DATE DE LA COMPOSITION
Dans le psaume iv, l'auteur invective le juge hypocrite et inique, implacable pour les autres, pendant qu'il est lui-même corrompu et débordant d'iniquités, et qu'il ose siéger au tribunal des « saints » 1. Le psaume fait donc allusion aux fonctionnaires de la classe des « pécheurs », qui jouissent maintenant du pouvoir. Il se rapporte ainsi au règne d'Aristobule, aux années 69-64, quand les sadducéens siégeaient et dominaient dans les conseils administratifs et judiciaires. La rigueur des sadducéens dans les jugements était proverbiale : « Hannan le jeune avait donc obtenu le pontificat. Il était extrêmement difficile de caractère et audacieux. Il suivait la secte des sadducéens, qui sont cruels dans les jugements plus que tous les autres Juifs, comme nous l'avons déjà montré 2. » Dans le psaume xii, l'auteur apparaît comme ayant tout à craindre d'une classe d'hommes médisants, trompeurs, calomniateurs, acharnés à la perte de leur prochain 3; ces hommes sont encore les « pécheurs », les ennemis du psalmiste 4. Nous croyons donc que ce psaume se joint logiquement au précédent; et qu'il a été composé à la même époque, en 69-64.
Le psaume v contient l'éloge de l'aisance, de la médiocrité suffisante. Le psaume vi célèbre la piété et la prière. Dans le psaume ix, l'auteur expose la doctrine du libre arbitre et de la rétribution, qui en est la conséquence; puis, la doctrine du pardon des péchés et de la miséricorde de Dieu, qui a choisi Israël à l'exclusion des « nations », et qui ne l'abandonnera pas. Le psaume x développe la théorie de l'auteur sur la « correction » des justes par le fléau et les épreuves. Le psaume xvi se rapporte à
1 iv, 1-4; cf. xvii, 22.
2 Josèphe, Antiq. jud., XX, ix, 1. Voir plus haut, p. 6, 7-8, 23-25. et Antiq. jud., XIII, x, 6.
3 xn, 1-4.
4 xii, 4-8. . ......
un sujet analogue. Le ton de ces psaumes et les idées sur lesquelles insiste l'auteur nous représentent les justes dans une situation humble, où ils se consolent par la piété, par le souvenir des justes jugements du ciel et par la certitude de l'espérance en Dieu, patiemment soumis à la volonté du Seigneur sur eux et attendant le salut. Nous plaçons la composition de ce groupe après la conquête de Jérusalem, quand les justes vivent dans une paix relative, au milieu de la Judée appauvrie, par exemple vers les années 63-55 *
Le psaume xi exprime un espoir joyeux : les Juifs dispersés par le monde vont revenir, rappelés par Dieu, et Jérusalem va se mettre en fête pour recevoir ses enfants. Nous ne connaissons aucun événement politique heureux qui ait pu provoquer cette explosion de joie chez le psalmiste 2. Nous croyons que ce psaume est purement messianique; il développe une idée qui n'a été indiquée que par un mot dans la peinture du royaume messianique : « Il (le Roi) rassemblera le peuple saint, qu'il conduira dans la justice. » C'est ce retour du peuple ainsi dispersé et sa réunion en Judée que célèbre le psaume xi. La composition a dû suivre de très près celle du psaume xvn, et elle appartient à la même date
Nous résumons l'étude des dates dans le tableau suivant :
Ps. i, vers 64-63.
Ps. ii, vers 48-47.
Ps. in, vers 63-60 (peut-être en 69-64).
Ps. iv, vers 69-64.
1 La limite inférieure peut être notablement abaissée. - Sur cel état de ta Judée sous la domination romaine, voir plus haut, p. 80-81.
2 On s'est demandé (Ryle et James) si les victoires d'Alexandre Jannée auraient occasionné ce chant de triomphe ci d'eepoir, et h il l'all;iil dater le psaume de 79-G9. Nous ne le croyons pas. Jannée étail le chef du parti des « pécheurs ».
DATE DE LA COMPOSITION lu
Ps. v, vers 03-55.
Ps. vi, vers 63-55 (peut-être en 69-64).
Ps. vu, vers b3-t>2.
Ps. vin, vers 63-62.
Ps. ix, vers 63-55.
Ps. x, vers 63-55.
Ps. xi, vers 63-60.
Ps. xii, vers 69-64.
Ps. xm, vers 63-60.
