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Les Psaumes traduits de l'hébreu d'après de nouvelles recherches sur le texte original

L’essai que nous offrons au public religieux est en grande partie le résultat de recherches personnelles sur le texte original des Psaumes. L’auteur a utilisé les travaux de ses devanciers, mais sans s’y asservir; il a essayé de les compléter, et s’est permis parfois de les corriger.

Le lecteur sera probablement surpris du nombre assez considérable de passages où notre traduction diffère de la traduction ordinaire que nous avons reproduite au bas des pages. Ces divergences ont besoin d’étre expliquées. r

On sait que l’hébreu s’écrivait primitivement sans voyelles, sans aucun signe de ponctuation et même sans intervalle entre les mots. Le texte primitif des livres de l'Ancien Testament présentait une série ininterrompue de consonnes dont quelquesunes sont presque identiques et ne se distinguent que par une forme plus ou moins arrondie ou par un trait plusou moins allongé. La même phrase pou-

PREFACE

vait donc se lire parfois de plusieurs manières différentes et offrir autant de sens divers. Tant que l’hébreu fut une langue vivante, ce système si incomplet ne paraît pas avoir eu de graves inconvénients : chacun suppléait facilement aux lacunes de l’écriture. Mais lorsque, à la suite des invasions dont la Palestine fut le théâtre, la belle langue hébraïque eut fait place au chaldéen, le chaldéen au syriaque, et que les vieux monuments de la littérature sacrée, inintelligibles pour le peuple, furent devenus un objet d’étude pour les savants, on sentit la nécessité de fixer par l’écriture la prononciation réelle qui s’était perpétuée jusqu’alors par la tradition. Telle est la tâche importante que s’imposèrent les docteurs juifs connus sous le nom de Masorèthes (du mot mâsôrâh qui signifie probablement tradition ), et qu’ils accomplirent au moyen d’un système extrêmement compliqué de points et de voyelles. Cette œuvre est pour nous de la plus grande utilité : elle nous facilite considérablement l’étude de la langue hébraïque. Mais, bien qu’elle ait été aussi minutieuse que possible, je ne puis m’empêcher de penser qu’elle n’a pas été accomplie avec assez de soin. Elle est le résultat des travaux réunis de plusieurs savants, et elle n’a certainement jamais été révisée par une seule et même commission. En présence des textes obscurs que l’on trouve en si grand nombre dans l’Ancien Testament,

PREFACE

quelle que fût la prononciation traditionnelle, les Masorèthes étaient, comme nous, réduits aux conjectures; et il faut bien avouer qu’ils n’ont pas toujours réussi à dissiper les obscurités. Il leur est ar- • rivé assez souvent de ponctuer à contre-sens, de lire certains mots autrement qu’ils ne devaient être lus, de séparer des lettres qui devaient être unies, d’en unir d’autres qu’ils auraient dû séparer. La science moderne est en droit de reprendre en sous-œuvre le travail des Masorèthes, de le corriger et de le compléter.

Ce n’est pas tout. Le texte que les docteurs juifs avaient sous les yeux n’était pas le texte original; il avait passé par les mains d’un grand nombre de copistes; et s’il est légitime de supposer que, depuis la fixation définitive du recueil sacré, il s’est conservé sans altération, on ne peut nier qu’avant ce moment, il n’ait été exposé à toutes les chances d’erreur des livres ordinaires. Les copistes juifs n’étaient pas plus infaillibles que ceux de Rome ou d’Athènes; et nous ne devons pas être plus étonnés des fautes que les savants modernes signalent dans les Psaumes ou dans le livre de Job que de celles que l’érudition classique constate dans les écrits grecs et latins. J’avoue qu’il faut user à cet égard d’une prudence extrême. La conjecture est le champ de l’arbitraire; et il ne faut pas s’y livrer sans une nécessité bien

PRÉFACE

démontrée. Mais il est des cas où elle s’impose d’ellemême, et où il est impossible d’admettre que le poëte inspiré ait écrit les non-sens que lui attribue le texte reçu. Il faut essayer alors toutes les combinaisons possibles, et si, par le changement ou la transposition d’une lettre ou même d’un mot, on obtient un sens clair et en harmonie avec le contexte, j’estime que cette conjecture, fût-elle impossible à justifier, est préférable à un texte incompréhensible.

Tels sont en général les principes que j’ai suivis dans ce travail. Je soumets les résultats que j’ai obtenus à l’appréciation des hébraïsants. Je n’ai pas la prétention d’avoir dompté toutes les difficultés : il en est qui demeureront peut-être toujours insolubles. Mais il était nécessaire de faire disparaître des plus belles productions de la poésie hébraïque les détails insignifiants ou étranges qui lesdéparent et qui étonnent les lecteurs de nos versions ordinaires par le contraste frappant qu’ils offrent avec le ton général des morceaux où ils sont intercalés.

Peut-être cet essai prouvera-t-il aussi au lecteur attentif que la poésie lyrique des Livres saints est moins irrégulière dans ses formes qu’on ne le croit généralement. Sans doute les transitions sont souvent brusques et rapides. Mais les idées se suivent et s’enchaînent; sous ce désordre apparent, il règne un ordre réel.

PREFACE

Les Psaumes furent toujours le livre de prédilection des âmes tristes. Puisse ce petit ouvrage leur présenter sous une forme plus pure les consolations divines qu’ils renferment, et les aider à comprendre cette parole qui pourrait servir d’épigraphe à tout le recueil :

Jéhovah guérit ceux dont le cœur est brisé, il panse leurs blessures. (Ps. CXLVII, 3.)

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