RETENUE
Pendant son séjour à Font-Romeu, le Docteur Yves
Enaud, Médecin de la Maison de Repos de Font-Romeu,
écrit à M. le Docteur Baruk qui s'était occupé du malade
pendant son séjour à Paris :
« 11 mars 1950. — Etat stationnaire. Au point de vue physique, l'enfant va très bien : teint coloré, résistance physique incroyable. Il fait deux heures de ski sans fatigue. L’urine est plus claire. Mais au point de vue psychique, état presque stationnaire. Il ne rit plus, mais se plaint de sentir l’ennui, de ne s'intéresser à rien, de ne pas être comme tout le monde, de n’avoir plus ses idées. »
Le Docteur Enaud termine sa lettre en émettant l’es-
poir que, peut-être, l’hérédo-syphilis est en jeu et qu’alors
un traitement anti-syphilitique intense pourra donner
un résultat.
Le malade a pris, entre temps, un vaccin anticoliba-
cillaire.
Ka
Le Docteur Enaud écrit encore :
«26 mai. — La moindre piqûre le met dans un état de trac qui lui fait prendre la fuite. Je lui ai fait quelques piqûres de sulfarsénol, mais je n’ai pu continuer. Il fuyait et ne revenait déjeuner qu’à 1 h. 1/2 ou bien il s’enfermait dans sa chambre, ou encore se mettait en position de boxe. Je lui ai fait prendre régulièrement du vaccin colitique. La colibacillurie n’est pas terminée. Une analyse d’urines faite il y a quinze jours a montré encore de nombreux colibacilles.
“ J’ai entendu parler avec éloges du sérum de H. Vincent, qui m'a répondu une lettre aimable que je me fais un plaisir de vous communiquer.
« Peut-être, serez-vous heureux de vous mettre en rela-
ÉUPAbSE
« tions avec lui au sujet des rapports de la colibacillose « et des troubles mentaux.
« Le Docteur René Ping, ancien Chef de Clinique de la « Faculté de Lyon consulté sur ce cas, conseille d’en- « voyer le malade à la Preste, pour sa colibacillose (trai- « tement qui aurait l’avantage d’être accepté par le « malade car non douloureux). Pour obliger ce pauvre « garçon à accepter les traitements nécessaires, j’en suis « réduit à la seule persuation. Jacques B.. est trop dif- « ficile à soigner, vu qu’il n’écoute personne. Cependant, « son état général est bon, ses urines sont mieux.
« Son état mental est un peu meilleur. Il ne rit presque < plus. Il lit un peu; il fait du cinéma. Il a un Pathé- « baby avec lequel il prend des vues. Il cause plus volon- « tiers, mais il,est encore loin d’être guéri. »
7 juin 1930. — Le malade vient de rentrer de Font- Romeu. Il est très amélioré au point de vue physique, il a engraissé, le teint s’est coloré, mais il reste apathique et troublé au point de vue psychique.
Il présente des réactions émotives et impulsives très brusques : au cours de son voyage de retour avec son père -— voyage fait en deux étapes — il est pris de frayeur extrême dans la traversée des tunnels; il s’agite dans le compartiment, il est impossible de le tenir, à un moment donné, il tire la sonnette d'alarme. Le train s’arrête. L’enfant est très agité, le père doit le descendre sur la voie et regagner ensuite à pied Limoges dans la campagne.
Examiné au retour, son état physique est très bon, ‘il a engraissé. Il paraît amélioré.
Mais, en réalité, son état est aggravé, car au point de
vue psychique, il a un faciès terne, il est apathique, il
n’a pas d'initiative, ne parle que si on l'interroge; pas d’hallucinations ni d’idées délirantes semble-t-il.
13 juin. — Le malade va à Bellevue, il répond bien aux questions mais il présente des sourires brusques et discordants. Il paraît indifférent. Interrogé sur son émotion du train, il paraît tout à fait indifférent à ce sujet, souvenir totalement dépourvu d’affectivité. Il est à noter l'existence des mêmes réactions émotives violentes à propos des piqûres. « À la suite d’une piqûre, dit le père, il aurait eu une absence de mémoire. »
Au point de vue psychique, on note encore de lindifférence, de l’apathie. Il fait des grimaces, il présente une conservation des attitudes. Ces signes décèlent une démence précoce caractérisée.
A la phase d’éréthisme du début succède une phase de dépression. La pyélonéphrite est de nouveau intense, il existe de la pyurie avec présence de nombreux colibacilles dans les urines. Le malade est vu par M. le Professeur H. Vincent qui prescrit la sérothérapie sous-cutanée el par cathétérisme urétéral avec lavages urétéraux. Ce traitement n’est, malheureusement, fait qu’en partie.
Le malade est ensuite perdu de vue.
OBSERVATION II
(Communiquée par M. le Docteur Baruk.)
Mlle M... âgée de 25 ans. Le début des troubles remonte au commencement du mois de novembre 1931. Elle présente à ce moment des rires sans cause, de la tendance à l’isolement, de la désaffection de la toilette.
Le 15 novembre à 20 heures, elle a une crise aiguë au
cours de l'administration d’un lavement. Elle se raiïdit brusquement et énormément, les bras crispés, ‘elle tse met à crier : « Qu'est-ce que j'ai.» Un médecin la voit et ordonne des calmants.
Le lendemain matin elle a une sorte « d'attaque de nerfs» dit le père qui raconte l’histoire de la maladie, elle pousse des cris horribles : « Ah... ah... »
Le jour suivant elle semble aller bien mais elle fait ses ‘adieux comme si elle allait mourir.
Le jour après, apparaissent des mouvements de rotation de la tête, des mouvements désordonnés continuels. Elle a des attitudes d'aspect érotique, les bras en croix, de grands gestes et des « gestes de crucifiements », dit la mère, Puis surviennent des idées mystiques. A ce moment, elle voulait être sainte-et chantait. ]
Elle présente, en outre, des transpirations très abondantes.
En même temps, le 15 novembre, elle a de la fièvre à 38°, laquelle tombe au bout de 10 jours. Des manifestations intestinales avec selles fétides, putrides, accompagnent ces divers troubles.
Peu à peu, les troubles mentaux s’améliorent. Elle part à la campagne. Le soir de son arrivée, elle a une sorte de frayeur nocturne.
Elle est vue par M. le Docteur Jacques Baruk, Médecin-Chef de l'Asile d'Angers, puis à Paris par M. le Docteur Henri Baruk.
Elle est conduite au Vésinet où elle est depuis le 23 décembre
La malade présente des alternatives de périodes où elle est bien, avec crises de gaieté, puis des moments de
reprise où elle pousse des cris, elle présente de l'agitation