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Notre secours est dans le nom de l'Éternel

Qui a fait les cieux et la terre.

Le souvenir des délivrances que Dieu nous à accordées est dans les maux un encouragement à la patience (Voyez, par exemple, Ps. LXX VIT et un motif de demander une délivrance nouvelle et plus complète (V. Ps. CXX, 1). L’enchainement de ces pensées ou, si l’on veut, de ces sentiments, est fréquent dans les psaumes et il se retrouve ici dans l’ordre où se succèdent ceux du groupe que nous étudions. Nous venons de voir dans le premier (CXXIID Israël presque à bout de patence et n'implorant de son Dieu que la pitié que peut inspirer à un maitre l'excès de la souffrance chez son esclave. Par un contraste des plus heureux, le psaume que nous venons de lire est un véritable cri de joie, un chant de délivrance, dans lequel s'exprime une allégresse sans mélange. Enfin le psaume qui termine ce groupe, le CXX VI, réunit les sentiments des deux autres : tout en célébrant, comme le nôtre, le souvenir de la délivrance, 1l y joint une prière: mais cette prière nest plus un cri de détresse et presque d’impatience, c'est la prière de la foi, qui entrevoit déjà la déli-

vrance. Quant à l’avant-dernier, le CXXV, nous dirons plus loin quel est son rôle dans l’ensemble et nous montrerons comment 1l réunit, plus qu'il. ne les sépare, les psaumes entre lesquels il est - placé.

On peut donc, nous paraît-il, constater un ordre logique dans ce groupe de psaumes et nous verrons plus loin qu'ils se succèdent aussi dans un ordre liturgique.

4, &QDE Davip. » Ces mots manquent dans trois manuscrits, ainsi que dans les LXX, la Vuülgate et les versions arabe et syriaqüe; cette dernière ajoute même expressément au titre le mot: ANONYME.

Nous croyons donc qu'ici, comme au Ps. CXXIE, Pindication d'auteur n'est pas authentique. Cest sans doute une conjecture, fondée sur la ressemblance que certaines expressions de ce psaume ont paru présenter avec des expressions de ceux de David.

— «QU'IsRAEL pise. » Ces mots se trouvent ‘aussi Ps. CXVIIL 2 et Ps. CXXIX, 2, et y sont, comme ici, suivis de la répétition des paroles qui les précèdent; ils annoncent par conséquent une reprise et s'expliquent parfaitement st nous les étudions dans le Ps. CXVIEL On sait que les chants

religieux qui faisaient partie du culte israélite n’é-

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taient exécutés, ni par les sacrificateurs, qui se bornaient à sonner de la trompette (Nombres X, 8. 10.4 Chron. XVI, 6. 2 Chron. VII, 6 et passimr, ni par le peuple entier, mais par des chœurs de lévites. Quatre mille lévites (c'était du moins leur nombre du temps de David) étaient chargés d'exécuter ces chants et de les accompagner sur divers instruments (1 Chron. XXITF, 5). Il v avait dans leurs cantiques une exclamation qui revenait plus souvent que toute autre, c’était celle-ci : IL est bon!» et « Sa grâce dure à jamais! » (Voir Ps. GVT. CVIL CXVIIL. CXXX VI. etc). Ce refrain, qui rappelait à [sraël cet amour sans terme qui est l’essence même du Dieu qu'il adorait, était pour lui comme le résumé de toutes ses louanges et le sommaire de tous ses cantiques (1 Chron. XVI, 41. 2 Chron. V,:13. VIL:6, XX, 21:Jér. XX XIE PRE EC dans les grandes occasions, — ce fut le cas par exemple à la dédicace du temple de Salomon (2 Chron. VIL 3), — le peuple entier se prosternait et ajoutait pour ainsi dire son amen aux 119 1717 (« Célébrez l'Éternel ») des chantres, en y répondant par ces mots : von onp5 »3 (« Car sa grâce dure à jamais! »}. Nous avons aussi, dans Île Ps. CXXX VI une véritable litanie, où les lévites chantent le premier hémistiche de chaque verset et où, à chaque mention d’un des bienfaits

