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112 PSAUMES DES MAALOTIÉ
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Nous ne croyons point que la sentence énoncée dans le verset 2 ne fasse, comme le disent les commentateurs, que reproduire sous une autre forme le principe exprimé par le verset précédent. Si telle eût été l'intention de l’auteur, il aurait dit, par exemple : «Si l'Éternel ne bénit nos peines, c'est en vain qu'on se lève de bonne heure, etc. » Il nous paraît que la pensée fait ici un pas; après avoir dit dans le premier verset que, pour que le travail de l’homme soit fructueux, la bénédiction de l'Éternel doit l'accompagner, le psalmiste s’enhardit (arorolua, comme saint Paul le dit d'Ésaïe, Rom. X, 20), jusqu'à dire que cette bénédiction peut même en tenir heu! La pensée de ce psaume (cf. Ps. XXXIIT, 16; XXX VIE 5 sqq. etc.), — et c’est une de celles qui règnent dans le livre des Proverbes, — est donc poussée à l'extrême dans ce verset, comme elle l’est une fois aussi dans ce hvre-là, quand il y est dit (Prov. X, 22) : « C'est la bénédiction de l'Éternel qui enrichit e£ ü n'y ajoute aucun travail » (du moins «aucun travail excessif » 213y). Dépouillée de toute expression paradoxale, la lecon que Pauteur veut donner dans ce psaume, c’est que la foi doit toujours présider à notre travail, le régler et, au besoin, le tempérer, — qu'il faut donc travailler par obéissance à la volonté de Dieu et non par avidité et avec passion, —
BSAUME CXX VII 113
vivre conformément à la nature, sans allonger le
temps qu’elle assigne au travail, sans abréger celui qu’elle fise pour le repos, — en un mot, sans rien forcer; — ne pas se faire de soucis, comme le font
les Gentils (Matth. VE 9295-34). Notre traduction en vers entre dans l'esprit de notre psaume — plutôt que dans lesprit du suivant, — lorsqu'elle paraphrase ainsi (un peu trivialement, il est vrai) le second verset de ce dernier :
D'un travail ordinaire Il vit commodément.
— & PENDANT SON SOMMEIL, » NJŸ (orthographe araméenne pour ñ3Ÿ qui se trouve dans de nombreux manuserits) est employé ici sans préposition, — nous dirions : à l’accusatif, — ce qui est fort en usage pour les circonstanciels de temps. Ge sens, qui se trouve déjà dans Euther, est universellement adopté par les traducteurs les plus récents, sauf Castelli et Darbv, tandis que la plupart de nos anciennes versions, à l'exemple des LXX et de la Vulgate, font de NX un objet direct : «Il donnera du sommeil (c’est-à-dire du repos) à ceux qu’il aime.» Mais ceci va singulièrement mal avec le contexte, car le psalmiste ne s'adresse point à des gens qui cherchent le sommeil ou le repos sans le trouver, mais, au contraire, à des gens qui ne s’en accordent pas,
8. « UN HÉRITAGE. » Le mot 19n23 «part assignée, patrimoine, héritage » est choisi iei pour désigner un bien que nous n'avons pas acquis par notre tra-
- vail. Le mot3ù «salaire, récompense, » dans l'hémistiche parallèle à celui-ci, ne le contredit pas, mais
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{14 PSAUMES DES MAALOTI
le complète. À l’idée que Phomme est, par lui-même et par son propre travail, Partisan de sa fortune,
le psalmiste a voulu opposer ce principe: Fout
bien vient de Dieu. Mais, sil affirme la hbre grâce de Dieu, en vertu de laquelle il accorde des biens à qui il lui plaît (n9m), il ne prétend point exclure sa justice, d’après laquelle ces biens sont une récompense pour ceux qui le craignent.
