L'ARGONNE
Sainte-Menehoiild, 21 août.
Me voici refoulé jusqu'à Sainte-Menehould, —après des péripéties sans nombre. J*ai même peut-être assisté au prologue d'un drame héroïque, dont je vais vous présenter le principal acteur.
Il se nomme le général baron Guérin de Walderabach, et il a commandé, il y a peu de temps, la subdivision de la Meuse. Il était retiré dans son château, au milieu de sa famille, quand la guerre a été déclarée.
Aussitôt il a repris du service et on lui a donné un véritable poste d'honneur, la garde de la ville et de la citadelle de Verdun. Je ne sais pas quel sera le sort de la ville, mais la citadelle ne serendi*a pas, et la citadelle protège laroute. Les Finissions peuvent venir parFresnes ou par Etain, ils peuvent avoir l'intention de s'engager dans les défilés de l' Argonne ; ce qui est certain, c'est qu'ils seront décimés au passage. Jusqu'à ce qu'il n'ait plus
lîO LES PRUSSIENS EN FRANCE
que deux tonneaux de poudre, le général Guérin de Waldersbach leur enverra des dragées de Verdun.
Vous devinez ce qu*il a l'intention de faire avec les deux derniers tonneaux.
La ville était dans une agitation impossible à décrire. Les habitants en ai*mes couraient sur les remparts. A chaque instant on fermait une porte, puis on montait à la cathédrale, pour voir du haut des tours. Des éclaireurs prussiens venaient jusqu'aux ponts-levis et les soldats se préparaient aies recevoir. Mais les femmes, les enfants, attirés par la curiosité, se précipitant sur les passages pourvoir les Prussiens, pai'alysèrent cette bonne volonté.
Les uhlkns se montrèrent notamment dans la direction des deux routes venant de Gravelotte. Ils avaient blessé assez grièvement un officier d'administration. Enfin hier, à 5 heures et demie , un vacarme épouvantable se fait entendre. Les gardes nationaux sédentaires prennent leurs fusils, les commerçants ferment leurs boutiques, et les gamins de la ville font entendre ce cri sinistre : Les Prussiens !
Malgré la bonne grâce qu'avait mise le général Guérin de Waldersbach à m'inviter à le suivre à la citadelle, vous comprenez que je m'empresse de partir par la porte de France. Certes, un siège est chose fort intéressante à raconter, mais il rend bien difficile le service des correspondances quotidiennes.
Le chemin de fer ne marche plus. Ma carriole me conduit, à travers un gigantesque convoi de six cents