LA PALESTINE
A Palestine, qui s’étend entre le mont Hermon L et la vallée du Léontès au nord, l’isthme de Suez au sud, le désert d'Arabie à l’est et la Méditerranée à l’ouest, a une superficie de 50 000 kilomètres carrés. La vallée du Jourdain, qui va du nord au sud, du pied de l’'Hermon à l’extrémité de la mer Morte et qui se prolonge de là sous le nom de wadi Araba jusqu’au golfe d’Akaba, la partage en deux parties à peu près égales : la Transjourdaine et la Cisjourdaine.
La Transjourdaine est un superbe haut plateau de 850 mètres de hauteur moyenne, allant du pied de l’Hermon à la mer Rouge et du Jourdain jusqu’au désert arabique. Vers l’est et le sud, ce plateau descend en pente douce vers le désert et la mer, tandis qu'il se termine en pente abrupte
et escarpée du côté occidental. Au nord se dresse
le massif de l’Hermon dont les trois plus hautes pointes ont chacune 2875 mètres, au nord-est ; aux confins du désert s'élève le massif volcanique du Hauran dont certains sommets atteignent 1 600 mètres, soit 800 mètres au-dessus du plateau. À l’ouest sont les montagnes de Moab dont la chaîne, se détachant de l’Hermon, gagne le golfe d’Akaba et rejoint le massif du Sinaï. Après la vallée du Léontès, le Liban se dresse de nouveau et s'étend vers le sud. Ii est entrecoupé de vallées fertiles et riantes jusqu’à la plaine d’Esdrelon où il s'arrête. Il est connu sous le nom de Beled- Bechara (autrefois montagnes de la Haute-(ralilée). La plaine d’'Esdrelon est un beau plateau où se trouvent trois petits massifs, le mont Thabor, le petit Hermon et les monts Gelboé. La chaîne se continue jusqu’à la mer Morte et fait place à une plaine immense. Au nord, près de Djennina, elle se projette vers le nord-ouest et se termine dans la mer en formant le promontoire du Carmel qui abrite le port naturel de Caïffa. La hauteur moyenne est de 750 mètres. |
Le versant oriental de la chaîne cisjourdaine se termine subitement en pente abrupte, tandis que du côté de la Méditerranée elle s’incline jus-
L'ARABIE ÉCONOMIQUE 147 qu’à la belle et fertile plaine de Saaron qui va du Léontès jusqu'au Wadi-Rifah, sur une largeur de 20 kilomètres.
Entre les deux parties de la Palestine que nous avons désignées existe une grande vallée large de 45 à 20 kilomètres au milieu de laquelle coule le Jourdain. Elle présente des différences d’altitudes considérables; elle a 520 mètres lorsque le Jourdain sort des gorges de l’Hermon; 43 mètres au confluent du Nahr-Bamas avec le Jourdain; 2 mètres au lac Houleh; — 256 mètres à Tibériade ; — 375 mètres à Jéricho et — 400 mètres à la mer Morte. Elle remonte à — 360 mètres au commencement du wadi Araba et atteint 2 mètres au golfe Elanitique. Sa longueur totale est de 430 kilomètres.
Le Jourdain est le cours d’eau le plus important de la Palestine. Il forme trois lacs sur son parcours et compte 250 kilomètres de long. Il sort du Kasr-Autar, dans l’Hermon à 2 860 mètres, reçoit le Nahr-Banias formé du Nahr-el-Assal et du Nahr-el-Sedaan, passe dans le lac Houleh, reçoit le Jarmuk, le Nahr-Zerka, le Wadi-Eschaib et le Wadi-Hasban et tombe dans la mer Morte.
Les autres cours d’eau sont : le Nahr-en-Naa-
mein qui arrose la plaine de Saint-Jean d’Acre, le Nahr-Mokattaa qui parcourt la plaine d’Esdrelon et se jette dans la baie de Caiffa, et un certain nombre de rivières qui arrosent la plaine de Saaron et vont se perdre dans la Méditerranée.
Le climat de la Palestine est varié et tempéré. En hiver, il gèle au pied de l’Hermon et dans le Hauran avec — 3° (+ 8° à — 3°), mais il fait très doux sur tout le littoral de Tyr à Gaza et dans la plaine d’Esdrelon (+ 14° à + 20°); dans la vallée du Jourdain à Tibériade on a + 18° à 20° —, + 20° à + 24° à Jéricho, et + 8° à + 16° sur les montagnes de Judée.
Le printemps est agréable sans distinction. En été la chaleur varie entre 18° et 24° au pied de l’'Hermon et dans le Hauran, 16° et 26° dans les montagnes de Judée, 20° et 28° dans la plaine d’Esdrelon et sur le littoral, et se maintient à 50° le jour et 35° la nuit dans la vallée du Jourdain.
La Palestine est un pays agricole, très fertile. Les huit dixièmes de sa superficie totale peuvent être exploités ; un seul dixième est cultivé. L’humus rouge et profond du plateau transjourdain produit un blé petit et gros, fort estimé en Europe pour la fabrication de l’amidon et des pâtes ali-
mentaires. Les autres céréales et les raisins de cette partie de la Palestine sont également appréclés. Cependant, cette plaine qui a pu nourrir trois grandes villes du temps des Romains : Pétra, Gerasch et Amman, est aujourd'hui presque entièrement inculte et déboisée, et ne compte pas plus de 100 000 habitants.
Au lieu de contribuer à la fertilisation de cette contrée, les nombreuses rivières qui descendent du Hauran et du mont Hermon forment, par suite du manque d'irrigation, les lacs malsains de Matque-Braque, Bahret-el-Baala, Bahret-el-Hidjaneh, aux confins du désert, à 600 mètres d’altitude.
