‹ Les puissances devant la révolte arabeChapitre 19 sur 30 · LA SYRIE, LES VALLÉES DE L'ORONTE ET DU LÉONTÉS · texte numérisé non relu

LA SYRIE, LES VALLÉES DE L'ORONTE ET DU LÉONTÉS

A Syrie comprend tout le territoire renfermé L entre le Gueuk-Sou (Calycadmus), le Taurus, lAnti-Taurus, le Kozan-Dagh, l’Akhour- Dagh au nord; la rive droitre de l’Euphrate jusqu’à Bâlis, et une ligne droite partant de ce point en suivant les confins du désert jusqu’à la hauteur du mont Hermon à l’est, le massif de l'Hermon et la vallée du Léontés au sud, la Méditerranée à l'ouest.

Dans ces limites, elle mesure une étendue de 75 000 kilomètres carrés environ. Elle forme un haut plateau soutenu tout le long du littoral de la mer jusqu’à la vallée du Djihoun (ancien Pyramus) par une chaîne de montagnes côtières entrecoupées de gorges profondes et abruptes et de larges vallées où coulent des torrents et des

SE ne

fleuves. Cette chaîne supérieure occidentale se développe sur une longueur de 500 kilomètres et ses plus hauts sommets dépassent 3000 mètres d'altitude.

Le littoral de la Méditerranée court en ligne droite du sud au nord jusqu’au golfe d’Alexandrette où 1l tourne vers l’ouest pour suivre cette direction jusqu'aux Dardanelles. La baie de Djounieh, près Beyrouth, et le golfe d’Alexandrette offrent deux incomparables ports naturels également dominés par de hautes montagnes.

Le versant ouest de la chaîne syrienne occidentale descend en pente douce vers la mer. La plaine qui sépare sa base de la Méditerranée ne mesure que # kilomètres dans sa plus grande largeur jusqu'à Tripoli ; elle atteint 20 kilomètres entre Tripoli et Antioche, puis redevient étroite entre Antioche et Alexandrette.

La plaine de la Cilicie qui se développe entre les monts Taurus, la partie septentrionale de la chaîne syrienne et la Méditerranée, mesure 30 kilomètres de largeur à Mersina et 50 à Adana.

A l’est de la chaîne syrienne occidentale s’étend le plateau de Syrie qui commence au nord de Marasch, au pied de l’Akhour-Dagh, près des

sources de Djihoun, et finit au pied de l'Hermon. Cette immense plaine offre une grande variété d’altitudes, ce qui explique la direction opposée que prennent subitement ses cours d'eau. Ainsi Marasch, à l’extrémité nord, est à 660 mètres au-dessus du niveau de la mer, Nizib sur l’Euphrate est à 670 mètres, Aintab est à 1 025, le lac d’Antioche est à 110, Alep à 400 (à la même latitude l’Euphrate est à 550) ; Hama à 350, Homs à 500. A partir de Baalbek le plateau s'appelle en arabe : plaine de Bekaa et atteint 1 200 mètres d’altitude près de cette ville. Zahléest à 870 mètres. Après ce dernier point, l’altitude descend à 660 pour remonter à 850 au tournant du Léontès vers la Méditerranée.

Au sud-est de Homs surgit une autre chaîne de montagnes qui court parallèlement à la chaîne syrienne occidentale et va se souder au massif de l’Hermon. En arabe on l’appelle djebel Escharki, c’est-à dire la chaîne syrienne orientale, Dans les géographies elle a nom d’Anti-Liban.

L’Anti-Liban a 200 kilomètres de longueur et ses plus hauts sommets ont 2 000 mètres d'altitude. Comme le Liban, sa hauteur moyenne dépasse de 3 ou 400 mètres seulement le niveau de la plaine

de Bekaa. A sa base orientale, le plateau syrien reparaît avec 800 mètres d’altitude sous le nom de plaine de Damas et de Palmyre, et va en pente douce se confondre avec le plateau du Nedjed.

