TRENTE-CINQUIÈME LEÇON
Conclusions. Vues sur la médecine du xxe siècle. La chirurgie ; la médecine interne. — Thérapeutique médicamenteuse, physiothérapie. — Intervention constante de la psychothérapie ; sa nécessité dans la lutte contre les psychonévroses. — Les préceptes de l'hygiène physique, intellectuelle et inorale.
Ai-je réussi, dans ces leçons trop longues peut-être au gré de mes lecteurs, non à convaincre, — ce serait trop d'ambition, — mais à exposer clairement ma pensée ? Ce n'est pas à moi d'en juger, mais je l'espère. Si j'ai quelquefois mis un peu de vivacité dans l'expression de mes opinions, on me le pardonnera en songeant que je défends une cause à laquelle j'ai voué, pendant un quart de siècle, tout mon intérêt.
Je n'ai pas, loin de là, énuméré tous les troubles fonctionnels du nervosisme ; je n'ai pas pu indiquer pour chacun d'eux la conduite à tenir ; je me suis borné à illustrer ces leçons de quelques observations typiques. Je crois cependant qu'il doit ressortir de cet exposé une vue d'ensemble sur la valeur des procédés psychothérapiques. Je voudrais voir des confrères entrer dans cette voie, analyser, avec plus de patience et de finesse que je n'ai pu le faire, ces états psychopathiques et rendre ce traitement moral plus précis et plus efficace encore.
Je tiens donc à résumer d'une façon concise mes idées en y joignant quelques vues sur la médecine du xxe siècle. Ce sera une espèce de profession de foi médi-
cale. Inutile de dire que ce n'est pas dans le camp de l'orthodoxie que je me range.
Il y a et il y aura toujours des maladies caractérisées par de grosières altérations des tissus ou des organes, dont le traitement exige l'intervention précise, prompte et efficace de la chirurgie. Le tuto, cito, jucunde, de nos confrères du bistouri est peut-être un peu exagéré, mais il n'en est pas moins vrai que, dans le domaine de la thérapeutique, c'est la chirurgie qui détient le record.
Je ne suis pas de ces médecins jaloux qui semblent n'avoir d'autre but que de rabaisser le mérite des opérateurs et de leur arracher des clients. Je trouve au contraire que la chirurgie ne va pas encore assez loin et qu'elle doit substituer son intervention active à ce que nous appelons, d'un euphémisme, l'expectation armée.
Partout où il y a du pus à évacuer, des obstacles mécaniques à supprimer, les indications sont formelles, et la chirurgie doit s'attaquer toujours plus à ces affections souvent mortelles des organes splanchniques : appendicite, péritonites diverses, affections calculeuses du foie, des reins, de l'intestin ; ulcères gastriques et intestinaux, obstructions intestinales par brides, cicatrices, tumeurs.
Je crois, du reste, que je n'ai pas besoin d'exciter l'ardeur des chirurgiens ; ils vont de l'avant tout seuls. Mais puisque j'ai parlé d'eux, je voudrais leur recommander quelques réflexions sur l'usage qu'on peut faire d'une modeste psychothérapie même dans ce domaine de thérapeutique manuelle. Les plus grandes souffrances sont les souffrances morales, et le chirurgien peut faire beaucoup de bien par sa parole encourageante et bienveillante ; il l'oublie parfois dans l'ivresse que lui donne le sentiment de sa dextérité manuelle, dé son imperturbable sang-froid.
Dans le domaine de la médecine interne nous avons à combattre des maladies générales ou locales, les unes constitutionnelles, héréditaires ou acquises, les autres nées sous l'influence de causes diverses. La prophylaxie devrait jouer le premier rôle dans cette lutte contre la maladie. Malheureusement nous connaissons trop peu l'étiologie et nous ne pouvons recourir qu'à l'hygiène publique et privée, qui ne peut agir qu'à la longue, avec une désespérante lenteur. Nous sommes donc forcés de recourir aux médicaments et à cette physiothérapie qui utilise pour la thérapeutique tous les agents naturels.
