FE
(LXX et Vule. 127.)
Chant des pêlerinages.
Heureux quiconque craint l'Eternel Et marche dans ses voies !
Tu es heureux et prospère.
Ta femme est comme une vigne féconde Dans le fond de ta maison,
Tes fils comme des plants d’olivier Autour de ta table.
Oui, voilà comment sera béni Un homme craignant l'Éternel.
Que l'Éternel te bénisse de Sion Et puisses-tu voir Jérusalem prospère Tous les jours de ta vie Et voir des fils à tes fils !
Paix sur Israël !
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122 PSAUMES DES MAALOTH
Ge psaume, comme le fait observer Delitzsch, est relié au précédent par “x, Cheureux, » qui le commence et qui commençait déjà le dernier verset de celui-là. Mais 1l v a entre ces deux psaumes un-autre rapport plus intime. Ils sont entre eux, dit aussi Delitzsch, dans la même relation que la parabole du trésor trouvé dans un champ et celle de la perle achetée à grand prix (Matth. XIE). Dans lun, les bienfaits de Dieu sont présentés comme un pur don de sa grâce; dans lPautre, qui met en relief ce que le premier n’a fait qu'indiquer en passant (par le mot 55 CXX VIE, 3), ces dons sont la récompense du travail et de la piété. Le Ps. CXX VIIT se trouve donc être une sorte de eor rectif à l’abus que l’on pourrait faire du GX X VIT. Sile premier est la réponse modeste d’un habitant de Jérusalem aux compliments de ses hôtes, le second est une réplique de ceux-ci: «Cest vrai, disent-ils, mais Dieu ne répand pas ses faveurs arbitrairement et comme au hasard; son «favori » (arr CXXVIL, 2), c'est celui «qui le craint et qui marche dans ses voies. »
Dans Pun et l’autre de ces psaumes, la bénédiction de l'Éternel est envisagée comme consistant essentiellement dans le bonheur domestique : c’est la famille qui lui fournit les traits des deux petits tableaux dont il orne ces deux compositions.
L'un et l’autre sont de la même longueur et du même rhythme et l’on v trouve plusieurs expressions pareilles.! Enfin, ils commencent l’un et l'au- | tre par une sentence générale qui, comme nous Pavons indiqué pour le Ps. CXX VIT, pouvait fort bien avoir déjà passé en proverbe et dont le psalmiste se serait emparé pour en faire le thème de son œuvre et en tirer une application spéciale.
2. «OUI, TU MANGERAS LE FRUIT DU TRAVAIL DE TES MAINS, » littér. : Ç Tu mangeras le travail de tes mains. » «Manger le travail, » pour dire « manger le fruit du travail » est un hébraïsme bien connu (cf. «manger d’un arbre » Gen. IT), mais il est bon de remarquer que, dans l'usage, cette expression ne signifie pas, Comme on pourrait le croire: vivre de son travail, sans être obligé de recourir à l'assistance d'autrui. Pour les Hébreux, le contraire de « manger le fruit de son travail, » c’est le voir manger par d’autres, et c’est là un malheur et une punition divine mentionnés très souvent dans l'Écriture (V. Lév. XX VI 16; Deut. XXVIIL 38 Sen Vtt Mich./VT15:.J0b'XXXTE 6):
Îci, comme dans le psaume précédent, lPau-
Lin, 23, 13, et surtout nn qui dans tous deux commence la seconde partie.
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teur, après avoir parlé à la troisième personne dans le verset 1, passe à la seconde dans le verset 2. Ce passage rapide d’une personne à une autre est extrêmement fréquent en hébreu ; on le trouve dans maint endroit où 11 nous surprend et heurte nos habitudes (par exemple, Ps. XCE 1-3), mais dans notre psaume 1l n’a rien que de très naturel; Pauteur, qui a commencé en énonçant un principe, d’une manière tout à fait générale, en fait ensuite Papplication en s'adressant à un individu en particulier et même, si l’on admet la supposition que nous avons faite ci-dessus, à un homme qui se trouve en sa présence.
— COUT. » Il y à proprement «ear », »3, et ce mot a quelquefois embarrassé les interprètes, par exemple Hupfeld, qui en conclut que les deux hémistiches de ce verset ont été intervertis et qu'il faut lire : € Tu es heureux et prospère, car tu mangeras, etc. » Nous accorderons qu'ils sont intervertis ; seulement 1ls ne le sont pas, selon nous, par la faute d’un copiste; c’est l’auteur lui-même qui, après avoir sousentendu sa seconde proposition, de laquelle dépendait la première, finit pourtant par l’exprimer. Hupfeld conteste que 2 puisse jamais signifier (oui, >» mais nous ferons remarquer que ce sens affirmalif n’est point proprement autre chose que le sens confirmalif; on passe très facilement de l’un à l’autre; nous en avons d’autres exemples : ainsi Ps, CXVIIE, 10-42 (où, comme ici, le mot +3 se trouve au milieu de la phrase) et dans un serment (4 Sam. XIV, 44). En français aussi, dans le langage populaire, on emploie quelquefois, avec une certaine emphase, les mots : «Cest que...» dans le sens de «certes. »
3. Les comparaisons tirées des arbres sont fré- quentes dans toutes les littératures et ont fourmi à toutes les langues une foule d'expressions devenues usuelles : fort comme un chêne, la sève de la jeunesse, une santé florissante, etc. Aussi est-il presque superflu d’en citer des exemples dans les auteurs hébreux. Le livre des Psaumes, pour nous en tenir à celui-là, nous montre les justes Cpareils à des arbres plantés au bord des courants d’eau (1, 3), verdovants, croissant comme le palmier, s’'élevant comme le cèdre du Liban » (XCIT, 13-15). Mais, de tous les arbres, ceux qui occupent la place d'honneur dans le symbolisme des Hébreux, ce sont sans contredit la vigne et l'olivier, qui faisaent avec-le figuier la gloire et la richesse du sol de la Palestine. ! Comme, d’après la Loi, Phuile et le vin devaient accompagner la plus grande partie des offrandes faites à l'Éternel, les arbres qui les produisent étaient, en quelque sorte, considérés comme sacrés et, par conséquent, employés souvent pour représenter le peuple saint. Les exem- ples en abondent.* Dans deux morceaux remarquables (Zach. IV et Jean XV), ces symboles sont
élevés à un sens encore plus auguste : ils nv re-
LVoir l'apologue de Jotham (Juges IX).
