ALERTES. ESCARMOUCHES
et Saint-Denis. Les feux croisés des deux premiers surtout étaient extrêmement vifs.
A la première canonnade, nos troupes s'étaient repliées sous les forts et toute la plaine découverte fut balayée par les éclats d'obus.
La batterie élevée dans la ferme du Bourget fut détruite par l'artillerie d'Aubervilliers.
Vers 10 heures, les mobiles et les francs-tireurs, du fort d'Aubervilliers, s'avancèrent de nouveau en tirailleurs du côté du Bourget. Des pelotons de uhlans se promenaient devant le village, et de temps en temps deux ou trois obus allaient éclater au milieu d'eux et les faisaient fuir au galop.
La vue de nos jeunes troupes s'avançant intrépidement vers eux ou cherchant à les couper, suffit à les faire battre en retraite.
Deux petits détachements de mobiles et de francs tireurs poussant jusqu'à huit cents mètres des premières maisons , se mirent en embuscade dans les luzernes. Un quart d'heure après reparut un peloton de uhlans, et la fusillade des nôtres en fit tomber plusieurs.
La batterie de la ferme du petit Drancy paraissait déserte à 2 heures. Les canons n'y ont pas été placés encore ; mais la terrasse est très-visible au dessus d'un mur du jardin.
A Dugny, le nombre des ennemis paraît être augmenté. Aux abords de la rue, dont l'entrée fait face à Paris, on en voit une cinquantaine. Des pelotons en
•ilO LKS PHUSSIKNS KN rHAXCI!
|)ai*tent h chaque instant pour aller faire des rondes autour du village.
Les \'edettes qui ^anlent les chemins sont aussi plus nombreuses do ce côté.
Otte vue aiiimo d'iui nouveau courage les mobiles, les francs-tii*eurs et la ligne, ((ui o(*cupeat les lignes îivancées de Homainville à Saint-Denis. Ils s'avancent avec témérité vers reimenii, sans songer qu'ils sont complètement à découvert. Quelques escarmouches s'engagent et eonstanniieht les cavaliers ennemis se rei)lient vers les villages du nord.
Dans la (irande-Rue de Bellevue, à deux pas d'une îMubulancîo et à l'extrémilé de la gare de ce village, se Imposait, iiier matin, vers 6 heures , un jeune enfant porteur d'un panier de ])rovisions qu'il apportait à sa mère, une pauvresse de Meudon, épuisée par la maladie.
Lorscpi'il fut lui peu remis de sa fatigue, il se leva, et déjà il soulevait son panier pour le charger sur son épaule, lorsque, brutalement, un fantassin ])russien se précipita sur lui, lui arracha son panier des mains, et, en lui apphquant un vigoureux (.'oup de ]>ied dans les rehis, il lui cria :
— Foiiî'fx ! foiirtz I
Le jMnivre petit alla rouler à quehpies i)as en poussant im cri de douleur, et, après s'être relevé, il éclata en sanglots !... On Tente^ndit à rand)idance d'où sortît un aide-médecin qui, après s'être fait raconter ce (jui venait de se )>nsser, alla résolument nu poste
ALERTKS. KSr.VhWOUCHKS i\\
(les Prussiens, cl, s'tulressaut. à l'oftlcier, lui ra<'onta le fait.
L'oftîcier rassoiiil)la sos faulassius, sr* lit désigner le coupable; et, aprrs avoir l'ail rendre? U*. panier à l'enfant, lui donna un saui-conduil.
A Issy, hier et la iniil dernière, rennenii a paru sur la rouUî de ('.IiAtillon, près de l'anoienne redoute où il est en force, derrière les liauleurs. Le fort lui a envoyé, lii(T au soir et ce matin, des obus (jui paraissenl l'avoir dérangé de ses positions.
Le fort d(^ Vanves a é^ahMnenl <*onibiné son feu avec l'attaque d'nne conipa^niie d'éclaireurs qui, ])OUr prolé|>'er des travaux de dé!nolili<)n, s'est trouvée aux prises avec des cavaliers prussiens. Après une fusillade qtii a duré vin*,^t minutes, l'ennemi a disparu dans les bois.
Cela n'a pas enii)ôch6 un parlementaire ja'ussien de se i)résenler au fort d'Issy pour demander sa reddition, sous peine d'être l)onibardé le soir à 10 heures. 11 était f) heures du soir. Le connnandant, dix minutes après son dé])arl, a fait coimaître î\ ses braves marins la proposition du parleuKMilaire. Oux-ci, fm*ieux, voulaient le ])Oursuivre et l'étrangler.
