Le problème littéraire
Nous ne possédons pas de témoignages, ou d'indices externes, qui puissent nous renseigner, même approximativement, sur l'époque où les Psaumes de Salomon ont été composés. Nous sommes obligés de nous en rapporter, sur ce point, aux témoignages internes, à ceux que nous fournit le livre. Plusieurs des psaumes contiennent des allusions claires et détaillées à des événements politiques récents, très importants pour le peuple juif, et dont l'auteur a été le témoin. Le problème capital est de chercher quels sont ces événements, d'identifier avec eux les allusions contenues dans les psaumes, et de dater d'abord les psaumes présentant un caractère historique. Autour de ce noyau se rangeront ensuite les psaumes dont le contenu est purement moral.
Avec la plupart des écrivains qui se sont occupés des Psaumes de Salomon, nous croyons que l'événement dont le souvenir remplit et domine les psaumes dits historiques est l'occupation de Jérusalem et la prise du Temple par Pompée, en 63. Cet événement s'enchaîne lui-même avec beaucoup d'autres qui l'ont précédé et suivi. La connaissance des uns et des autres est nécessaire, non seulement pour dater les psaumes, mais encore pour en comprendre les allusions, les idées, les doctrines, les sentiments indi-
APERÇi HISTORIQUE •>
gnés,les supplications, les espérances. De plus, en exposant, dans le chapitre suivant, les doctrines messianiques de l'auteur, nous verrons comment elles se liaient avec le règne des derniers Hasmonéens *. Nous allons donc résumer ici Thistoire de ces rois, en insistant seulement sur les événements qu'il est nécessaire de connaître pour dater et interpréter les Psaumes de Salomon.
2. AlPBRÇD historique : Jérusalem sois les Hasmonéens 153 a 48 avant Jésus-Christ.
L'an 153 avant notre ère, Jonathan, frère de Judas Maeehabée, se trouvait être le libérateur et le chef des Juifs 2: il reçut le souverain pontificat ou grande sacrificature 3. En 143, son frère Simon lui succéda dans les deux charges de prince des Juifs et de pontife; il mit fin au protectorat des Syriens sur la Palestine et supprima le tribut qu'on leur avait payé jusqu'alors 4. Après lui, de 135 à 107, régna son fils, Jean Hyrcan. Ce dernier appartenait au parti des pharisiens. Mais il en fut offensé gravement. Il avait invité les principaux d'entre eux à un banquet, et il leur avait donné toute liberté de l'avertir, s'il lui arrivait de dévier dans son gouvernement. Un pharisien appelé Éléazar. homme d'un caractère difficile et révolutionnaire, lui dit : « Si tu veux savoir la vérité et agir avec justice, abdique le pontificat et contente-toi du
1 Ainsi appelés du nom de Hasmon, ancêtre des Macchabées.
2 Josèphe, Antiq. jud., XIII. i. 6: XIII. n, 1.
3 Ibid., XIII. h, 2-3; XIII.
4 Ibid., XIII, vi. 3-'i, 6. Mais il faut remarquer ce qui est dit, I Macch., xiv. 41 : « Les Juifs et les prêtres ont décidé que Simon serait prince et grand-prêtre indéfiniment, jusqu'à ce qu'un prophète fidèle se lève.» Le principat des Hasmonéens était légitime, mais provisoire. Il devait cesser quand apparaîtrait un chef inspiré de Dieu et envoyé par lui, comme par exemple le Messie iP>\ Sal.. xvn. 2-1 .
principal . 1 » Puis, il motiva sa proposition en ajoutant :] « Nous avons appris de nos aînés que ta mère était une j captive sous le règne d'Antiochus Epiphane. » Le fait était d'ailleurs faux 2. Hyrcan fut outré de colère 3, et les sadducéens, ennemis des pharisiens, profitèrent j habilement de l'incident. Ils insinuèrent qu'Eléazar avait, dans sa sortie contre Hyrcan, traduit les vrais sentiments j des pharisiens. Hyrcan demanda aux pharisiens quelle peine méritait le coupable. Ils répondirent qu'on pouvait le punir de la flagellation et de la prison ; ils n'estimaient 1 pas que l'injure fût digne de la peine capitale : « D'ailleurs les pharisiens sont naturellement modérés dans les châtiments. 4 » Dès lors, Hyrcan présuma de la complicité des pharisiens; sur les instances de Jonathan, il abandonna leur parti et s'attacha aux sadducéens.
