‹ Les Psaumes des MaalothChapitre 7 sur 35 · Mon âme en a assez d’habiter Avec qui haït la paix · texte numérisé non relu

Mon âme en a assez d’habiter Avec qui haït la paix

7. Je suis homme de paix et, dès que je parle, Les voilà à la guerre.

40 | PSAUMES DES MAALOTH

Ce psaume exprime les soupirs d’un Israélite habitant au milieu d’un peuple infidèle et barbare et ceux d'Israël lui-même en butte à l’hostilité des Gentils. En effet, le recueil des cantiques des Maaloth, qui nous paraît avoir été fait avant le. recueil complet des psaumes, date probablement d'un temps relativement assez rapproché du retour de la Captivité, et la plupart des psaumes qui le composent nous paraissent être aussi d’une époque voisine de ce retour. [l: semble, dans tous les cas, qu'il en est ainsi du Ps. CXX. On sait . combien les Juifs, lorsqu'ils sétablirent de nouveau dans leur pays et pendant un siècle au moins, sous Néhémie comme sous Zorobabel, eurent à souffrir des peuples qui les entouraient et de ceux qui avaient en leur absence occupé leur territoire et auxquels ils se trouvaient plus ou moins mêlés. Les Juifs n'avaient alors que des. intentions pacifiques, mais leurs voisins ne voulaient pas les laisser en paix (cf. le v. 7 de notre psaume). Nous voyons des Samaritains, des Arabes, des Ammonites, chercher constamment à leur nuire; ce ne fut guères cependant par des attaques à main armée!, mais en les calomniant auprès

1 La seule entreprise de ce genre qui soit mentionnée fut déjouée avant d’avoir pu s’exécuter. Voir Néh. IV, 2-9 -(trad. 8-15.)

THE RENE EME NN TEEN AE ANRT DE NE LNENSTONE Là ARNO TR UP EN EEE RARE ER RE CRE AT 3h NM EN RR CE AE 2x ENTCA TRE pt VA AANE Mr ET REA k4 PRET NPA Ru S w Le LS Ra NOÉ RR EE NE NE M EE TRES PEAR à Û UE EE : AR A NE ee be

D NA CN EURE à ET OR |

DETTE RUN RE ie DS

du roi de Perse où en essayant de les intimider par desimpostures (Esdr. IV, 5 sqq. Néh. VD). Aïnsi, dans cette hostlité telle que la rapporte l’histoire, la langue perfide Joue le rôle principal comme dans celle à laquelle fait allusion notre psaume

(v. 2). Composé peut-être dans ces circonstances particulières, il ne cessa jamais d’avoir son application pour Îles Israélites habitant hors de la ville sainte et toujours en butte au mauvais vouloir des Gentils près desquels ils vivaient. Il s'appliquait surtout aux Juifs de la dispersion qui, on ne doit pas lPoublier, formaient la partie la plus nombreuse de la nation.

1. « DANS LA DÉTRESSE où J'ÉTAIS » 9 -nnY2. L'expression la plus unie aurait été 5n1X%2, «dans ma détresse »; celle-ci appuie davantage; elle s'explique par la locution Day (Ps. XXXI, 10 et passim), dans lequel le verbe est | pris au sens impersonnel : angustum est mihi. Remarquez aussi la forme emphatique FAX.

4. QET 11 M'A RÉPONDU » 5p%. Delitzsch pense que c'est le sens consécutif pour : Gil me répondra. » Mais rien n'empêche de maintenir le sens de passé, car on voit souvent les psalmistes motiver leurs prières par les exaucements qui ont déjà eu lieu : il en est ainsi par exemple dans Ps. [V, 2, qui présente une grande analogie avec notre verset. Cela irait d’ailleurs particulièrement

PSAUMES o

34 ESAUMES DÉS MAALOTH

bien ici, si notre psaume est un soupir d'Israël délivré de la Captivité, mais souffrant encore des vexations des peuples qui Penvironnent, — rétabli, mais d’une manière incomplète (cf. Ps. CXX VIT, 3. 4, — et, en dehors de nos psaumes des Maaloth, Ps. LXXX V, 2-8).

2. ÇARPACGHE » ainyn. Cest le mot propre pour signifier : Carracher à une bête féroce sa proie. » C'est celui dont se sert David, racontant à Saül qu'il a arraché ses brebis à la gueule d'un lion et à un ours (1 Sam. XVII, 55). Les lèvres du menteur et la langue du calomniateur dévorent leur victime comme la gueule d’une bête féroce. Cette métaphore se rencontre aussi dans nos littératures : « De la même bouche dont on vient de bénir le Seioneur, dit saint Cyprien, on déchire ses frères » (Massillon). — Le psalmiste s’envisage ici comme une brebis (ce qui ne rattache que mieux notre psaume au dernier verset du psaume précédent), — une brebis dans la gueule du loup.

nn qu ?. L'état abs. s'explique, en prenant 199 comme une apposilion (cf. NON ON, Prov. XXI, 21), ou en supposant que 99 est ici un adj. fém. 4x. Àey. dont le imase. serait 5.

AA lutia no peut être sujet et se rapporter à la personne non désignée à laquelle le poëte vient de faire allusion, €A quoi te servira ta langue perfide ? Que te rapportera-t-elle? »

C’est ainsi que l’entendent Ostervald et Segond, par exemple. Il est plus vraisemblable que le sujet des deux verbes est «Dieu» sous-entendu, et que où est un vocatif, Bien que ce mot soit féminin, le genre masculin du suffixe qui Sy rapporte ne s’y oppose pas, car «la langue perfide » est ici « l’homme à la langue perfide, » et hébreu aime les constructions ad sensum. Ce qui tranche en faveur de cette seconde interprétation, c'est que les mots S'Dv-ñ91 17 nn sont des mots sacramentels : on doit les prendre dans le même sens que dans cette formule de serment : «€ Qu’ainsi Dieu me fasse et qu’ainsi il ajoute! » (4 Rois IT, 23; XIX, 2; Ruth I, 17), c’est-à-dire : «Que Dieu me rende, et me rende avec usure, le bien ou le mal que j'aurai mérité par mon plus ou moins de fidélité à tenir ce que je promets!» La formule d’assermentation est pareille : € Qu’ainsi Dieu te fasse, etc. » (1 Sam. TT, 17).