de l’Éternel, le peuple répond par ces mots. Dans le Ps. CX VITE, les diverses classes d'hommes dont se composait l’assemblée et dont chacune, au temps du second temple, avait sa place dans un parvis distinct, sont invitées tour à tour à répéter ce refrain. Cette invitation, faite dans les termes dont nous nous occupons présentement (3779), est adressée d’abord à la classe la plus nombreuse, au peuple (€ Israël, » — en opposition aux sacrificateurs et aux lévites, comme de nos jours encore dans le culte de [à Synagogue), — puis aux sacrificateurs («la maison d'Aaron »), qui sont devant lui, plus près du sanctuaire, — enfin à € ceux qui craignent l'Éternel » c’est-à-dire aux prosé- Ivtes (cf. Act. XIIL, 16 et-passim), placés derrière le peuple dans le parvis extérieur. Nous trouvons plus loin, dans le même psaume, d’autres traces de cette antiphonie, par exemple dans les mots, pe 2 mi où, qui términent trois versets consécutifs (10. 14. 12.) et qui peuvent bien avoir aussi été chantés successivement par chacune des trois classes de fidèles que nous venons de nommer. C’était sans doute dans les grandes fêtes, pour en augmenter l’allégresse et en bien marquer le caractère national et populaire, que lon donnait à l'assemblée cette part plus considérable dans le chant des louanges de l'Éternel. Et, en effet, le Ps.

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GX VIIT a certainement été dès l’origine un chant de fête, comme il l’est aujourd'hui encore pour Îles Juifs, et aussi pour les chrétiens, qui en ont fait le cantique du dimanche des Rameaux. Nous verrons qu'il en est de même de notre Ps. CXXIV, ainsi que du CXXIX, de tous ceux par conséquent où se trouve la formule $n R3-5.

Ainsi, dans notre psaume, tout le peuple répétait les premiers mots : « Sans l'Éternel qui a été pour nous.» On ne peut rien préciser de plus; cependant, on peut se demander si peut-être les trois propositions qui se rattachent à celle-ci (v. 3. 4. ».) et qui commencent toutes trois par le même mot (« Alors ») n’étaient point destinées à être pronoùcées chacune par un autre chœur. Nous aurions ici les trois chœurs que nous venons de voir chargés des répons dans le Ps. CX VIIT. Après quoi, celui qui avait chanté le v. 3 aurait recommencé avec le v. 6 et ainsi de suite. Nous avons déjà vu des exemples de ces alternances dans un de nos psaumes graduels, le CXXE, et peut-être dans le CXXIT.

mao. 0010. Ces mots présentent une anomalie de construction que lon à expliquée, tantôt par.une ellipse, tantôt par un pléonasme. Il nous parait que c’est une de ces fortes ellipses du langage populaire par lesquelles une conjonction est changée en préposition, Comme «quoique ça» pour Qinalgré cela. » — Ici %3$ qui partout ailleurs signifie ns?

est employé dans le sens de sine, deux mots qui étymologiquement n’en font qu'un /ne si, si ne).

2. « LES HOMMES. » Littéralement : « l’homme, » d'une manière abstraite, au singulier, parce qu’il S'agit ici, non de la quantité, mais de la qualité, — l’homme d’un côté, Dieu de l’autre; l’homme contre nous, mais Dieu pour nous, — antithèse qui se retrouve fréquemment (par exemple Ps. LVL 10. 22 CV 6 CE Rom: VIE ST EHébr. XIIT,6):

4. CNOTRE AME. » Le sens de ÿ9), qui originairement désione, comme 119, le souffle (&veuos, animus, anima) est souvent difficile à préciser et les deux mots ÿ23 et 11 se confondent quelquefois. Il en est de même dans nos langues pour les mots Çâme » et «esprit», qui tous deux ont bien des sens divers et empiètent souvent Pun sur Pautre. On peut cependant dire qu’en général #53 désigne essentiellement la partie sensible de l’homme, ce qui en lui souffre, jouit, craint, aime, désire, — et non ce qui comprend et ce qui pense (car en hébreu les. facultés intellectuelles sont rapportées au cœur, AE — en un mot, ce qui en nous est plutôt inconscient, ce qui, suivant la psychologie des Hébreux, fait le fond de notre individualité. De là vient que -W923 avec le suffixe peut signifier «en propre personne », ipse, comme Ps. XXV, 13 où il fait opposition à WYY (« Personnellement il demeurera dans le bien-être, et sa postérité possédera le pays»). C'est ainsi qu'au verset 7 de notre psaume, les mots par lesquels il commence, «Notre âme s’est échappée,» sont absolument synonymes de ceux par lesquels il finit : « Nous nous sommes échappés. » On pourrait donc ici (de même que ci-dessus, Ps. CXX, 6. CXXI, 7. CXXIIT, 4), le rendre par le pronom personnel, comme Pa fait par exemple M. Reuss (CXX, 6). Nous avons préféré

pa

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conserver partout lhébraïsme, tout en reconnaissant ce qu'il a. dans certains cas, d’un peu étrange dans nos langues.

