‹ Les Psychoses ColibacillairesChapitre 19 sur 42 · COTES · texte numérisé non relu

COTES

brusque, elle tape de grands coups sur une table, puis tout d’un coup se recouche, elle se met le drap sur la tête et la crise est finie.

Antécédents physiques. — Elle est née à terme, normale. À 10, puis à 13 mois, au moment du sevrage, elle a eu de la diarrhée verte. Vue par M. le Professeur Marfan, celui-ci dit que la malade a eu dès la première enfance des signes de rachitisme très nets. Il n’a pu trouver, cependant, de signes d’hérédo-syphilis. Elle a présenté, en outre, des épisodes sub-convulsifs à propos de fièvre dans l’enfance. Chez son frère dont l’état digestif était très mauvais, les mêmes épisodes se sont présentés.

A 13-14 mois, elle a eu de la fièvre et de l’agitation. Depuis lors, de temps en temps, elle a un accès de fièvre. Ces accès sont très forts et s’accompagnent de troubles intestinaux avec selles fétides. Ces accès surviennent environ tous les six mois. Vue encore à cette occasion par M. le Professeur Marfan, celui-ci porte le diagnostic d’insuffisance hépatique. Le traitement ordonné améliore l’état de la malade, mais, cependant, les troubles intestinaux se répètent de temps en temps. ;

Sa croissance est normale, mais les règles apparaissent tardivement, vers l’âge de 15 ans. Peu après elle a la rougeole à la suite de laquelle on aurait constaté un changement de caractère.

A 17 ans, elle suit à Paris des cours ménagers, puis de la Croix-Rouge. Elle s’adonne activement à son travail. À ce moment, on remarque qu'elle se montre exubérante avec ses amies et plus renfermée avec sa famille.

A 21 ans, elle a la coqueluche et à la suite, il persiste une adénopathie trachéo-bronchique. |

A 23 ans, elle souffre de douleurs abdominales avec

élat saburral, insomnie, fièvre à 38°2. On pense qu’il s'agit encore d'insuffisance hépatique, puis on soupçonne la colibacillose. Un examen des urines pratiqué en province ne décèle pas de colibacilles. On traite cependant la malade en lui faisant prendre un vaccin anticolibacillaire. On l'emmène au bord de la mer, son état s’améliore considérablement de façon presque immédiate.

Cependant, après des douleurs abdominales, elle expulse plusieurs fois des lombries. L'examen des selles montre la présence d'œufs d'asearis et de tricocéphales. On lui administre de la santonine pour la débarrasser de ces parasites,

A 24 ans, au mois de novembre, à la suite d’un froid, elle est fatiguée, ne veut pas sortir, elle se dit grippée; de nouveau les troubles intestinaux réapparaissent. Puis débute la crise mentale. Elle est devenue très triste. Elle sommeille de jour et de nuit. Elle présente des rictus de la bouche, fréquents, puis quelques jours plus tard, des rires sans cause avec tendance à l'isolement et au mulisme.

Telle est l'histoire de la malade racontée par le père.

En résumé, la malade a présenté des épisodes intestinaux et fébriles dans l'enfance pour lesquels on a porté le diagnostic d'insuffisance hépatique.

Plus tard elle a eu une ascaridiose et tricocéphalose, et enfin une colibacillose (des colibacilles ont été trouvés dans les urines au cours d'une analyse d'urines faite le 15 mars 1932).

Dans la famille de la malade, tous souffrent où ont souffert de troubles digestifs : La mère a eu une hépato-

cholécystite grave opérée par Pauchet, le père est hépa-

Sn re IR

tique et soigné à Vichy, le frère a des troubles intestinaux.

Examen. — La malade répond aux questions, elle parle avec volubilité. On l’interroge sur ce dont elle se plaint.