Grâce à ses hautes montagnes et à ses différentes altitudes, la Syrie est aussi bien arrosée que la Mésopotamie. Le Gueuk-Sou qui passe à Sélefké (Séleucie), le Kara-Sou qui passe à Tarse, le Sihoun (Sarus) qui passe à Adana, et le Djihoun descendent des massifs du Taurus et traversent les plaines de la Cilicie pour se jeter dans les golfes de Mersina et d’Alexandrette. Un autre Kara-Sou et le Nahr-Afrin descendent du plateau de Marasch et forment le lac d’Antioche qui se déverse dans l’Oronte ; le Nahr-Kerwan et le Nahr-ed-Deheb sortent du plateau d'Aintab et viennent former respectivement les lacs d’El- Match et d’'Essabach, au sud d’Alep ; le Sadjour, le Kersin-Sou et d’autres rivières sortent de l’Akhour-Dagh et du plateau de Marasch et vont se jeter dans l’Euphrate au sud et au nord de Biredjik.

L’Oronte prend sa source au nord de Baalbek, dans le Liban, reçoit une quantité de rivières et de ruisseaux, forme le lac de Homs, tourne à

gauche à la hauteur de Alep, traverse les montagnes et se jette dans la Méditerranée au sudouest d’Antioche.

Les autres rivières importantes qui arrosent le littoral syrien sont, du nord au sud, le Nahr-el- Kébir, qui prend sa source aux environs d’Antioche et se jette dans la mer au sud de Lattaquieh ; le Nabr-el-Abrasch, au sud de Tortose ; un autre Nabhr-el-Kébir, le Nahr-Akiar, le Nahr-Abou-Aly au nord de Tripoli ; le Nahr-Ibrahim (ancien Adonis) au sud de Jebail dans le Liban ; le Nahr-el- Keb ; le Nahr-Beyrouth (ancien Magoras) au nord de Beyrouth; le Nahr-el-Damour; le Nabr-el- Aouali, au nord de Saïda ; le Nahr-ez-Zehrami au sud de cette ville ; le Nahr-Aboul-Assouad et le Léontès au nord de Tyr. Ce dernier fleuve descend du Liban à la hauteur de Baalbek ; comme l’Oronte il reçoit les eaux du Liban et de l’Anti- Liban. Il arrose la plaine de Békaa jusqu’à l’extrémité méridionale du massif de l’'Hermon, puis il tourne brusquement à droite pour gagner la mer.

Le vaste plateau qui s'étend à l’est de l’Anti- Liban est aussi bien arrosé que les autres parties de la Syrie par des rivières venant de l’Anti- Liban : le Barada et six autres traversent la plaine

de Damas et vont se jeter dans le lac Bahrel-el- Ateibeh qu’ils ont formé.

Avant de parler des productions de la Syrie, 1l est utile de faire remarquer que la chaîne syrienne occidentale porte différents noms suivant les localités qu’elle traverse : du Léontès au Nahr-Abou- Aly, c'est le mont Liban ; de la vallée de cette rivière à celle du Nahr-el-Abresch, c’est le djebel Akiar; de ce point à l’embouchure de l’Oronte ce sont les monts des Ansariehs ; depuis Antioche usqu’à la vallée de Djihoun c’est le mont Amanus.

Le climat de la Syrie est aussi varié que celui de la Mésopotamie ; mais il est très sec et très sain. Les sommets de l’Hermon et du Liban ainsi que certains points de l’Amanus et de l’Anti-Liban sont couverts de neiges éternelles. L'hiver (décembre à mars), il fait une température moyenne de 10 degrés centigrades à Damas, à Baalbek, Antioche, Mardin et Marasch ; cependant le thermomètre descend quelquefois à — 5° comme il monte à + 16 pendant les périodes de beau temps. Il fait la même température au Liban, sur les hauteurs entre 1 000 et 1 300 mètres. Le thermomètre descend rarement à 0° à Homs, Homa, Alep

et dans les endroits de même altitude (500 m.) du Liban et de la chaîne syrienne occidentale où il se maintient entre -+ 8 et 16° en moyenne. Sur tout le littoral il y a + 44 à + 20°.

Au printemps (avril-juin), la température s'élève à 18 et 26° sur les montagnes et à 24 et 33° sur les bords de la mer.