Les pharisiens, qui avaient pour eux la multitude, enseignaient au peuple une foule de « traditions » ou prescriptions orales, reçues des ancêtres, mais non inscrites dans la loi de Moïse. Les sadducéens, appuyés sur la classe riche, rejetaient ces traditions, et enseignaient qu'il fallait s'en tenir aux seules prescriptions écrites de la loi. Jean Hyrcan annula les prescriptions imposées au peuple juif par les pharisiens et fit punir ceux qui les observaient. Telle fut l'origine de l'union des sadducéens avec les Hasmonéens et de l'inimitié des pharisiens contre Jean Hyrcan et ses fils 5.
Jean Hyrcan étant mort en 107, son fils Aristobule lui succéda par droit de naissance. Il changea le principat en
1 Antifj. jud., XIII, vin, 1.
2 Si le fait avait été vrai, Hyrcan aurait été indigne do pontificat, comme n'étant pas né d'un» mère libre.
■ Josèphe, Anliij. jud.. \ I I I, \. >.
* Cf. Anf. fini.. XIII. x. <',; PMUm« </-' Snlnmon, iv, I -.5 H !<>s nol.'s.
' Josèphe, Art fud., \ III. \. 5-8.
A PERI i BISTORIQU i {
royauté, et ceignit son front du diadème royal 1. tout en conservant le pontificat. En même temps, il fit jeter sa mère en prison et l'y laissa mourir de faim. Il emprisonna aussi tous ses frères, sauf Antigone, qu'il lit massacrer dans un endroit souterrain. Le crime était à peine commis que. en l'apprenant, i il fut mordu par le remords dans sa conscience », et s'écria « que ses crimes ne pouvaient pas échapper à Dieu a. » Il mourut en 105 3. Sa veuve. Salomé Alexandra. assura la royauté et le souverain pontificat au frère d'Aristobule, Alexandre Jonathan ou Alexandre .Tannée, qui venait, par rang de naissance. après Aristobule, et elle épbùsa le nouveau roi. Celui-ci fit aussitôt mettre à mort un de ses frères qui ambitionnait le trône 4.
Alexandre Jannée passa presque tout son règne à guerroyer. II s'appuyait, lui aussi, sur les sadducéens. et il était en butte à l'animosité du parti pharisien. In jour qu'il officiait comme grand-prêtre à la fête dèfl Tabernacles, la multitude prit une attitude séditieuse; on jeta au roi les palmes et les branches de citronnier que chacun portait le jour de la fête: on lui reprocha d'être né d'une mère captive : on lui cria qu'il était indigne, pour cette raison, d'exercer le pontificat. Dans sa fureur, le roi fit charger le peuple par sa garde, et il périt environ six mille des séditieux. Dans une autre occasion, comme il était rentré vaincu à Jérusalem.le peuple le poursuivit encore de ses manifestations hostiles ; il fit tuer alors plus de cinquante mille citoyens. Exaspérée, la multitude lui cria qu'il n'avait plus qu'une chose à faire : mourir 3. Ces événements se passaient vers 95.
1 II le fitsaus rencontrer d'opposition, sans employer la force, et sans enlever la royauté à autrui; cf. Ant. jud.. XIII. xi. t. Ce n'est donc pas à cet événement que peut se rapporter Psaumes de Salomon. xvn, 6-7.
