IV. — VALEUR SEMEIOTIQUE
La constatation, à FS iliaque, de la sténose poussée au point que ce volumineux organe puisse être réduit au calibre d’une plume d’nie, présente incontestablement le plus grand intérêt. Le cordon sigmoïdal doit être à ce point de vue rapproché, soit de la corde colique, soit du boudin cœcal et conduire aux mêmes déductions. Il coïncide avec la constipation habituelle ^ ou parfois les selles glaireuses , pseudo-membraneuses ; il trahit une réduction de la surface intestinale. On ne le rencontre que dans les maladies de la nutrition à syndrômë dyspeptique ou neurasthénique et, par ce caractère, il relève bien de la même pathogénie générale que les autres sténoses.
Comme, d’un autre côté, de même qu’on l’observe pour le transverse et pour le cæcum, la sténose de l’S iliaque est permanente, indolente, peut être constatée durant des années chez le même sujet et que le premier effet de la pression est de la faire contracter, il est impossible d’admettre que la sténose soit, ici plus qu’ ailleurs, causée par, un état spasmodique, celui-ci peut se surajouter à la sténose, mais accidentellement ; ce n’est pas non plus, et je regrette d’avoir à cét égard une opinion opposée à celle de M. Potain (1), la ‘ conséquence d’une colite chronique, car, en premier lieu, si la sténose coïncide souvent avec la défécation pseudomembraneuse rien ne prouve réellement que cette anomalie dés selles soit lé fait d’une colite primitive, en second lieu, le foyer d’origine des glaires ou des membranes se trouve placé bien plus haut sur la
(1) Potain. Loe. cit.
SIGNES OBJECTIF S
muqueuse du côlon, probablement à l’un de ses coudes, enfin, en troisième lieu, plus souvent encore, on note avec le cordon sigmoïdal l’absence de membranes ou glaires dans les garderobes ; d’ailleurs les selles peuvent, même avec un cordon sigmoïdal très étroit, s’il n’est pas compliqué de spasme accidentel, présenter l’aspect et les dimensions de selles normales. A cet égard le rectum, et non l’S iliaque^ parait être le vrai laminoir, c’est lui qui donne aux selles le calibre qu’elles présentent au moment de leur expulsion par l’anus.
Lorsque nous essayerons de cataloguer les syndromes objectifs, c’est-à-dire de dégager les types d’association des signes objectifs relevés par l’exploration abdominale, nous trouverons peut-être soit une loi commune qui préside à la sténose du côlon, soit un rapport entre l’entérosténose d’un côté, de l’autre la perturbation fonctionnelle ou statique des autres viscères ^e l’abdomen ; nous trouverons alors des arguments en faveur d’un « processus de sténose » spécial. Mais, considéré isolément, le cordon sigmoïdal . est loin de se prêter par l’analyse de ses caractères objectifs à des considérations séméiologiques aussi précises que celles que nous avons relevées dans l’étude des autres segments du gros intestin.
Alors que, en dehors de sa signification en tant que sténose, la corde colique éveille Vidée d'ectopie, le boudin cœcal Vidée d' obstruction, et que tous deux évoquent un trouble fonctionnel hépatique, le cordon sigmoïdal présente plutôt les signes trahissant sa corrélation avec l estomac.
Dans certains cas, la sensation, éveillée par la pression de rS iliaque, se traduit par une douleur à l’épigastre. Quelques malades signalent l’alternance entre la douleur spontanée du flanc gauche et celle de l’estomac : j’ai cité (1) l’observation d’un médecin qui a noté sur lui-même la coïncidence d’un cordon sigiîioïdal petit et dur lorsqu’il souffrait le plus de ses
(1) F. GLÉaîAED, Ohs. duD’ X..., relevée par lui-même. Entéroptose. Forme dyspeptique et neurasthénique, in Monteuuis. De V Entéroptose . Paris, Baillière, 1894, p. 332.
PALPATION DE L’INTESTIN
digestions, devenant, plus large et plus pâteux lorsqu’il était dans une bonne période de santé, reprenant petitesse et dureté s’il y avait une rechute.