Ps. xiv, vers 63-60.
Ps. xv, vers 63-60.
Ps. xvi, vers 63-55.
Ps. xvn, vers 63-60.
Ce tableau montre que les Psaumes de Salomon ont été composés de l'année 69 à l'année 47. De plus, parla même que l'on identifie avec Pompée le conquérant étranger qui occupe Jérusalem et fait le siège du Temple, on obtient un point de repère fixe et certain, l'année 63, et autour de ce point viennent se placer, soit avant, soit après, les groupes de psaumes dont nous avons parlé plus haut.
Ce tableau montre, en second lieu, que l'ordre actuel des Psaumes, dans le recueil, ne correspond pas à l'ordre dans lequel ils ont été composés. Le recueil est donc factice, artificiel, constitué après coup. Celui qui l'a formé ignorait les dates de composition. On ne voit pas non plus qu'il ait suivi un ordre quelconque. On remarque seulement que le recueil s'ouvre par la guerre qui a amené la chute définitive de la royauté juive, et qu'il se ferme, au psaume xvn, par la vision du Roi, fils de David, qui rétablira la royauté juive pour toujours. Les autres psaumes paraissent distribués au hasard entre ce début et cette conclusion qui se répondent.
En exposant l'histoire du livre dans la littérature moderne, nous verrons plus loin que l'on a identifié le conquérant étranger soit avec Titus soit avec Antiochus
Épiphane. Mais aucune de ces identifications ne rend compte des détails donnés dans les psaumes historiques, et elles se heurtent à des objections insolubles. L'identification avec Titus est fantaisiste et abandonnée depuis longtemps. La fausseté en est évidente, puisque, dans les Psaumes de Salomon, Jérusalem, le Temple et le peuple juif subsistent toujours. On ne peut admettre davantage l'identification avec Antiochus Epiphane. Car, dans les Psaumes de Salomon, le conquérant étranger vient de l'Occident et des extrémités de la terre, précédé du bruit de ses victoires, et il meurt misérablement en Egypte. Ces détails essentiels, en outre de plusieurs autres, ne conviennent pas à Antiochus.
Le psaume xviii est étrange. Les dix-sept psaumes qui le précèdent sont tous composés littérairement. Chacun d'eux traite un sujet unique et se termine généralement par une conclusion ou doxologie. Il n'en est pas de même du psaume xvm. La première partie (1-5) traite de la bonté de Dieu pour toutes les créatures en général, et pour Israël en particulier. La seconde (6-10) parle du règne heureux du Messie. Dans la troisième (11-14), il est question de la stabilité et de la régularité du cours des astres, conformément à l'institution de Dieu. Ce psaume est donc une œuvre factice et incohérente, semble-t-il. De plus, le sujet de la première partie est un lieu commun rebattu dans les Psaumes de David et dans plusieurs des psaumes précédents, comme le psaume v; c'est une imitation ou une réminiscence. La seconde partie résume et imite la peinture qui a été faite, au psaume xvn, du Messie et du règne messianique. La troisième partie traite d'un sujet sans rapport avec ceux des autres parties. On ignore comment et pourquoi elle se trouve à cette place x. Enfin,
1 « Psalmum novum vidclur inclioare WWI Bêquenê (scilicet v. 1 1 < . dit Swete, The Septuagint, t,m, p. 787. De même lîylo h Jametdanp
DATE DE LA COMPOSITION lO
le recueil n'appelle aucun psaume après le dix-septième. Les seize premiers psaumes dépeignent la situation du peuple juif, au moment où vit l'auteur, et la détresse d'âme des « saints ». Il n'existe plus qu'une espérance pour eux, c'est l'avènement prochain du règne du Christ. L'auteur chante cet avènement, il le hâte de ses vœux au psaume xvn. Ce psaume doit être le dernier du recueil, qu'il ferme logiquement.
Le psaume xvm apparaît comme postérieur à tous les psaumes, et il est sans doute postérieur à la formation même du recueil. Il est certainement postérieur à l'an 47, et l'on peut descendre jusqu'à l'an 40. date à laquelle peut remonter la traduction des Psaumes de Salomon *.
leur édition, p. 151. De plus, la troisième partie du psaume semble incomplète.
1 Le formateur du recueil aurait-il recueilli trois essais ou fragments qu'il aurait juxtaposés, et qui auraient formé le psaume xvm ?
46 PSAUMES DE 6ALOMON