Les produits de la Syrie consistent surtout en céréales qu'on peut cultiver à presque toutes les altitudes. Le coton réussit très bien en Cilicie, et Je tabac du Liban, d’Antioche, d'Alep et de Hama est célèbre en Orient. Le mürier, qui constitue une des principales sources de richesse du pays, pousse sur tout le littoral, dans les hauts plateaux et sur la chaîne occidentale syrienne jusqu à une altitude de 900 mètres. Les vers à soie vivent très bien sur les contreforts des montagnes et dans le plateau moyen jusqu’à 600 mètres d’altitude. L’olivier, la vigne et tous les arbres fruitiers poussent dans tout le pays. Il en est de même du cèdre, du chêne, du pin, du peuplier, etc.

La Syrie n’est pas aussi désolée, ni aussi inculte que la Mésopotamie ; mais la huitième partie de ce beau pays est seulement mise en valeur. Un cinquième seulement de la Cilicie est cultivé, et

ce n’est même pas dans cette proportion que la plaine d’Alep est travaillée. Si le Bekaa jusqu'à Baalbek est assez bien cultivé, le reste de l’immense plateau syrien est désert et infesté de bnigands. C’est à peine si une caravane nombreuse et bien armée peut se rendre de Homs à Alep, à Biredjik ou à Marasch, et l’Oronte arrose inutilement ces riches territoires.

Le tableau est encore plus désolant dans les plaines de Damas et de Palmyre, où de nombreuses rivières vont se perdre dans le sable du désert ou former des marais pestilentiels. Per-

sonne n'est là pour diriger leurs cours vers les terres fécondes qui attendent un peu d'humidité pour prodiguer leurs richesses.

La plaine du littoral n’est cultivée qu’autour des villes et des villages ; plus des deux tiers sont envahis par les broussailles.

Les montagnes syriennes sont presque toutes déboisées. Des fameuses forêts de cèdres du Liban il reste à peine quatre ou cinq cents arbres entourés d’un mur.

La dépopulation, moins intense qu’en Mésopotamie, est cependant plus impressionnante. Sidon, la reine des mers, la ville aux deux millions d’ha-

L'ARABIE ÉCONOMIQUE 139 bitants, n'est plus qu'un village de cinq nulle âmes ; Baalbek (Héliopolis), dont les temples gigantesques permettent de supposer une énorme population, est presque un hameau ; lillustre Palmyre est le repaire des fauves et des reptiles ; Antioche, la capitale des Grecs, est tombée encore plus bas que Sidon; Alep, la ville florissante des Arabes, décline de jour en jour; Damas, la capitale des Ommiades, a perdu sa splendeur.

Nous avons visité les maisons des anciennes familles arabes. Le luxe de leurs ancêtres a laissé des vestiges sans prix ; les arabesques en mosaïques finies et resplendissantes d'or et d'argent qui couvrent les murs et les plafonds de leurs salons, et les sculptures incomparables de leurs bains nous ont fait penser aux salles féeriques des mille et une nuits. Nous avons demandé pourquoi toutes ces merveilles sont négligées ; il nous a été répondu que les descendants étaient trop pauvres et trop endettés pour les entretenir et les utiliser.

Malgré cette situation désolante, la Syrie produit beaucoup plus qu’elle ne consomme. La moitié de ses céréales et de ses moutons, ainsi que les trois quarts de ses fruits sont exportés.

La récolte annuelle des céréales (blé, orge, avoine, maïs, sésame, pois chiches, millet) s'élève à 2 680 000 tonnes d’une valeur de 248 600 000 francs environ. On évalue à 128 millions de francs la production en fruits, olives, huile d'olive, cocons de soie. Le vilayet de Damas exporte tous les ans plus de 230 000 pièces de bois de peupliers représentant une valeur de 2 300 000 francs. Il y a quelques années seulement Mersina exportait pour 4500000 francs de coton et pour 2 millions de graines de coton ; Alexandrette exportait aussi pour 500 000 francs de coton, mais cette culture diminue chaque année par suite du manque d'irri-

gations et du peu de sécurité.

Les richesses minérales de la Syrie sont plus considérables qu’en Mésopotamie ; mais, malgré le voisinage de la Méditerranée et la facilité des communications avec l’Europe, ses mines sont restées inexploitées à cause du manque absolu de moyens de transport dans l'intérieur.