A 2 heures du matin, le fort de MontroUge a eanonné une mass(> d'ennemis qui, descendant des bois de Clamarl et de M(M.idon, paraissait vouloir se diriger vers le bas Clultillon, et cherciier à l'investir.
Une coiiTpagnie de francs-tireurs cnd)ns(pu''e derrière les premières maisons de ce dernier village les salua
par une décharge à trois cents mètres de distance, et se replia vers le fort. Immédiatement un bataillon de mobile sortit de l'intérieur de Paris, et s'avança vers les Prussiens. La garde nationale sédentaire formant le 103« bataillon s'élança elle-même à la suite des mobiles, et prit position à quelque distance en deçà du fort.
Pendant que ce mouvement de défense s'opérait résolument et en bon ordre, le fort lançait ses bordées. . En présence de ces forces, se plaçant en ligne de bataille, les Prussiens battirent en retraite, en se cachant dans les bois.
Nos troupes ont gardé leurs positions jusqu'à 8 heures du matin, espérant qu'à la faveur du brouillard ils s'enhardiraient au point d'opérer une nouvelle attaque.
Us n'ont pas reparu de la journée.
L'ennemi n'a pas encore attaqué le fort de Bicêtre, mais il occupe les villages de Villejuif, Ohevilly et Oachan. Un escadron de cavalerie ennemie est entré dans le parc de ^I. Raspail, où il campait encore ce mathi à 8 heures. Deux compagnies de la garde nationale sédentaire de Montrouge ont protégé, pendant la nuit, la destruction des murs du cimetière de Gentilly, sans qu'elles aient été attaquées par les Prussiens, campés à 100 mètres, tout au plus, de distance ; ce qui fait supposer' qu'ils ne sont pas en grand nombre à cet endroit. ^
De Nogent on voit distinctement les uhlans dans la
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plaine de Tremblay. Deux d'entre eux sont de garde, en face d'un long mur blanc, situé à deux mètres environ du viaduc, dont deux arches ont saute. On les relève, et ils rentrent tranciuiliement dans la maison rouge d'à côté, qui paraît être leur corps de garde. »
En arrière, dans les bois du Fiant et de (^.hampigny, en avant, dans le bois du Tremblay, on voit, à travers les arbres, d'énormes masses noires au milieu desquelles luisent tout à coup les reflets île l'acier. Sur les hauteurs défilent de longues colonnes d'infanterie.
Il n'est pas de jour où des coups de fusil ne s'échangent entre l'avant-garde de Nogent et les uhlans.
r.iii
COMBAT D£ VILUEJUIF
33 septembre 1870.
L'émotion a été grande, hier, à Paris. On savait(prune action sérieuse avait eu lieu du côté de \'illejuif, et que Tavantage nous était resté. On demandait des détails, des chiffres surtout.
A Theure où nous écrivons, le gouverneur de Paris n'a pas encore donné de cette affaire un récit complet. Dans deux dépêches il en est (piestion. Mais les cpiel- (fues lignes qui lui sont consacrées sont perdues dans des détails sur d'autres engagements. Est-ce une victoire?... N'est-ce qu'un combat heureux?...
Plusieurs journaux, la LUjerté, le Soir, la France, ont publié une note, absolument ou presque absolument identique, que corroborent des comptes rendus enthousiastes faits par le Temps, le Xntioiwl^ le Français. Je cite le récit le plus sommaire, celui ({ui a Tallure la plus calme, la plus sage :
« Le gouverneur de Paris avait été informé, par des
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éclaireurs et îles iVancs-tircurs qiu? renneiui avançait en forces cousidérabL^s par I3ourî:,^-la-Hciue et Villejuif, dans le i>ul (le passer (»nlre les forts de Montrouge et de Bi(vtriî et les forts de Hieètre et d'ivry.
«(iette nuit , nos troupes ont opéré un mouvement tournaul par ^lontrouge d'un côté et Ivry de Tautre. Pelles ont envelop[)é l'ennemi au moment où il passait entre les forts, et Tarlillerii» en a fait un «^raud carnagesurtout entre riiuf (*t six luxures du jualin.
« Les mitrailleuses oui donné à ce moment, et elles juit fait des monceaux de cadavres.
a Dans uuM gorj;'e située entre Arcueil et iJourg-la-, Reine, plusieurs milliers de Prussiens, au nombre desquels trois régiments de cavalerie, auraient été faits prisonniers.
