‹ Les Psaumes des MaalothChapitre 9 sur 35 · Notre âme en a assez · texte numérisé non relu

Notre âme en a assez

De la raillerie des heureux, du ve des superbes. PSAUMES FRE +

66 PSAUMES DES MAALOTH

Le début de ce psaume rappelle celui du Ps.

CXXI. Au commencement de celui-là, nous avons vu les Israélites éloignés de Jérusalem « lever les veux » vers les montagnes, — « les montagnes saintes », comme les appelle le Ps. LXXX VIT. Maintenant ils v sont arrivés, ils sont dans le temple et ils ne pourraient trouver sur la terre de lieu plus saint et plus auguste vers lequel tourner leurs regards. [ls les élèvent vers Celui qui trône dans les cieux. [ls se sont approchés de l'Éternel, ils voudraient s'approcher de lui encore davantage : pour lui présenter une nouvelle requête. En effet, après s'être livrés d’abord à la joie de se voir arrivés au terme de leur pèlermage, ils ont senti renaître en eux avec une nouvelle force le besoin de la délivrance, car toute fête n’est qu’un affranchissement momentané des peines de la vie et en fait désirer un autre plus réel et plus durable, un affranchissement définitif. On sait quel est celui auquel ils aspirent. Le bonheur même qu’ils ressentent à contempler Jérusalem, à s’enivrer de ce nom et des pensées de paix quil fait naître en eux, à se trouver au milieu «de frères et d’amis » dans «la Maison de l'Éternel, leur Dieu » et leur vrai roi, leur rappelle qu’habituellement ils vivent au milieu d'hommes Chaïssant la paix » (Ps. CXX), dans un pays soumis

à Méshec et mêlés aux tentes de Kédar. Aussi le soupir du premier de nos psaumes : « Nous en avons assez! » reparait dans celui-ci et c'est à ces mots qu'il aboutit.

Ce psaume, par lequel commence le second groupe de cette heptade (voir l’Introduction, p.26) rappelle ceux par lesquels à commencé le premier. On est revenu au point de départ et dans ce groupe ‘le poëte chante et implore tour à tour une nouvelle maalä, une montée à Jérusalem pour le peuple tout entier, — le rétablissement complet d’Israël, la maalä historique dont le pèlerinage n’a été que lavant-coût et le symbole.

Le rapport que ce psaume présente, dans son premier verset, avec le Ps. CXXIT et, dans les derniers, avec le CXX peut faire supposer que ces trois psaumes sont du même auteur, qui probablement est aussi celui de plusieurs autres des psaumes des Maaloth et qui peut-être même a été le rédacteur de ce petit recueil.

2. Dans cette double comparaison, les serviteurs (au pluriel) font peut-être allusion aux Israélites pris individuellement, — et la servante, au peuple lui-même, personnifié au féminin suivant l'usage. Les serviteurs regardent-ils ici à la main de leur

+ JE a

68 PSAUMES DES MAALOTH

maitre dans l'attente de la nourriture qu’elle doit leur distribuer, ou bien cette main les a-t-elle frappés pour les châtier et attendent-ils qu’elle sus-

pende ses coups? Les interprètes se partagent en-

tre ces deux explications, mais nous croyons que ni lune ni lautre n’est proprement la vraie. La seconde s’en rapproche davantage, car c'est bien une grâce que les serviteurs attendent de leur maitre; mais ce qu'ils attendent de sa main, ce rest pas qu’elle cesse de frapper, c’est au contraire qu'elle agisse, — qu’elle agisse pour délivrer. Cest ce que montre le verset suivant. Cette pensée revient souvent dans l'Écriture. Israël opprimé attend que la main de l'Éternel, qui semble « raccourcie » selon l’expression d’Esaïe (L, 2), se montre pour venger son peuple de ses ennemis, et 1l s’écrie avec David (Ps. XIE, 1. 2) et Zacharie (L 12): «Jusques à quand..? » et avec notre poëte « Aie pitié, Éternel, aie pitié! »