La thérapeutique médicamenteuse a conservé longtemps son prestige aux yeux des praticiens et du public. Cependant, depuis l'antiquité, on a insinué que nous sommes comme les augures qui ne peuvent se regarder sans rire ; on nous accuse parfois de mentir comme des arracheurs de dents. On entend des praticiens expérimentés dire à leurs jeunes confrères : Dépêchez-vous de vous servir de ce médicament pendant qu'il est efficace ! — ■ L'un d'eux, et des plus distingués, disait : Nous ne prenons jamais de médicaments nous autres ; nous en donnons quelquefois à nos amis et toujours à nos clients ! Ne sont-ce là que des boutades ? Prenons-y garde ; quand la plaisanterie s'attaque aux dogmes, c'est que la foi chancelle, et, il faut l'avouer, nous avons contribué à créer cette situation.
La pharmacie ressemble un peu à ces arsenaux-musées où la catapulte voisine avec le canon moderne, et c'est là que nous allons chercher nos armes. Nous n'avons pas l'esprit assez critique et nous avons entretenu dans le public une vraie superstition médicale.
Nous possédons quelques rares spécifiques qui guérissent, de nombreux palliatifs, mais cette pharmacie
utile est bien petite. Sous la forme de comprimés ou d'alcaloïdes elle trouverait place dans le portefeuille du médecin praticien.
Les médecins les plus célèbres ont reconnu cette insuffisance de la matière médicale dont on peut dire : Multa sed non multum. Un grand clinicien français, Chomel, a bien résumé cette pensée quand il dit : la médecine guérit quelquefois, elle soulage souvent, elle console toujours !
J'ai entendu des maîtres de la médecine reconnaître que la thérapeutique médicamenteuse perd de jour en jour de son importance. Ils en attendent peu de chose et espèrent tout de l'emploi des forces naturelles, de la mécanothérapie, de l'hydrothérapie scientifiquement étudiée, de la photothérapie, de l'électricité, de la radiothérapie par les rayons mystérieux qu'on découvre en si grand nombre que bientôt les lettres de l'alphabet ne suffiront plus à les désigner.
C'est à mes yeux une nouvelle erreur aussi fatale que la première ; c'est une superstition qui en remplace une autre.
Les agents physiques, température, lumière, air, radiations diverses peuvent agir favorablement sur la santé dans les conditions naturelles. Quand, pour les utiliser dans l'intérêt des malades, nous concentrons leur action, nous pouvons en tirer quelque profit, les employer comme palliatifs, mais plus nous concentrons, plus nous localisons cette action, plus elle devient destructive. On détruit les tissus normaux et pathologiques par la chaleur, le froid, les rayons solaires ou les rayons de lumière électrique, par les radiations obscures, aussi bien qu'avec les caustiques chimiques, le fer rouge ou le^bistouri. Aussi est-ce dans les affections superficielles, lupus et cancroïde
cutanés, qu'on a obtenu les résultats les plus encourageants.
Il faut chercher, chercher toujours, mais ne pas se départir du scepticisme scientifique, du doute philosophique.
En procédant ainsi nous pourrons créer un petit arsenal d'armes nouvelles et d'armes anciennes restées utiles. Malgré cela nous resterons bien désarmés en face de toutes ces maladies que font naître l'hérédité, les mauvaises conditions hygiéniques, la misère, l'immoralité, les microbes qui pullulent dans l'air.
Aussi malgré l'effort colossal des travailleurs de la médecine, la morbidité et la mortalité ont-elles à peine diminué. C'est dommage, mais il serait puéril de se faire illusion. L'humanité progresse lentement.