4. Ilest dit du méchant qu'ila Cun feu ardent sur les lèvres.» (Prov. XVI, 27), et une langue malfaisante est appelée une flèche (Ps. LXIV, 4. Jér. IX, 7 trad. 8) on quelquefois un arc (Jér. IX, 9 trad. 3). Dans le texte hébreu cette métaphore est déjà dans le mot #93 («perfide »), dont la racine (np?, au piél «tromper ») signifie proprement «ürer des flèches » (kal). Ainsi les flèches, de même que les braises, qui ailleurs encore sont un symbole des punitions envoyées de Dieu (Ps. CXL, 11), sont ici une peine en rapport avec le péché (CF Ps. LXIV, 4. 8). Mais il faut remarquer que, dans Île verset qui nous occupe, le mot «avec » (by) montre que les flèches et les braises ne doivent pas

ôtre prises séparément, comme deux images différentes : il n’y a ici qu'une seule image, celle de flèches chargées de braises et destinées à incendier une ville assiégée; c’est ce que les Latins appelaient malleoli; il en est question dans Cicéron (Catilin. 1, 13. Mil. 24) et dans Tite-Live (XLII, 64), et Ammien Marcellin (XXIILE, 4) nous en décrit [a composition. Saint Paul v fait allusion, et aussi au: sens figuré, lorsqu'il parle des C{raits enflammés du malin » (Eph. VE 16). Dans notre psaume, ces traits enflammés sont une image de la foudre, qui elle-même représente les jugements de Dieu en général. Virgile se sert de la même expression dans sa description de l'orage [(reorg. I, 328 sqq.) :

«.…. ille flagranti Aut Atho aut Rhodopen aut alta Ceraunia telo LONGER re

— (DE GENÊËT ». Les charbons de genêt conservent, dit-on, le feu plus longtemps que les autres. Du temps de Matthiolus (vovez son Commentaire sur Dioscoride, [V, 152), c'est du bois de genêt qu'on se servait de préférence pour cuire la ma-

jolique.

.S. MÉsuec est un peuple japhétique (Gen. X, 9), nommé par zéchiel, avec Rosh et Tubal, comme

PSAUME CUXX 0

vassal de Gog. On a, sans raison suffisante, r'ap- proché ce nom de celui des Moscovites et le nom de Rosh de celui des Russes. Tubal et Méshec, dont les noms, habituellement associés, figurent assez souvent dans les inscriptions assyriennes, sont les Mosques et les Tibaréniens mentionnés par Hérodote (VIE 77 sq.) dans le dénombrement de larmée de Xerxès; c’étaient des peuples du Caucase. — Képar est une tribu ismaélite (Gen. XXV, 15); habitant sous des tentes (Es. XLIT, 11: Cant. E, 5) et dont le nom, chez les rabbins et déjà peut-être dans Ésaïe (XXI, 16) représente par synecdoque tous

les Arabes. La distance qui sépare les deux peuples :

nommés par le psalmiste ne permet pas d’admettre qu'il ait pu habiter à la fois en Méshec et avec Kédar; mais, comme ce psaume était chanté par une assemblée d'Israélites venus de tout pays, on peut supposer que ces deux noms ont été choisis pour représenter les peuples lointains du Nord et du Midi, chez lesquels 1ls habitaient. La dureté de ceux-ci à leur égard ne pouvait être mieux rap-

pelée que par le nom de Kédar, — le farouche habitant du désert, ayant pour caractère comme les autres fils d'Ismaël de «lever la main contre tous» (Gen. XVI, 12), — et par celui des Méshékites, — saevi Moschi, comme les appelle Lucain, — ces féroces montagnards issus des extrémités du

MERS DIN PR ERNST TR RATER * LE / * Re l'ai y PATES

30 PSAUMES DES MAALOTH

Nord, de cet affreux Caucase,! dont ils ne descendaient sur les bords du Pont Euxin que pour vendre des esclaves aux navigateurs tyriens (Ez. XX VIE 13). Il ne serait même point impossible que ces deux noms désignassent des peuples déterminés : Méshec, peuple japhétique chez lequel séjourne le psalmiste, représenterait le peuple japhétique à lempire duquel aurait alors appartenu le pays des Juifs, — soit les Perses, — soit les Grecs, si l'on croit avoir des raisons de ne pas faire remonter au delà du temps d'Alexandre la composition de ce psaume. Kédar représenterait les peuples voisins, la plupart sémites comme eux, qui s'étaient répandus sur leur territoire et avec les tentes desquels ils étaient forcés d’habiter*, On comprend les motifs que pouvait avoir l’auteur d'employer le nom figuré de Kédar et surtout le nom énigmatique de Méshec, et il est à remarquer que ces désignations voilées ne sont pas rares chez les Hébreux; elles se rencontrent déjà longtemps avant

{ Le Caucase était pour les anciens la région inhumaine par excellence. Didon, dans ses imprécations, dit à Énée [Æn, IV, 366) :

«.duris genuit te cautibus horrens

. ? Avec leurs tentes, — et non point dans leurs tentes, comme le dit Ostervald.

PSAUME GXX 39

l'époque où à pu être écrit notre psaume [Doumu ES XXI, 11, Ariel ibid: XXIX,; 4. 2. 7, Shéshac Jér. XX V, 26. LE, 41) et elles sont devenues de plus en plus fréquentes. L'usage qui serait fait ici du nom de Méshec serait tout pareil à celui que fait lApocalvpse du nom de Babvlone pour désigner Rome. Pour les rabbins des âges postérieurs, Kédar, peuple arabe, a représenté les musulmans et Méshec, peuple japhétique, les chrétiens.

