jitiq. jud., XIV, ii. 1 ; De bello jud., I, vi
l'SA l MES DE SALOMON
Ces événements se passent dans les années 66-65, environ.
Arétas poussait le siège avec vigueur. A la fête de la Pâque, des Juifs importants abandonnèrent leur pays et s'enfuirent en Egypte. Mais Josèphe ne nous dit pas à quel parti ils appartenaient. Sans doute, c'étaient des pharisiens pieux, amis de la paix, ennemis du sang versé et des luttes fratricides l. L'un d'eux, au lieu de fuir, s'était caché, en voyant la guerre civile se prolonger. Il s'appelait Onias; c'était un «homme juste et ami de Dieu». Auparavant, dans une sécheresse 2, il avait demandé à Dieu la cessation des chaleurs, et Dieu avait exaucé ses prières en envoyant la pluie. Les assiégeants voulurent l'obliger à maudire Aristobule et les prêtres assiégés dans le Temple; sur son refus, il fut lapidé.
D'autres incidents sont encore à noter. Pendant celle même fête de Paque, les prêtres assiégés demandèrent aux assiégeants de leur fournir des victimes à un prix convenu. Les assiégeants s'y engagèrent, reçurent l'argent, et ne livrèrent pas de victimes. C'était une impiété, un Qutrage à Dieu que cette violation de la parole donnée; les prêtres trompés appelèrent la vengeance de Dieu sur leurs coneitoyens de mauvaise foi. Un vent violent s'éleva, qui détruisit les récoltes de tout le pays, au point que l'on paya onze drachmes le boisseau de froment 3.
Pompée était alors occupé à faire la guerre contre Tigrane, roi d'Arménie. Il envoie en S\ i ie Soaurus, qui s'avance jusqu'en Judée, et qui <vst sollicité en même temps par les ambassadeurs d" Aristobule ei par ceux de Hyrcan. Le premier lui promet quatre cents talents ; le second, presque autani. Soaurui s'entend avec Aristobule, reçoit la somme promise, ei fait Lever le siège, en cordon?
1 Cf. Pa. SoL, xvn, 17 &-20.
2 Ibid., xvn, 20; u, 10.
«Cf. Pa. Soi., h, 3-5; kvh, \'l>--\- cf. mm. 2; \s. 8; Anlif, jud, XIV, ii.
APKKi.i HISTORIQUE
nant à Arétas de se retirer. Le roi des Ai a ht - "luit et s'éloigne avec ses troupes, accompagné de Hyrcan. Ari-tobule dirige une expédition contre eux. Il les atteint à Papyron 1, les défait et tue environ six mille de ses ennemis. Une fois de plus. Aristobule a triomphé par la force de Hyrcan et des pharisiens qui n'ont plus d'appui au dehûT8,
Cependant, Pompée était arrivé à Damas et parcourait la Cœlé-Syrie. Aristobule lui envoya un cep de vigne en or. de la valeur de cinq conta talents. Quelque temps aprè-. le général romain reçut Aristobule et Hyrcan, ainsi que des représentants du parti national théocratique et sacerdotal. Les envoyés de ce parti repoussaient toute royauté; ils alléguaient que la coutume nationale était d'obéir aux pontifes du Dieu qu'ils adoraient; qu' Aristobule 61 Hyriaii. tous deux issus de prêtres, cherchaient à soumettre la nation à une autre autorité *-. afin de la rendre esclave. Pour Hyrcan et Aristobule. le premier se plaignait, étant l'aîné, d'avoir été dépouillé injustement par le second: le second affirmait « qu'il n'avait pris le pouvoir que par nécessité, pour empêcher ee pouvoir d'être abandonné à d'autres, à cause de la faiblesse de caractère de son frère. I Pompée se décida finalement contre Aristobule. Il redoutait l'orgueil et l'audace entreprenante du roi des Juifs.
1 Auliq. iiul.. XIV, ui. :>: l>e bello /«</.. I. vi, 3. Le siège du Temple et cette bataille sanglante coûtèrent la vie à un très grand nombre de pharisiens. Est-ce à ces événements qu'il faut rapporter Psaumes de Salomon. xm. 1-3? Nous croyons préférable de rapporter ce p
au siège du Temple par Pompée.
2 Antiq. nul.. XIV. m. 2. En d'autres ternies. les représentants de ce parti repoussaient Hyrcan et Aristobule, en leur reprochant de vouloir être des rois politiques, qui asserviraient la nation. Ils demandaient le retour à l'ancien régime, au régime qui avait précédé le prineipat (les Hasmonéens, quand la nation avait à sa tète un grand-prêtre, qui exerçait en même temps, accessoirement, le pouvoir politique. Il faut entendre : à une autre autorité que celle du simple irrand-prètrc.
orgueil si bien marqué par le psalmiste 1; il voulut le réduire.
Aristobule échappe alors à Pompée, qui prenait des mesures pour le retenir. Il se réfugie à Jérusalem, et se prépare à la guerre. Pompée le suit de près avec toutes ses troupes, et vient camper à Jéricho. Les troupes de Pompée se composaient : de l'armée qu'il avait rassemblée pour marcher contre les Nabatéens, d'une foule de corps auxiliaires qu'il avait tirés de Damas et de la Syrie, et de légions romaines. C'est cet assemblage de races différentes que les Psaumes de Salomon appellent « un mélange de nations païennes 2. » Dès lors, le bruit et le tumulte de la guerre arrivent aux oreilles des habitants de Jérusalem, comme le dit le psalmiste 3. Pompée campe une nuit seulement à Jéricho, et le matin il apparaît devant la ville sainte. C'est le capitaine « orgueilleux 4», « suscité des extrémités de la terre », le capitaine « aux coups puissants 5 », dont le nom volait de bouche en bouche depuis ses victoires sur Mithridate et sur Tigrane, depuis la conquête de la Phénicie et de la Syrie, et qui « vient de décider la guerre contre Jérusalem et son territoire 6 »; enfin, c'est lui,« l'étranger à notre race », « qui se lève en armes contre l'usurpateur du trône 7. »
La brusque apparition de Pompée jette le désarroi dans Jérusalem. Aristobule accourt et se présente en suppliant devant le général romain; il promet de lui donner
1 Ps. Sal., xvii, 0-8. Pompée s'était avancé à Koiva-.
-' Ps. Sal., xvii, 17 a; cf. n, 2 :« des nations d'une autre race que la
:! Antiq. jiuL, XIV, m, 4, et XIV, iv, 1 ; De bvllo jud., 1, vi, 5-6; Ps. Sal, 1,1-2; vin, 1-7.
* Ps. Sal, ii, 1; xvn, 14-15.
6 Ibid., vin, 16.
« Ibid., vin, 17.
