‹ Les psaumes de David; traduits en prose. [Edité] par l'abbé Joseph BonnetChapitre 1 sur 167 · MM. DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

MM. DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

Messieurs,

ARMi les manuscrits français recueillis dans le cours du xviif siècle par Zaluski, prélat polonais fort savant et fort magnifique, manuscrits transportés depuis à la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg, on voit un gros cahier de quatre cent dix pages, simplement mais joliment relié, qui a pour titre : L'Esprit de David ou traduction nouvelle des cent cinquante Psaumes.

L'écriture et l'orthographe sont celles de la seconde moitié du xvif siècle. L'ouvrage est complet; mais comme s'il eût importé à un certain moment d'en dissimuler l'origine, la page du titre a été déchirée à l'endroit où

MÉMOIRE A l'académie

devait se trouver le nom de l'auteur, et la préface, qui ne remplissait guère moins de six ou huit pages, arrachée tout entière.

Ayant ouvert le manuscrit, je fus d'abord frappé de la beauté du style, dont vous ne sauriez mieux juger. Messieurs, que par la comparaison suivante :

Traduction du Psaume VIII par Le Malstre de Sacy :

Traduction du même Psaume dans mon manuscrit :

Seigneur, notre souve- O Dieu, souverain maître

rain maître, que la gloire de toutes choses, que votre

de votre nom est admirable nom est admirable dans

dans toute la terre. toute l'étendue de l'univers!

O vous dont la grandeur est élevée au-dessus des

cieux

Votre grandeur et votre magnificence s'élèvent pardessus les cieux.

Vous avez formé dans la bouche des enfants et de ceux qui sont encore à la mamelle, une louange parfaite, pour confondre vos adversaires, et pour détruire l'ennemi et celui qui veut se venger.

Vous tirez votre gloire des enfants qui sont à la mamelle : vous en faites la confusion de vos ennemis, et vous vous en servez pour détruire un ennemi qui ne respire que la vengeance.

Quand Je considère vos Je regarde avec admiracieux, qui sont les ouvrages tion les cieux où vous ré-

MÉMOIRE A l'académie,

de vos doigts : la lune et les gnez, ces cieux qui sont les

étoiles que vous avez fon- ouvrages de vos doigts, et la

dées et établies, lune et les étoiles que vous

avez créées.

Je m'écrie : Qu'est-ce que Et je dis en les considé-

l'homme pour mériter que rant : Qu'est-ce que l'hom-

vous vous souveniez de lui, me, pour vous être souvenu

ou le fils de l'homme, pour de lui en faisant pour lui

être digne que vous le visi- tant de choses, ce fils de

tiez ? l'homme dont votre Providence prend tant de soins ?

Vous ne l'avez qu'un peu II est vrai que vous l'avez

abaissé au-dessous des an- mis un peu au-dessous des

ges; vous l'avez couronné de anges; mais en récompense

gloire et d'honneur, vous vous l'avez couronné d'hon-

l'avez établi sur les ouvra- neur et de gloire, et vous

ges de vos mains. l'avez établi le maître de

tout ce que vous avez fait.

Vous avez mis toutes cho- Vous avez soumis à sa

ses sous ses pieds, et les lui domination toutes les créa-

avez assujetties : tous les tures mortelles : les brebis,

troupeaux de brebis et de les bœufs et tous les ani-

bœufs, et même les bêtes maux de la terre, des champs.

Les oiseaux du ciel, et les Les oiseaux du ciel, les

poissons de la mer qui se poissons de la mer, et tout

promènent dans les sentiers ce qui se promène dans la

de l'Océan". vaste étendue des eaux.

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