D. &« LES EAUX ORGUEILLEUSES. » D'après l'étymo-

logie, # signifie proprement € bouillonnant »; on

passe de ce sens à celui de «enflé, » au figuré, c'est-à-dire € orgueilleux », qui est le seul sens usité. Cette épithète, qui n’est donc Jamais prise qu'au sens moral, laisse entrevoir ici à travers l'image la chose signifiée et le mot est heureusement choisi, puisque par son sens propre 1} conünue la métaphore. La place que lui donne le poëte n’est pas moins heureuse, car cet adjectif, appliqué partout ailleurs à un être vivant, fait la transition entre l’image des eaux et celle qui est employée dans le verset suivant. Cette image se rencontre très souvent dans l'Écriture, surtout dans les psaumes (par exemple XVILE 17. XXXIL 6.

XLII, 8. LXIX, 16) et dans les Prophètes (Vovez entre autres Ésaïe VIIL 7 sq. où l'invasion des Syriens est comparée au débordement dun fleuve), On comprend qu’elle se présentàt souvent à lesprit dans un pays dont la seule rivière déborde chaque année (Jos. TITLE, 15) et dont tous les autres cours d’eau sont des torrents à crue subite. Cependant, ce qui avait sans doute le plus habitué les Hébreux à se représenter un grand désastre sous l'aspect d’une submersion, c'était un souvenir

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national, le souvenir du fait le plus éclatant qui se rattachât à leur émancipation première; le cantique de Moïse (Ex. XV), où l’on voit la mer, qui avait donné passage à Israël, se refermer ensuite pour engloutir une armée entière, ce cantique, le plus ancien de tous et que l’auteur de Apocalypse entend encore retentir à la fin des âges (Apoc. XV, 3), était à coup sûr dans toutes les mémoires et il se trouve à la base de toute la Poésie des Hébreux.

6. ici, les ennemis sont représentés comme des bêtes féroces, des lions sans doute (cf. Ps. VIL 8. XXII, 14), tout prêts à dévorer Israël. Il semble au premier abord que le poëte revienne à l’image dont 1l s'est déjà servi au v. 3 et qu'il avait laissée pour en prendre une autre. Il y aurait là une espèce de désordre, que permettraient les allures de la Poésie lyrique et surtout de la Poésie hébraïque, plus libres que celles de la Poésie moderne. Mais -ce désordre, qui ne nous surprendrait pas dans tel autre psaume d’une inspiration dithvrambique ou pindarique, ne serait point en harmonie avec le style toujours correct et précis de nos psaumes des Maaloth. Nous avons hasardé ci-dessus

Sur DS dx. Àey., pour 01, voyez notre remarque sur DIVN3, Ps. CXXIIL, 4.

la supposition que les versets 5. 4 et 5 étaient chantés chacun par un chœur différent, et cette supposition, qui a, en tout cas, l'avantage de séparer les diverses images , expliquerait comment le v. 6 peut se rattacher au v. 3. Mais, en réalité, la difficulté n'existe pas, 1l n°v a point ici de retour à une image déjà emplovée et la métaphore du v. 3 est tout autre que celle du v. 6, car une proie qui à été déchirée par «les dents » d’une bête féroce n’est pas «engloutie toute vive. » C’est proprement de la Mort et du Sheol que lon dit qu'ils engloutissent leur proie toute vive: c’est une métaphore expressive et hardie pour indiquer une mort subite et, si nous ne nous trompons, elle doit son origine à l'histoire de Coré et de ses complices (Voyez Nombr. XVI, 30). Dans notre verset 5, l'acte d'engloutir est transporté par métalepse de la mort à ceux qui la donnent: il y a là une comparaison sous-entendue, Comparaison énoncée explicitement Prov. [, 12 où les méchants disent de ceux dont 1ls veulent faire leurs victimes : € Engloutissons-les tout vifs, comme fait le Sheol » (cf. aussi Ps. LV, 16).

7. Voici une nouvelle image, des plus gracieuses et des plus vives. CLE FILET A ÉTÉ ROMPU, etc. » Don) nm av non. Nous avons dû, pour être

Rs.