— DES HEUREUX ». w»3R& Proprement «ceux qui vivent tranquillement, qui sont à l'aise et n’ont pas à se faire de soucis.» Mais de même qu'à y «misérable » se rattache très souvent une idée morale, celle d’humilité ou de piété, de même le mot jxw s'emploie le plus souvent avec une

nuance de blâme, comme quand nous disons : «les

heureux de ce monde, — les satisfaits. » On force le sens en traduisant, comme M. Reuss: «les insolents. »

— D'ONUT 3P0n. L'emploi de Particle devant un nom ayant un complément s'explique par une ellipse. Des expressions telles que ñ 020 0020, que nous avons vue dans le psaume précédent, et TN p5 pr, que nous verrons ps, CXXXIII, 2, servent à nous donner la clef de cette irrégularité. Aussi, si le traducteur voulait faire sentir dans notre passage l’intention de cet article, il devrait paraphraser ainsi : « Notre âme est rassasiée de raillerie, de la raillerie des heureux, etc. »

— DES SUPERBES : 0DVN3d, TPN3 au lieu de ñN3, et dans le psaume suivant 7195 au lieu de 75, sont des formes adjectives analogues à TPax, 1M0y, mais, quand elles existent à côté de l’adjectif simple, elles ont un sens intensif, ce sont de vrais augmentatifs {comparez la même désinence one en italien); c’est ainsi que dans la langue des rabbins 12, 9329 (éxBBovi Marc X, 51; Jean 20, 16) est plus honorifique que 21 et 27. Comme le mot IVNj ne se rencontre pas ailleurs, on a de bonne heure remplacé ici dans la lecture publique DV 30 par 0 310 en deux mots (Ni, état constr. plur. de AN3, et 037 part. plur. de ñ»; ce serait: «les orgueilleux des oppresseurs », c’est-à-dire les oppres- -seurs les plus orgueilleux, comme, par exemple, Es. XIX, 41: «les sages des conseillers » pour «les conseillers les plus sages »). C’est ce que nous indique le keri, qui habituellement n’est point une conjecture, — comme l’oublient trop souvent les commentateurs, — mais simplement une indication des changements que l’on a pris l'habitude de faire de vive voix au texte, quand il à paru utile de le rendre plüs intelligible aux auditeurs. Nous n'avons donc point ici une correction ridicule, comme Pont dit Louis Cappelle et Houbigant.

Ce o303%N3 en deux mots a pu s’introduire, où du moins

70 PSAUMES DES MAALOTH

s’accréditer, dans le temps d’Antiochus et après lui; car on pouvait — comme Delitzsch l’a remarqué avec beaucoup de finesse — reconnaitre dans ces 0723, les Yevänim, les Grecs, dont le nom était bien alors pour Israël le synonyme d’oppresseur, Cette supposition, — qui n’est, il est vrai, qu’une supposition, — n’a rien que de très probable pour qui connait le tour d’esprit des Juifs, et il est certain que plus tard ils ont fait du chetib une application aux Romains, car fa version arabe de Saadia-Gaon (X° siècle), citée aussi par Delitzsch, explique DVN3D par le mot talmudique n12v39 . (ligionoth, «légions ») et entend par là des chefs de légions. Quant à la lecon mnt (en un mot, avec deux ?) adoptée comme chetib par Baer d’après le codex de Heidenheim, elle nous parait une faute de copiste due à l'influence du kert.

Michel Sachs, dans sa traduction de 1835, ne lie point DNA van à ce qui précède, mais en fait un épiphonème analogue à celui qui termine plusieurs des autres psaumes graduels : « Opprobre pour les arrogants !»

(LXX et Vulg. 123.)

1 Chant des pélerimages. — De David.

Sans l'Éternel qui a été pour nous.

2, (— Qu'Israël dise : Sans l'Éternel qui a été pour nous...) Quand les hommes s’élevérent contre nous, 9. Alors ils nous eussent engloutis tout vifs Quand s’embrasa leur colère contre nous; 4, Alors les eaux nous eussent submergés, Un torrent eût passé sur notre âme;

9. Alors elles auraient passé sur notre âme, : Les eaux orgueilleuses! 4 6. Béni soit l'Éternel, *

Qui ne nous a pas donnés en proie à leurs dents! 7. Notre âme est comme un passereau Echappé du filet des oiseleurs :

"2 PSAUMES DES MAALOTH

Le filet a été rompu, |

—— Et nous!... nous nous sommes échappés!

Page 1