ÉTUDE DE L'ACIDO-RÉSISTANCE ET DE L’'ALCOOLO- RÉSISTANCE
S 4. — Mensuration de l'acido-résistance.
Nous avons vu que parmi les agents décolorants proposés pour différencier le bacille de Koch dans les préparations, seuls les acides minéraux nitrique, sulfurique et chlorhydrique offraient l'avantage, quand on les laisse agir jusqu’à ce que, à l'œil nu, la préparation soit complètement décolorée, de laisser exclusivement le bacille de Koch coloré en rouge par la fuchsine.
Il est nécessaire de connaître la limite de décoloration du bacille de koch, en d’autres termes de savoir au bout de combien de temps l’action de ces acides minéraux dilués entraîne la décoloration du bacille.
Comme nous l’avons déjà fait remarquer, nous avons été conduit à cette recherche parce que nous avons rencontré des bacilles acido-résistants dans des liquides pleuraux.
Il était intéressant de savoir dans quelle mesure ces bacilles résistaient à l’action décolorante des acidesiminéraux, mais afin de pouvoir comparer avec l'acido-résistance du bacille de Koch, il fallait d'abord être fixé sur le degré de cette propriété chez le bacille tuberculeux.
Cette étude n'a jamais été faite systématiquement, croyons-
er ver
nous, Nous avons choisi, pour le faire, des crachats bacihfères, que nous avons colorés à chaud par la fuchsine phéniquée pendant un temps égal rigoureusement mesuré, dir minutes. Nous avons décoloré ensuite toutes les préparations faites avec les mêmes crachats identiquement colorés, respectivement pendant 30 secondes, 1 minute, 2 minutes, etc.
Nous avons choisi comme agent décolorant l'acide nitrique au tiers, pour cette mensuration, parce que c'est celui que nous avions employé comme agent décolorant dans nos recherches précédentes.
Ayant coloré un temps égal un très grand nombre de préparations de crachats tuberculeux, nous les avons soumises à l’action décolorante de l'acide nitrique au tiers pendant des temps variant de quelques secondes à une demi-heure, et même une heure ; nous avons pu nous rendre compte que soit que l'épaisseur des préparations ne fût pas toujours la mème, soit qu'il y eût à ce point de vue des différences entre les bacilles des diverses lésions, tandis que certains bacilles résistaient à la décoloration prolongée pendant 40 minutes, d’autres ne résistaient que pendant 7 minutes, d'autres, moins encore, mais /ous dans tous les cas, nous ont paru résister à 2 minutes de décoloration, et il ne nous a pas semblé qu'il y eût plus de bacilles visibles sur les préparations décolorées pendant quelques secondes (méthode classique) que sur celles où l'action décolorante s'était fait sentir 2 minutes. Par contre, dans ce dernier cas, tous les autres microbes étaient bien décolorés, ce qui n’est pas toujours le cas quand on ne décolore que quelques secondes.
Lorsque les bacilles résistent un quart d'heure et plus à l’ac-
tion décolorante de l'acide nitrique, on les voit, sur les prépa-
rations, légèrement gonflés et déformés, ce qui ne se produit jamais lorsque l'acide nitrique agit 2 minutes.
Enfin, dans tous les cas, les bacilles nous ont paru décolorés après avoir séjourné pendant une heure dans l'acide nitrique ; et les bacilles ainsi décolorés, ne se recolorent pas par le bleu de Unna agissant pendant 5 minutes.
Nous pouvons donc conclure que le bacille résiste pendant 2 minutes au moins à l’action décolorante de l'acide nitrique au tiers.
Le temps optimum de décoloration est done de 2 minutes, le bacille n’étant ni altéré, ni déformé.
Enfin le bacille de Koch, lorsque l'acide nitrique est parvenu à le décolorer complètement, ne se décolore pas sous l'influence d'un colorant aqueux agissant pendant 5 minutes, tandis que les autres microbes, — les streptocoques, — se colorent dans ces conditions. L’acide nitrique a donc éloigné la couleur, mais n’a pas modifié ses réactions de colorabilité. Nous verrons l’importance de ces faits quand nous applique-
rons ces méthodes aux bacilles dits « acido-résistants ».
$S 2. — Mensuration de l’alcoolo-résistance.
La seconde réaction colorante caractéristique du bacille de Koch est de résister à l’action décolorante de l'alcool. Depuis longtemps déjà, nombre d'auteurs ont associé l'alcool à un acide minéral, pour décolorer le bacille de Koch, soit que les deux agents décolorants agissent simultanément, soit qu'ils agissent successivement.
Nous avons voulu préciser également le degré d'alcoolo- ‘résistance du bacille de Koch, et pour cela nous avons procédé
Ur
comme nous l’avions fait pour la recherche du degré d’acidorésistance.
Un même crachat nous a fourni un certain nombre de lames, que nous avons traitées par le Ziehl à chaud pendant 10 minutes. Nous les avons décolorées par l'alcool absolu pendant 1, 2, 3, 10 minutes, etc.
Nous nous sommes arrêté à une décoloration de une heure par l'alcool absolu ; les bacilles sont encore colorés. Nous n'avons pas jugé à propos de chercher une limite plus éloignée, car les bacilles que nous cherchons à différencier du bacille tuberculeux ne supportent pas plus de quelques minutes l’action décolorante de l'alcool.
Nous avons d'autre part traité par l'alcool des bacilles préalablement décolorés par l'acide, afin de bien établir que l'action successive de ces deux décolorants ne les décolore pas.
Nous avons fait la préparation suivante :
Piel Chaud 10 nues
Acide nitrique au 1/3 . Ai
Eau.
A ICOO A DSOIDE RER
Bleue, Unni ses RS
Alcool absolu. . , . . . . . . . . jusqu'à décoloration du bleu.
Le bacille traité de cette façon reste coloré en rouge très franc, cette méthode nous à semblé la méthode de choix pour une étude critique, et c’est elle que nous nous proposons d'appliquer maintenant aux bacilles décrits sous le nom d'acidorésistants. Tout bacille qui ne reste pas coloré par cette méthode, n'est pas le bacille de Koch, car le bacille de Koch traité de cette façon, dans les crachats, reste toujours coloré.
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Mais auparavant nous avons appliqué la même méthode d'une part au bacille tuberculeux humain isolé en culture pure, d'autre part aux bacilles tuberculeux bovin, aviaire et pisciaire, cultivés sur les milieux glycérinés.
Nous avons aussi expérimenté une race homogène de bacille de Koch qui a été donnée il y a plus de 6 ans par M. Courmont à M. Bezançon, et que nous entretenons depuis cette époque au laboratoire. Nous avons également éprouvé une race de bacilles que nous avons accoutumés avec M. Bezançon à vivre de façon homogène dans le bouillon.
Tous ces bacilles (humain, bovin, aviaire, pisciaire) ou leur culture, et les races homogènes se sont comportés absolument comme le bacille des crachats. Ils ont résisté à l’action décolorante de l'acide nitrique au moins pendant 2 minutes, à l'action décolorante de l’alcool pendant 3 minutes ; ils ne se recolorent pas ensuite par le bleu de Unna (1). 4
Ainsi le bacille tuberculeux héréditairement acido-alcoolorésistant, résiste aussi bien dans ses cultures que dans les produits pathologiques à l'action décolorante de l'acide nitrique et de l'alcool, et cela dans toutes ses variétés humaine,
bovine, aviaire et pisciaire.
(4) Une fois cependant avec un échantillon de culture homogène d’Arloing-Courmont, nous avons vu quelques bacilles bleus.