‹ Les puissances devant la révolte arabeChapitre 22 sur 30 · L'OMAN, L'HADRAMAUT ET ADEN · texte numérisé non relu

L'OMAN, L'HADRAMAUT ET ADEN

Oman, ou plutôt lAman (prononciation arabe), L est le nom appliqué au pays compris entre la baie de Mirbat, confinant à l’Hadramaut, sur l’océan Indien et la presqu’ile de Katar dans le golfe Persique.

Ses possessions se divisent en deux parties bien distinctes : celle sous la dépendance immédiate du gouvernement central (la côte persane, le Batinah, le djebel Akhdar, le Dahirah, la province de Mascate, le Belad-Sour, le Dijaïlan, l'Akhaf), et celles plus ou moins autonomes (les îles Bahrein, le Katar, les provinces de Shardjah, de Rous-el-Djebal et de Kalhout).

Sa population s'élève à 2300 000 habitants auxquels il faut ajouter les indigènes de la côte sudorientale.

Son gouvernement est une monarchie limitée

par l’action d’une puissante aristocratie et par l'usage de certains droits populaires. C’est réellement une agrégation de municipalités.

Les premiers habitants de l’Oman paraissent être venus du Yémen. Ils appartenaient à des tribus kahtanites auxquelles se joignirent plus tard des tribus du Nedjed.

Leur religion était le sabéisme (adoration du soleil et des planètes), qui fut remplacé par lislamisme ; mais l’Oman conserva cependant quelques-unes de ses coutumes archaïques.

Pendant les guerres entre les différentes sectes mahométanes, les habitants prirent le turban blanc, par ‘opposition à la couleur verte des fatimites; de là vint le nom de biadites (enfants blancs) donné à la population lentière de lOman.

Aujourd'hui, la tolérance la plus complète règne dans le pays. Juifs, chrétiens, mahométans, sont libres d’adorer Dieu à leur façon, de se vêtir, de se marier, d'hériter selon l'usage de leur pays, d’enterrer leurs morts ou de les brûler si bon leur semble. Très hospitaliers, honnêtes, les habitants de lOman sont doués d’une grande énergie morale ; ils ont tourné tous leurs efforts vers le commerce. Îls sont riches et heureux. Ils ont le

teint bronzé, le regard intelligent, l’allure vive, les traits beaux et expressifs.

Les femmes sont fort belles. Elles se font remarquer par leurs grands yeux noirs, leurs formes sculpturales et leur démarche noble et gracieuse. Elles vivent sur un pied d'égalité avec les hommes et elles ne portent pas le voile.

La polygamie est autorisée, avec cette différence qu'une seule femme a droit au titre d'épouse légitime.

L’'Oman est réputé comme la terre du plaisir, des danses, des chansons, de la bonne chère et des fêtes joyeuses. Les mœurs s’en ressentent.

Le commerce de l’Oman est assez considérable. Certaines provinces sont excessivement fertiles. Celle de Batinah est irriguée par des courants descendant du djebel Akhdar. Sur une étendue de 159 milles de long sur 40 de large, existent plus de 100 villes ou villages. Les produits de cette plaine sont nombreux : manguier, cocotier, palmier, dattier, ithel, papayer, coton à fleur blanche ou rouge, café, indigo, canne à sucre, igname, blé, maïs, millet, plantes légumineuses, abricots, pêches, vigne, chênes et platanes atteignant des proportions gigantesques.

La ville principale, Sohar, a 24 000 habitants ; ses maisons à deux et trois étages sont reliées par des arcades élégantes. Après elle il faut citer Barka.

À Shardjab, se fait un vaste commerce d’importation et d'exportation. Les produits manufacturés de l’intérieur y arrivent ; les ânes et les dromadaires s’y vendent. C’est aussi le principal marché des esclaves noirs qui se répandent dans tout l’'Oman et dans l'Arabie centrale. Les nègres émancipés forment la classe des domestiques, porteurs d’eau, jardiniers, laboureurs, matelots, plongeurs, etc.

À Shardjah se trouvent des ouvriers ciseleurs en or et argent, d’une grande habileté, des ateliers de tissage de manteaux rouges, de longues robes en tissu de coton, de tapis et de rideaux.

Dans la province, on remarque des mines de cuivre régulièrement exploitées, des mines de plomb près Ras-el-Had, des mines de sel abondantes, et de l’ambre en quantité. Il y aurait même, paraît-il, des gisements aurifères au delà de Babhila.