4. © LES FILS DE LA JEUNESSE, » &nÿ31 2, ne sont pas «de jeunes fils », ni «des Jeunes gens en général » (Curci); ce sont des fils nés dans la Jeunesse de leur père, de même que Joseph était « un fils de la vieillesse » de Jacob (Gen. XXX VIT 3).et de même que «€ la femme de ta jeunesse» (Mal. IE, 14) signifie «la femme que tu as épousée quand tu étais Jeune. » Gette détermination n’est point un simple ornement poétique, mais elle ne signifie pas du tout que les fils seront déjà en état de secourir leur père à l’âge où il aura le plus besoin d'appui (Hupfeld); elle veut dire au contraire que, lorsqu'ils auront acquis toute leur force, leur père Paura rien encore perdu de la sienne et que celle des uns s’'unira à celle de l’autre. Cest pourquoi ces fils-là ne sont pas comparés seulement à des flèches, mais à des flèches «dans Ia main d’un homme fort.»
On ne peut citer qu’à titre de curiosité la traduction de Leclerc : « Tels sont les fils de ceux qui font un bon usage dé leur jeunesse. » Où a-t:1l pris cela ?
5. « HEUREUX L'HOMME QUI EN A PLEIN SON CAR- Quois!» L'auteur passe très poétiquement de la comparaison à la métaphore: les fils ne sont plus seulement € comme des flèches » (v. #4), ce sont des flèches, dont est rempli le carquois.
— CIÎLS NE SERONT PAS CONFUS. » ls, c’est-àdire le père et les fils.
— QÀ LA PORTE. » En Orient, les portes d’une ville étaient — et sont souvent encore — ce qu'a été en Europe la place publique (agora, forum, etc.) Cest là qu'étaient les marchés (2 Rois, VIT, 1), que se tenaient les assemblées du peuple (Néh. VII, 1), que lon rendait la Justice (Am. V, 12. 15;
Prov. XXI[ 22) et que l’on traitait les affaires
(Gen. XXITI, 18; Ruth. IV, 1 sqq), enfin, que lon s'asseyait pour se délasser, causer avec ses connaissances (Ps. LXIX, 13); c'était le siège de toute vie sociale dans des temps et dans des pavs où n'existient ni cafés, ni salons (Prov. XXXI, 25; Job
XXIX, 7 sqq). C'était aussi là, par conséquent, que s’élevaient les querelles. Qu'un homme, encore
dans la force de l'âge, y paraisse entouré de fils
déjà grands qui lui servent d’escorte, cette famille se fera respecter et ne sera point exposée à être victime, soit de la brutalité des premiers venus, soit de la vénalité des jugés si elle a un procès à soutenir; il ne [ui arrivera point comme à ceux dont Eliphaz maudit la maison patérnelle et € qui seront écrasés à la porte sans que personne les délivre » (Job V, 4).
On peut hésiter toutefois entre ce sens et celui qu’exprime la traduction de Leclere: € Ils n'auront aucun déshonneur à craindre quand ils feront tête aux ennemis prêts à forcer la ville.» Mais le mot "2m Gils parleront » est plus favorable à la première interprétation, On ne peut guères, comme le fait Gesenius, donner à ce mot le sens de «faire périr, » sens fort douteux puisqu'il ne lui convient que dans un seul passage, où l’on a même soupçonné une faute de copiste (2 Chron. XXI, 10). M. Reuss, tout en pensant, avec [a plupart des interprètes, qu'il s'agit ici d'un débat judiciaire, n'exclut pas absolument toute allusion à un combat contre les ennemis de la patrie : @Qui sait, dit-il, si cette image, empruntée à la vie civile, n’en réveillait pas une autre plus guerrière ? »
Le verset par lequel commence la seconde partie (3-3) se rattache dune manière évidente à ce qui précède et à la pensée qui fait le sujet du psaume : tous les biens nous viennent de Dieu. À lappui de cette vérité, l’auteur allèœue un exemple que personne ne puisse songer à contester : les enfants, de tous les biens le plus précieux, sont une grâce que Dieu accorde à qui
il Tui plaît. Quant aux développements ultérieurs
auxquels l’auteur se livre dans les deux derniers
versets, 11S S’écartent moins du sujet qu'il ne le
semble au premier abord; car ils renforcent son
argument, en insistant sur le prix inestimable dont les fils peuvent être pour un père. Il faut convenir toutelois que lon reconnaît dans ce morceau le génie propre aux auteurs des Maaloth, plus hommes de lettres que la plupart des autres psalmistes et se plaisant à terminer leurs compositions par un tableau. Dans la manière dont il termine celui-ci, le poëte rappelle les lyriques de l'antiquité clas- SIque .qui, eux aussi, trouvent souvent une certaine grâce à laisser, à la fin de leurs odes, Pimagination du lecteur à une assez grande distance
du point de départ. Nous n’en chercherons pas des
exemples dans Pindare, dont les compositions ont trop d’ampleur pour qu’on puisse les rapprocher de nos petits psaumes graduels, mais nous rappelle-
rons un grand nombre des plus belles odes d’Ho-
race, le Justum et tenacem, le Cælo tonantem et
bien d’autres.