J'ai montré combien est efficace, dans ce domaine des maladies internes, corporelles, une psychothérapie dirigée par le tact et la bonté. Sans doute elle n'est encore qu'un palliatif comme beaucoup de médicaments, mais elle s'adresse précisément à l'élément souffrance qui pour le malade constitue en somme la maladie. C'est pourquoi, bien qu'en dernier ressort le pronostic dépende de la lésion et que l'influence morale ne guérisse pas, c'est dans cette thérapeutique psychique que le médecin trouve les armes les plus puissantes pour soulager, consoler et faciliter la guérison.
A côté de ces affections somatiques qui constituent le domaine de la médecine interne, il y a un groupe de maladies qu'on a appelées des psychonévroses et que j'ai eu particulièrement en vue dans ces leçons.
Ces psychonévroses sont des psychopathies. Elles confinent d'un côté aux vésanies, de l'autre à l'état que nous appelons normal. Il n'y a guère plus de danger pour ces
v'i LES PSYCHONÉVROSES.
malades de tomber dans l'aliénation que pour nous, hommes sains (?), de tomber dans la neurasthénie. Placés au milieu de l'échelle ou plus bas encore, les névrosés ont plus de chance de revenir à l'état normal qu'à évoluer vers la folie.
Ces états psychopathiques sont légion. Ils peuvent se montrer isolés, formant des semblants d'entités morbides : neurasthénie, hystérie, hystéro-neurasthénie, hypocondrie et mélancolie, états de déséquilibre et de dégénérescence ; ils viennent se mêler continuellement à la symptomatologie de toutes les maladies chirurgicales et médicales, à la souffrance humaine sous toutes ses formes et à tous les degrés.
Il n'y a, à proprement parler, pas de souffrance physique ; elle est toujours psychique, lors même qu'elle résulte d'un traumatisme, d'une lésion anatomique. Nous souffrons dans notre moi sentant ; il y a partout intercalation des faits de conscience, et c'est pourquoi le rôle de la psychothérapie bien comprise est immense.
Tandis que les médications peuvent subir de continuelles modifications, que le scepticisme railleur peut succéder en quelques mois à la foi superstitieuse, que nous donnons ainsi le triste spectacle de nos incessantes palinodies, la psychothérapie, qui a toujours existé/ qui a toujours été pratiquée, continue sa marche sans vacillements. Elle varie ses procédés de mille manières suivant les moments psychologiques, mais elle reste une dans sa tendance. Elle est l'amour que rien ne rebute.
Dans la neurasthénie nous retrouvons la débilité commune, tantôt physique, tantôt intellectuelle, surtout morale. Notre tâche est de relever les malades, de leur rendre la confiance en eux-mêmes, de dissiper leurs craintes, leurs autosuggestions.
Dans l'immense majorité des cas nous atteignons ce but par l'influence morale. Si nous constatons, à côté des stigmates mentaux, des complications somatiques, nous devons les combattre par l'hygiène, les moyens physiques, les médicaments. Mais il faut avoir soin de faire remarquer au malade que cette thérapeutique physique n'a directement aucune action sur le mal moral. Bien plus, s'il ne s'agit que de troubles fonctionnels consécutifs à la « baisse du baromètre » psychique, gardez-vous de traiter ces symptômes même par des moyens efficaces. Il faut que le neurasthénique sache bien qu'il est psychopathe et non malade de corps. On peut le lui dire sans le blesser, sans l'inquiéter. J'ai dit que cette psychothérapie pure, franche, est facilitée par des conditions favorables qui peuvent être l'isolement, le repos, la suralimentation. Mais on ne doit pas, comme on le fait souvent, confondre l'agent curateur avec les auxiliaires qui favorisent son action.
L'isolement peut être précieux, nécessaire ; il ne guérit rien en lui-même ; le repos peut, à lui seul, dissiper les symptômes de l'état actuel, amener la guérison momentanée ; il n'est pas définitivement efficace, car il ne délivre pas le malade de son impressionnabilité, de son instabilité mentale, de son illogisme. La suggestion plus ou moins brutale peut réussir, mais elle est insuffisante si l'on envisage l'avenir du sujet. Seule une psychothérapie rationnelle, moralisante, assure l'avenir en changeant la mentalité psychopathique qui a déterminé les accidents.