7 Ibid., stvii, 8.
une somme d'argent et de le recevoir à Jérusalem. Pompée lui pardonne et lui accorde sa demande. Il dépêche Gabinius pour toucher l'argent promis et prendre possession de la ville. Mais Gabinius est repoussé, et les partisans du roi refusent d'acquiescer à la convention par lui cousentie. Furieux, Pompée fait jeter Aristobule en prison et s'occupe d'investir la ville sainte 1. Deux partis se trouvent alors en présence dans la place : ceux qui veulent capituler, et ceux qui veulent se défendre à outrance. Ces derniers étaient les partisans d' Aristobule. Obligés de céder la place au parti de la paix, ils se réfugient dans le Temple, dans le Hiéron; ils coupent le pont qui reliait la colline du Temple à la ville et se préparent à soutenir un siège 2.
Les partisans de Hyrcan avaient résolu d'accueillir Pompée ; ils étaient appuyés par tous les Juifs que la crainte des Romains faisait trembler pour leur vie. Ils ouvrent les portes de la ville à Pompée et à son armée et lui abandonnent le palais. Pompée envoie Pison, son préteur, avec des troupes, pour occuper tous les points stratégiques de la ville 3, ainsi que le palais et les alentours du Temple. C'est alors que le siège commence. Les Romains sont aidés dans leur œuvre d'attaque et d'investissement par Hyrcan et par ses partisans, qui s'imaginent que Pompée travaille pour eux et pour rétablir Hyrcan sur le trône. L'auteur des Psaumes de Salomon attribue la conduite des habitants de Jérusalem, accueillant amicalement Pompée, à l'« esprit de vertige » que Dieu « leur a fait boire dans une coupe 4. »
1 Anliq. jud., XIV, iv, 1; De bello jud., I, vi, G; I, vu. 1.
2 Anliq. jud., XIV, iv, 2; De bello /ud., I, vu. 2.
3 Cf. Ps. Sol., viii, 21 : ' il a occupé les tours fortifiées et le mut d'enceinte de Jérusalem. »
4 Anliq. jud., XIV, iv, 2; De bello jud., I, vu, 2;Ps. Sal., vm, 15-22, et ef. xvn, 15-17 a.
Pompée établit son camp en dehors de la ville du côté du nord. Il avait remarqué qu'on ne pouvait attaquer l'enceinte du Temple, avec des chances de succès, que de ce côté. Il fait combler le fossé très profond creusé au pied tlu rempart, et fait venir de Tyr son matériel de siège, qui comprenait des machines de guerre, des béliers, des balistes. Il bat le mur de ses béliers et lance des projectiles sur les assiégés. Malgré tous ses efforts, il aurait échoué si la piété exemplaire des Juifs assiégés ne lui avait fourni le moyen d'exécuter ses travaux d'approche. Le jour du sabbat, la loi juive ordonne le repos absolu; elle permet bien de repousser un assaillant, mais non pas de l'empêcher de continuer son travail d'investissement. De plus, pendant toute la durée du siège, et quelque pressant que fût le péril, les prêtres n'avaient pas cessé un seul jour d'offrir au Seigneur les sacrifices, l'encens et les prières. Et c'est précisément en profitant de l'interruption de la défense, pendant les sabbats et les jours de fête, que les Romains ont comblé le fossé, ont mis en batterie leurs machines de guerre, et les ont fait avancer, chaque semaine, plus près du rempart l. La piété si ardente des Juifs ne reçut donc pas la récompense qu'elle attendait. « Et tu n'as pas empêché le païen de renverser le mur, «s'écrie douloureusement le psalmiste, en s'adressant à Dieu 2. En effet, après trois mois de siège, la plus puissante des tours, ébranlée par les (•(Mips des bôHers, tomba; elle entraîne dans sa chute un p;m de mur, la brèche est ouverte. Un flot d'assiégeants se précipite dans le Temple, ayant à leur tête Cornélius Eaustus, fils de Sylla, suivi de deux autres centurions, Enrius et Fabius; puis, le Temple est pris après une résistance acharnée 3.
1 Autiq. jud., XIV, iv, 2-4; De bello jud., I, vu, 3-5. 2Ps.SaL, n,l.
3 Antiq. jud., XIV, iv, 4; De bello jud., I. vu, \ : cl'. V:\fiit\l I isloiit s, v, '.i; Strabon, kvi, 10; Eutrope, vi, \'<: Orose, vi, 6.
Tel est l'événement qui remplit de son souvenir les Psaumes de Salomon. Il eut lieu « le troisième mois du siège, le jour du jeûne, dans la 179e olympiade, sous le consulat de Gaïus Antonius et de Marcus Tullius Cicéron * » ; c'est-à-dire l'an 63 avant notre ère, dans le cours de l'automne, et sans doute en septembre.
La profanation du Temple par le païen fut la circonstance la plus douloureuse de cette journée pour les Juifs. Les soldats romains ont foulé le sol sacré2 de leurs chaussures souillées de poussière, de boue, de sang 3; ils ont approché orgueilleusement de l'autel 4; ils ont massacré sur l'autel les prêtres intrépides, occupés aux sacrifices ordonnés par la loi, qui ont vu l'ennemi se précipiter sur eux, l'épée haute, et qui ont laissé leur sang se mêler à l'encens et aux libations, plutôt que d'abandonner les fono> tions prescrites par la loi 5. « Dans ce malheur des Juifs. le plus grand des malheurs, dit Josèphe, c'est la profanation commise au sujet du sanctuaire resté jusqu'alors inaccessible et invisible. Pompée avec un grand nombre de ses soldats pénétra dans l'intérieur du sanctuaire; ils y virent ce qu'il n'est permis à aucun homme de voir, sauf au grand-prêtre. 11 y avait là la tabled'or,lecandélabre d'or, les coupes pour les libations, une grande quantité de parfums, et, dans les trésors sacrés, environ deux mille talcnls. Pompée ne toucha à aucun de ces objets, et sa conduite en cette occasion fut digne de sa valeur 6. » Bien plus, dès le lendemain, Pompée ordonna de purifier le Temple et de recommencer les sacrifices, et il rendit à
1 Antiq. jud., XIV, iv, 3.
2 Antiq. jud., XIV, iv, 3-4; De bello jud., I, vu, 4-5.
3 Ps. Sol., ii, 2, 20; vin, 1-2.
* Ibid., ii, 2: xvii, 15-16.
5 Antiq. jud., XIV, iv, 3; De bello jud., I, vu, -5.
6 Antiq. jud., XIV, iv, 4; De bello jud., I, vu, 6.
Hyrcan la dignité de grand-prêtre, en récompense de sa fidélité et de ses services.