Dans l’observation du cancer infra -sigmoïdal que j ’ai relatée plus haut, j’ajoute ici que, chez çe malade, outre l’insomnie causée par le tenesme rectal, le repas éveillait, 15 minutes après que le malade s’était mis à table, des douleurs hypogastriques avec coliques et tension très dure de cette région de l’abdomen, suivies peu après d’une selle. Ce retentissement de l’estomac sur le côlon doit être rapproché des cas si fréquents où les malades ont de la diarrhée de suite après le repas. L’S iliaque étant le réservoir des matières fécales ou, peut-être mieux, l’organe, analogue au ballon de !’« énema », quiemmagasine la force propulsive, le «■ régulateur de la défécation », il est vraisemblable que l’expulsion des matières fécales est provoquée par sa contraction et que c’est un réflexe parti de l’estomac qui le provoque lui-même à se contracter.
L’analyse des symptômes subjectifs dans les maladies de la nutrition nous apportera, à l’appui de cette interprétation, des faits ayant toute la valeur d’expériences physiologiques.
Disons enfin, pour terminer, que le cordon sigmoïdal paraît être un signe précurseur. Dans trois cas, c’était le seul signe, objectif que je pus relever chez des malades où l’année suivante je constatai, en outre de ce même, cordon, du clapotement gastrique avec battement à l’épigastre.
Et, en résumé :
le cordon sigmoïdal, dont la connaissance, 'peut mettre à l'abri d'erreurs de diagnostic, et qui évoque Vidée d'un processus soit d' Entéroptose, soit de « gastricisme », est un signe objectif digne d' attention.
B. — Dilatation de F S iliaque
C’est le professeur Trastour (de Nantes) qui, le premier, en 1880, dans un travail sur la « Dilatation passive de l’S iliaque » (1)
(1) Teastouk. De la dilatation passive de l’S iliaque et de ses conséquences au point de vue clinique^ Revue mens, méd, et chir. 1880, p. 277.
SIGNES; OBJECTIFS
puis dans diverses publications ultérieures, a démontré. re:^stence d’une ectasie du côlon sigmoïdal .et insisté sur la valeur patbogénique de cette ectasie dans les affections digestives, montré ses relations avec la dilatation de l’estomac et mis en lumière un type morbide, le type de la « dilatation gastrocolique ». Le parallèle de ce type avec un type opposé, celui de l’Entéroptose, qui venait d’être dégagé du chaos des maladies indéterminées, nous a valu, en 1889 (1), de la part de l’éminent clinicien, un chapitre de pathologie générale dont nous aurons maintes fois à apprécier la haute valeur.
■ Que doit-on entendre par « dilatation » de l’S iliaque?
Nous avons vu, en discutant la valeur du terme « dilatation », à propos de la dilatation gastrique, qu’on appliquait indifféremment ce terme à l’atonie, à l’augmentation absolue de capacité, à la simple distension, même à la ptose, de l’estomac. Nous avons vu que, adopté avec cettê compréhension pour le cæcum, il conviendrait aussi bien au coécum sténosé qu’au cæcum distendu., Nous en avons conclu que, sous peine défaire du terme de dilatation le synonyme d’atonie, d’hypotase, de myasthénie, dé « rétractibilité insuffisante », il fallait le réserver à l’augmentation absolue de capacité ; finalement, nous avons émis l’avis que, cliniquement, le terme de dilatation devrait être réservé à un syndrôme spécial, tel que, pour l’estomac, le syndrôme de la dilatation décrit par les anciens auteurs et, pour le cæcum, si l’on veut, le syndrôme de Bouveret, lorsqu’il est causé par un cancer annulaire en aval du cæcum. V
Dans la « dilatation de l’S iliaque » de Trastour, le terme « dilatation » est encore pris dans le sens de rétractibilité insuffisante. Sous cette dénomination Trastour décrit un syndrôme objectif attestant la distension atonique de l’S iliaque, avec rétention des excréta, mais non une augmentation
(1) Trastotie. Les Déséquilibrés du ventre; entéroptosiques et dilatés. Paris, Coccoz, 1889, 59 p.
PALPATION DE L’INTESTIN
absolue de la capacité de cet intestin au-delà des limites desa distension physiologique. L’exposé des caractères objectifs eii est la preuve. - ‘ :