6. n29, état constr. au sens adverbial (syriasme) : Cbeaucoup, » ou plutôt «suffisamment » (Ps. LXV, 10); ce mot est employé, — du moins dans nos psaumes des Maaloth, à un âge avancé de la langue, — avec l'intention de dire : «assez et même trop!» satis superque (Ps. CXXIIE, #: CXXIX, 1. 2). [ei cette intention est encore plus accusée par le pronom réfléchi qui suit (n°) et qui donne à l'énoncé de l’auteur une couleur plus subjective : «Mon âme en à assez d’habiter, etc. »

7.01% équivaut à ow-vN de Ps. XXXVIL, 37, mais est beaucoup plus énergique et bien dans le style concis qui caractérise les psaumes des Maaloth.

On s’est demandé quelle raison on avait eue, — si les psaumes graduels sont réellement des chants de pèlerinage, — d'introduire dans ce recueil ce Ps. CXX, où il n'est question ni de pèlerinage, n1 de fête, ni de temple, ni de Jérusalem. Il nous parait cependant qu'on a parfaitement pu Pappliquer à ce sujet et que la place qu'on lui à donnée en

70 PSAUMES DES MAALOTH

tôte de ce recueil lui convient on ne peut mieux. Il exprime avec vivacité le besoin auquel répondaient les pèlerinages à Jérusalem. Il peint la souffrance d'un Israélite vivant sous la domination des Gentils, loin de la Judée; c’est le soupir d'un homme de paix au milieu d'étrangers malveillants, qui ne rêvent que guerre (v.7),et ce soupir implique le désir de vivre dans la paix, au milieu de frères et d'amis; aussi ces traits sont, comme nous le verrons, ceux que relèvera particu-

lièrement le Ps. CXXIE, où le pèlerin célèbre Jéru-

salem et la Joie qu'il éprouve d’v être arrivé. Et le psaume qui suit immédiatement le nôtre s'y rat-

tache par ses premiers mots : «Je lève les veux

vers les montagnes. D'où me viendra le secours? » — [IT nous paraît donc que le premier de nos cantiques graduels, qui au premier abord présente des difficultés et que M. Reuss envisage même comme «la pièce la plus obscure de tout le Psaulier», devient suffisamment clair si on l'explique en le rapprochant des autres.

4 Fat) à F Ke) x VHS se y |

CS

(by |

(LXX et Vulg. 120.)

- Chant pour les pélerinages.

Je léverai les veux vers les montagnes...

D'où me viendra le secours”?

Mon secours vient de l'Éternel, Qui a fut les cieux et la terre.

— Qu'il ne laisse pas broncher lon pied, Qu'il ne s’assoupisse point, celui qui te garde! —- Non, 1l ne S'assoupira point etilne dormira point, Celui qui garde Israël.

— L'Éternel est celui qui te garde; L’Éternel est ton ombre, il est à La main droite. Dans le jour le soleil ne te frappera point, Ni la lune dans la nuit.

L'Éternel te gardera de tout mal, Il gardera ton âme.

L’Éternel gardera ta sortie et ton entrée Dès maintenant el à jamais.

142 PSAUMES DES MAALOTH

S'il y a, comme nous l'avons dit, dans nos psaumes graduels, des cantiques dont on à fait des chants de pèlerinage sans qu'ils aient été composés à cette intention, il n’en est certainement pas ainsi de celui-ci. Il ne se rapporte pas, comme la plupart des autres, à l’une des fêtes auxquelles le pèlerinage donnait lieu ni, comme le psaume qui le suit, à l’arrivée dans la ville sainte, mais au pèlerinage même, c’est-à-dire au voyage, à à montée à Jérusalem. Aussi n'est-il pas, comme les autres, intitulé d’une manière générale : Cchant des montées,» mais «chant pour les montées. » On pourrait être tenté de considérer cette différence comme insignifiante et purement accidentelle; c’est ce qu'ont fait tous les interprètes". [ faut avouer cependant que cette irrégularité, qui pourrait être admissible ailleurs, ne l’est guères dans les psaumes des Maaloth, dont le recueil a été fait, comme nous lPavons vu, avec un art si minutieux et qui suppose chez ses rédacteurs tant de soin et d’exactitude. Elle ne peut donc être attribuée à une inadvertance de ceux-ci et l’on ne peut guères non plus v voir l'erreur d’un copiste, puisqu'elle se trouve dans les traductions les plus anciennes et qu'aucun manuscrit ne présente ici de variante.

{Un midrash, cité par Delitzsch, en donne, il est vrai, une explication, mais une explication mystique,

PSAUME CGXXI 45

Aussi, à supposer même que cette différence reût pas l'intention que nous croyons pouvoir lui attribuer, il n’en resterait pas moins évident pour nous qu’elle doit en avoir une.

Les deux premiers des psaumes graduels (CXX, CXXD) font exactement pendant aux deux derniers (CXXXIII, CXXXIV). Le Ps. CXXXIIT (« Qu'il est bon et qu'il est doux que des frères habitent ensemble! ») correspondra au CXX, qui exprimait la douleur de devoir habiter au milieu d’ennemis. Et pareillement, tandis que nous verrons dans le Ps. CXXXIV la bénédiction donnée aux pèlerins, — au moment où ils vont quitter Jérusalem,—par « ceux qui se tiennent dans la maison de l'Éternel, » nous voyons dans celui que nous avons sous les veux la bénédiction qui leur est donnée, — à leur départ pour Jérusalem, — par ceux qui restent au logis. L'auteur de ces deux psaumes, — sils sont du même auteur, comme nous serions assez enclin à le croire, — a-t-1l voulu rendre plus sensible encore la relation qui existe entre eux, en donnant à Dieu le même titre dans l’un et l'autre: «lÉternel qui à fait les cieux et la terre? » Cela est possible ; cependant, cette épithète (qui du reste se trouve encore ailleurs) paraissant aussi dans le Ps. CXXIV, nous nous bornerons à constater qu'elle est familière aux psaumes des Maaloth.

