DE LA DIVISION DE QUELQUES LIVRES EN CINQ PARTIES
(Voyez page 2.)
Le fait de la division du livre d’Ésaïe en cinq parties, comme la Thora, est indépendant des questions critiques relatives à la date de celle-ci et à celle de la composition des derniers chapitres d'Ésaïe. Ce qui me parait devoir être admis, c'est que le rédacteur de ce livre a voulu le diviser en cinq parties. C’est pour cela qu'au lieu de réunir, comme on s’y serait attendu, toutes les premières prophéties rela- tives à Israël, il en a fait deux groupes distincts (I-XIT et -XXIV-XXXV) entre lesquels il a placé les prophéties relatives aux peuples étrangers (XITI-XXIID) et, pour bien marquer aussi la distinction entre le troisième groupe et la dernière partie (XL-LX VI), il a intercalé entre les deux les récits . historiques des chapitres XXXVI-XXXIX. Il me parait même que, si l’on n’admet pas cette intention du rédacteur, on ne peut pas s'expliquer suffisamment pourquoi les ch. XXIV- : XXXV ont été séparés des ch. I-XIT.
208 PSAUMES DES MAALOTH
On peut, croyons-nous, remarquer une intention pareille dans Pévangile selon saint Matthieu qui se rattache plus que tout autre livre du Nouveau Testament à la tradition littéraire des Hébreux et qui, lui aussi, se relie par ses premiers versets au Pentateuque. On sait que les discours de Jésus, qui en font le sujet principal, y ont été disposés en cinq groupes dont la fin est chaque fois indiquée par la même formule : &« Et il arriva que quand Jésus eut achevé ces dis-
cours... » (Kai éyévero être êréAecev..…)
Nous nous garderons de chercher quelque mystère caba-
listique dans cette tendance à diviser les livres en cinq ; nous pensons qu'on doit l’attribuer à une habitude littéraire des Hébreux : leur loi étant un Pentateuque, on était porté à conformer plus ou moins à ce modèle, à ce patron pour ainsi dire, les livres d’une certaine étendue et d’une importance particulière. Nous trouvons un fait analogue dans nos httératures, où les auteurs d’épopées ont assez souvent réglé le nombre de leurs chants sur Homère ou sur Virgile. Milton, — sans parler de Chapelain et d’autres poëtes oubliés, — et avant lui Silius ftalicus, ont fait des poëmes en douze livres comme l'Énéide. Et quand le Tasse entreprit de rendre le sien plus correct et plus régulier, il ne négligea pas de lui donner une division conforme à celle des poëmes d’Homère et refondit les vingt chants de la Jérusalem délivrée pour en faire les vingt-quatre charts de la Jérusalem conquise. Fénelon parait avoir hésité entre la division d’'Homère et celle de Virgile : dans les premières éditions le Télémaque est divisé en douze livres, dans les suivantes en vingt-quatre,
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