés.

Ce matin, à 5 heures, nos soldats , toujours placés sur les mêmes positions de Sainte-Marie-des-Chêsnes à Saint-Privat, sondaient la forêt à coups de canon ; mais Tennemi ne répondait pas.

Voilà la grosse nouvelle qui est apportée ce soir à Verdun, par un homme absolument digne de foi, — m'assurent les autorités.

J'ai recueilli les détails de sa bouche, j'ai dessiné sous ses yeux les positions, carte en main. Pour moi, le doute n'est pas possible.

L'état-major savait qu'il y avait eu bataille quelque part, mais il lui était impossible d'en deviner l'endroit. Des rapports de gardes, de gendarmes, d'hommes de confiance l'affirmaient, mais le télégraphe restait muet.

Or, précisément nous apprenons que les Prussiens ont coupé le télégraphe à Etain, seul point de correspondance avec le pays de Briey, où se trouvent les hameaux, aujourd'hui détruits par la canonnade, de Saint-Privat et Sainto-Marie.

Une bonne nouvelle :

Le général Frossard, qui a été infatigable le 16, et qui s'y est très-brillamment conduit, à la tête du 2* corps, n'est pas blessé.

Le témoin de la bataille de Saint-Privat Ta vu à cheval, donnant encore des ordres à cet héroïque corps d'armée qui a été de toutes les fêtes.

Autre nouvelle intéressante. Le général Wreddel,et non Wodel, comme le dit une dépêche, qui a été tué à Vionville le 16 août, est précisément celui qui, la veille, incendiait le village d'Ancy.

— Il faut que justice soit faite ! criait le général ivre.

C'est un boulet qui s'est chargé de faire justice du général.

Hier soir, à 5 heures, des habitants du hameau de Dugny, situé à cinq kilomètres de Verdun, vinrent dire en ville que trois uhlans levaient des plans et prenaient des renseignements dans leur village.

Immédiatement un maréchal des logis et quatre gendarmes partirent de Verdun ventre à terre, et rejoignirent bientôt les trois uhlans signalés au hameau de Baleycourt, au moment où ils allaient couper le télégraphe du chemin de fer.

Deux des uhlans, qu'à leur tenue, à leurs décorations et à la beauté de leurs chevaux, on peut prendre pour des officiers supérieurs, s'échappèrent à fond de train, franchissant les fossés et les ruisseaux.

Le troisième, qui paraissait n'être que sous-officier, ayant essuyé le feu des gendarmes, mit pied à terre et

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jeta ses armes sur le sol. Les gendarmes Tentourèrent et il déclara se rendre.

Mais, par un mouvement subit, le uhlan, qui tenait à la main le cordon de sa lance, la releva de terre et en porta aux gendarmes des coups terribles.

L'un en est mort aujourd'hui. Un autre est grièvement blessé.

Le maréchal des logis, manqué par le uhlan, lui tira un coup de pistolet à bout portant qui lui brisa le crâne. - C'est la quatrième fois, à ma connaissancOi que les prisonniers prussiens se conduisent ainsi.

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