Notre psaume se divise en deux strophes, de quatre versets chacune, dont la première est une introduction à la bénédiction que renferme la seconde. C'est, comme lindique Pemploi alternatif de la première et de la seconde personne, un dialogue entre ceux qui partent et ceux qui restent. Et cette antiphonie est un rapport de plus entre ce psaume et le CXXXIV. |

4-2. Au milieu d’ennuis et de souffrances que nous pouvons nous représenter d’après celles que décrit le psaume précédent, lfsraélite habitant un pays étranger est naturellement porté à tourner les yeux vers sa patrie; c’est vers les montagnes de Juda, et particulièrement vers celle sur laquelle s'élève Jérusalem, que se dirigent ses regards et que se dirigeront bientôt ses pas. C’est pourtantsans superstition qu'il regarde de ce côté-là, car ce rest pas de la montagne de Sion qu’il attend le secours, c'est de Celui qui y habite et qui est «le Créateur des cieux et de la terre. » D'ailleurs, le sentiment avec lequel 1l contemple ces montagnes est un senüment mêlé: c’est vers elles sans doute que tendent ses désirs, mais elles le font aussi songer aux difficultés et aux dangers du voyage, et c’est peutêtre à cela que se rattachent le plus directement les . mots: (D'où me viendra le secours ?.… »

1. PRO n’est jamais relatif, mais indique toujours une question soit directe, soit imdirecte (Jos. IE, 4). La plupart de nos anciennes versions ont donc iei une faute.

3. Ce verset est un vœu, exprimé avec la sollicitude de Paffection, par ceux qui restent et qui entrevoient les dangers que le voyage présentera au pèlerin. Mais quelle est dans leur pensée la personne désignée par les mots « Celui qui te garde? » Est-ce Dieu, comme le disent la plupart des exésètes? Nous crovons que c’est plutôt le guide ou l'escorte que le pèlerin aura éventuellement à prendre pour telle ou telle partie dangereuse de son voyage; aussi, — comme les participes hébreux n'impliquent aucune notion de temps, — on devrait peut-être traduire : « Celui qui te gardera. »

— Encore ici il y a une faute dans nos vieilles versions, et même dans presque toutes les nouvelles, On ne doit pas traduire : QÏl ne permettra pas, etc.» br oblige à rendre les verbes de ce verset par des optatifs, comme le fait avec raison la Vulgate. On ne peut pas non plus traduire par des interrogations, comme le fait M. Reuss, qui reconnait pourtant que, € dans lPoriginal, ces questions ont plutôt la forme d’une prière. »

4. Au vœu qui vient d’être exprimé, le pèlerin répond avec la certitude de la foi: « Ne craignez

rien, J'ai pour me garder quelqu'un qui ne peut me faire défaut en aucun cas, car ce protecteur n'est

A6 PSAUMES DES MAALOTH

pas un homme, c'est l'Éternel lui-même, qui a toujours protégé [Israël et qui me garde comme î Ë G

membre de son peuple. »

— QÏTL NE S'ASSOUPIRA POINT ET IL NE DORMIRA POINT. » 51 on désignait simplement, comme on la dit quelquefois, un sommeil plus léger que celui qu'exprime yqw, la progression serait contraire à celle que lon attend et qui conviendrait. Aussi Hupfeld, Moll et autres, supposent qu'il n°v à ici aucune progression, mais que ces deux verbes sont employés comme absolument synonymes et que la force de l'expression ne consiste que dans la répétition d’une même idée par deux mots différents. Nous ne pouvons croire à cette sorte d'accumulation, qui serait tout à fait contraire au style de ces psaumes, style dont la précision est le caractère distinctif et qui ne comporte aucune espèce d'amplification. Il v a réellement une différence entre le sens de ces deux verbes, mais ce nest pas seulement une différence d'intensité. ;w se dit du sommeil régulier et nécessaire, tandis que an (forme adoucie de on « ronfler ») désigne le sommeil hors de temps, le sommeil de celui qui voudrait veiller, lassoupissement -provenant de la fatigue, de la paresse ou de Pivresse!. La

1! Voir Es, LVI, 10; Nah. 111, 48 et le substantif® 21

HE

ec tt.

LEP SONATA NEA TL a RÉPONSE (ETES

PSAUME CxKI1 Li

progression est donc celle-ci: «Il ne se laissera point surprendre par le sommeil pendant la chaleur du jour, comme cela pourrait arrivér à un gardien négligent ou peu vaillant, — et même il ne se livrera pas au sommeil de la nuit, duquel aucun autre gardien ne peut se passer, Si vigilant qu'il soit. Dieu est le seul gardien qui veille en tout temps. Et 1l veillera sur moi. » Ceci va bien avec le v. 6, qui parle aussi de la protection de Dieu pendant le jour et pendant la nuit. Ainsi, dans ce v. 4, ÇGelui qui garde Israël » n’est point, comme on le dit généralement,opposé aux dieux des Gentils (4 Rois X VITE, 27), il est opposé aux gardiens humains. |

Le gardien dont parlait le v. 3 était envisagé à la fois comme guide et comme escorte, — dans le premier hémistiche comme un guide qui devait conduire le pèlerin par un sentier uni, — dans Île second comme une escorte fidèle et vigilante. Le

.v. À ne lenvisage plus que comme escorte.