Pour guérir les hystériques le médecin doit être encore plus ferme dans sa tenue ; il ne faut pas craindre d'être outrancier dans ses vues sur la pathogénie. En face de ces malades imbus de leurs autosuggestions, il faut forcer la note, savoir les empoigner. L'idée-mère doil rire celle-
Dubois. — P.sychonévroses. 35
ci : tout dans l'hystérie -procède de la représentation mentale. L'hystérique est une actrice qui a perdu la tête et joue son rôle en s'imaginant qu'elle est dans la réalité. 11 faut savoir la secouer, lui montrer son erreur, comme on arrêterait le comédien prêt à se plonger le poignard dans la poitrine. Mais ce rappel à la réalité doit se faire avec une fermeté douce ; les gens qui sortent d'un rêve ont la mentalité sensible ; ils s'effrayent d'un geste, d'une parole trop vive. Avec l'hystérique il faut agir comme avec l'épileptique qui sort du coma ; il ne faut pas la regarder fixement, se lever subitement, lui adresser la parole brusquement ; il faut savoir ne pas changer de position, poser une question doucement, sans élever la voix, de manière que le réveil ne se fasse pas brusquement. Alors la malade revient à elle ; elle est tranquilisée par le visage bienveillant de ceux qui l'assistent ; elle reconnaît son entourage et sans secousse retrouve son moi normal.
Je ne connais aucun traitement physique ou médicamenteux de l'hystérie. Combattre les symptômes isolés c'est non seulement s'exposer à de nombreux échecs, c'est compromettre l'avenir. L'hystérie ne devient chronique que lorsqu'elle est abandonnée à elle-même, — elle n'a aucune tendance à guérir seule, — ou quand elle est entretenue, toujours ravivée par les traitements médicaux mal compris. L'hystérique se trompe, ramenez-la à la vérité. Il ne faut ni douches ni strychnine pour convaincre.
L'hypocondrie et la mélancolie graves doivent être traitées dans les asiles, mais j'ai montré qu'il y a des formes bénignes dont nous pouvons nous charger sans danger pour le malade. J'estime même que la conversation psychothérapique journalière peut accélérer consi-
dérablement la guérison. Ici encore il ne faut pas laisser subsister d'équivoque. Ces malades doivent savoir aussi qu'ils sont psychopathes. Il ne faut pas donner une base à leurs craintes en soignant leur estomac, leur cœur, l'organe dont ils se plaignent. Il faut se garder de leur exposer les théories de l'intoxication et leur faire espérer la guérison par la diète lactée, le régime végétarien, ou l'antisepsie intestinale. On peut leur dire, ce qui est vrai, que nous ne connaissons rien encore des causes somatiques de ces états, qu'une bonne hygiène, le repos, une alimentation saine, voire même l'opium, peuvent agir favorablement sur leur état, mais le rôle du médecin est avant tout, comme l'a dit Pinel, de provoquer le travail de réflexion logique.
Il en est de même des déséquilibrés, qui doivent être soutenus moralement, qu'il faut délivrer de leurs manies, de leurs obsessions, de leurs phobies. Vouloir soigner ces malades de l'esprit par les bains, les douches, l'électricité, le cacodylate de soude, est aussi absurde que de donner de la digitale à une personne qui aurait des battements de cœur à la vue d'un chien ; il vaudrait mieux lui montrer qu'il ne mord pas.
Sans doute cette œuvre est difficile, et l'on ne guérit pas tous ces malades. Mais c'est l'unique moyen ; le médecin n'a là qu'une arme, sa dialectique serrée, imperturbable et bienveillante.
Tous ces psychonévrosés doivent être ramenés à la vie saine, aux prescriptions de l'hygiène physique, intellectuelle et morale.