« L'action a connnencé verstjuatre heuvesdu matin, et s'est terminée vers dix heures. Les troui^eô prussiennes c{ui ont éclrippé à la poursuite des nôtres se sont repliées sur Sceaux et sur les bois de Verpieres.
a (les nouvelles ont répandu dans Paris une joie des plus vives D
Tandis que nous lisions -ce récit, un de nos amis nous faisait tenir le billet (lue voici :
« Dans tout le quartier de Monlrouge et Vanves, Tenthousiasme est immense. Des milliers de personnes, encombrent les avenues d'Italie et d'Orléans et font la haie pour voir passer les prisonniers, qu'on dit fort, nombreux. Ou dit partout aussi que les pièces d'artil-
lerie prises à rennemi sont au nombre de quarante et une, vingt-cinq mitrailleuses et seize canons.
« A trois heures et demie, le g-énéral Trochu, qui revenait de visiter le champ de bataille, traversait la rue d'Enfer, lorscju'un embarras rai)proclia sa voiture de celle d'officiers de la garde nationale.
a M. le gouverneur de Paris donna à ces officiers l'assurance positive d'un magnifique succès, et d'importants résultats.
a A cette nouvelle confirmation, Tenthousiasme a été immense dans la foule, et les cris de : Vivo Trochu ! ^vivo la Rcpiihliqiic ! ont éclaté de toutes parts. »
Eh bien ! oui, le succès est magnifique et les résultais sont importants!... Mais encore une fois, la population parisienne s'est laissée prendre aux chiffres fantastiques que les soldats, bien intentionnés, rapportaient du champ de bataille. Nous-mèmc, à la vue de la dépêche officielle qui amoindrissait la victoire dont tout Paris avait été un moment ivre de joie, nous avons dû aller contrôler les récits qui nous ai*rivaient de toutes parts.
Les douze mille hommes tués, les dix mille blessés, les huit mille prisonniers, se réduisent à (juatre cents ennemis morts et huit à neuf cents blessés. Quant aux prisonniers, nous n'avons pu en savoir le nombre, mais il n'est pas considérable.
L'importance d'une victoire n'est pas dans le nombre dos victimes!... Jamais cette vérité ne s'est trouvé
COMBAT DE VlLLEJUfF. 217
prouvée comme aujom'd'hui. Non-seulement le combat de Villejuif a eu pour résultat de hqus remettre en possession des positions prisespar l'ennemi la veille, mais encore il prouve à l'armée prussieAne qu'outre ses citadelles, ses fortifications, ses barricades, Paris a pour sa défense une armée intelligente, une artillerie de campagne formidable et toutes les ressources de l'art militaire, en même temps que toutes les audaces du patriotisme le plus ardent.
Avant de renverser les remparts de pierre, il lui faudra briser ces blindages mouvants, ces remparts de poitrines, qui se dressent devant nos forts et en défendent l'approche !... L'affaire de Villejuif va donner à réfléchir à M. de Bismarck !
Et maintenant voici le récit de l'action, tel que nous permet de le faire une visite au champ de bataille :
Avant-hier au soir, vers six heures, les Prussiens commençaient leur mouvement vers la vallée de la Bièvre. Leur objectif était de passer, en masse, entre les forts de Montrouge et de Bicètre, d'une part, et, d'autre part, entre les forts de Montrouge et de Vanves. Ils croyaient nous surprendre, et ils ont été surpris.
Dans la nuit, le général de Maudhuy, sous les ordres du général Vinoy, s'était emparé de la plate-forme de Villejuif , dite des Hautes-Bruyères, où l'ennemi s'était installé comme chez lui, et, après l'avoir chassé, y avait établi deux batteries d'artillerie.
Vers cincj heures du matin, les Prussiens entrepri-
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relit de rei)reii(lre la redoute des Hautes-Bruyères, qui commande non-seulement Paris, mais encore la plaine qui, de la vallée de la Bièvre, monte en pentes douces vers Montreuse.
A dater de ce moment, l'attaque et la défense sont devenues terribles. De notre côté, les forts de Bicêtre et de Montrouge faisaient des trouées meurtrières dans les rangs dos Prussiens ; quatre mitrailleuses postées sur la redoute, et fournissant un feu continuel, culbutaient leurs régiments, tandis que les deux batteries entre Bicêtro ot Montrouge fauchaient leur flanc gauche.
Le gros de Tarmée prussienne était dans les villages . do la Rue et de Glievilly, et paraissait vouloir continuer sa marche vers le fort de Bicotrc, dont il n'était éloigné que d'environ 1,500 mùtres, malgré le feu des deux forts, lorsque vers six heures du matin sont arrivées au pas de course, de l'iulérieur de l^aris, des troupes (le renfort. Deux bataillons de gardes mobiles ont pris la rue de Chàtilloii eu suivant le chemin de ronde et sont entrés par la porte de Vanves, dans la plaine de Montrouge, eiilrc les deux forts, et successivement sont accourus, par rave.iuo d'Orléans, le 85*, le 42^^ et le lOO'' de hgne suivis d'un autre bataillon de gardes mobiles.