5. « L'ÊÉTERNEL EST TON OMBRE, IL EST A TA MAIN DROITE. » Littéralement : «ton ombre, à ta main droite. » Pourquoi éette ombre est-elle placée à

(Prov. XXII, 21) qui ne signifie pas le «long dormir » (Ostervald), mais « Passoupissement » (Segond) produit par le vin. :

A8 PSAUMES DES MAALOTH

droite? La droite désigne-t-elle ici, comme souvent, le côté du midi, celui où le soleil étant en sa force incommode le plus le vovageur? Ce nest pas impossible, cependant il est plus simple de ne pas faire dépendre lune de l’autre ces deux circonstances, emplovées et parallèlement. Ces deux images, qui toutes deux représentent la protection, sont d’un usage si fréquent que ce ne sont presque plus des images: on peut les considérer comme avant passé dans la langue. Vovez par exemple pour la seconde Ps. XVI, 8. CIX, 31. OX, », — et pour la première Ps. X VIT, 8. XCI, 1. Ecel. VIT, 12, etc. Dans Nombr. XIV, 9, on a même dans presque toutes les traductions effacé l’image et remplacé le mot d'ombre par celui de protection. Mais ici le poëte la rajeunit, en appliquant dans le verset suivant cette protection de Dieu à des faits qui font penser à l'ombre prise au sens propre.

6. « LE SOLEIL NE TE FRAPPERA POINT. » QC Frapper » est bien le mot et l’on ne doit pas traduire : «Le soleil ne donnera point sur toi,» car il ne s’agit pas ici de préserver le voyageur des désagréments de la chaleur, mais du danger des coups de soleil. Notre langue a dans ce substantif la même métaphore que hébreu a dans le verbe, qui est employé aussi (Jon. IV, 8), en parlant du coup de soleil dont

PSAUMÉ Cxxi À9

Co LUE RES

Jonas tombe malade. Ce danger-là est le principal auquel on soit exposé quand on vovage en Orient.

Ceci ne souffre aucune difficulté, mais on a été embarrassé d'expliquer ce que Pauteur dit de la lune, dont il paraît mettre ici les coups en parallèle avec ceux du soleil. On à dit qu'il n'avait pensé ni aux uns ni aux autres et n'avait voulu qu’exprimer cette antithèse: «la chaleur pendant le jour et la gelée pendant la nuit» (Gen. XXXT, 40. Jér. XXX VI, 50) et la présenter sous une forme poétique, en attribuant l’une à l’astre qui a la domination sur le jour et l’autre à celui qui règne sur moitetGren.L'16.:PS CXXKVNI:8 sq) Cette explication n'est pourtant point nécessaire, car on sait maintenant, par le rapport de voyageurs instruits, que le clair de lune peut réellement produire des effets analogues à ceux des coups de soleil Des accidents de Ce genre, fréquents dans certains pays du midi!, ont même été observés quelquefois dans le nord de l’Europe.

8. GTA SORTIE ET TON ENTRÉE. » Expression usitée souvent dans un sens tout à fait général : Ctes allées et venues, tout ce que tu fais» (par exemple, 1 Sam. XXIX, 6). Cest aussi le sens qu'elle a ici,

On peut en voir des exemples cités par Delitzsch ad hunce loc.

DÙ | BSAUMES DES MAALOTH

comme le prouvent les mots : « dès maintenant et à jamais. » Cependant nous ne serions pas éloioné de croire que l’auteur rattache à ces mots une

allusion au départ du pèlerin et à son retour. Aussi | mentionne-t-il la sortie avant l’entrée (ce qui est du reste l’usage habituel), tandis que nous voyons le contraire dans la bénédiction assez pareille que

nous lisons Deut. XX VII, 6°. |

1 De même, Act, [, 21: eio7)A0ev xat 87 )0ev.

to

en |

IT

(ERP Vus 197.)

Chant des pélermages. — De David.

Je me suis réjoui de ce qu'on m'a dit :

€ Allons à la maison de l'Eternel. »

Nos pieds se sont arrêtés Dans tes portes, Jérusalem !

Jérusalem la rebâlie, Ville où tout est bien joint, Où montaient les tribus, les tribus de l'Éternel, — (était un commandement-pour Israël, — Pour célébrer le nom de l'Éternel :

Car c’est là qu’étaient établis des trônes pour la justice, Des trônes pour la maison de David.

Priez pour la paix de Jérusalem !

— Que ceux qui V'aiment vivent tranquilles !

Que la paix soit dans tes murs

Et la sûreté dans tes tours!

MA

59 BSAUMES DÉS MAALOTH

S. Pour l'amour de mes frères et de mes amis,

| Oui, je te souhaiterai la paix.

9. Pour l'amour de la Maison de l'Éternel notre Dieu, Je veux rechercher ton bien.

Voici encore un psaume composé tout exprès pour les pèlerinages. Mais ce n’est plus au voyage qu'il se rapporte, c’est à l’arrivée à Jérusalem. La seconde strophe de ce psaume en est la partie essentielle, comme dans le précédent. Dans celui-là, cette seconde partie était la bénédiction donnée aux pèlerins à leur départ; dans celui-ci, c'est la bénédiction par laquelle ils saluent Jérusalem à leur arrivée. Dans les versets qui précèdent ils expriment les premières impressions que produit en eux la vue de cette ville. Dès leur arrivée ils se sont formés en cortège et ils traversent la ville pour se rendre au temple. Le Ps. XLIT décrit cette Scène; le psalmiste y rappelle s@certe grande troupe tout en fête qui montait à la Maison de Dieu avec des cris de Joie et des cantiques de louange, » Notre Ps. CXXIT nous paraît être un de ces cantiques. CR ‘ |

Le premier verset rappelle en deux mots la joie du départ. Mais le psalmiste ne s’y arrête pas, il est déjà tout entier aux sentiments qu'excite en lui la vue de Jérusalem, la capitale du peuple de

ds TR CU SP LA LR fé PSAUME CGXXII 09

Dieu, le centre où se rencontrent toutes les tribus, la ville de David!