2 Avec ces idées, cf. Ps. de Sa!., xvi. 14; xvn. 27 : ix, 5-6.
3 Josèphe, Antiq. jud., XIII. xi. 3.
4 Josèphe, Antiq. jud., XIII. xn, 1 ; De bello jud., I. iv. 1. 6 Antiq. jud., XIII. xm. "i : De bello jud.. I, iv, 3-4.
On voit quelle haine brûlait dans le cœur des pharisiens contre le parti des sadducéens, qui avait à sa tête le roi, les grands, les riches, et une grande partie des prêtres, mais non pas tous. Cette haine aboutit bientôt à la révolte ouverte contre le roi et à la guerre civile. Vainqueur des révoltés, le roi fut implacable dans sa vengeance. Il s'était emparé d'un très grand nombre de ses ennemis, qu'il avait transportés à Jérusalem. Un jour qu'il célébrait, dans un endroit bien découvert, un banquet avec ses concubines, il ordonna de crucifier environ huit cents des prisonniers, et il fit massacrer devant leurs yeux leurs femmes et leurs enfants. Il éteignit ainsi dans le sang toute étincelle de révolte. Mais ces cruautés dépassaient la mesure de l'utile, et les Juifs le surnommèrent « Thrakidas », c'est-à-dire «sanguinaire comme un Thrace. » Craignant pour leur vie, ses adversaires, au nombre d'environ huit mille, s'enfuirent pendant la nuit et demeurèrent en exil tant que vécut Alexandre 1.
C'était vers l'année 87. A cette époque, comme nous le verrons, l'auteur des Psaumes de Salomon vivait déjà. Il pouvait voir de ses propres yeux Jérusalem et la Judée souillées de crimes, de vengeances, d'impuretés, de débauches, de révoltes et de sang versé, et ses concitoyens obligés de fuir pour sauver leur vie 2.
Alexandre Jannée se livrait au vin, traînait la fièvre, était épuisé par les fatigues de ses campagnes; il approchait de sa fin. La reine Alexandra pleurait : sur qui donc compterait-elle pour la protéger désormais, elle et ses enfants, puisque la nation haïssait le roi à cause de son inlassable persécution contre les pharisiens? Le roi lui conseilla de convoquer les chefs du parti pharisien aussitôt après sa mort, et de leur déclarer qu'elle gouvernerait toujours
1 Jotèphe, Antiq. jwL, XIII, x.ix.k2:T)r brllo /(/(/.. I, tv, G. -Cf. /'.s. de Salomon, jcvii, 18 20, h 21-22,
AI'KHi I HISTORIQUE 9
d'après leurs conseils; à cette condition, elle régnerait en toute sécurité l. Puis, Jannée mourut en 78.
Il laissait à sa femme un royaume prospère et agrandi. La Judée avait recouvré son entière indépendance, et elle la défendait avec surets contre la jalousie de ses voisins, Égyptiens, Syriens, Arabes, etc. Les Juifs avaient repris les villes et les territoires palestiniens tombés auparavant au pouvoir de leurs ennemis. L'historien Josèphe le remarque avec orgueil. « A cette époque, dit-il. les Juifs occupaient les villes des Syriens, des Iduméens, et Phéniciens : du côté de la mer, la Tour de Straton. A.pollonie, Iopé, Iamnia, Azot, Gaza, Anthédon, Raphia, Rhinocoucoura; à l'intérieur du pays, vers l'Idumée, Adora, Marissa. la Samariej le mont Carmel. le mont Itabyrion, Scythopolis, Gadara, la Gaulanitide, Séleucie, Gabala, les villes moabite-; d'Essebon, Mèdaba, Lemba, Orones, Télithon, Zara, la vallée de Cilicie, Pella (qu'ils détruisirent, sur le refus des habitants d'adopter les lois nationales des Juifs), et d'autres villes importantes de la Syrie, qui avaient été renversées 2. » Les Juifs avaient fait un traité d'alliance avec les Romains et les Spartiates 3. Leur commerce s'étendait de la Perse à l'Italie \ Ils jouissaient en même temps de l'indépendance, de la puissance, de la gloire et de la richesse dans leur monarchie reconstituée. Ils pouvaient se croire sûrs de l'avenir. Tel était l'état florissant de la Judée depuis le règne d'Alexandre Jannée jusqu'à l'année 63, où Pompée occupa Jérusalem 5.
Dès qu'Alexandre Jannée fut mort, la reine Alexandra suivit ses recommandations. Elle s'adressa aux pharisiens, remit toutes les affaires entre leurs mains, avec le soin de
1 Antiq. jud.. XIII, xv. L: De bello jud.. I. v. 1.
2 Josèphe. Antiq. jud.. XIII. xv. i.
3 Ibid., XII. i. 5: XIII.
4 Ibid., XIV, ru, 2.
5 UU., XIV, iv. 3; Ps. de Soi., i, 3-6.
décider de ce qu'il fallait faire du cadavre du roi et de la royauté. Elle apaisa sur-le-champ leur haine contre le roi défunt, et se concilia, pour elle-même, leur bienveillance et leur amitié. Ils retournèrent aussitôt les sentiments du peuple, qui pleura Alexandre et se mit à chérir Alexandra1. Elle avait eu de son mari deux fils, Hyrcan et Aristobule. Le premier était inapte au gouvernement et préférait une vie tranquille. Le second était naturellement entreprenant et audacieux 2.
