INTRODUCTION
« Ut in arboribus terra, sic in animalibus alvus succum animali suppeditat ».
(HIPPOCRATE, De Humoribus, cap. 4.)
Le tube digestif est une source inépuisable de maux variés : dyspnée gastrique se transformant en un cauchemar terrible par suite des conceptions délirantes du rêve, altérations de l'intelligence et du caractère, paresse de l'esprit ou au contraire excitation cérébrale, folie, etc..., apparaissent au cours de la dyspepsie gastrointestinale, à côté de troubles somatiques également pénibles et divers ; mais souvent l’origine digestive et en particulier l’origine gastrique de beaucoup de syndrômes psychiques serait méconnue si on n'était pas prévenu et si on ne la cherchait pas pour ainsi dire de parti pris.
On sait, en effet, que des gastropathies, même à lésion graves (ulcère, cancer) sont quelquefois admirablement supportées et peuvent rester méconnues pendant tout le cours de la vie au point que Hayem a pu dire: « Se
plaindre de l'estomac est déjà un signe d’infériorité de la race. Les sains, les robustes n’ont pas à compter avec ce viscère, le plus complaisant peut-être de l'organisme. »
D'autre part les recherches anatomo-pathologiques de cet auteur ont démontré que l’estomac humain adulte était toujours quelque peu lésé ; aussi, si minime qu’en puisse être l’altération, elle indique toujours l'existence d’une irritation plus ou moins ancienne, parfois éteinte, mais laissant à sa suite un affaiblissement fonctionnel de l'organe.
Pour Hayem et Lion, une affection stomacale ancienne, méconnue ou négligée, détermine un affaiblissement progressif de l'organisme et crée ainsi les conditions favorables au développement des manifestations nerveuses et psychiques.
Déjà au siècle dernier, Beau systématisa sous le nom de série névropathique les rapports des vices digestifs avec les désordres nerveux qu'ils engendrent.
Ces rapports peuvent logiquement s'expliquer, soit par simple coïncidence, soit par une cause commune, soit par le retentissement d’une des perturbations sur l’autre. (Laignel-Lavastine). Nous éliminons les simples coexistences de troubles digestifs et psychiques, les syndrômes psycho-digestifs d’origine commune et les syndrômes digestifs d’origine psychique, pour n'étudier que les éroubles psychiques d'origine digestive.
Tout le monde semble d'accord aujourd’hui, surtout après les travaux concluants de Jolly, Krafft-Ebing, Schüller, Leven, Régis, Pron, Albert Robin, Laignel-La-
vastine, à admettre l'existence de troubles psychiques élémentaires et de certains syndrômes psychiques dus à une perturbation des fonctions digestives. Il en est tout autrement de la question du délire chronique, de la folie vraie. |
Huldof pensait autrefois que le catarrhe duodénal chronique peut devenir la condition d’affections mentales sérieuses chez les prédisposés. Régis déclarait que les dyspepsies peuvent développer une propension aw suicide et surtout à la dipsomanie. Friedreich, Griesinger, Jacobi, Nasse, Schrœder van der’ Kolk, Vering admettaient l’aliénation mentale d'origine gastrique. Pinel et Romberg disaient que le siège primitif de l’aliénation mentale est dans l'estomac et les intestins et que de là naît une irradiation qui se propage au cerveau. Prost rattachait la cause de la folie à la muqueuse gastro-intestinale. Beau accordait un rôle important à l'estomac dans la production de la folie.
Il est avéré, dit Tostain, que la gastralgie entraîne souvent les symptômes hypochondriaques les plus prononcés ; or, de l’hypocondrie ou nosomanie à une véritable aliénation mentale, il n’y a qu'un pas, et il n’est pas étonnant que l'affection gastrique qui produit la première puisse déterminer la seconde chez des personnes d’un esprit faible et disposées à perdre la raison.
En effet, les états confusionnels ou les délires toxiques ou par auto-intoxication qui ne tendent point à l’amélioration, évoluent vers l’état chronique. Get état chronique se prolonge plus ou moins longtemps, parfois durant une grande partie de l'existence du malade. Mais
la démence « vésanique » des anciens auteurs, c'est-àdire la diminution progressive de l'intelligence, vient souvent peu à peu se greffer sur cet état. ‘
Pour Toulouse et Damay ce serait d'ailleurs « nullement une démence mais seulement une confusion chranique prédémentielle. »
Pour Alt la dyspepsie est l’origine d’une névrose gastrique qui dégénère en psychopathie. Mais il faut un terrain préparé par l’hérédité ou par des influences nocives ayant miné l'individu. Mécanisme : irritation des branches nerveuses terminales de l'estomac. Transmission aux origines bulbaires du X. Angoisse et sensation anormale au sensorium, équilibre instable du centre, sous une influence physique ou morale, hallucinations sensorielles ; le moi, en présence de l’angoisse et des halluciations sensorielles, échafaude un délire hypocondriaque ».. Ces malades, disent Hayem et Lion, sont plus ou moins névropathes, ce n'est pas douteux. Mais ils ont, le plus souvent, un état organopathique gastrique accentué qui, méconnu et inconsidérément traité, a ouvert la porte à l’état nerveux. »
Pron dit que pour produire la folie, il faut que la dyspepsie trouve une organisation nerveuse fortement déséquilibrée ; mais, « ne voit-on pas certains chagrins peu importants faire sombrer la raison de certaines personnes et niera-t-on, d'autre part, la folie d'origine génitale ? Certes, l’'ébranlement nerveux qui part de l'estomac est moins grand que celui produit pas le spasme vénérien, mais il est beaucoup plus fréquent, souvent même conlinu ; quoi de surprenant à ce que ce choc nerveux agis-