La vallée du Jourdain est d’une fertilité extraordinaire. Elle est plus chaude que le delta d'Égypte et le Jourdain est aussi limoneux que le Nil. Elle peut donner trois récoltes par an; les cultures les plus productives, comme le riz, le coton, le café, la canne à sucre s’y développent admirablement. D'autre part, le plan incliné entre —+ 43 mètres et — 400 mètres de cette vallée imprime au Jourdain un cours rapide, ce qui lui facilite la fertilisation des terres qu'il parcourt.
Néanmoins, on peut se rendre du nord au sud
de cette belle région sans rencontrer un seul village habité et sans voir une seule trace d’irrigation. Tout est désert. Le Jourdain roule inutilement vers la mer Morte ses eaux fertilisantes. Partout s'offre le tableau de la désolation dans tous ces pays encore soumis au gouvernement turc.
Les historiens anciens vantent beaucoup la fertilité de cette partie, aujourd’hui entièrement ineulte, de la Palestine. Dix villes opulentes s’élevaient autour du lac de Tibériade que de nombreux voiliers, marchands ou pêcheurs, traversaient dans tous les sens. Actuellement, en dehors de la ville de Tibériade peuplée de juifs fort pauvres, on ne rencontre pas un seul hameau autour du lac. Quatre ou cinq barques, à l'usage des touristes d’une agence, ont remplacé les anciennes flottes.
Presque tous les arbres fruitiers, l’olivier et le mûrier, poussent fort bien sur tout le versant occidental des montagnes de la Haute-Galilée et de la Judée ; mais ces montagnes sont déboisées et, au lieu des 60 villes que comptait autrefois la plaine d’Esdrelon, on trouve à peine 25 villages.
Les rivières qui coulent dans la plaine de Saa-
ER ne
ron se perdent dans la mer sans rien irriguer; c’est pourquoi la dixième partie seulement de cette plaine féconde est cultivée. T yr, peuplée autrefois de 2 millions d’habitants, n’en a plus que 5 000.
Les Bédouins du plateau de Bir-Sabeh, au sud de Gaza, abreuvent leurs innombrables troupeaux à des puits, comme ceux de Mileh et de Bir-Sabeh, creusés par Abraham et les nomades de son époque. Au lieu d’en forer d’autres pour rendre cette région plus fertile, les Turcs en ont comblé quelques-uns, et ils empêchent les Arabes de les rouvrir.
Dans cet état misérable, la Palestine produit encore un million de tonnes de céréales (blé, orge, fèves, maïs, pois chiches, sésame, etc.) représentant une valeur de 134 millions de francs, 4500000 kilogrammes d'olives et 2 600 000 kilogrammes d'huile d’olive. La ville de Jaffa produit à elle seule 400 000 caisses d’oranges et de citrons exportées en Angleterre principalement et rapportant 4 millions de francs environ.
La Terre sainte est le pays le plus riche de l’Arabie en mines. On y trouve l’agathe, le saphir, la turquoise; des gisements de houille sur les bords de la mer Morte, dans les montagnes de
Moab, à Adjloun et dans le Hauran; des mines de sel à Djebel-Ousdoum (Sodome) et sur les bords de la mer Morte; du cuivre dans les montagnes de Moab et au Sinaï; du fer à Adjloun et dans le Hauran; du marbre jaune et rouge dans les montagnes de Moab et dans le Hauran; du bitume sur la mer Morte et à Hasbaya. On trouve aussi sur les bords de la mer Morte du brome, du chlore, du soufre, du phosphore, des sources de pétrole. Il existe un sable excellent pour le verre à Hébron et aux bords du Nahr-en-Naaméen (Belus), et le murer trunculus, espèce d’escargot qui fournissait autrefois la base tinctoriale de la pourpre phénicienne, sur les rives du Nahr- Mokattaa.
Malgré sa faible étendue, la vallée du Jourdain est peut-être le pays le plus riche en sources minérales et thermales. Dans le wadi Zerka-Main, dix sources sulfureuses jaillissent en abondance du sol, avec 70° de chaleur; elles étaient célèbres dans l'antiquité pour le traitement des rhumatismes et des maladies de la peau. Au sud de Tibériade, sur le lac, les huit sources de Hamath, sulfureuses et ferrugineuses (60° et 70°) contiennent du sel de magnésie ; au nord de Tibériade,
L'ARABIE ÉCONOMIQUE 153 à Tabiga, sepl sources sulfureuses ont 62°. Sur le bord occidental de la mer Morte, on rencontre la source tiède, sulfureuse, de Aïn-Faschka, 30°, et celle de Aïn-Gédi, calcaire, à 27°. On en trouve aussi dans le Hauran et dans le wadi Araba.
Enfin la mer Morte n’est qu'un immense bassin d’eau minérale et thermale; elle contient des chlorures de magnésium, de calcium, de sodium, de potassium, du bromure de potassium, du sulfate de chaux ; elle est très renommée pour la guérison des maladies de la peau et, même en plem hiver, conserve une température assez douce pour qu'on puisse s’y baigner.
Tout ce qui reste des anciennes industries de la Palestine est centralisé dans la Cisjourdaine. Les savons de Naplouse, de Lydda, Gaza, Ramleh, etc., sont connus dans tout l'Orient: leur exportation atteint 3 millions de francs par an. Les verreries d'Hébron alimentent encore, malgré la concurrence étrangère, la Syrie et une partie
de l'Égypte; Gaza et Megdel fabriquent des cordes
et des pots en terre cuite.
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