Sans doute, au point de vue matériel, au point de vue des richesses du Temple, Pompée fut désintéressé et magnanime ; sans doute, « il avait agi avec le Temple et le Dieu des Juifs comme il l'aurait fait avec le sanctuaire d'un dieu païen l. » Mais le Juif pieux s'attache au côté moral et religieux des actions. Pompée et ses soldats ont enlevé le Temple de force; ils ont rempli le sanctuaire de carnage et de sang; ils s'y sont promenés avec orgueil et indifférence; ils y ont vu ce qu'il n'est permis à personne de voir; ils ont commis une profanation immense, unique dans l'histoire. Cette profanation reste désormais comme une plaie toujours saignante au cœur du Juif, comme un outrage à la Divinité, outrage qui réclame un châtiment exemplaire. Suivant les idées de notre psalmiste, c'est le général romain qui encourt toute la responsabilité du forfait 2.
Les vainqueurs n'épargnèrent pas les vaincus. Dans le Temple, « tout était plein de carnage, » dit Josèphe. Parmi les Juifs assiégés, les uns furent massacrés par les Romains et les autres par leurs compatriotes; un certain nombre se précipitèrent en bas du ravin ; enfin, d'autres mirent le feu aux édifices et se jetèrent dans les flammes. Il périt environ douze mille Juifs et très peu de Romains, et cela dans une seule journée. Les jours suivants, Pompée fit décapiter les instigateurs de la guerre 3.Tant de sang versé laissa une impression profonde sur le cœur du psalmiste 4.
Il y eut aussi des prisonniers. Nous le savons par Josèphe, qui ne nous donne pas de détails. « Parmi les prisonniers, dit-il, il y avait Absalom, beau-père d'Aristobule et
1 Ps. Soi., xvn, 15-10.
2 lbid., ii, 2-5, 20, 30-33.
3 Anliq. jud., XIV, iv, 4; De bello jud., I, vu, 5-G.
; l's. Soi., ii; 24-28 1 vin, 28; cf. xvn, 14; \m, [-3; w. cil.
aussi son oncle *. » Les Juifs massacrés dans l'assaut du Temple, et les Juifs instigateurs de la guerre, décapités les jours suivants, ces Juifs avaient leur famille dans la ville, femmes, fils et filles; tous ceux qui restaient ainsi ont dû être emmenés captifs à Rome. Plus tard, les captifs furent affranchis par leur maître; telle fut l'origine de la colonie juive du Transtévère. si nombreuse à Rome quand saint Pierre et saint Paul y vinrent prêcher la bonne nouvelle. Outre Absalom, il y avait, parmi les prisonniers illustres, Aristobule, déjà emprisonné avant le siège, ses deux fils, Antigone et Alexandre, et ses deux filles. Les Psaumes de Salomon parlent plusieurs fois des prisonniers en\ à Rome 2.
Y eut-il d'autres excès commis dans Jérusalem pendant le siège du Temple, et surtout après la prise du Temple? L'historien Josèphe se tait sur ce point. Mais ces excès se supposent d'eux-mêmes avec une soldatesque brutale, débauchée, victorieuse, pleine de haine et de mépris pour les Juifs 3.
Y eut-il des actes de pillage et des déprédations? Le même historien est encore muet à ce sujet. Il est difficile de croire que les soldats romains se soient abstenus de rançonner, molester et dépouiller les habitants. Que devinrent les biens des douze mille Juifs tués dans le Temple, des Juifs décapités et des Juifs emmenés prisonniers? Ne furent-ils pas confisqués, vendus à l'encan, ou abandonnés aux vainqueurs? Pompée récompensa généreusement ceux de ses soldats qui s'étaient distingués pendant le siège : ne le fit-il pas aux dépens des vaincus? En tout
1 Antiq. jud., XIV, iv, i et l XIV. v. %; De bello jud., I, vii, 6-7; Philon, Leg. ad Gaiun
» Ps. Sol., ii, 6-9; vin, 24; xvn, 13-14.
3 L'auteur des Psaumes de Salomon se plaint vivement de ce? excès : ii. 1.1-14. 24-27; xvn. 1:1-1 t.
cas, il fit payer presque aussitôt une contribution de plus de dix mille talents à Jérusalem et au pays l.
Tel fut, dans ^e siège de Jérusalem, le misérable sort des sadducéens, partisans d'Aristobule, de ceux que le psalmiste appelle les « pécheurs », en désignant par ce nom le parti politique opposé au sien. Une mort horrible, une captivité aussi horrible que la mort, la ruine, voilà quel a été leur « lot» 2. Au contraire, les« justes », les « saints », c'est-à-dire les pharisiens rangés derrière Hyrcan, leur chef nominal, n'eurent pas trop à souffrir du siège et de l'occupation, pas plus qu'ils n'avaient souffert auparavant du siège du Temple par Arétas. L'accueil qu'ils avaient fait à Pompée, leur empressement à l'aider dans les tra- • vaux du siège, leur fidélité leur avaient concilié la bienvaillance du général romain. Ce dernier voulut encore se mieux attacher la multitude dévouée aux pharisiens en rendant la grande sacrificature à Hyrcan, et en ordonnant de reprendre et de continuer dignement toutes les cérémonies ordinaires du Temple. Les « justes » ont donc échappé à la «catastrophe «réservée aux « pécheurs » 3.
L'historien Josèphe ne tient compte que des causes
1 Anliq. jud., XIV, iv, 5; De bello jud., I, vu, G; Ps. Sal., n, 28; mais, dans ce dernier passage, l'expression iv àf,-àyu.3Ti, « enlèvement par la force », peut ne s'appliquer qu'aux prisonniers, enlevés e1 emmenés de force; cf. xvn, 13.
2 Ps. Sal., n, 3, 17; vin, 7-15, 27; xm ; xiv, 4-6; xv; xvn, 8-22. sIbid., il, 24-27, 37-'i0; vu; vm, 27-29; x; xm; xv; xvn, 1-3; aLAt*
liq . jud., XIV, IV| 2-4; De bello jud., I, vu, 2, 6. Nous croyons qu'il faut entendu aussi de cette conduite des pharisiens le passage des Psaumes de Salomon, xvn, 17 a. Le sens de xvn, 17a est clair; il s'agitdes Juifs qui approuvent et accueillent les Romains. Or, 17 a est relié immédiatement par K*f, et, avec ce qui préoède, tandis qu'il est détaché de ce qui suit, c'est-à-dire de 17 b. Donc 17 a suit logiquement ce qui précède et doit être séparé de ce qui vient après. Dès lors, les versets 13-17 a présentent le sens suivant : Le vainqueur a dépouillé le pays et agi orgueilleusement avec les choses saintes, et de plus (/a:) les fils de l'Alliance se mettaient de leur côté (en les surpassant, ou : en y applaudissant).
politiques des événements. « La cause de ce malheur pour Jérusalem, dit-il. ce fut la rivalité armée de Hyrcan et d'Aristobule l. » L'auteur des Psaumes de Salomon n'est pas un esprit politique, mais un pienx théologien moraliste. Si de pareils malheurs ont fondu sur Jérusalem et causé la mort de tant de Juifs, c'est que les péchés de ces derniers avaient appelé sur leurs têtes le châtiment.