En léguant le trône à Alexandra par testament, le roi n'avait pu lui transmettre le souverain pontificat, interdit aux femmes. La reine confia cette charge à Hyrcan, à cause de son titre d'aîné, et surtout en raison de son caractère indolent. Elle abandonna tout le gouvernement aux pharisiens, ordonna au peuple de leur obéir, et remit en vigueur leurs « traditions », qui avaient été abolies par son beau-père, Jean Hyrcan 3. « Elle avait le titre de reine, dit textuellement Josèphe, mais les pharisiens avaient le pouvoir 4. »« Ils l'exercèrent absolument en souverains, » dit encore Josèphe 5. Ils rappelèrent les exilés, et mirent en liberté les révoltés que Jannée avait capturés et retenus en prison. Ils demandèrent à la reine de faire mettre à mort ceux qui avaient poussé Jannée à infliger le supplice de la croix aux huit cents prisonniers. Eux-mêmes mirent à mort l'un des conseillers de Jannée, appelé Diogènes, cl firent ensuite périr les autres successivement 6. Ils envoyèrent aussi, à leur gré, leurs ennemis les sadducéens, In prison ou en exil. C'étaient les représailles des persécutés, qui agissaient par piété et pour la plus grande gloire du
1 Ant. jud., XIII, xvi, 1 ; De bello jud., I, v, 1.
2 Josèphe, Ant. jud., XIII, xvi, 1 ; De beUo jud,, 1. v. I .
3 Voir plus haut, p. 10.
4 Ant. jud.. XIII, xvi, 2.
& Jbid.
n Jbid.; cf. De helln jud., 1, vi. J.
APERÇU HISTORI' 11
Seigneur. Le grand-prêtre Hyrcan n'était rien, ou n'était qu'un jouet entre leurs mains. L< "Alexandra était
donc l'âge d'or pour les pharisiens et la réalisation de leurs rêves.
Mais Aristobule supportait impatiemment leur joug. D'un autre côté, les anciens amis d'Alexandre Jannée. lai riches sadducéens, tremblaient pour leur vie; ils se plaignaient de n'avoir échappé aux dangers des batailles que pour être tués chez eux, comme du bétail, par leurs ennemis. » L'intérêt commun et des sentiments identiques réunirent, dans une même opposition au parti dominant, Aristobule et les sadducéens. Aristobule insista auprla reine, qui permit aux sadducéens <!• s'éloigner de Jérusalem pour se réfugier dans des places fortes éloigné' l'abri de la vengeance de leurs ennemis l.
Sur ces entrefaites, Alexandra tombe malail sentant près de sa fin, elle transmet la royauté à Hyrcan. Aristobule s'émeut encore plus vivement. Il craint que, à la mort de la reine, toute sa famille ne demeure asservie aux pharisiens, quand son frère, si faible, aura succédé mère sur le trône. Il faut donc se liait m. Aristobule s'échappe de Jérusalem pendant la nuit. Il court rejoindre les anciens amis de son père dans les villes fortes qui leur servent de refuges, et il rassemble ses partisans, où l'on remarque surtout la jeunesse juive. En quinze jours, il enlève vingtdeux places fortes, s'empare de l'argent qui s'y trouve, réunit une armée, et se proclame roi. Pendant ce temps, Hyrcan et les pharisiens, déconcertés par cette succession de mauvaises nouvelles, tiennent conseil à Jérusalem. Le moment était décisif. Il s'agissait de savoir qui aurait effectivement la royauté, d' Aristobule ou de Hyrcan, et, par suite, lequel des deux partis s'assurerait le pouvoir: du parti sadducéen avec Aristobule. ou du parti pharisien avec Hyrcan 2.