Tel est le sujet de la prémière partie. La seconde, a bénédiction donnée à Jérusalem, était peut-être chantée par des chœurs qui se répondaient : lun aurait chanté les versets 6 et 7, et l’autre les versets 8 e6t9; rien non plus nempêcherait de les faire alterner et de supposer que les versets 6 et 8 sont ceux que chante le premier chœur et les v. 7 et 9 ceux du second. Mais on peut aussi supposer que tout le psaume était chanté par les mêmes personnes, sauf les premiers mots du v.6 (€ Priez pour la paix de Jérusalem »), qui auraient été prononcés par le chorége seul (le inaitre-chantre de nos traductions) ou par un petit groupe de chanteurs".

4. «De Davip. » Si l’on adm:t, comme nous sommes porté à le faire, que les titres des psaumes ont en général une valeur, sinon absolue, du moins considérable, — on sera surpris de trouver ces mots en tête de notre psaume, qui parait être

1 Suivant la tradition, les Israélites qui, à la Pentecôte, portaient au temple leurs prémices, chantaient le premier verset en approchant de la ville. Quelques-uns des prineipaux sacrificateurs sortaient à leur rencontre et entonnaient avec eux le second verset au moment où ils arrivaient aux portes (V. Seldenus, lib. 3. Synedr. 13].

c)/L PSAUMES DES MAALOTH

d’une tout autre époque que celle de David. La principale difficulté n'est pas dans la mention expresse qui v est faite des pèlerinages d Jérusalem comme d’un usage établi (v. 4), car on pourrait au besoin admettre qu'ils avaient commencé du temps de David, puisque, après Salomon, nous les voyons déjà assez en vogue pour que Jéroboam croie nécessaire d’y faire concurrence et institue à cet ef- | fet le culte des veaux d'or à Béthel et à Dan. Il ne serait pas non plus difficile d'admettre, — si ce psaume est antérieur à la construction du temple, — que le nom de «Maison de l'Éternel » (v. 9) fût alors appliqué, surtout en langage poétique, à la tente que David avait dressée à Jérusalem pour y abriter l'arche. Mais les versets 3 et 5 soulèvent, comme nous le verrons, d’autres difficultés. On est en outre frappé du rapport intime de ce psaume avec le CXX, ainsi que de Padmiration et de Pespèce de surprise que Jérusalem parait inspirer à l'auteur. Celui-ci a tout l'air d’avoir habité aussi avec les tentes de Kédar : ce qui le frappe surtout à Jérusalem, c’est que c’est une ville où il y a des tribunaux institués pour rendre la justice (v. # et ce qu'il implore surtout pour elle, c’est la paix. Il y a donc là matière à difficulté; mais avant de se demander si c'est à tort ou à raison que le rédacteur du Psautier des pèlerins — ou celui du

Psautier dans son ensemble — a attribué ce psaume à David, on peut se demander sil le lui a réellement attribué, — en d’autres termes, au lieu d'exminer si ce psaume est authentique, on doit voir si ces mots le sont et S'ils font partie du texte primitif du titre. Nous crovons que lon doit répondre négativement : car, quoique les mots «De David » se lisent dans la presque totalité des manuscrits, il v en a deux cependant dans lesquels ils manquent, .et ils ne se trouvent ni dans les LXX, ni dans les Targums, ni dans la Vulgate, ni dans les versions éthiopienne et arabe, bref, dans aucune des meilleures autorités. Nous verrons que le cas est pareil, ou à peu près, dans les Ps. CXXIV et CXXXIIT. On doit attacher d'autant plus d'importance à cette variante que, si l’on en excepte le Ps. CVITIE attribué à Asaph par quelques manuscrits, les trois psaumes CXXIT, CX XIV et CXXXIIT sont absolument les seuls où nous voyions le nom de David figurer dans le texte vulgaire et manquer dans les versions et dans certains manuscrits. Or, on ne comprendrait guères que ces versions et ces manuscrits eussent ôté le nom de David du titre d’un psaume, tandis que l’on concoit aisément que lon ait pu attribuer au grand . psalmiste un psaume qui n'était pas de lui. On prête volontiers aux riches. Nous en concluons

0 PSAUMES DES MAALOTH

que le nom de David, qui figure dans nos éditions, nest que la conjecture d'un copiste.

— CJE ME SUIS RÉJOUI, etc. » Le psalmiste parle-t-1l de la joie qu'il a eue tout à l'heure en entendant qu'on allait se former en cortège pour se rendre au temple, — ou bien de celle qu'il a éprouvée dans le pays qu'il habite, lorsqu'on lui à proposé de se rendre en pèlerinage à Jérusalem, où est la Maison de l'Éternel? C'est ce qu'il est difficile de décider; cependant, comme larrivée à Jérusalem est mentionnée dans le verset suivant, il est assez naturel de supposer que notre verset se rapporte à un fait antérieur. Le second sens est donc très probable. |

2. Encore ici, il y a deux manières d'entendre le fait dont parle le psalmiste : on peut prendre les mots «dans tes portes » au sens propre et supposer que les pèlerins rappellent, soit l'émotion respéctueuse qui les à fait s'arrêter un instant aux portes de la ville sainte avant d'en franchir le seuil, sot l'arrêt qu'ils v ont fait pour S'y attendre les uns les autres afin de se former en cortège. On peut aussi prendre cette expression dans un sens plus général : «dans les portes » d’une ville signifie souvent par synecdoque: «dans l'enceinte d'une :

PSAUME COXXII dy

ville » (Voir, par exemple, Ex. XX, 40 et Ps. IX, 15 : «Je raconterai tes louanges dans les portes de la fille de Sion »). Si lon adopte ce dernier sens, ce verset signifiera simplement : « Nous sommes rivés au terme de notre pêlerinage. »

Ce sens irait fort bien ici, Cependant les mots VA n179ÿ (el non 179}ÿ) me paraissent se rapporter mieux à un fut achevé el qui à cessé, el je croirais que les pèlerins rappellent ici Parrêt qu'ils ont fait aux portes mêmes de la ville.