L'hygiène publique et privée est bien simple dans ses tendance. Elle est d'ordre négatif, c'est-à-dire qu'elle consiste non à faire quelque chose pour la sa nie me ne pas la compromettre.
548 LES PSYCIÏONÉVROSES.
L'édilité de nos villes a une grande tâche, qu'elle ne peut remplir que lentement avec l'aide de nos ingénieurs, de nos chimistes, de nos savants en un mot. A la campagne même elle doit travailler à l'assainissement du sol, de l'habitation, lutter à la fois contre les obstacles naturels et contre ceux qu'a amenés la vie en commun. Elle n'a pas pour but de créer des conditions nouvelles, supraidéales, dirai-je, mais de supprimer ce qui est mauvais.
L'hygiène privée ne consiste nullement, comme tant de gens semblent le croire, à s'efforcer d'acquérir la santé par des ablutions froides, des douches, des frictions, par un régime savamment combiné, par une réglementation pédante des habitudes de vie.
C'est être un petit hypocondre, un « salutiste » comme disent les Italiens, que de rechercher ainsi le bien-être physique, en en faisant dépendre par surcroît l'euphorie morale. Cette préoccupation est de nature égoïste. La vraie hygiène est beaucoup plus simple : elle consiste avant tout à se laisser vivre avec une imperturbable confiance dans sa résistance.
L'homme sain et, raisonnable a de bonnes habitudes. Il mange à des heures régulières tous les aliments de la table européenne, sans préventions, sans théories sur leur digestibilité. Au besoin il faut qu'il soit assez dégagé de préoccupations de santé pour se permettre un jour quelque écart. Il se couche plus ou moins tôt suivant sa situation et les habitudes du monde dans lequel il vit ; et il ne prend pas peur si un jour il doit déranger ses habitudes. Il veille à la propreté de sa peau sans tomber dans le fanatisme de l'eau froide. Il ne s'intoxique pas, ne fait rien qui puisse devenir nocif pour lui. Il n'est ni pédant, ni pusillanime, il jouit largement de la vie.
L'hygiène intellectuelle est aussi simple. Il faut s'inté-
LEÇON XXXV. a*»
resser à tout, développer ses aptitudes, se sentir vivre d'une vie intense. L' « unilatéralité » des goûts, des aspirations est dangereuse ; elle est déjà une tare et elle accroît la fatigue en concentrant l'activité sur un unique sujet. Je considère comme précepte d'hygiène mentale le : Homo sum et nihil humani a me alienum puto.
Je ne crains pas le surmenage, qu'il soit physique ou intellectuel, à condition qu'il soit débarrassé de l'élément émotionnel qui résulte avant tout de l'ambition.
Je préfère le développement intellectuel et moral au sport qui fait des athlètes et non des hommes. Les instincts grossiers naissent plus facilement dans cette euphorie bestiale que procure l'exercice physique. C'est sans plaisir que je vois nos jeunes gens et nos fillettes courbés sur leurs bicyclettes, nos alpinistes harnachés comme Tartarin, ajoutant encore les skis à la corde et au piolet, les journaux donnant les résultats de tous les « matchs » possibles, course pédestre, football, tennis et autres.
Je ne nie nullement les avantages du mouvement au grand air qui fortifie les muscles, active les fonctions organiques et développe l'énergie. Mais je crois qu'il y a excès, et que dans notre siècle où l'on abuse de l'instruction, où l'on charge trop les programmes, il y aurait lieu de réserver une place au repos salutaire qui permet la réflexion, la méditation. Le moral y gagnerait.
C'est l'hygiène morale qui me parait avant tout négligée. On surprend partout un mécontentement, \\\\ pessimisme fâcheux, qui retentit sur la santé physique.