Voilà la doctrine qu'il répète avec insistance 2. En effet, puisque la royauté d'Aristobule constituait une usurpation, ce roi vivait donc dans une transgression perpétuelle de la loi. Les juges, les conseillers, tous ceux qui, à un titre quelconque, administraient sous lui les affaires et rendaient la justice, tous étaient des complices publics et avérés de son usurpation. De plus, ils devaient être très partiaux en faveur des partisans du roi contre les partisans de son frère, c'est-à-dire, en faveur des sadducéens contre les pharisiens. Enfin, le peuple dévoué et soumis à Aristobule suivait ses chefs; il s'associait ainsi à l'usurpation, aux transgressions perpétuelles de la loi et aux prévarications 3.
Dans cet état de péché universel, il faut encore relever un détail d'une souveraine importance. Aristobule n'était pas seulement roi, il était aussi grand-prêtre. Il brûlait l'encens, offrait les sacrifices, récitait les prières, bénissait le peuple, entrait dans le Saint des Saints, et pontifiait solennellement au Temple les jours de fêtes. Or, ce pontificat avait été enlevé à son légitime dignitaire, Hyrcan. Dès lors, les cérémonies religieuses, accomplies par un grand-prêtre usurpateur, n'étaient-elles pas des sacrilèges, des impiétés? La présence d'Aristobule au Temple n'était-elle pas une profanation perpétuelle du lieu saint? Le peuple assistait aux cérémonies, et se trouvait
1 Antiq. jud., XIV, iv, 5.
2 Ps. Sal, i; h, 3-19; vin, 7-14, 24-27; xm; xv; xvn, 7-22.
3 Ps. Sal., xvn, 5-10; 17 6-22; cf. vin, 23.
moralement associé à cet état de profanation. Quant aux prêtres, ils étaient pour la plupart des sadducéens et des favoris du pontife-roi. Ils étaient encore plus coupables que le peuple. Enfin,le psalmiste insiste sur les péchés des particuliers : la luxure, la débauche, la profanation des choses saintes, le manquement à la vérité, à la justice et au jugement l.
Accordons que les sadducéens se soient rendus coupables de tous ces méfaits, que le psalmiste leur attribue si généreusement, sous le court règne d'Aristobule, qui dura de 69 à 63. Nous n'en croyons pas moins que l'auteur remonte, dans son esprit, jusqu'à Alexandre Jannée. Il dit en effet 2 : « (Le vainqueur) versa le sang des habitants de Jérusalem comme de l'eau sale; il déporta leurs fils et leurs filles qu'ils avaient engendrés dans la souillure. » A la rigueur, on pourrait entendre par les « fils » et les « filles » seulement les enfants en très-bas âge qui venaient de naître pendant le règne d'Aristobule. Mais un sens aussi restreint est très peu probable; le psalmiste doit parler de personnes déjà âgées, par exemple d'environ vingt ans et plus 3. Précisément, nous sommes en 63, et Alexandre Jannée est mort en 78. Les « fils et les filles engendrés dans la souillure » sont donc bien les enfanta des sadducéens, nés pendant le règne d'Alexandre Jannée. c'est-à-dire pendant le règne du persécuteur implacable et inlassable des pharisiens, ainsi qu'on l'a vu plus hau I .
De même, le tableau tracé par le psalmiste des péchés commis parles pécheurs s'applique à une période assez longue et antérieure au siège de Jérusalem. « Il n'y avait personne parmi eux (les pécheurs)à Jérusalem qui pratiquât la miséricorde et la vérité; ceux qui aimaient les assemblées des saints s'étaient enfuis loin d'eux; ils s'étaient dispersés
1 Ps. Soi., i, 7-K; ]., 8, !■". 16; \m, 6-14, 24-2G; xvn, 17 b; 20-22. - nid., mm. 23 24; of. 9 L0.
■■■ Cf. Ibid.. ri, 6-8: itvn. 13,
comme des passereaux loin de leur nid ; ils erraient dans les déserts pour sauver leur vie du danger; et c'était chose précieuse aux yeux de la communauté errante qu'une vie sauvée des poursuites des pécheurs; leur dispersion causée par les impies s'était faite dans tout le pays ; car le ciel avait cessé de répandre la pluie sur la terre..., car il n'y avait personne parmi eux qui pratiquât la justice et le jugement; depuis leur prince et le peuple le plus infime, tous vivaient dans toute sorte de péchés, le roi dans la transgression de la loi, le juge dans la désobéissance (à la loi), et le peuple dans le péché1.» La fin de ce passage indique une ou plusieurs époques où il y avait en Israël un roi vivant, agissant, et entraînant le peuple derrière lui, pendant une période de temps assez longue. Cette période de temps comprend certainement tout le règne d'Aristobule, et, croyons-nous, une bonne partie du règne de Jannée.
Ainsi, dans l'esprit du psalmiste, le tableau des crimes qu'il reproche à ses adversaires se rapporte aux deux règnes d'Alexandre Jannée et d'Aristobule. Le règne du second n'était que la continuation du règne du premier, avec une interruption de neuf ans amenée par le règne d'Alexandra. Aristobule, en effet, se réclamait de son père, auprès de Pompée2; pendant le règne d'Alexandra, il avait soutenu les anciens amis de son père auprès de sa mère, et fait cause commune avec eux 3; à la mort de sa mère, il avait conquis le pouvoir avec leur concours dévoué, et c'étaient eux qui possédaient l'influence sous son règne 4.
Dès lors, nous croyons que certains passages 5, qui s'appliquent aux sadducéens, sans qu'il soit fait men-
1 Ps. SaL, xvii, 17 6-22.
2 Anliq. jud., XIV, m, 2.
3 Ibid., XIII, xvi, 2.
* Ibid., XIII, xvi, 5.
5 Ps. Soi., xvn, 17 6-22: cf. n, 8-9: vin, 8-14. 24-26; xvii, 13 b.
tion d'Aristobule, nous croyons que ces passages s'appliquent, dans l'esprit de l'auteur, aux sadducéens du règne d'Alexandre Jannée et du règne d'Aristobule, et à ces deux rois. Les sadducéens des deux règnes sont les mêmes, pour la plupart, ou bien les sadducéens de l'époque d'Aristobule sont les fils de ceux qui vivaient sous Jannée; les deux royautés se continuent avec les mêmes hommes et les mêmes principes, et sont solidaires. Aussi, en parlant des prisonniers, le psalmiste dit : « (Dieu) les a livrés aux mains des vainqueurs..., le jeune, le vieux, et leurs enfants, tous ensemble, parce qu'ils ont commis le mal tous ensemble 1», et de même encore : « (Les vainqueurs) ont fait disparaître le jeune, le vieux, et leurs enfants en même temps 2. » L'expression « le jeune » s'appliquera aux jeunes sadducéens arrivés à l'âge d'homme sous le règne d'Aristobule, et ardents partisans de ce dernier 3. Mais l'expression « le vieux » s'entendra du sadducéen, vieux sous le règne d'Aristobule et au moment du siège, et, par suite, ayant vécu ses vertes années sous le règne d'Alexandre Jannée.