3. (JÉRUSALEM LA REBATIE. » Litt. ©la bâtie. » Mais n32 signifie souvent € rebâtir » et c'est Le mot employé toutes les fois qu'il est question de relever les murs de Jérusalem, ou le temple, ou la ville elle-même (par exemple Esdr. LE, 5. Néh. LE 47. Ps. CXLVIT, 2). On peut se figurer le ravissement dont était saisi un pèlerin israélite, arrivant à Jérusalem après Zorobabel où surtout après Néhémie, et la vovant sortie de ses ruines et tout entourée de ses murs dont les brèches avaient été réparées. On comprend que le premier tre dont il la salue soit celui-ci: «Jérusalem la rebâtie, Jérusalem qui es maintenant une ville où tout se joint, où l’on ne voit plus ces solutions de continuité qui déparent une ville à moitié détruite. » Ce verset est presque une date : un auteur qui serait de beaucoup postérieur à la reconstruc-

EJ

JS PSAUMES DES MAALOTH

tion de la ville ou au moins à celle des murs ne serait pas frappé de cette circonstance, qui n'aurait plus rien de remarquable. Et, d'autre part, il est évident que ce verset n'aurait pu être écrit avant la Captivité, — à moins qu'il n'ait un autre sens que celui que nous venons d'exposer. Si l’on attribue ce psaume à David, ces mots sont embarrassants. [Il faudrait alors entendre que «Jérusalem la bâtie», signifie ici «la ville fortifiée » ou «la bien bâtie » et admettre, avec Bossuet, par exemple, que dans les mots qui suivent, la Jérusalem de David, devenue par ses constructions une ville plus considérable (2 Sam. V, 9 sqq. 1 Chr. XE 8), est opposée à ce qu’elle était du temps dés Jébusiens, — ou plutôt encore supposer avec Aben- Ezra que David met dans la bouche des pèlerins, campagnards où habitants du désert, lexpression d'une admiration naïve pour une ville, une vraie ville où les maisons se touchent. Ce trait tout idvilique surprendrait moins dans les psaumes des Maaloth que dans d’autres. Il nous paraîtrait cependant étrange : les villes étaient-elles st rares en Palestine”? et les pèlerins étaient-ils en si grande majorité des hommes des champs? !

La traduction que donne de ce verset le savant hébraïsant Luzzatto s’écarte trop des autres pour qu'il ne soit pas intéressant de la mentionner. Voici comment il l'entend : «Jéru-

LPS

3. 1720 . C'est la première fois que nous rencontrons le © préfixe dans nos psaumes des Maaloth et même dans le Psautier, et il se trouve encore dans le verset suivant. Fréquent dans les Juges et dans trois des Megilloth (EKcclésiaste, Cantique, Lamentations), entièrement absent du Pentateuque, de Josué, des Prophètes (sauf de Jonas, où il se ren-

contre deux fois), très exceptionnel ailleurs (une fois dans

les Rois, une dans Job, deux dans les Chroniques et une dans Esdras), le © préfixe parait dans neuf psaumes, savoir dans quatre de nos Maaloth (CXXIT, 3. 4; CXXIV, 1.6; CXXIX, 6. 7; CXXXII, 2) et dans cinq de ceux qui les sui- Vent{CXX XV, 28,10: CXXXVE 23; CXXX VII 8. 9; CXLIV, 15 ; CXLVI, 5). Il ne se trouve donc que dans le livre V du Psautier et toujours dans des psaumes anonymes et qui paraissent être postérieurs à la Captivité, Notre psaume et les psaumes CXXIV et GXXXII rentrent dans cette catégorie, Car nous avons vu que les mots «de David » ne se trouvaient pas originairement dans le titre du CXXII et nous verrons qu'il en est de même pour les deux autres. Le psaume CXLIV, dont le titre est attribué à David par tous les manuscrits et toutes les versions, semble au premier aboru faire exception, mais le verset dans lequel se trouve ce © et qui est le dernier du psaume, peut fort bien être un épiphonème ajouté plus tard, et d'ulleurs on doit reconnaitre, avec le plus grand nombre des interprètes, que ce psaume est en réalité composé de deux psaumes entièreinent différents : le titre ne se rapporterait donc qu'au prenier (CXLIV, 1-11), auquel il conviendrait en effet, ce morceau étant un centon formé de fragments de psaumes anciens portant tous le nom de David.

4. « Où MOoNTAIENT, etc.» Je ne crois pas que cela veuille dire : « C’est là que montent (à l'époque

salem, ville dont les fils sont aussi nombreux que si une autre ville avait été réunie à elle !»

eo]

60 PSAUMES DES MAALOTH

actuelle) les tribus, etc. » — mais : «C'est là qu'elles montaient jadis.» Ce sens me parait indiqué par le prétérit!. Le psalmiste ne veut point dire qu'elles nv montent plus, mais il se reporte dans le passé et [a pensée, que ces pèlerinages avaient déjà lieu à l'époque de là gloire et de lindépendance dIsraël ajoute pour lui à la solennité de celui dont il est témoin. Il est dans l'essence de la poésie : d'ennoblir et d'agrandir les faits présents en les rapprochant des faits passés ou à venir.

— (LES TRIBUS, LES TRIBUS DE L'ÉTERNEL. » Sur cette répétition voyez plus bas notre remarque sur Ps. CXXXITL 2. L'expression «tribus de lÉternel » est remarquable et ne se trouve nulle part ailleurs.