En répétant l'adage : Meîis sana in corpore sa no, on s'imagine trop qu'il suffit de soigner le corps pour : yoir l'âme saine. C'est l'âme saine qui le plus souvent crée La santé corporelle, non pas en ce qu'elle supprime des maladies réelles, — elle n'a pas, hélas ! celte puissance,
mais parce qu'elle nous donne La force de négliger nos malaises et de vivre comme s'ils n'existaient pas.
Pour cela, il faut arriver au sentiment « d'incassabilité », connue le disait si bien un père jésuite qui s'est guéri d'une neurasthénie grave et a retrouvé la puissance d'agir.
Je dis souvent à ces malades : Il faut n'avoir que quelques casiers pour les maladies qui pourraient nous frapper, et tâcher de les laisser toujours vides ; il faut un immense « panier aux bobos » pour y jeter délibérément ions nos malaises. Il faut vouloir être en bonne santé, persister à croire à sa force, alors même qu'elle a faibli. Il faut reconnaître par la raison sereine la nécessité de l'adaptation à la vie. Quel que soit notre sort, il faut garder le sentiment qu'on suffira à sa tâche, qu'on a suffisamment de force en réserve pour franchir tous les obstacles.
C'est une question de résistance morale et non de robustesse physique.
Je terminerai par quelques lignes empruntées à mon opuscule sur L'Influence de l'esprit sur le corps :
« C'est dans l'éducation de soi-même que les malades doivent chercher leur guérison et que les gens bien portants trouvent le préservatif contre le nervosisme. Elle doit commencer dans les petites choses, dans cette bonne habitude de négliger ses bobos, d'aller vaillamment de l'avant sans trop s'inquiéter de ses aises.
Avec l'âge les préoccupations augmentent. La vie pratique nous impose des ennuis de toutes espèces. Nouvelle occasion de régler notre sensibilité, de créer volontairement une disposition optimiste qui nous fait prendre, comme on dit, les choses par le bon bout.
Enfin si, arrivés à une certaine maturité de l'esprit,
nous avons quelque peu réussi à créer ce précieux état d'âme, nos aspirations doivent s'élever plus haut et nous devons envisager les devoirs que nous imposent notre présence dans ce monde, nos rapports avec nos semblables.
On voit alors clairement que notre préoccupation majeure doit être le perfectionnement constant de notre moi moral.
En l'absence de toute conception théiste, de toute morale impérative, le penseur éprouve l'indicible malaise qui résulte d'une vie où dominent les préoccupations égoïstes. Pour trouver le bonheur intime et la santé, il faut donc détourner notre attention de nous-même, et l'intérêt pour les autres, l'altruisme doit prendre la place de l'égoïsme naturel. Nous ne pouvons aller trop loin dans cette tendance, et nous ne risquons guère de nous oublier tout à fait, n'est-ce pas ?
Dans ce domaine de la morale supérieure, notre marche, à tous, est aussi chancelante que dans cette hygiène mentale que nous devons opposer aux malaises physiques, aux contrariétés. Aussi avons-nous besoin ici de tous les secours moraux.
Ceux à qui leur tournure d'esprit permet encore la foi naïve, trouveront un appui dans leurs convictions religieuses, à condition qu'elles soient sincères et vécues.
Ceux que leurs réflexions amènent inéluctablement à la libre pensée, trouvent en eux-mêmes, dans un stoïcisme dégagé d'égoïsme, la force de résister à tout ce que nous apporte la vie.
Malheur aux indifférents, à ceux qui ne recherchent que la satisfaction de leurs désirs matériels !
Il est dangereux de traverser la vie sans religion ou sans philosophie. Je pourrais même, sans faire aucune-
bbz
LES PSYCHONRVnOSRS.
aient tort aux croyants/ dire tout court : sans philosophie, car la religion elle-même ne peut être efficace que si elle réussit à créer, chez celui qui la pratique, une philosophie de vie.
« Peu importe, du reste, le drapeau, pourvu qu'on le tienne haut ! »
Faites-le claquer au vent, ce drapeau où brille la devise : Maîtrise de soi-même ! et vos malades marcheront !