LE CARREFOUR DE REIMS
Reims, 27 août 1870.
Comme toujours, à la veille de grands événements, tout semble sommeiller. Les mouvements de troupes qui s'opèrent autour de nous sont considérables. A moins de rester enfermé dans la ville, il est impossible de ne pas rencontrer un soldat français ou un soldat prussien dans la journée.
Il va y avoir quelque chose demain ou après-demain de ce côté, et je serais bien étonné si ce quelque chose n'était pas une grosse bataille.
Les Prussiens, toujours maîtres de Châlons et de Mourmelon, et qui, s'ils ne sont pas restés à Epernay, occupent du moins fortement les locahtés «environnantes, semblent avoir fait un mouvement vers le nord. On est à peu près sûr de la présence d'un camp de douze mille ennemis aux Petites-Loges, entre Mourmelon et Reims. C'est de ce camp que seraient partis les deux cent cinquante soldais qui ont commis
à Sillery diverses exactions que je crois pouvoir conter en détail.
On prétend que des coureurs ennemis ont été vus à Muison, sur la ligne de Soissons. Si cela est exact, les Prussiens des Petites -Loges auraient donc passé pai» la montagne de Reims, sorte de demi-cercle boisé qui contourne la ville vers le sud. Dans quel but?
Ce qui est absolument certain, c*est que trois cents Prussiens ont été Vus, au nord» à Gernay, tout près de la ligne de Rethel.
Des paysans prétendent qu*un camp ennemi s'est formé à Berru, Village placé sur une montagne boisée isolée dans la plaine, et qui domine aussi la ville. Nouvelles certaines ou propos à contrôler, tout cela explique les grandes mesures de précaution prises
Gomme, si tout le monde n'a pas une bonne cai'te sous la main, chacun a du moins une carte des chemins de fer, je crois que le meilleur moyen de bien faire comprendi'6 la situation de Reims est de dire Tétat des cinq lignes ferrées qui partent de cette gare*
La ligne dii'eote de Paris, pai» Soissons et le Nord, est en pleine activité, mais on la dit menacée a Muison, première station après Reims*
La ligne de Laon, pai' laquelle on arrive également, bien que moins vite, à Pans, ne paraît nullement menacée, quoiqu'on prétende qu'il a été vu quelques uhlans à Briment.
Oelle de Rethel, en ce moment encombrée par les