On rencontre avec abondance le cristal de roche dans le Liban et la turquoise dans les environs de Marasch ; on trouve de l’ambre noir et jaune dans le district de Saïda et dans le sud du Liban, près de Birteh et de Haitoura, de l'anti-

L'ARABIE ÉCONOMIQUE ll

moine et du borax à Antioche et à Alexandrette, du brome et du chlore dans les environs de Lattaquieh, d'Alep et d’Alexandrette. Il existe des mines de cuivre dans le djebel Akra (partie sud de PAmanus) et près d'Alep. On a découvert des gisements de fer importants à Tripoli, à Zahlé dans la vallée du Nabhr-el-Kelb, à Merirouba, à Beit-Chébab (Liban), du gypse à Alep, à Tripoli et dans le Liban.

D’importants gisements houillers ont été reconnus dans le plateau de Marasch et d’Aintab, à Alep, dans plusieurs localités ‘du Liban (djebel Niha, Maschgara, Aïn-el-Marah, Aïn-Tajoura, Kerkeya, Zehelta, Birteh, Haitoura, etc.), dans la vallée du Nahr-el-Aouali, dans le district de Saïda et dans les environs d’Adana. On trouve du marbre rouge dans tout le vilayet de Damas et du marbre rose, jaune et noir dans les provinces d'Alep et d'Adana. On rencontre de l'or et de l'argent dans le plateau de Marasch et du nickel dans le djebel Akra.

Les flancs du djebel Akra et le vilayet d’Adana recèlent aussi du plomb argentifère. Dans le district de Saïda, entre cette ville et l'embouchure du Léontès, dans le sud du Bekaa, à Alep et à

Antioche on rencontre du bitume. D’importantes mines de sel existent près de Lattaquieh, Alep, Damas et Palmyre. Près d’Alexandrette, dans les montagnes de l’Amanus jaillissent des sources thermales sulfureuses de 42° centigrades ; on en voit également dans le plateau de Marasch, à Biredjik et dans la Palmyrène.

Il reste encore quelques vestiges des anciennes industries de la Syrie. Alep possède 65 amidonneries produisant 200 000 kilogrammes d’amidon par an; Damas en compte 25 donnant 2400 kilologrammes par jour. Les deux tiers de cette production sont exportés en Egypte et dans tout l'Orient. Damas fournit aussi des confitures, des sirops et des essences à toute l’Asie Mineure et à l'Égypte. Lattaquieh, Antioche et Alep salent les anguilles renommées de l’Oronte et les expédient jusqu'en Algérie. Damas, le Liban, Lattaquieh, Tripoli et Saïda fabriquent une espèce de savon de Marseille très estimé jusqu’en Abyssinie. .

Beyrouth, Tripoli et Lattaquieh possèdent des filatures de coton; Mersina, qui est le centre le plus important de cette industrie, compte 2700 broches. Les soieries de Syrie sont renommées, même

en Europe : Adana, Alep, Antioche, Beyrouth et plusieurs villages du Liban ont des filatures de soie; mais les plus importantes sont celles de Homs (4 000 métiers avec 28 000 ouvriers), de Damas (3 000 métiers avec 21 000 ouvriers), de Hama (700 métiers avec 4 900 ouvriers).

Damas produit aussi du chanvre et fabrique des cordes et des ficelles pour toute la Syrie. Cette ville détient avec le djebel Akiar le monopole de la fabrication des tapis dans ces régions.

Damas et Marasch possèdent des forges assez importantes et fabriquent des armes très réputées, des coupes et des bassins en cuivre de deux mètres de circonférence ornées d’arabesques et de versants du Coran. Damas fournit à tout l'Orient et envoie en Europe des meubles en bois précieux incrustés de nacre. Alep possède encore des verreries qui fabriquent des vases, des bouteilles, des lampes, des fausses perles. Alep est la seule ville de l’Orient qui entretient des salpêtreries et qui fabrique de la poudre qu’elle vend aux tribus du désert. Alexandrette et Mersina exportent pour 700 000 francs d’opium et pour 2100 000 francs de gomme; Alexandrette, Marasch, Lattaquieh et

dd

1kk LES PUISSANCES DEVANT LA RÉVOLTE ARABE

Beyrouth exportent pour 3 300 000 francs par an de réglisse. Enfin, il y a quelques années, les trois ports de Beyrouth, de Tripoli et de Lattaquieh pêchaient annuellement pour trois millions d’éponges.

Page 1