1 Antiq. iud.. XIII. xvi, 2; De bello iiul., I v. 1-3. -' Aiitiq. juri.. XIII. xvi. 5; De bello /»</.. I. v. i.
Alexandra meurt. Avec sa décision native, Aristobule attaque son frère à Jéricho. Vaincu, et abandonné d'une partie de ses troupes qui passent du côté d' Aristobule, Hyrcan se réfugie à Jérusalem dans la forteresse du Temple. Aristobule arrive avec son armée. Hyrcan lui propose un arrangement, qui est accepté : Aristobule sera roi, et sans' doute aussi grand-prêtre; Hyrcan vivra en simple particulier; il jouira de ses revenus dans une oisiveté entourée d'honneurs. Les deux frères s'embrassent publiquement. Puis, Aristobule va demeurer au palais, situé à côté du Temple; Hyrcan, dans la maison particulière d'Aristobule. Ces événements ont lieu en 69 K
Cet arrangement violait à la fois le droit d'aînesse et les dernières volontés d'Alexandra. Hyrcan était l'aîné des deux frères; Alexandra lui avait d'abord conféré le souverain pontificat, et lui avait ensuite transmis la royauté, avant de mourir. Aristobule n'avait d'autre droit à ces deux dignités que le droit du plus fort. C'est par la force des armes, avec l'appui du parti sadducéen, qu'il a réussi à s'emparer du trône et qu'il a ceint le diadème royal, en dépouillant son frère. Si encore Aristobule était le descendant de David, il aurait pu revendiquer la souveraineté; mais ce titre lui manque aussi. L'auteur des Psaumes de Salomon protestera avec véhémence contre l'usurpateur. Cette usurpation est une impiété, qui enlève à Dieu sa gloire 2. De plus, dans sa théorie, tout malheur qui frappe le parti des « justes », des « saints », est une punition envoyée par le Seigneur pour les « corriger. » Fidèle à ces principes, il déclare que les justes ont été dépouillés du pouvoir
1 Auliq. jud., XIV, i, 2; De bello jud., I, vi, 1 ; cf. encore Anliq. jud.. XIV, vi, 1; XV, m, 1; XX, x. Les passages de Joscphe sont obscurs et s'accordent malaisément. Il semble que Ilyrran ait conservé la dignité de grand-prêtre jusqu'à sa fuite en Arabie en 66, et que, et) 66 seulement, Aristobule ait joint le pontificat à la royauté.
2Ps. Sal, jcvii, 5-8.
royal à cause de leurs «péchés ir1. Mais il d'indiqué pas quels sont ces péchés : étaient-ce les excès de représailles des pharisiens, commis pendant le règne d'Alexandi mentionnés plus haut?
Il se contente de dire : « C'est à cause de nos péchés que les pécheurs se sont dressés en armes contre nous, qu'ils nous ont attaqués, et qu'ils nous ont dépouillés. Eux à qui tu (Dieu) n'as rien promis, ils se sont emparés de force du pouvoir royal; ils n'ont pas glorifié ton nom digne de toui honneur; ils ont ceint pompeusement le diadème pour couronner leur orgueil: ils ont dépouillé le trône de David, en étant fiers de l'occuper à la place des légitimes héritiers 2. »
Cependant, les pharisiens ne laissent pas Aristobule jouir en paix de ses deux dignités. Un Iduméen, appelé Antipater, ennemi d' Aristobule, complote contre lui, de concert avec les Juifs influents dû parti pharisien. Il est honteux, dit-il. de souffrir qu' Aristobule se soit emparé injustement du pouvoir royal, et qu'il en ait dépouillé son frère aîné. Il répète ces plaintes à Hyrcan lui-même, réussit à persuader le faible prince, et tous deux se réfugient auprès d' Arétas, roi des Arabes ou Nabatéens, qui promet à Hyrcan de le ramener en triomphe à Jérusalem 3. Arétas se met en campagne et défait Aristobule. Celui-ci s'enfuit à Jérusalem et s'enferme dans la forteresse du Temple. Il y est assiégé par le roi des Arabes et par Hyrcan. « Or, dit expressément Josèphe, la multitude prit fait et cause pour Hyrcan et aida au siège du Temple, tandis que les prêtres seuls tenaient pour Aristobule. » Nous savons déjà que la multitude suivait les pharisiens, tandis que la majorité des prêtres appartenaient au parti sadducéen*.
1 Ps. Sal. xvn, 6.
- Ibid., xvii, 6-8.
3 Antiq. jud., XIV, i, 3-4; De bello jud., I, vi, 2.