Un régiment de chasseurs, accompagné de deux batteries, entrait par la route de Fontainebleau et alhiit prendre position sur le champ de bataille, à la gauche du fort de Bicèlre.
COMBAT DE YILLEJUIF âl9
A l'arrivée do ces forces qui se sont mises iniuiédialement en bataille, les Prussiens, assaillis à leur droite et à leur gauche par nos troupes, et à leur centre par trois batteries et les leux des Torts, ont été l'eibulés avec une rapidité telle ({u*ils ont laissé plusieurs de leurs mitrailleuses en notre pouvoir.
C'est la première fois, croyons-nous, (jue nos forts ont fait usage de la lumière électrique qui, à deux heures et demie du matin, dirigée du fort de Bicêtre, a dévoilé à nos troupes la position qu'occupait l'ennemi dans la vallée de la Bièvre.
Ces détails étant précis et absolument certains, il l'aut bien reconnaître que les pertes des Prussiens sont ])eu considérables pour une action aussi importante.
Mais ce ([ui consolera, en quelque sorte, le peuple (le Paris de ne pas trouver ici les chiffres énormes qui ont couru i)ar la ville, après avoir été annoncés à ] plusieurs régiments par des officiers d'état-major, c'est Tétat de nos pertes.
x\ous n'avonri eu que (piatro tués, trente ])lessés au )>lus, et ])as un prisonnier!
Et ([ui sait si les Prussiens, qui n'ont laissé sur le champ de bataille, visible des hauleurs de Villejuif, (fue (juatre cents cadavres , n'en ont pas un nombre bien plus (Considérable dans les replis de terrain de la Plâtrière et de l'Hay, oii les régiments ennemis roulaient plutôt qu'ils ne fuyaient sous le triple feu de nos canons, de nos mitrailleuses et de nos chassepots ! . . .
24 septembre.
Les détails que nous avons donnés hier étaient d'une exactitude rigoureuse. Pas un mot qui puisse être démenti ni amoindri. Jugez de la précision de nos informations par ce fait. La seule erreur que nous avons commise a été de signaler trente blessés français quand il n'y en a eu que vingt-neuf.
Rien de curieux comme Taspect de notre ligne de défense, de Montrouge à Ivry par les Hautes Bruyères, Villejuif et le moulin Saquet. Forts et redoutes se trouvent reliés par des murs crénelés : maisons dans les quelles on a percé des trous , murs de clôture , de jardins, barricades de pavés et d'arbres , tout cela se suit, s'enchaîne , se relie, pour former une ligne de défense dont notre infanterie se sert à merveille.
Derrière son mur, le soldat passe gaiement les heures de l'attente. Il est sûr qu'aucune surprise ne peut lui être fatale; il a la faculté de viser l'ennemi, ot il ne risque pas, comme en plaine, d'être gêné par le canon ou d'être victime d'une méprisad'un corps en marche. Ces petits ouvrages enlèvent à la guerre actuelle, à cette guerre d'armes perfectionnées et de produits chimiques, son caractère odieux. Ils rappellent au soldat la guerre d'embuscade, oii l'homme choisit son homme, où l'habileté de tir, où la science de l'escrimo jouent un rôle important. Nos soldats sont contents do cette journée... Et c'est bien certainement le plus beau résultat que nous pouvions souhaiter. Une
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armée qui croit au succès de ses armes est déjà à moitié victorieuse !
Un épisode :
Dans le nombre des artilleurs de marine qui défendent le fort de Bicêtre, il en est un nommé Merger, qui passe pour être le plus habile pointeur que possède ce corps si justement renommé.
La précision de son tir est telle qu'à 4,000 mètres il lance un boulet dans l'intérieur d'un chapeau.
C'est lui qui, avant-hier, à l'attaque de la redoute par les Prussiens, leur a fait le plus de mal. A cinq heures du matin , six fois l'ennemi avait essayé de faire un épaulement pour cacher ses pièces en batterie, six fois notre pointeur lui laissait faire sa besogne, puis il dirigeait sa pièce et une minute après l'ouvrage était détruit. La dernière fois, il laissa les artilleurs prussiens mettre leurs pièces en place. Et comme l'officier le pressait de faire feu :
— Attendez, commandant, ça va venir, répondit-il.
Lorsqu'ils se mettaient en position de commencer leur feu, l'artilleur Merger lança coup sur coup trois bombes qui les firent sauter avec leurs pièces. L'ennemi l'énonça alors à une attaque sur ce point.