PSAUME CXXIV S1 q

littéral, traduire ceci par une ligne entière, mais pour rendre tant soit peu le mouvement de l'original il eût fallu dire plutôt : « Filet rompul.… nous voilà hbres ! » Il v a dans ces quatre mots un empressement, une impatience, un élan pareil à celui d’un oiseau captif à qui on laisse prendre son vol. Vasari rapporte que Léonard de Vinci, quand il passait par le marché, achetait souvent de petits oiseaux, pour avoir le plaisir de les tirer lui-même de leur cage et d'ouvrir la main pour leur donner là volée. On éprouve en lisant ces mots une sensation de ce genre. La comparaison d'un danger grave avec le filet d’un oiseleur se trouvait déjà Ps. XCE, 5. Prov. VE, 5, et ailleurs, mais ici le poëte fait en deux traits un tableau en miniature, auquel nous trouvons des pendants dans quelquesuns des psaumes qui suivent. Si, comme nous n’en doutons pas, les cantiques graduels ont été composés presque tous après le retour de la Captivité, la délivrance à laquelle font allusion plusieurs d’entre eux ne peut être que celle qui eut lieu pour Israël, grâce à l'édit de Cyrus, et l’image est on ne peut mieux appropriée à cette délivrance : elle exprime tout ce qu'elle a eu d’inattendu, de soudain, de merveilleux. Les deux images précédentes exprimaient un danger imminent, celle-ci nous re-

présente quelque chose de plus, elle nous montre

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un fait accompli. L'oiseau est déjà pris; 1l a perdu toute espérance et il faut une circonstance extraordinaire pour rompre le filet et rendre au captif la liberté. Cette fin du cantique s'accorde avec le début: «Sans l'Éternel qui a été pour nous. » Sans lui, en effet, nous n’y aurions absolument rien pu, pas plus qu’un passereau dans le filet ne peut songer à le rompre.

Ce psaume respire une joie complète; aucun soupir, et même aucune prière implorant une orâce nouvelle, ne vient S'y Joindre à lexpression de là reconnaissance : la pensée de là délivrance accordée remplit âme de l’auteur. Il a done bien le caractère d’un chant de fête et 1l en est réellement un, soit qu'il ait été composé à cette intention, soit que, écrit primitivement pour célébrer une délivrance spéciale, il ait été ensuite adopté comme cantique de fête et inséré à ce titre dans le Psautier des pèlerins. Nous verrons que plusieurs des psaumes suivants paraissent se rapporter à telle ou telle solennité particulière et qu'ils sont rangés dans l’ordre où elles se succédaient dans l’année israélite. La place qu’occu pe celui-ci peut donc faire penser qu'il se rapporte à la première, à la Pâque, qui se célébrait au premier mois. On pourrait être tenté de voir une confirmation de

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cette hypothèse dans le choix d’une des images employées, celle des «eaux orgueilleuses, » qui, comme nous lPavons dit, pouvait éveiller incidemment le souvenir du passage de la mer Rouge; mais, comme nous l'avons vu aussi, cette image est extrêmement fréquente; on ne peut donc rien conclure de l'usage qui en est fait ici Ce qui confirme beaucoup mieux notre supposition, c’est que notre psaume à pour sujet unique une grande délivrance et que, des trois fêtes instituées par la Loi, la Pâque était la seule qui célébrât un fait de ce genre. |

Dans les temps modernes, ce psaume, mis en vers par Théodore de Bèze, fut aussi consacré pendant longtemps à célébrer l'anniversaire d’une déhvrance nationale. Après la nuit de l’Escalade, où (renève avait échappé comme par miracle au filet de l'oiseleur, le ministre de la Faye montant en chaire pour le prêche du dimanche fit chanter le Ps. CXXIV : |

Of peut bien dire [Israël maintenant:

Si le Seigneur pour nous n’eût point été,

Par dessus nous leurs rapides torrents Eussent piéça passé et repassé.

L'application de ces paroles était frappante; aussi ce psaume fut-il chanté à chaque anniversaire de

84 PSÂUMES DES MAALOTH . cette journée et le souvenir de cette grande déh-

vrance en devint pour ainsi dire inséparable. Nous | voyons du moins qu’assez longtemps après, lors-

que Conrart revisa nos psaumes, il introduisit dans

celui-ci, — peut-être sans même s’en apercevoir, — une allusion à l’Escalade :

Des conjurés (!) les rapides torrents Eussent sur nous cent et cent fois passé...

Et c’est ainsi qu’on Pa toujours imprimé et chanté depuis.

(LXX et Vulg. 124.)

LA

1; Chant des pélerinages.

Ceux qui se confient en l'Éternel | Sont comme la montagne de Sion. Elle ne s’ébranlera Elle sera fixe à jamais. | [point, 2. Jérusalem, des montagnes l'entourent | Et l'Éternel entoure son peuple Dès maintenant et à Jamais.

5. Car le sceptre de méchanceté ne demeurera pas sur le Afin que les justes ne mettent pas [lot des Justes, La main à l’'iniquité.

4. Fais du bien, à Eternel! aux bons Et à ceux qui sont droits en leur cœur ;

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