‹ Les puissances devant la révolte arabeChapitre 2 sur 30 · LA CRISE ARABE · texte numérisé non relu

LA CRISE ARABE

documents puisés aux sources les plus autorisées nous ont permis d'entreprendre ce travail et de le mener à bonne fin.

Le livre de M. Negib-Azoury n’était qu’une préface; il laissait volontairement dans l’ombre toute l’histoire des pays arabes ; il était destiné à préparer les esprits, et devait être complété par un autre ouvrage : La Patrie Arabe, étude approfondie de l’état actuel et de l'avenir des pays arabes asiatiques.

En attendant l'apparition de ce volume qui, si nous jugeons du premier, sera d’un intérêt aussi puissant, nous avons voulu, au moment où la réa- . lisation d’un remaniement politique en Arabie est à la veille de se produire, déterminer la situation des deux partis en présence et faire l'historique de cette question mondiale. Nous avons désiré montrer que la lutte n’est pas toute récente, comme on semble, en général, le croire, qu’elle date de plus d’un siècle et arrive aujourd’hui seulement à sa conclusion. |

Nous avons ajouté une importante partie économique qui permet d’entrevoir les fructueux travaux auxquels seront appelées à participer les Puissances. L’Arabie entière est un merveilleux et vaste champ de colonisation.

Nous n'avons pas négligé non plus la partie internationale ; là, en effet, comme sur tous les points du globe, les nations ont des intérêts qui les lient ou les mettent aux prises.

Ainsi en possession de tous les éléments de discussion et d'appréciation, le lecteur pourra juger l’importance du conflit redoutable actuel qui aura sa solution, comme tout semble l’indiquer, dans un temps relativement très rapproché.

Il ne suffit pas, cependant, dira-t-on, de poser une question ; il convient de faire connaître les moyens de la résoudre et le mode de procéder qui sera employé.

Pour des raisons multiples, que l’on comprendra, il ne nous appartient pas de le dire. Les Arabes savent patienter, attendre l’heure propice. Ils connaissent leurs oppresseurs ; ils sont au courant de leurs combinaisons ; ils ont démêlé leurs intrigues internationales. Très adroitement le Comité National Arabe a su coordonner les mouvements des Arabes du Nord, du Centre, du Sud-Ouest. Tandis qu’au Yémen les Turcs perdaient sans profit et sans résultat leurs plus fidèles soldats (leurs pertes égalent déjà celles de la guerre turcorusse) et sacrifiaient des millions à des expéditions

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malheureuses, les Arabes du Centre affirmaient leur indépendance et ralliaient autour d’eux les grandes tribus de la Palestine, de la Syrie, de la Mésopotamie. Les troupes régulières arabes manifestaient de leur côté leurs tendances nationales.

L’effort d'ensemble apparatt donc nettement ; les résultats sont décisifs et permettent d’entrevoir une solution prochaine qu’il semble d’ores et déjà difficile d'empêcher.

La Nation Arabe, reconstituée, formera un vaste empire, comme l’a annoncé le Comité National dans sa proclamation aux Puissances.

Quelles en seront les conséquences ?

Dans la dernière partie de cet ouvrage, nous en donnons un aperçu général ; mais dès maintenant il est possible d'affirmer que la question est plus grave que celle du Maroc. Depuis de longs mois, d’ailleurs, certaine puissance s’efforce d’avoir les mains libres du côté de l’Asie Mineure pour n'avoir à lutter sur ce point du globe que contre un seul adversaire.

Il ne faudrait peut-être pas chercher ailleurs la raison de l'intervention intempestive de cette puissance au Maroc.

Notre diplomatie a su, paraît-il, éviter ce déplacement de la question ; la tentative a donc échoué. Se renouvellera-t-elle sous une autre forme ?

En tout cas, nous avons trop d'intérêts dans ces pays arabes pour les abandonner ; nous n’avons plus le droit de nous en désintéresser comme nous l’avons fait en 1884 en Égypte. Nos industriels, nos commerçants ont besoin de débouchés nouveaux et ces vastes contrées si dépeuplées aujourd'hui, mais si riches, peuvent suffire à alimenter de nombreuses entreprises. Nous devons en conséquence nous efforcer de profiter des sympathies non dissimulées des Arabes d'Asie Mineure envers nous et ne pas nous laisser distancer par nos rivaux.

Notre situation de grande puissance musulmane nous impose, du reste, l'obligation d’avoir des relations cordiales avec la future Nation Arabe et avec le chef suprême religieux qui sera installé à la Mecque ou à Taïf et auprès de qui les Mahométans du monde entier viendront chercher le mot d'ordre.

Ce que nous venons d'exposer suffira, nous l’espérons, à faire comprendre la gravité exceptionnelle du mouvement actuel et les motifs qui

LA CRISE ARABE 7 nous ont déterminé à donner un exposé net et précis de la situation.

Le Réveil de la Nation Arabe provoquera, en effet, l’ouverture d’une grande crise mondiale.

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