JUIVE
Les Psaumes de Salomon occupent une place unique dans la littérature juive postérieure à l'exil et antérieure à l'ère chrétienne, du moins si on les regarde comme ayant été tous composés par la même main. L'auteur est le seul, à notre connaissance, qui ait renouvelé le genre littéraire du psaume et qui l'ait cultivé d'une manière suivie, en écrivant une série de petits poèmes authentiques, sincères, en rapport avec les événemenl.s publics, et avec les sentiments du parti où il se range lui-même.
Ils ne contiennent pas de citations directes et proprement dites empruntées à l'Ancien Testament. Les allusions formelles aux événements qui y sont rapportés BOnt assez rares. L'exil à Babylone se trouve mentionné, \i. I. et le choix de la descendance d'Abraham pour être le peuple de Dieu, à l'exclusion des autres peuples, est. rappelé dans le même psaume, ix, 17-1 S. Au psaume jcvii, 5, l'auteur rapporte comment Dieu a choisi David « pour être roi sur Israël», et a juré à sou serviteur « que sa royauté ne s'éteindrait jamais. » Les allusions indirectes sont
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assez fréquentes, pour un recueil aussi court, par exemple : h. 24. 27. 35; m. 11: vu. 3, 4: vm. 27, 28; xm; 4, 5; xv. (i. 7. !->: xvi. 11, 14: xvn. 5; xvin, 4, 12, etc. *. Il semble que le ps. xv, 6, contienne une allusion aux Trois enfants dans la fournaise de Daniel, ch. m. Parmi les livres de l'Ancien Testament que le psalmiste paraît bien connaître, on peut citer la Genèse, l'Exode, les Nombres. ]<• Lévitique, Josué, les livres de Samuel et des Rois, lei Paralipomènes, Job, les Psaumes, Isaïe, Ézéchiel, Jérémie, Barucli. Osée, Joël. Sophonie, Malachie, presque -ùremenl 1 Ecclésiastique, e1 presque sûremenl ;m>>i la sse de Salomon, etc. -. La ressemblance est partit ■ulièrement frappante entre Baruch iv, 36 — v, 9, et le xie Psaume de Salomon. Dans les deux cas, nous avons la description du retour à Jérusalem îles tribus dispersées, ainsi que la peinture de Jérusalem en fête, recevant ses enfants, que Dieu lui ramène de ton le- les parties du monde. E. E. Geiger 3 affirme que Baruch, dans la partie citée, est antérieur aux Psaumes et qu'il a été imité. Kneucker 4 regarde les deux livres comme indépendants l'un de l'autre; il pense que les deux auteurs ont emprunté chacun aux Septante, en ayant à exprimer les mêmes idées dans les mêmes circonstances. Schùrer, Ryle et James, etc.. tiennent Baruch pour postérieur (après 70 de notre ère); il aurait imité le xie Psaume de Salomon. Sou* avons exprimé plus haut 5 notre opinion à ce sujet, en traitant de la date de la traduction.
Les Psaumes de Salomon sont, avant tout, une imitation des Psaumes canoniques, dont l'auteur cherche à repro-
1 \ oir la traduction, et les références de l'Ancien Testament.
2 \ oir. dans les notes de la traduction, les passages des livres de l'Ancien Testament auxquels nous renvoyons.
3 Dans son édition : Dcr Psalter Saloîno*. Augsbourg. 1871.
4 Dus Buch Baruch, Leipzig, 1879.
J Voir c v, 2, La version grecque, p. 149.
duire la forme, le mouvement, les idées. Comme il est nourri de tous les livres de l'Ancien Testament, en général, il a l'esprit plein de leurs réminiscences, et il s'en sert spontanément pour exprimer ses propres pensées, et pour leur donner la couleur et le vêtement traditionnels dans la littérature juive l. L'Ancien Testament est pour lui la parole de Dieu, la voix du ciel, autrefois descendue sur la terre. Ses Psaumes sont, dans son cœur, la réponse de la terre, la voix de l'âme juive, pieuse et fidèle, faisant maintenant écho à la voix du ciel, désormais silencieuse.
Il y a aussi des rapports entre les Psaumes deSalomon et un certain nombre d'oeuvres de la littérature juive, des deux premiers siècles avant Jésus-Christ et du ier siècle de notre ère. Pendant cette période, au sein des communautés juives, il circulait un courant ininterrompu d'idées religieuses et morales, d'espérances messianiques et nationales, courant sans cesse renouvelé et alimenté par la tradition et par l'enseignement oral. Chacun puisait dans cette source vive et toujours prête; il le faisait en même temps que ses contemporains, et indépendamment de chacun d'eux. Dès lors que deux auteurs ont puisé ou qu'ils ont pu puiser aux même sources et en recevoir les mêmes inspirations, les similitudes d'idées, de sentiments, d'expressions même sont inévitables. On ne peut se fonder sur elles pour affirmer avec certitude que l'un a copié l'autre. Cette remarque faite, nous indiquerons un
1 Pour les rapports cuire 1rs Psaumes de Salomon et l'Ancien Testament, voir plus haut les chapitres n, ni, iv, et les notes de la traduction qui indiquent les très nombreux passages parallèles de l'Ancien TestaiiKii t.Un travail intéressant consisterait à établir une comparaison minutieuie et complète entre les Psaumes de Salomon et l'Ancien Testament, hébreu et grec. Pour l'Ancien Testament grec, on se servirait avantageusement : de l'édition de Swete, qui comprend plusieurs livres non canoniques; puis de la Concordance des Septante [Hatch et Redpath, .1 ( iiiicordance lo the Septuagitit) ; et aussi, pour 1rs livres sapientiauz, de la « Concorde des Livres sapientiaux », imprimée par Migne dans le Cursus Scriplurœ sacrée, t. xvn, à la fin.