2 Pour la vigne, voyez Es. V; Jér. IT, 24; Os. X, 1; Matth. XXI, 33, ete. ; et pour Polivier, Jér. XI, 16; Rom. XI, 17 sqq.
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présentent plus le peuple saint, qui est figuré dans l'un de ces morceaux par une lampe et dans Pautre par des sarments ; la vigne et l'olivier y sont la source d’où les sarments tirent leur sève et d’où coule dans la lampe lhuile qui en alimente la flamme. Ces images gracieuses et poétiques devalent donc être particulièrement chères aux Israélites par les pensées religieuses qu'ils avaient été habitués à y rattacher, et l’auteur de notre psaume les applique à la famille bénie sur laquelle s’arrétent ses regards; les fils qui entourent la table de leur père et qui le rajeunissent par leur présence, sont comparés aux jeunes pousses d’olivier surgissant des racines du vieil arbre planté au milieu de la cour ! et à l'ombre duquel, suivant l'usage du pays, la table était alors dressée; et l'épouse est comparée à la vigne chargée de fruits qui étend ses sarments sur les murs de cette cour intérieure, de manière à tapisser la façade et les ailes de la maison. Les mots «dans le fond de ta maison » et «autour de ta table » se rapportent-ils à la vigne et aux oliviers, ou à la femme et aux fils? Aux uns
1 C’est l'habitude en Orient; Virgile place un vieux laurier dans la cour du palais de Priam :
Aedibus in mediis, nudoque sub ætheris axe,
Ingens ara fuit; juxtaque veterrima laurus Incumbens aræ, atque umbra amplexa Penates,
D APHAUNL 4 Ÿ y LL? * 1 h MN ÉLUS < DENT LENS + 2 DA sl +
et aux autres, crovons-nous; car les plantes qui fournissent au poëte sa comparaison et les personnes qu'il leur compare se trouvent réunies dans la maison dont 1l parle, et c’est précisément ce voisinage qui lui a suggéré cette image et qui donne à celle-ci un à propos particulier. Aussi s'exprimet-il à dessein de telle sorte que le symbole ne se distingue pas de la chose signifiée; il ‘veut que | l'imagination les associe de manière à ne pouvoir plus les séparer. Si l’on insistait cependant pour savoir à quels mots se rapportent en premier lieu ces deux circonstanciels, nous dirions que lun, «autour de ta table, » se rapporte avant tout aux fils plutôt qu'aux oliviers, mais que l'autre, Cdans le fond de ta maison, » peut fort bien se rapporter d’abord à la vigne et, ensuite seulement, à la femme. Cela dépendra, du reste, de ce que lon se représentera par na 9n2%.
En tout cas, n37% ne peut jamais, croyons-nous, signi- - fier simplement pars poslerior, latus posticum, comme le disent les dictionnaires; il ne désigne pas seulement le mur qui fait le fond d’un édifice, mais ce mur-là avec les deux parois latérales qui s’y rattachent; c’est ainsi qu'il peut signifier le fond de cale d'un navire (Jon. I, 5), c’est-à-dire le point où ses flancs se rejoignent, — le cul-de-sac formé par le fond d’une caverne {4 Sam. XXIV, 4) ou d’une vallée (Juges XIX, 4; És. XXXVIL, 24); car, comme l'indique son sens propre («les deux cuisses »), il s'applique toujours à une . bifurcation : ainsi on voit clairement que dans Ex. XXVI, 23
on Pape DM EE Er A SE ee EE ce nr D ET EP CA
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il ne désigne pas la paroi qui fait le fond du Lieu très saint, mais les angles formés par cette paroi et les parois latérales ; il en est de même 1 Rois VI, 16, Dans notre passage, les mots 772 n3%2, si on les rattache à 7nÙxn, se rapporteront à l’intérieur de la maison, dont ils désigneront Ia chambre la plus reculée (comme Am. VE, 10), et c’est ainsi que parait l'entendre saint Jérôme /in penetralibus domus tuæ); si, au contraire, on les rattache à 153, comme le fait la Vulgate, qui traduit in lateribus domus luæ, on devra se représenter la cour intérieure formée par l'arrière-corps et les ailes de la maison, C’est ce dernier sens que nous préférons.
4. &« VOILA COMMENT. » Peut-être, — comme les mêmes mots nn et 13 dans le psaume précédent,
— avec un geste montrant le riant tableau de famille que le psalmiste a sous les veux.
5. «QUE L'ÉTERNEL TE BÉNISSE ! » 7292 doit être traduit ici par l’optatif, comme le fait la Vulgate, et non par le futur, comme le font Luther, Ostervald et Segond. Ce n’est pas seulement parce qu j] est suivi d'impératifs, ni, comme le dit Hupfeld, parce que le futur ne ferait que répé-
r l’énoncé du verset précédent; c’est surtout parce que sa ou avant le sujet v oblige, cette construction indiquant, dans la règle, le sens optatif, comme la construction inverse indique le sens futur.