Pompée imposa aux Juifs de dures conditions de paix. Hyrcan demeurait grand-prêtre, avec une certaine autorité sur les affaires de la nation; mais il n'avait ni le titre de roi ni la réalité du pouvoir; il reçoit, dans certains documents, le titre d'ethnarque. L'indépendance fut enlevée à la Judée avec la royauté. Désormais, le protectorat de Rome pèsera de tout son poids sur la Judée réduite, diminuée, appauvrie, étroitement surveillée par les généraux romains et les légats de Syrie, toujours prêta à intervenir. Les conquêtes faites par les Hasmonéens sur les Syriens furent enlevées à la Judée, par exemple les villes de
1 Ps. Sal.,n, 7 b, 8 b.
2/fcid.,xvn,13 b.
3 Antiq. jud., XIV, iv, 2.
la côte de la Méditerranée, conquises par Alexandre Jannée, de Raphia à Dora, la Décapole, Scythopolis et Samarie avec leurs territoires. Le pays devint tributaire de Rome 1. Quelques années plus tard, vers 58, l'œuvre de dissolution de la monarchie juive fut complétée par Gabinius, après le soulèvement d'Alexandre en Palestine. Gabinius divisa le pays*en cinq circonscriptions territoriales, ayant chacune leur chef-lieu, et gouvernées chacune par un conseil ou tribunal . sanhédrin). C'était une
sorte de récrime oligarchique et aristocratique, qui déshabituait les Juifs de tourner leurs espérances vers les Hasmonéens et vers Jérusalem. Josèphe insiste expressément sur le but poursuivi par Gabinius 2. Rien d'important ne se fit plus en Judée que sous la surveillance de Rome et avec son approbation.
C'en était donc fait, à jamais, de la royauté terrestre d'Israël et des espérances ambitieuses des Juifs. Non seulement ils ne pouvaient plus se bercer de l'illusion d'imposer un jour leur monothéisme et leur culte aux tions », sous le sceptre d'un roi puissant et invincible, mais encore ils étaient asservis eux-mêmes aux « nations ». Quand tout est perdu du côté de la terre, le cœur de l'homme pieux s'élève vers le ciel, pour solliciter sa toute-puissante intervention au milieu des hommes. Ainsi fait l'auteur des Psaumes de Salomon. La royauté usurpatrice est détruite, et personne ne se présente qui puisse occuper le trône et secourir la patrie. Que Dieu envoie donc aux Juifs leur roi, le Fils de David, et qu'il accomplisse enfin le serment juré à David et les promesses faites à Israël ! c Vois, Seigneur, et suscite-leur leur roi, fils de David, au temps que tu connais, ô Dieu; ceins-le de force pour tuer
1 Antiq. jud., XIV, iv, 5; XX, x;De bello jud., I, vu, 7; puis Antiq. jud., XIV, x, 2; XIV, xix, 3.
2 Antiq. jud., XIV, v, 4; De bello jud., I, vm, 5.
les chefs injustes, purifie Jérusalem des nations qui la foulent, en les perdant, etc. 1 »
Relevons encore, dans l'histoire de cette période, quelques événements postérieurs à la prise de Jérusalem, mais dont la connaissance nous aidera à mieux comprendre les Psaumes de Salomon.
Avant le siège, déjà, Pompée avait fait emprisonner Aristobule 2. Une fois la Judée domptée, le général romain s'éloigna, et se rendit d'abord en Cilicie, puis à Rome, emmenant avec lui Aristobule enchaîné, ses deux fils, Alexandre et Antigone, et ses deux filles, Absalom, oncle d'Aristobule, et d'autres prisonniers 3. A Rome, Pompée
1 Ps., Sal., xvn, 23-26 sq. — Voici quelle nous paraît être l'histoire des opinions politiques du psalmiste. Il était pharisien, royaliste, sous la reine Alexandra, qui avait abandonné la réalité du pouvoir civil et. religieux aux pharisiens. Il l'était aussi avec Hyrcan, qui n'était qu'un jouet entre les mains des pharisiens, et qui était roi légitime et pontife. Aristobule enlève par la force à Hyrcan et aux pharisiens le trône et le sacerdoce, le pouvoir politique et religieux (Ps. Sal., xvn, 6); le psalmiste l'exècre et le maudit, [ibid,, xvn, 7-12). Hyrcan, qui n'est capable que d'ambition, veut reconquérir le trône et l'autel ; il déchaîne la guerre contre Aristobule, à l'aide des cinquante mille Arabes païens d'Arétas, qui viennent camper à Jérusalem, et qui s'en éloignent sur l'ordre de Scaurus. Le même Hyrcan et ses partisans livrent Jérusalem à Pompée et aident le général romain dans le siège el la prise du Temple. Enfin Hyrcan, grand-prêtre et ethnarque, devient le serviteur des Romains, et la patrie perd son indépendance, en devenant tributaire et protégée de Rome. Le psalmiste abandonne alors le parti de Hyrcan ( Ps. Sut., vm, 15-22 ; xvn, 17). Il ne peut plus compte!' sur une royauté ordinaire. Il ne reconnaît que la royauté Buprême de Dieu [ibid., xvn, 1-14, 51), et il n'espère désormais que la royauté terrestre «lu Messie iils de David (ibid., xvn, 23). Cf. I Macchabées, n, 57;xiv, !\ 1 . Dès lors, il devait se rapprocher beaucoup du parti national théocra tique et démocratique, qui avait envoyé des avocats à Pompée pour repousser du trône Aristo- ! mi le et Hyrcan. Voir plus haut, p. 15, et Josèphe, Antiq. /(/</., X IV, III, 2,