Mascate, la capitale, est une véritable babylone où dominent les Banians (de l’Inde), grands com-

merçants et financiers. Les Omanites, les Arabes, les Persans, les Juifs, les Hindous s’y coudoient. Il y fait très chaud mais, en arrière de la ceinture de rochers qui fait ressembler la ville à Aden, existe un pays fertile, à la température plus tempérée où se rendent les habitants pendant la saison torride.

Sur la côte du Mékran (Beloutchistan), la dépendance de Guadar offre aux commerçants un port important où viennent de nombreux marchands étrangers et où relâchent deux fois par mois les bateaux de la British India.

Le commerce d'exportation comprend principalement les fruits, les dattes surtout, qui viennent de l’intérieur, les produits manufacturés, ceux de la terre que nous avons cités plus haut, du poisson sec, des pâtes.

L’importation consiste en riz (250000 sacs de 15 kilogrammes par an à Mascate et à Mattrah), en sucre (de provenance française et autrichienne), en cotonnades (d'Amérique, mais venant par la voie de l’Inde), en café, quincaillerie, pétrole, allumettes, bougies, savon, papier, parfumerie, épices, poivre, conserves, vins, spiritueux, armes, verrerie.

Un seul comptoir français existe à Mascate; on y vend des armes et des munitions étrangères.

Mascate est desservi par la British India, qui vient chaque semaine de Bombay et s’arrète aux diverses escales du golfe Persique, y compris Koweyt, par des cargos anglais qui touchent deux fois par mois à Marseille, par les bateaux de la Compagnie russe de navigation.

Une annexe des Messageries Maritimes faisait autrefois le trajet une fois par mois, de la côte à Bombay, aller et retour, et correspondait avec la ligne de Chine. Ce service a été suspendu à cause de la peste qui règne à l’état endémique à Bombay.

Il serait à désirer qu’il füt repris entre l’'Oman, Koweyt et Djibouti (au lieu de Bombay), avec des cargo-boats. Notre influence dans le sud de la Perse et en Asie Mineure y gagnerait. De plus, nous pourrions lutter avantageusement avee les Indes par lesquelles viennent presque toutes les importations pour l’Oman. Nous éviterions ce détour et les frais qui en découlent. Enfin, cette ligne relierait par Djibouti, l’'Oman à Zanzibar (son ancienne possession), aux Comores et à Madagascar,

La

KA Con LÉ É

Les revenus de l’Etat d’'Oman sont assez élevés. Ils proviennent des pêcheries de perles, des droits sur les marchandises et les esclaves, des taxes territoriales et du monopole de certaines exploitations (ambre et mines). Ils se montent à plus de 27 millions de francs.

Les dépenses consistent en l’entretien des forteresses de la côte et des garnisons beloutchis, de la garde royale (cavaliers et fantassins), en frais de douane, de police et de perception, en traitement des ministres.

L’HaDRaMAUT est certainement le pays le moins connu de l’Arabie. Il est divisé en de nombreux sultanats. Il est fort riche, étant sillonné d’une quantité de petites rivières.

Les principaux ports sont Makalla et Shehbr.

Une des plus importantes productions est le tabac consommé au Yémen, l’indigo, le henné, l’encens, l’aloès, la myrrhe. Des tissus de coton sont tissés à Makalla (6 000 tisserands) pour les indigènes d'Arabie et d'Afrique.

Les importations consistent en riz et céréales venant des Indes anglaises, et en grandes quantités de tissus écrus de coton et d’étoffes impri-

mées provenant d'Amérique, des Indes et de Manchester.

De riches et importantes maisons indiennes de Bombay et d’Aden ont établi à Makalla des succursales.

La capitale du sultanat de Makalla est Chibam, ville de 6000 habitants.

En dehors de son importance stratégique et politique, Anen est une place de commerce de premier ordre où se font des échanges considérables.

Aden a tout d’abord un dépôt de charbon où viennent s’approvisionner les vapeurs allant en Chine, aux Indes, sur les côtes est de l'Afrique, en Australie, et en revenant.

Les autres principaux articles de commerce sont : le café (du Yémen et du Harrar), les plumes d’autruche (de la côte Somali), les gommes (du Somaliland), les résines et le copale, (côte orientale d'Afrique), le sang dragon (Somaliland et Socotora), l’encens (Somali), la myrrhe (Somali et Arabie), l’aloès officinal (Socotora), le benjoin (iles de la Sonde), les aromates et les épices : gingembre, poivre, curcuma, girofle (Afrique,

tles de la Sonde, Indes), et tous les produits européens.

Aden est port franc et est le centre de tout le commerce de l’Arabie méridionale. Elle a détrôné Moka et même Hodeiïdah.

Ses importations et ses exportations se montent à plus de 30 millions de roupies annuellement, sans compter le commerce avec l'intérieur qui atteint à peu près ce chiffre.

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