.- Nous ne reviendrons pas sur le sujet de ce psaume que nous avons eu suffisamment l’occasion d'exposer; mais on se demandera ce qu'ont à faire dans un Psautier des pèlerins, dans un recueil de
LA
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cantiques pour les grandes fêtes religieuses, ce psaume et le suivant, qui, tous deux, nous transportent au sein de la vie domestique des Hébreux. Cest par les derniers mots de notre psaume que M. Reuss essaie de le rattacher aux autres. « Cette jeune génération, dit-1l, ne pouvait-elle pas voir des jours meilleurs et briser le joug sous lequel gémissait la cité vers laquelle en ce moment se diriseaient les pieds des pèlerins? » Ge lien nous paraît bien frêle et ce rapport bien éloigné. Nous devons plutôt reconnaître que les deux psaumes CX X VIT et CXX VIII, qui sont placés au centre du recueil, -interrompent la série des cantiques liturgiques et même, nous le verrons, séparent les deux psaumes relatifs à la Pentecôte; ils forment un mésologue, une sorte d’entr’acte, mais un entr'acte qui devait nécessairement avoir sa place dans le recueil des chants de fête, car il lPavait dans les fêtes ellesmêmes.
L’hospitalité dont jouissaient les pèlerins dans les maisons des habitants de Jérusalem, constituait pour eux une partie de la fête. ! Si l’on veut essaver de dé-
Fr
terminer davantage l’occasion pour laquelle a été
1 C'est à cette hospitalité devenue proverbiale que me paait s'être rapporté originairement le fait suivant cité comme miraculeux dans les Pirké Aboth : «Jamais homme n’a dit à son compagnon: Il y a trop peu de place pour
fait ce psaume, — et au risque de donner trop de place à Pimagination et à l'hypothèse, — voici peutêtre comment on peut se la figurer : des [sraélites
du dehors, accueillis selon l'usage dans la maison d'un habitant de Jérusalem, lui ont adressé leurs remerciements et lui ont fait compliment sur le bien-être qu’il doit à son intelligence et à son travail; celui-ci répond à ses hôtes avec modestie et rappelle que «si l'Éternel ne bâtit une maison, c’est en vain que l’on y travaille, » et à ces mots, qui étaient sans doute un adage bien connu, il ajoute une paraphrase, dont plusieurs traits lui sont suggérés par ce qui l'entoure. Le mot 73 Qainsi», qui a quelquefois embarrassé les commentateurs et que nous avons rendu par «tout autant » (v. 2), s'expliquerait alors à merveille: il signifierait «tout cela, » — «tout ce que vous voyez là, » et se rapporterait encore plus à ce que le psalmiste voit qu'à ce qu'il vient de dire. Il en serait de même de mn au verset 3: € Voici, des fils (tels que ceux que vous voyez là), etc. »
que je puisse me loger à Jérusalem » — à savoir au temps des fêtes, comme l’entendent les divers commentateurs de ce traité que J'ai consultés.
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