2 Josèphe, Antiq. jud.. XIV, ir, 1.
3 Josèphe, ibid., \ IV. iv, 5; De Iwllo jud., I, vu, 7; cf. l's. Sal., xvn,
obtint le triomphe comme récompense de ses victoires et de ses conquêtes en Asie, et particulièrement des succès remportés sur Mithridate 1. Le jour du triomphe, des inscriptions, que l'on portait en avant du cortège, donnaient les noms des peuples vaincus et soumis, et entre an ceux de la Phénicie et Palestine, de la Judée, de l'Arabie, etc. Aristobule marchait enchaîné devant le char du vainqueur avec Antigone 2, Absalom et d'autres prisonniers de marque, tous livrés au mépris et aux insultes de la populace romaine 3. En réalité, c'était la patrie juive qui était humiliée sur les inscriptions triomphales, qui était enchaînée dans la personne du roi vaincu, et l'on sent que le cœur du pharisien, auteur des Psaumes, est mordu par
1 Plutarque, Pompée, xlv: Appien, Mithridate. 116-117
2 Alexandre avait réussi à s'échapper pendant le voyage de Cilicie à Rome, et il était revenu aussitôt en Judée soulever le pays contre Hyrcan et les Romains. — Voici le récit de Plutarque : « Dans le triomphe, on portait en avant des inscriptions indiquant les nations dont triomphait Pompée : c'étaient le Pont, l'Arménie, la Cappadoce, la Paphla^onie. la Médie. la Colchide. l'Ibérie. l'Albanie, la Syrie, la Cilicie, la Mésopotamie, la Phénicie et la Palestine, la Judée, l'Arabie, et 1rs pirates... Comme captifs, en dehors des chefs des pirates, on conduisait : le fils de Tigrane d'Arménie, avec sa femme et sa fille, Zosime, l'épouse du roi Tigrane même. Aristobule, roi des Juifs, la sœur de Mithridate avec cinq enfants, des femmes des Scythes, des otages livrés par les Albaniens, par les Ibères, par le roi de Comn^no. sans compter d innombrables trophées
3 Cf. Appien, Mithridate. 116-117 : Devant Pompée marchaient tous
iverneurs, les enfants et les généraux des rois vaincus, en qualité de prisonniers ou d'otages, et au nombre d'environ 324. Il y avait Tigrane, fds de Tigrane, cinq enfants de Mithridate... On conduisait aussi le roi des Juifs, Aristobule. et les dynastes de Cilicie. Arrivé au Capitole, Pompée ne fit égorger aucun des captifs, au contraire de ce qui se passait avec les autres triomphateurs. Rien plus, il les fit tous renvoyer dans leur patrie respective aux frais du trésor public, à l'exception des membres des familles royales. Parmi ces derniers, Aristobule seul fut mis à mort aussitôt (evOvci remarquer cette erreur d'Appien), et Tigrane plus tard, s
la douleur à cet amer souvenir 1. Quant au reste des Juifs prisonniers, et très nombreux, ils furent soumis à toutes les rigueurs de l'esclavage antique. « Les fils et les filles, dit le psalmiste, vivent dans une captivité horrible; leur cou porte le stigmate, marque distinctive au milieu des nations 2. » Il en était encore ainsi quand l'auteur écrivait le psaume n, plus de quinze ans après l'occupation de Jérusalem par Pompée. Le vainqueur n'avait épargné aucune honte aux vaincus, comme le remarque douloureusement le même auteur 3.
La Judée était appauvrie, épuisée. Déjà, avant le siège de Jérusalem, les deux frères, Hyrcan et Aristobule, essayaient de gagner, au poids de l'or, la protection des Romains. Aristobule avait promis à Scaurus quatre cents talents, et Hyrcan avait fait aux Romains une promesse à peu près égale. Scaurus reçut l'argent d' Aristobule et fit lever le siège du Temple, auquel s'acharnait Arétas, en 66 4. Quand Pompée vint à Damas, Aristobule lui envoya un cep de vigne en or, de la valeur de cinq cents talents 5. Gabinius, l'un des lieutenants de Pompée et l'un des plus habiles à pressurer la province, avait reçu trois cents talents6. Après la prise de Jérusalem, Pompée avait exigé le versement presque immédiat de dix mille talents; la Judée devait payer ensuite à Rome un tribut annuel, en signe de sa dépendance 7. A son tour, avant d'entreprendre son expédition contre les l'ail lus, en 55, Crassus enleva du Temple de Jérusalem les trésors
ifs. Soi., ii, 7, 25; xvii, 13-15.
2 Ps. Sal., ii, 6-8; xvii, 13-14.
3 Ps. Sal., xvii, 14»
4 Antiq. jud., XIV, n, 3. *Ibid., XIV, m, 1.
6 Ibid., XIV, m, 2; cf. Cicéron, Pro Seslio, 43, et De provinciii sularibus, 4.
7 I nli'i. jud., XIV, iv, 5 ; cf. De bello jud., I, vu, 6-7.
que la piété des Juifs y avait amassés; il prit les sommes que Pompée y avait laissées, environ deux mille talents, dépouilla le sanctuaire de son or, dont la valeur était d'environ huit mille talents, et s'appropria une poutre en or massif de trois cents mines *. A ces tributs, exactions et pillages, il faut ajouter les réquisitions militaires pour les troupes juives et romaines, les vivres à fournir aux armées romaines qui traversaient le pays ou guerroyaient contre les peuples voisins 2. Enfin, la Judée restait désolée par la guerre de partisans qui se poursuivait sans trêve entre les Juifs et les Romains, ou entre les partis juifs. On ne s'étonnera pas que l'auteur des Psaumes de Salomon insiste sur la pauvreté et la perte des biens. Sa piété a beau n'y voir que la « correction» de Dieu sur les « saints» pour les« ramener», le pays n'en souffrait pas moins vivement; sa prospérité brillante, chantée d'abord par le psalmiste, s'était évanouie dans la misère 3.
Lorsque le Romain mettait le pied sur un territoire étranger, il ne le retirait plus. A partir de l'occupation de Jérusalem par Pompée, la présence des troupes romaines à Jérusalem ou dans la Judée fut incessante. Par exemple, quand Hyrcan veut relever le mur de Jérusalem abattu par Pompée, il en est empêché par le détachement de soldats romains en résidence dans la ville i. (iabinius parcourt la Judée avec ses troupes 5. De même (.rassus et Cassius B, etc. Aussi le psalmiste smiliailc-t-il avec ardeur la disparition du païen qui souille le sol sacr<
1Antiq. jud., XIV, vu, 1.
2 Cf. Aniiq. jud., XIV, v, 1 ; XIV. vi. 2.
3 Ps. Sal., i, 4-6; v; vm, 36; x, 1-3, 7-8; cf. xm, J et xv. s,; Xvi, 11-15; xvm, 1-4.
* Aniiq. jud., XIV, v, 2.