Elle a des maux de tête et des impressions dans la tête. Les maux de tête ne sont pas spécialement douloureux sauf 3 ou 4 fois « une vraie migraine de tête », dit la malade. Ces maux de tête ont eu lieu surtout au début. Mais elle a dit-elle plutôt des impressions. « Je ne crois pas qu’elles viennent de moi. Ces impressions voudraient me faire dire des choses que je ne connais pas, ce sont des jeux de mots extraordinaires que je n’ai pas inventés; j'ai l’impression que les autres comprennent... »

« Ces mots, je ne les ai pas dans ma tête. Ce sont des pensées que je n’ai pas et que j'ai l'impression qu’on m'envoie, qui ne m'intéressent pas...

D. — Que disent-ils ces mots?

R. — Plutôt matière organique, de curiosité, de changement. Cest très fatiguant parce que je ne veux pas les admettre, je ne les comprend pas.

D. — Est-ce en Français?

R. — J’ai l'impression que ce sont des mots français, je ne les comprend pas cependant. À ce moment, je deviens irresponsable, alors j'ai des crises de nerfs, je ne suis pas normale.

Il y a toujours quelque chose là. Ils sortent et reviennent en masse. |

Parfois je regrette de l'avoir dit. J’ai l'impression qu’on veut me faire dire que les femmes sont des créatures horribles, que je sais des choses, etc...

D. -— Ces mots arrivent comment?

es MD

R. -- Je ne sais pas, je ne peux pas me l'expliquer, c'est comme si c'était de la pensée d’un autre que çà passait dans la mienne.

D, — A ces moments là éprouvez-vous quelque chose de pénible dans la tète?

R. Non maintenant, mais autrefois, j'avais limpression qu'on me desséchait la tête, comme si ma tête s'agrandissait.

La malade présente, en outre, des troubles cénesthésiques :

«J'ai l'impression que je change de corps, de charpente. qu'il change dans un sens plus épais, j'ai des sensations de fatigue avec l'impression que je ne suis plus moi par mon corps. Tout le monde a l'air d'en vouloir sur moi.

D. — Et la pensée?

KR. — Toujours latente. Pas très bien.

J'ai cru avoir été brûlée. On me dit toujours que je coûte très cher, que je n'ai pas un sou, que je suis criminelle, que je suis accusée de tas de choses, je ne peux arriver à comprendre pourquoi... On me dit que je suis égoïste. Je suis menée. On dit qu'on connaît ma famille, mon père. On dit que je ne travaille pas. J'ai l'impression d'être disséquée.

Histoire de Fa maladie demandée à la malade :

D. —— Depuis quand ces phénomènes ont-ils commencé ?

R. — Je ne peux bien l'évaluer, il me semble qu’il y

a plusieurs années... Je ne peux arriver à savoir pourquoi je suis à la merei de personnes... (Et Ia malade re-

part dans son délire).

TA PT Ou ES MP LE

D. — Souffrez-vous sur le corps?

R. — J’éprouve des choses pas normales. Certains

matins, je me réveille avec une tête ressemblant à celle d’une amie. ;

… On dit que je ne partirai pas avant d’être guérie.

Elle raconte sa vie, son enfance, ses études,

L'examen neurologique est négatif. On ne trouve rien non plus à l’examen viscéral.

La malade a engraissé énormément, les téguments sont infiltrés.

D’après la mère les interprétations délirantes s’expliqueraient de la façon suivante :

— Egoïste; elle a été traitée d’égoïste par une infirmière. ;

— Souffre des bruits; par les jacasseries continuelles d’une bonne autour d’elle.

F8 Souffre de se voir engraissée; colère après s'être regardée dans la glace.

En résumé, la désagrégation psychique de la malade est complète. Il s’agit d’une démence précoce caractérisée, diagnostic porté par plusieurs médecins.

On a constaté l’existence de nombreux colibacilles lors d’un examen pratiqué le 15 mars 1932. De nouveaux exa-

mens d'urine sont actuellement en cours.

OBsS£ERVATION JII

(Communiquée par M. le Docteur Baruk.

Malade vue en collaboration avec M. le Docteur Laporte.)

Mme X..., actuellement âgée de 55 ans. Les antécédents

héréditaires sont assez chargés.

J. Forestier

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