9. € Cak..» Ce «car » est difficile à expliquer. Si les tribus montaient à Jérusalem, ce n’était point à cause des trônes pour la justice et à cause

de la maison de David, mais, — comme le dit expressément le v. 4, — c'était pour célébrer V'E-

ternel. Je ne crois pas cependant qu'on doive prendre le mot »3 dans le sens simplement affir-

{La plupart des versions, même les versions littérales (Lausanne, Darbv), n’en ont pas tenu compte.

PSAUME CXxXII 61

matif qu'on lui attribue quelquefois ailleurs: il me paraît qu'il motive une proposition sous-entendue : «Cest là que les tribus montaient pour célébrer le nom de l'Éternel ; or, si le sanctuaire où elles se rendaient se trouvait là et non ailleurs, c'est parce que David avait fixé là sa résidence, parce qu'il avait fait de Jérusalem la capitale de PEÉtat. »

-— &« DES TRÔNES POUR LA JUSTIGE, DES TRÔNES POUR LA MAISON DE DAVID, » c’est à dire « des trônes sur lesquels des membres de la famille de David siègent pour rendre la Justice. » S'il était question du pouvoir royal, 1l ne serait fait mention que d’un seul trône; car Je ne puis croire avec Hupfeld que le poëte parle 161 de plusieurs tr'ônes parce qu'il y a eu successivement plusieurs rois. Comment done expliquer ce pluriel: des trünes? On sait que les rois de Juda exercaient quelquefois par eux-mêmes le pouvoir judiciaire, il suffit de rappeler le célèbre Jugement de Salomon (4 Rois TT, 16 sqq.); mais, vu la multitude des cas, ils devaient aussi le faire exercer par d’autres et, comme ils tenaient à cette fonction, qui était attribut principal de a royauté (1 Sam. VII, 6), ils la déléguaient sans doute de préférence à des princes de leur maison et particulièrement à leurs fils, et c'est peut-être en

69 PSAUMÉS DES MAALOTH

cela que consistait principalement le « ministère » attribué aux fils de David 2 Sam. VITE, 18.

— av now. Le ñ paragogique dans ñ9® montre que at exprime ici l’acte et non l’état : s'asseoir, non étre assis. Cela signifie donc littéralement : «C'est là que se sont assis, c’est-à-dire qu'on à assis (ou placé), les trônes pour la justice. »

6. Quelle que soit l’origine du nom de Jérusalem, ce nom tient de près à ovbv (paix), qui est luimême voisin de ms (franquillité, sureté)'. Le poëte se plait à rappeler ici ces mots et à confondre pour ainsi dire l’image de Jérusalem avec celle de la paix et de la sûreté, en faisant retentir à coups redoublés le son commun à ces trois mots : Shaalou shalom Yeroushalayim, yishlaiou… et encore au verset suivant: Shalom.…. shalva. Les écrivains hébreux font volontiers usage de paronomasies et souvent, comme Ici, à propos de noms de villes (Voir, par exemple, Es. X, 30 et surtout Mich. F, 10-15 et Soph. IT, 4). Ces allitérations, bien que contraires à notre goût actuel, ne sont pas auss| étrangères qu’on pourrait le croire au génie de notre langue. Elles ont eu leur moment de vogue dans la Poésie française et Marot en a fait usage

! Comparez au mot hébreu shalvä, les mots latins salvus, salus, ete.

PSAUME CxxfI 63

même dans Pélégie. Dans sa «Complainte sur la mort de Louise de Savoie, » ce sont aussi des noms de villes et de provinces qui les lui inspirent :

« Remorantin la perte remémore….

Amboise en boit une amertume extrème, Le Maine en mène un lamentable bruit, etc. »

6. (QUE CEUX QUI T'AIMENT VIVENT TRANQUIL- LES! » On verra Ps. CXXIX, » le même sentiment exprimé sous la forme inverse.

7. GDANS TES Tours.» Vulgate : Gin lurribus buis. » On a traduit d'ordinaire : «dans tes palais, » et le mot rw, comme souvent {urris en latin, peut en effet se rendre ainsi. Mais le mot palais w’éveille que l’idée d’étendue et de magnificence, tandis que turris et nn (de la racime own) font penser avant tout à lélévation et à la force. Les palais de Jérusalem doivent avoir été . des maisons fortes et probablement de véritables tours, comme ceux de la Rome ancienne. [Il en était encore de même au moyen-âge dans les villes d'Italie, où les maisons des seigneurs s’appelaient des tours et en étaient véritablement.

8. «POUR L'AMOUR DE MES FRÈRES ET DE MES AMIS, » les habitants de Jérusalem.

ss EH de ".

RP ÉNECSS, TTD SE AN PT

64 PSAUMES DES MAALOTH

PT

9. « POUR L’AMOUR DE LA MAISON DE L'ÉTERNEL. » Si l’on suppose, comme nous lPavons fait, que ce

cantique se chantait par les pèlerins se rendant

au temple, la mention des portes de Jérusalem au commencement du psaume et celle de la Maison de l'Éternel au dernier verset marqueraient bien le point de départ et le point d'arrivée de cette procession.

— QJÎE VEUX RECHERCHER TON BIEN. >» Comme, dans les auteurs d’après la Captivité, wDp2 signifie le plus souvent (par exemple Dan. [, 8: Esth. If, 15: IV, 8: VIE, 7) demander (un don, une faveur), et comme les versets qui précèdent ne contiennent que des prières et des vœux, nous aurions élé tenté de traduire : «Je prierai.pour ton bien » (Segond : «Je fais des vœux pour ton bonheur, ») Mais, comme le fait remarquer Delitzsch, la même expression 6 an wp2 se trouve aussi dans Néhémie (IE, 40), où elle ne peut avoir d'autre sens que celui que nous lui avons donné 1er. Elle est done exactement analogue à $N A3 Vp2 (1 Sam’ XXV,°26):

Page 1