5 Ibid., XIV, v, 3-4.
6 Ibid., XIV, vu.
1 Ps. Sal., vu, 1-2; xvn, 25.
La prise du Temple et la captivité d' Aristobule n'avaient nullement terminé le duel entre les deux frères. Pendant qu'on emmène la famille royale prisonnière à Rome, le lils aîné d' Aristobule, appelé Alexandre, s'échappe. Il revient en Judée et la soulève contre les Romains et contre Hyrcan.Gabinius, le préteur, avec ses troupes, sauve Hyrcan des coups d'Alexandre et le ramène à Jérusalem. Alexandre subit défaites sur défaites, et des milliers de Juifs sont couchés sur le sol de la Judée par l'épée des troupes romaines. Quelque temps après, Aristobule s'échappe de Rome avec son second fils, Antigone. A son tour, il arrive en Judée et recommence la lutte. Il est fait prisonnier à Machœrous par Gabinius, qui le renvoie à Rome chargé de fers. Mais ses enfants sont mis en liberté et renvoyés en Judée à leur mère, envers laquelle Gabinius avait pris cet engagement. Puis, Alexandre, toujours indomptable, reprend les armes et se fait battre encore n. En 49, César s'empare de la dictature; il veut se faire d' Aristobule un allié contre Pompée; il lui rend la liberté pour qu'il retourne en Judée. Mais les partisans de Pompée l'empoisonnent avant qu'il ait pu quitter Rome. Pompée envoie alors l'ordre de faire périr Alexandre. On accusa ce dernier de s'être soulevé contre les Romains en Judée, et on l'exécuta à Antioche 2. Quelque temps après, Antigone reprit la lutte contre Hérode et Hyrcan. Il fit alliance avec les Parthes, qui désolaient la Syrie. Ces derniers le ramenèrent à Jérusalem, où il se proclama roi. De son côté, Hérode reçut en 40, du sénat de Rome la royauté de la Judée. Appuyé sur les troupes romaines, il entreprit la conquête de son royaume sur Antigone. Sosius et lui assiégèrent Jérusalem, s'en emparèrent l'an 37 avant notre ère, et firent Antigone prisonnier. Ils l'envoyèrent à Anlio-
1 Alttirj. jud., XIV, Vt, VII.
8 lbid.. XIV, mi, 'i.
AlM-.Ki ( 11I> I OftlQt I. 33
che, où Antoine le fit exécuter. Ainsi finit la dynastie des Hasmonéens *.
Pour l'auteur des Psaumes de Salomon, la royauté d'Aristobule avait été une usurpation, et il était sûr que la vengeance de Dieu retomberait sur l'usurpateur et sur sa famille. « Tu leur rendras, ô Dieu, selon leurs péchés, de manière qu'ils aient ce que méritent leurs actions. Dieu n'aura pas pitié d'eux; il a dépisté leurs descendants et il n'en a pas laissé un seul. Le Seigneur est fidèle dans tous ses jugements qu'il rend sur la terre 2. » Depuis la prise de Jérusalem par Pompée jusqu'à l'établissement de la royauté d'Hérode, la malheureuse Judée reste livrée aux généraux de Rome et à ses préteurs, à l'Iduméen Antipater et aux Hasmonéens qui, échappés de Rome, avaient soufevé une grande partie du pays et y avaient établi de nouveau leur domination, malgré Hyrcan et les Romains. Elle est la proie des « princes injustes » et des « païens qui la parcourent ». Aussi le psalmiste appelle-t-il instamment le Roi légitime pour la délivrer ; il dit à Dieu : « Ceins-le de la force pour tuer les chefs injustes 3. »
Dans l'attaque du Temple, Pompée avait renversé avec ses machines un pan de mur. Quand Hyrcan voulut ré-
1 Antiq. jud., XIV, xii-xvi.
8 Ps. Sal., xvii, 10-12. On remarquera les temps passés qui suivent les futurs. Trois explications peuvent être données pour ce mélange des temps. Suivant la première, l'aoriste grec (i^epcûvriocv, irâxcv) traduit l'imparfait de l'hébreu, imparfait qui équivaut à notre futur, et toute la pensée est au futur. Suivant la seconde, les aoristes sont proleptiques et prophétiques; l'auteur est si sûr de la vengeance de Dieu qu'il exprime l'action comme déjà passée et accomplie. Suivant la troisième, le futur est dû au mouvement oratoire, et l'aoriste est employé au sens propre.
3 Ps. Sal., xvii, 24-25. — Si le psaume xvn avait été écrit après la mort d'Antigone, on aurait attendu une allusion au traitement qu'il infligea à Hyrcan : Antigone lui fit couper les deux oreilles pour le rendre indigne du pontificat, Antiq. jud., XIV, xm, 10.
rs. sal. — 3
parer la brèche et se prémunir ainsi contre une irruption prochaine des troupes d'Alexandre, il en fut empêché, comme nous l'avons dit, par les Romains restés à Jérusalem. Mais la défense subsista, et Jérusalem resta ouverte à l'ennemi. Enfin, l'an 47, après la défaite et la mort de Pompée, César vint en Syrie. Il confirma Hyrcan dans le pontificat, et nomma Antipater gouverneur de la Judée. Il autorisa Hyrcan à relever le mur abattu par Pompée, et ce fut Antipater qui exécuta l'œuvre l. Il semble que le mur ne soit pas encore relevé quand l'auteur des Psaumes de Salomon compose le psaume n 2.
Le parti des usurpateurs et des pécheurs a donc payé à la justice de Dieu le tribut du châtiment. Mais le païen impie lui reste redevable. Il a massacré les Juifs dans le Temple et les prêtres sur l'autel; il a parcouru le Temple et le sanctuaire, arrogant, dédaigneux, curieux 3. Le général romain est personnellement coupable de cette profanation de la Majesté du Seigneur, et, de plus, il a à sa charge la conduite de ses troupes. La vengeance de Dieu resta suspendue sur sa tête pour le frapper au moment'providentiel, et quoique « Pompée, comme le dit DionCassius, fût regardé comme le plus puissant de tous les Romains, au point qu'on l'avait surnommé Agamemnon 4, » vaincu par César à Pharsale, il dut chercher son salut dans la
1 Antiq. jud.. XIV, iv, 2-4; XIV, v, 2; XIV, ix, 1 ; De hello jud., I, x, 3-'i : Tacite, Histoires, v, 9.
»P«. Sal.. 11,1.
3 Tacite, Histoire*, v. 9 : « Romaiiorum primus Cn. Pompeius Jud.eos domuil temphtmque jure vieterim ingrecnu esi. e1 et P». Satl \\ h. 15 16.
4 Pompée étail orgueilleux de sa puissance; non seulement le peuple l'avait surnommé Agamemnon, mais encore il avait pris lui-même le surnom public el officiel deMagnus, il était Pompée le Grand. L'auteur des Psaumes de Salomon a foil bien noté oe trait «le son caractère, u,
<i cf. Dion Caesiutj Histoire romqinê, mu. 2-8.
Al-i:iî( i HISTORIQUE
fuite. Le récit de Plutarque 1 est le meilleur commentaire des Psaumes de Salomon pour la fin de Pompée en Egypte.
Pompée ne savait plus où se réfugier; il tint conseil, et décida de fuir en Egypte. Parti de Chypre, il apprit que le roi d'Egypte, Ptolémée, guerroyait contre sa sœur et se trouvait près de Péluse. Il fallait à Pompée pour débarquer l'autorisation du roi. Ce dernier, qui laissait le soin du gouvernement à Pothin, convoqua le conseil des grands pour délibérer sur cette affaire. « C'était une indignité, dit Plutarque, de consulter sur le sort de Pompée le Grand l'eunuque Pothin, Théodote de Chio, qui vendait à prix d'argent des leçons d'éloquence au jeune roi. et l'égyptien A.el|illas, chambellan ou professeur du roi. Théodote conseilla d'accueillir Pompée et de le tuer; on mériterait ainsi la faveur de César, vainqueur, et on n'aurait rien à craindre de Pompée. Le rhéteur ajouta en souriant : « Un mort ne mord pas. » Son avis prévalut, et on confia à Achillas l'exécution du crime.
Pompée attendait à l'ancre la décision du roi. Achillas prit avec lui Septimius, un ancien tribun de Pompée, et Salvius, un ancien centurion du même général, avec quelques esclaves; il se dirigea ensuite vers le vaisseau de Pompée sur une humble barque. Pompée avait avec lui des personnages importants, qui l'avaient accompagné pour connaître l'issue de l'entreprise. En voyant qu'on ne faisait pas à Pompée l'accueil qu'il avait le droit d'attendre et que le soin de le recevoir avait été confié à quelques homsans importance montés sur une petite barque, ses compagnons furent saisis de défiance. et ils conseillèrent au général romain de regagner la haute mer. Cependant, la barque s'était approchée. Achillas invita Pompée à y descendre pour aborder, en alléguant que la houle et le sable ne permettaient pas à sa trirème d'approcher du
1 Pompée, lkxvii, et Ps. SaL, h, 28
rivage. En même temps, les trirèmes royales se garnissaient de matelots, et le rivage de hoplites. Toute espérance d'échapper était perdue; en essayant de le faire, Pompée fournirait aux gens du roi un prétexte d'attenter aussitôt à sa vie. Il fait ses adieux à sa femme Cornélia, qui pleurait, et il prend avec lui sur la barque deux centurions, un de ses affranchis, Philippe, et un esclave du nom de Scythas. De la barque, il renouvelle ses adieux à sa femme et à son fils. La barque s'éloigne vers le rivage. On n'adresse pas à Pompée une seule parole bienveillante. A peine Septimius daigne-t-il le reconnaître d'un mot sec, auquel Pompée répond par un signe de tête, et l'on vogue en silence. Comme la barque arrivait, Pompée prend la main de Philippe et s'en aide pour se lever et descendre à terre. Septimius le frappe à cet instant de son épée, par derrière, pendant que Salvius et Achillas tirent leurs glaives. Pompée ne fait pas un geste et ne dit pas une parole, il garde toute sa dignité. Il ramène des deux mains sa toge sur sa tête, fait entendre un gémissement et meurt, âgé de cinquante-neuf ans. De la trirème, Cornélia suivait des yeux la scène; les compagnons de Pompée poussèrent une clameur plaintive qui retentit jusqu'au rivage; ils levèrent l'ancre et s'enfuirent.
Les Égyptiens coupent la tête de Pompée, jettent de la barque sur le rivage le cadavre décapité, nu, et le « laissent en spectacle à ceux que ce spectacle charmerait. » Quand les gens se sont rassasiés de le voir, Philippe vient près du cadavre, le lave avec de l'eau de la mer, et l'enveloppe de, sa tunique; faute de bois, il recueille les fragments d'iuu barque de pêche, et il improvise avec eux un bûcher réduit I au strict nécessaire. Pendant que l'affranchi recueillait M bois, il est abordé par un Romain âgé, qui avait servi dan: sa jeunesse sous Pompée, et qui lui demanda de partage] avec lui l'honneur de porter sur le bûcher le cadavre dij plus grand des généraux romains. « Telles furent les fiinô
railles de Pompée », conclut Plutarque *. Dion Cassius dit de son côté : « Il fut tué comme un homme ordinaire et comme le dernier des Egyptiens, auprès du mont Cassius et au jour anniversaire du triomphe qu'il avait obtenu pour ses victoires sur Mithridate. Le jour où il avait joui de tout l'éclat de la gloire, ce même jour, il subit le sort le plus déplorable. A cause d'un oracle, il avait été en défiance à l'égard de tous les Cassius; or, il ne fut attaqué par aucun Cassius; mais ce fut auprès d'une colline ayant ce surnom qu'il mourut et qu'il eut ses funérailles 2. » La fin de celui qui avait rempli l'Orient du bruit de son nom et de la terreur de ses armes répond bien à Y x-vx'.tl. au« déshonneur», et àl*'J6piç :::'/.Xr(. à l'« ignominie extrême », qui avaient si vivement frappé l'imagination du psalmiste 3.
Suivant ses principes de morale relatifs aux fléaux qui frappent les hommes, il regarde cette mort, avec certitude, comme le châtiment exemplaire que les crimes de Pompée lui avaient attiré. Il s'adresse à Dieu en ces termes :
Ne tarde pas, ô Dieu, à faire retomber cela sur leurs têtes, de manière que l'orgueil du Dragon succombe honteusement. Et je n'ai pas attendu longtemps avant que Dieu me montrât son ignominie, qu'il me le montrât poignardé sur les collines de l'Egypte, anéanti plus que le
1 Avec le récit de Plutarque, cf. Dion Cassius, Histoire romaine, xlii, 1-5; Lucain, Pharsale, vin, 698-699; x, 380-381.
2 Dion Cassius. ibid., xi.ii, 5.
3 Ps. Sa!., xvii. 29-31. — Pompée avait été assassiné auprès de Péluse. Cette ville était à la frontière de l'Egypte, du côté de la Palestine; de là la correction proposée pour u, 30 b, ôpûov (au lieu à'ôû^wv, qui peut provenir simplement de l'itacisme). De plus, elle était sur la grande route qui longeait la mer et allait de Gaza à Alexandrie ; voir l'Itinéraire d'Antonin. la Table de Peulinger, et l'itinéraire de Titus se rendant d'Egypte en Palestine (Josèphe, De bello jud., IV, xi, 5). L'avant-dernière station, avant d'arriver à Péluse, était Casium, où se trouvait un temple de Jupiter Casius dans le golfe de Péluse. La mort de Pompée a dû être connue très rapidement à Jérusalem.
dernier (des hommes) sur terre et sur mer, son cadavre ballotté sur les flots très ignominieusement, sans personne pour l'ensevelir; c'est que Dieu l'a anéanti honteusement ' ... »